Affichage des articles dont le libellé est bande-dessinée. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bande-dessinée. Afficher tous les articles

De 2016 à 2017 : mon retour en 7 coups de ♥

Tant qu'à revenir pour redonner un souffle de vie à ce blog, autant le faire sur un coup de tête. Se lancer tant que j'ai un peu d'élan sans réfléchir, comme commencer un mémoire, comme se mettre en colère, comme on entre dans la mer, comme on tombe amoureux.

Je sais bien que mon absence a été longue et peut-être décevante (j'espère pas trop, quand même...). Mais je vous assure que pour moi aussi. Je n'ai cessé de me dire que je devais reprendre le blog plutôt que de me couler dans ce silence. Bien sûr, ce n'était pas seulement de la paresse et de l'appréhension de devoir me relancer là-dedans. C'était aussi des doutes - en avais-je encore envie/besoin/le temps ? C'était aussi un manque de temps, dû, entre autres, à la façon dont j'ai cherché à développer ma chaîne ces derniers temps. Et quelle réussite, puisque la voilà qui a dépassé les 2000 abonnés (merci, encore. ♥) ! Pourtant, c'était aussi une profonde envie de revenir. Et je m'en rends compte à l'instant, en écrivant ces mots : je retrouve l'indicible plaisir de vous écrire par le biais de ce blog. Et avec ce plaisir renaissent la passion et l'enthousiasme des projets qui se bousculent tout à coup tout en moi. Leur fulgurance m'avait manqué. Leur vivacité revenue me fait plaisir. Alors je crois que je peux le dire, tout penaud, tout désolé, tout ému et tout heureux : me revoilà.

Pour fêter ça et reprendre les choses doucement, je vous propose de revenir sur mon année livresque 2016 et de vous parler des livres qui ont marqué cette année ! Un petit top 7 (parce que 2000 dit 7 !), ça vous dit ? ♥ Mais aujourd'hui, on ne commence qu'avec les trois derniers du top 7, parce que sinon, l'article va être vraiment très long... :)

7. L'incontournable de Nathan

Puis-je vraiment, alors qu'un livre de Timothée de Fombelle est paru cette année, faire un top de mes lectures sans y inclure cet auteur ? La réponse, bien entendu, est non.
Georgia, écrit par mon auteur préféré, illustré par le grand Benjamin Chaud et créé, composé et mis en musique par l'Ensemble Contraste, a marqué la fin de mon année 2016.
Le plus étonnant dans ce livre-disque, c'est de voir combien tout est mis au service de la musique : les illustrations (que, personnellement, j'ai trouvé assez plates et pas aussi vives que le reste du projet, bien que l'univers chaleureux et pétillant de Benjamin Chaud lui corresponde !) et le texte (dont la simple honnêteté et la surprenante tendresse servent avec humilité la mélancolie de l'histoire et des musiques) qui s'efface derrière les voix des chanteurs.
Je me suis totalement laissé transporter par l'album. Je l'ai écouté en boucle pendant des jours. Et chaque mini-concert que j'ai vu, chaque lecture musicale, que ce soit au lancement de l'album en librairie ou au SLPJ de Montreuil m'a réjoui. ♥
L'émotion des chansons et de l'histoire m'ont emporté et j'ai eu un coup de coeur pour l'ensemble de cet univers si chaleureux et plein d'espoir alors même que la plupart des musiques sont teintées de la nostalgie du passé et de l'enfance.
Pour petits et grands cœurs transis de rêves.
Et au fait, j'en ai déjà parlé rapidement sur YouTube ici !

6. Le roman à lire avec un plaid et une tasse de thé

Je vais commencer à croire que cette auteur se spécialise dans l'écriture de romans-doudous parce que c'était déjà le cas pour l'incroyable Quatre sœurs, également signé Malika Ferdjoukh.
Dans Broadway limited, on est au coeur des années 50. On suit l'histoire un peu folle de Jocelyn qui débarque en pleine nuit, à New York, dans la pension Giboulées en croyant, sur un malentendu, pouvoir y être logé. Malheureusement, il s'agit d'une pension uniquement réservée aux jeunes filles et ne saurait tolérer l'arrivée d'un garçon en ses murs. Par chance, et au cours d'une discussion délicieusement surprenante et absurde que je vous laisse découvrir, Jocelyn a dans sa valise une soupe aux asperges... "au goût d'hier et d'éternité". Le voilà donc qui s'installe au sous-sol dans la dépendance de cette pension ô combien féminine.
Jocelyn vient à New York étudier la musicologie, mais il va se retrouver embarqué par le tourbillon de ces jeunes-filles qui ont pour la plupart des rêves de grandeur à Broadway en tant que danseuses ou actrices.
Ce tourbillon a le goût d'amour, de souvenirs, d'étoiles, d'une ville tentaculaire, de la guerre qui gronde encore en Europe bien qu'elle soit terminée, de neige et de froid, de théâtre, d'aventures du quotidien, de beignets, de stars, de comédies musicales, de culture américaine, de mal de pays, d'amis et d'amies, de fêtes et de découvertes, d'études et de musique.
Les personnages sont extrêmement nombreux et entraînent, avec Jocelyn, le lecteur un peu étourdi. Mais dans cet étourdissement scintillent des étoiles, bruissent la chaleur d'une pension et les rires de jeunes filles et tonne la musique ! C'est un délicieux étourdissement que Malika Ferdjoukh nous offre avec, comme toujours, une plume magique bricolée de banal et un univers comme un cocon duquel on voudrait ne jamais plus sortir.
Pour les fans de comédies musicales, les avides de romans d'ambiance et les yeux amoureux.
Celui-ci aussi, j'en ai déjà parlé sur YouTube ici et ici !

5. La bande-dessinée à savourer comme un conte

Cette bande-dessinée me faisait envie depuis longtemps quand une personne qui m'est très chère me l'a offerte en février dernier. Je l'ai commencée innocemment, prêt à savourer un joli moment de détente et j'ai découvert un véritable et authentique bijou.
L'Homme-montagne raconte l'histoire de deux hommes-montagnes : une grande et vieille montagne (le grand-père) et son compagnon de voyage, son petit-fils, une petite et jeune montagne. Un jour, cette première, le grand-père, annonce à l'autre qu'il va s'arrêter, se poser à un endroit agréable, et rester là pour toujours, en tant que montagne. Le plus petit n'est pas d'accord et veut l'aider et l'accompagner pour un dernier voyage. Trop petit pour le porter et soutenir son grand-père pour avancer, le voilà qui part pour un voyage solitaire en quête du vent, celui qui peut soulever les montagnes.
C'est une histoire profondément touchante sur la vieillesse et le fait de grandir, sur le deuil et surtout sur la vie, sur les voyages qu'on accomplit accompagné ou seul, sur des épreuves, des défis, des réussites et des sourires. Elle est portée par un texte fin, sincère et juste. Elle est portée par une narration originale, qui renouvèle avec fraîcheur la construction de la bande-dessinée. Mais surtout par des illustrations magnifiques qui n'ont cessé de m'émerveiller. 
Pour les cœurs qui grandissent et voyagent.
Si vous voulez voir quelques images de la BD et la vidéo dans laquelle j'en ai parlé l'an dernier, c'est par ici !

 
Pour un retour, ça fait un long article mais comprenez qu'après tant d'absence, les mots se sont écoulés du bout de mes doigts comme un torrent et il a même fallu un peu juguler ce flot-là ! :-) On se retrouve très bientôt pour la suite (et la fin) de ce top 7 avec mes 4 livres préférés de 2016 ? ♥

Ce drôle de petit goût de noisette

Qu'est-ce qui a un drôle de petit goût de noisette ? La vie, assurément. Elle craque sous la dent et vient avec tout ce que j'entends par "craquer". Les petits plaisirs croustillent, le bonheur éclate en rayons de soleil et les douleurs craquent dans le coeur. J'espère qu'en ce moment, votre vie a plutôt tendance à croustiller. Moi elle croustille beaucoup, mais ces derniers temps elle craque aussi.
Mais si vous voulez vraiment en savoir un peu plus sur mes activités et sur ma vie en ce moment, j'en parle aujourd'hui en vidéo.

Si je vous parle de craquer, de noisettes et de vie, c'est parce qu'hier j'ai parlé littérature graphique dans mon Lundi Lecture (qui a eu lieu un Samedi certes.) - rendez-vous hebdomadaire sur Instagram où je vous parle d'une lecture, passée ou présente, qui m'a beaucoup plu.


Cette bande dessinée de Vanyda m'avait beaucoup touché. Le parti pris (une seule couleur utilisée pour chaque histoire) est original et très intéressant. Cela donne une atmosphère particulière à chacune des histoire et rend l'ouvrage coloré, riche et sensible. Vanyda arrive à raconter la vie, à nous raconter avec justesse et c'est très beau de voir ça.
Petit à petit, par touches de couleur, je suis tombé sous son charme.
J'ai hâte de me plonger dans les autres livres de l'auteure, et notamment son nouveau (Entre ici et ailleurs) et sa célèbre trilogie Celle que.


Mais si ici la vie croustille et se craquèle parfois, il est des cas où elle a plutôt tendance à craquer et à s'éparpiller en bris de douleur. Comme dans Mustang, le film de Deniz Gamze Ergüven primé plusieurs fois aux César. Il me faisait très envie depuis l'été dernier et encore plus depuis les César. J'ai eu l'occasion de le voir au cinéma mardi dernier et je n'ai pas regretté.
C'est une histoire dure. L'histoire de cinq sœurs, en Turquie, que leur père enferme dans la maison pour les protéger du monde extérieur, des garçons, de l'impureté, du déshonneur. Un enfermement injuste, difficile, de plus en plus étouffant, qui va souder la fratrie autant que l’oppresser. Très vite, le ballet des mariages forcés (ou pas) va commencer, entraînant plus de malheur que de joie. Sans pour autant éteindre l'espoir.
Oui, c'est une histoire dure, mais lumineuse. C'est sans doute pour ça que je garde du film un souvenir lumineux, de plans ouatés et d'images délicieuses. Il me reste la lumière, l'espoir.
Mais aussi la candeur, la grâce, la délicatesse avec lesquelles l'histoire est racontée. C'est avec une grande douceur que Deniz Gamze Ergüven filme ses actrices. C'est avec la même douceur qu'elle accompagne ses personnages.
J'en suis ressorti touché. Et depuis, mon amour pour ce film grandit à mesure que le temps passe. Et ces cinq sœurs me manquent.

Et si votre vie ne croustille pas trop, ça vous fera peut-être plaisir de savoir que pour les 1000 abonnés de ma chaîne, j'organise un concours et une Foire Aux Questions ? ♥

Noël de papier


(cliquez sur le lien pour accompagner cet article d'un peu de musique)

Je me fais très discret ici et là ces derniers temps. Décembre m'a vidé de toutes forces physiques, intellectuelles et émotionnelles. Je me ressource, je reviens très vite. Prenez soin de vous.
Hier, on parlait de Noël, et de moi, entre les lignes.

Noël, en livres, ça donnerait ça...

"Tout doucement, Eleanor tombe amoureuse de Park. Tout doucement, Park tombe amoureux d'Eleanor. Et nous tombons avec eux." écrivait Clémentine pour son blog et pour La Voix des Blogueurs, le prix dans le cadre duquel j'ai lu le roman. Tout doucement sont sans doute deux mots choisis avec soin parmi ceux qui décrivent le mieux le roman. Cette histoire d'amour sort de l'ordinaire en cela qu'elle est d'une délicatesse délicieuse. Les personnages sont originaux et différents. Leur histoire est un peu bizarre un peu tâtonnante mais très juste. Les mots sont simples, un peu maladroits, touchants. Alors oui, tout doucement, on tombe avec eux. L'histoire ne m'a pas semblé toujours crédible. J'ai été un peu déçu de constater qu'elle avait du mal à s'accrocher en moi et à bien s'y blottir, de voir que des choses clochaient et rendaient un peu bancal le roman. Parce qu'Eleanor est agaçante et parfois incompréhensible, parce que la fin va trop vite. Mais tout cela n'enlève rien à la douceur du texte, à la sensibilité du personnage de Park et à la beauté de leur histoire. Ni à l'évidence de la fin qui laisse l'horizon s'ouvrir. A savourer avec une peluche dans les bras... ou avec un(e) amoureux/se.
"Tenir la main d'Eleanor, c'était comme tenir un papillon. Ou un battement de coeur. C'était tenir une chose pleine et pleinement vivante."
Eleanord & Park de Rainbow Rowell - PKJ, 384 p., 16€90, 2014.


Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises de Quatre sœurs, un roman où l'on se sent aussi bien que dans son plus-gros-plus-vieux pull devant la cheminée. Si je vous invite chaleureusement à lire ce(s) (quatre) roman(s) pendant les fêtes, vous pouvez tout aussi bien vous plonger dans la bande-dessinée. Je vous parle des dernières parues, celles dessinées par Cati Baur chez Rue de Sèvres, la collection de BD de l'école des loisirs. J'avoue vous parler de ce premier tome sans même l'avoir terminé. Mais les premières pages ont suffi pour me convaincre. Les cases sont grandes, le découpage original, le texte s'efface parfois pour laisser beaucoup de place à l'illustration, les deux s'appuient l'un sur l'autre avec beaucoup de délicatesse. Le tout dégage une sensibilité, une élégance, une justesse et une émotion qui donnent à l'adaptation toute sa force. L'âme du roman palpite dans cette bande-dessinée qui apporte beaucoup à l’œuvre de Malika Ferdjoukh. Ça craque, ça souffle, ça crépite, ça respire, ça vivote entre les pages. A siroter sous une grosse couverture.
"Encore un peu plus loin, sur le chemin, le pavillon des gardiens, inoccupé depuis des années. Et enfin... "Au bout du bout", comme dit Hortense... juste avant le bord, avant la falaise et la mer, à l'aplomb du vide, il y a... la Vill'Hervé."
Quatre sœurs de Malika Ferdjoukh et Cati Baur - Rue de Sèvres, 160 p., 15€00, 2014.
 "Il est dix-neuf heures et Papa n'est toujours pas rentré. En l'attendant, je joue dehors avec mon chat. Quand soudain, il bondit dans l'arbre, et disparaît."
L'histoire est simple, presque banale. Elle aurait pu s'arrêter là, tout simplement. Mais la petite-fille saute dans l'arbre à la suite de son chat. Et elle grimpe. Là, elle rencontre un merle qui cherche son nid, un ver qui cherche son amie, un patineur qui cherche son écharpe, des cow-boys qui cherchent un bandit, un chauffeur de bus qui cherche un arrêt, etc. Ses rencontres sont de plus en plus démesurées, de plus en plus extravagantes, sans jamais briser ce cocon onirique qui enrobe l'album avec douceur. L'enfant est toute jolie et la finesse de son visage suffit à exprimer beaucoup. Parce que l'émotion de l'histoire passe par sa quête un peu insensée, par son allure d'enfant et par un tout petit sourire au coin d'une branche. Le trait est rond et délicat, les couleurs pastels sont délicieuses, et les personnages tous égarés dans une bulle loufoque sont simplement touchants. A suçoter comme un bonbon. - coup de ♥
 Troisième branche à gauche d'Alexandra Pichard - Les Fourmis rouges, 40 pages, 16€50, 2015.

Une autre bribe de vie

Pour public averti

La vie de Mali, devenue Maliki.
Et on est loin de son univers aux cheveux roses, de ses adorables chats un peu bizarres, de ses dessins colorés et de sa vie amusante.

La vie de Mali, jeune dessinatrice un peu perdue à Paris.
Comment elle cherche son indépendance, comment elle fuit sa famille, comment elle se cherche, comment elle se construit, comme elle s'effondre, souvent, dans les tourments de la vie.

La vie de ce personnage fragile.
Car le miroir se brise rapidement, car il est fêlé dès le début, car on voit bien derrière ce regard déterminé, derrière cette rage, derrière cette colère à peine contenue, provocatrice, tempétueuse, vulgaire, on voit l'émotion à fleur de peau, on voit la vie qui se dessine, on voit les larmes contenues.

La vie de ses amis à qui elle s'accroche.
Ils sont là, ils l'aident, ils cherchent à la comprendre, à la pousser en avant, à être là pour elle. Mais eux aussi se fissurent de leurs failles, eux aussi sont fragiles, eux aussi ressentent, vivent et tombent. Ce trio bouleversant met au jour les cicatrices béantes des humains qui, malgré tout, forgent de leur amitié une épée de courage.

La vie à coups de crayon.
Tout cela brille, sombre, vit, palpite, souffle, enrage, exulte, crie de ces traits vifs qui savent s'adoucir pour laisser place à une juste émotion. Et laisser, tout simplement, la vie se dessiner à l'horizon de la profondeur des pages. Dans la blancheur et la noirceur de cet ouvrage.

Court mais terriblement intense.
Vif mais tendrement touchant.
Sombre mais violemment beau.
Coup de coeur et coup de poing.

Bribe bleue


Une bribe bleutée de la vie de Clémentine.
Ce n'est pas le bleu de la tranquillité, ni celui de l'infini, ce ne sont pas ces images apaisantes qu'on lui attribue normalement. Non, Clémentine est dans le noir et le blanc. Elle reste dans cette normalité, dans cet anonymat, dans ce flou et ce gris plutôt rassurant où rien ne bouge. On est juste neutre. On n'a pas vraiment de couleurs. On se fond dans la masse. Puis Clémentine rencontre Emma, au coin d'une place, au détour d'une marche, un regard échangé, et une fascination immédiate, une attirance même si le mot est dur à s'avouer. Pour Clémentine, c'est le début du bleu des vagues.

Une bribe bleutée de la vie d'une époque.
En parallèle de l'histoire de Clémentine, on voit une époque se dessiner par touches: les infos par-ci, les bavardages par-là, les réactions, les façons de vivre et de penser, les actes et les pensées en fond. Dans l'étroite intimité d'un personnage palpitant, Julie Maroh glisse des bribes et des filaments de la fin du XXè siècle, où les choses commencent à réellement bouger du côté des droits LGBT. La construction de ce personnage se fait sur et s'entremêle aux idées mêmes de ces quelques années. Tout cela est interdépendant. C'est subtil, efficace, et d'une touchante finesse.

Les bribes bleutées de ces vies que l'on croise.
Une vie est faite de tant d'autres vies. Chacune d'elle, même si on en saisit un fil que l'espace d'une seconde, se noue à la nôtre et l'influence plus ou moins. Cette BD, en filigrane, le montre bien. La vie change pour Clémentine d'un seul regard. Ces changements impacteront son rapport aux autres. Ceux-là ne voudront plus partager les mêmes liens. Il y aura des accrocs, des fils coupés, des mots crachés. Mais aussi des nœuds solidifiés, des liens noués, des sourires tendus comme une corde salvatrice. Valentine est de ceux-là. Vif, doux, gentil et tendre garçon -gay- qui est pour elle un confident, un ami, un pilier et un conseiller. C'est une figure bienveillante et chaleureuse qui éclaire la bande-dessinée et reste sans doute à Clémentine son seul repère d'un bout à l'autre de son histoire mouvementée.

La bribe bleutée de la vie d'une adolescente qui se crée.
Clémentine croyait savoir qui elle était, vivait doucement et se disait peut-être même heureuse. Mais dès ce regard, dès cet échec avec un garçon, dès ses discussions avec Valentin, les engrenages commencent à se dérégler et sa vie à se fragiliser. La propre structure sur laquelle elle avait posé son identité se fissure et s'effondre, mettant à jour ses failles, ses faiblesses, son amour, ses différences, mais aussi sa force. C'est terriblement douloureux et touchant et superbe de voir cette jeune-fille emprunter un parcours parfois semblable, parfois différent au nôtre. Julie Maroh écrit avec beaucoup de délicatesse, et une justesse immense, la vie de son personnage et sa confrontation à sa propre identité, au regard des autres, à la société et à l'avenir.

Avec beaucoup de sensibilité, cet album pose la question de l'identité, de la manière dont on peut la forger dans une société souvent grise, noire et blanche. L'auteure dessine la souffrance, l'adolescence, les changements, grandir, l'amitié et l'amour. L'amour qui consume et détruit. Celui qui rend heureux. "Cette force qui fait vivre. C'est-à-dire qui fait naître et qui fait mourir." (Le livre de Perle). Clémentine renaît dans l'amour. Mais il la fait aussi mourir à petits feux.
La fin m'a semblé discutable. Mais finalement, elle est sans doute juste, inévitable. C'est l'histoire d'un amour consumant. Une vague bleue et chaude qui engloutit tout et ouvre les portes de l'infini. C'est l'histoire d'une souffrance, d'une vie menée contre la douleur, pour l'amour et le bonheur. C'est l'histoire d'une vie différente. C'est un album qui pose la difficulté de l'être, du devenir, de la volonté, des choix. Et qui demande: comment peut-on s'en sortir dans une société où on est rejeté ?
Enfin, c'est une bande-dessinée qui pose la question de l'intimité. De ce qu'il faut garder pour soi, ou non. De comment chacun organise sa sphère privée, sa sphère privée. C'est se demander si cette dernière peut nous servir à affirmer, défendre et faire savoir nos opinions. C'est se demander les dangers qu'une telle démarche entraîne. C'est peut-être là la fissure, le déséquilibre entre Emma et Clémentine.

Le texte est délicat, le dessin magnifique et les deux se laissent respirer, se laissent de la place mais savent aussi ne faire qu'un. C'est un art subtil, efficace, maîtrisé, fascinant et touchant.
Une vague de vie pour arracher à notre coeur la bribe sensible d'une superbe douleur: celle d'aimer.


Je n'ai pas vu le film, et on ne m'en n'a pas dit que du bien ... et vous, qu'en pensez-vous ?
Il a l'air bien, il a l'air fort, il a l'air touchant.

Sur le blog, ça bulle ...

Je sors des articles en attente de mes placards ...
Bonne lecture et à bientôt ! ♥



                Même si ce genre se fait discret sur le blog, il m’arrive parfois de lire quelques BD et donc ensuite de venir vous en parler un peu ! Ce n’est pas que je n’aime pas ça, au contraire ! Seulement pour moi, cela reste des moments de détente, des lectures quand je ne veux pas me prendre la tête, d’autant plus que j’ai tendance à lire des BD jeunesse humoristiques ou des histoires de vie (type les Nombrils, Lou …) qui prennent souvent la forme de gags avant d’accentuer le côté dramatique.
Je reste néanmoins conscient que la bande-dessinée est un genre (et même un art !) à part entière que je respecte totalement. D’autant plus que mon père fait partie de l’organisation d’un festival de bande-dessinée, j’ai donc un regard – ténu – dessus et je me rends bien compte que ce ne sont pas pour d’autres des lectures « légères ». Loin de moi l’idée de venir discréditer la bande-dessinée !
Voici donc une petite sélection faite parmi mes récentes lectures (ou relectures) de BD.


                                Les Profs de Pica et Erroc
                Classique et indispensable des bande-dessinées humoristiques, Les Profs est une bande-dessinée qui commence à dater mais ne prend pas de rides ! Au contraire, elle continue à se vendre et tend à se moderniser selon les goûts du moment … parfois trop.
Elle raconte, vous l’aurez compris, la vie lycéenne (et parfois extérieure au lycée) et les déboires de quelques profs : les discussions en salle de prof, les terrifiantes confrontations aux élèves, les corrections de copie, la fameuse machine à café, les vacances, les réformes de l’éducation nationale, … je ne vais pas m’étendre sur le sujet car peu d’entre vous doivent ne pas connaître cette BD !
Les gags sont souvent très drôles, et les profs comme les élèves (voir les parents d’élève …) pourront parfois s’identifier et rire de ces situations quotidiennes. Souvent caricaturées, mais on sait bien que l’humour ne se marie pas avec la demi-mesure …
Dernièrement, j’ai pu voir que le graphisme, les dessins des Profs se sont modernisés, stylisées, avec un trait plus sûr, voir épais. J’avoue être un peu déçu ; la fébrilité et l’authenticité qui caractérisaient les premiers albums se font moins présentes...
                En outre, vous pouvez aussi regarder le film qui est sorti l’an dernier. Il propose un bon moment humoristique (même si parfois lourd voire pathétique) mais pas un grand moment cinématographique… j’ai aussi appris la création d’une nouvelle série de BDs dérivées consacrée à Boulard, le fameux élève abonné aux 2/20 … ça a l’air superflu, et commercial. Je n’accroche en plus pas aux dessins qui ne sont pas signé du même auteur que Les Profs. Cela reste cependant à voir.
                En tout cas, je me suis refait quelques tomes de ce classique indétrônable pendant le bac, et c’est toujours un réel plaisir ! Cependant, si vous devez vous lancer dans la série, commencez par les premiers tomes.

                               Rue de Sèvres
                Pour les enfants – ou les grands enfants ! – vous pouvez aussi vous faire plaisir avec les bandes-dessinées de la nouvelle édition de L’école des loisirs : Rue de Sèvres, dont je vous avais déjà parlée ici et qui publie uniquement de la bande-dessinée.
                Le tome 2 de Zita, fille de l’espace, par exemple, regorge à nouveau de surprises ! Tant au niveau scénaristique : rebondissements, intrigue prenante, suspense ; que visuelles : bien que le graphisme ait encore parfois du mal à me séduire – parfois trop simpliste, voir « brouillon ». A lire absolument pour les fans de science-fiction et pour les enfants qui rêvent d’espace, d’envol, de créatures et d’héroïsme.

                Néanmoins, c’est de leur nouvelle collection dont je voulais parler ici. Il s’agit de BD pour les enfants, entre albums et BD. Ils ne proposent rien de bien innovant, le principe existait déjà à peu près … mais proposent par contre des parutions pour la plupart enthousiasmantes !
Mon père, ce héron ne m’a pas convaincu. Il ressemblait à un gag de bande-dessinée ou à un strip qu’on aurait allongé tout le long d’un album. Il reste drôle, avec un dessin simple, expressif et agréable, mais ne m’a pas autant emballé que les autres.
                Leurs autres parutions en effet m’ont beaucoup plus séduit et je vous les recommande chaudement !


Les Tchouks, petite bande joyeuse d’animaux parfois non identifiables (APNI – oui cette appellation délirante est de moi …), raconte les aventures d’une troupe de copains qui vont à la mer, font une cabane … et ce n’est que le début ! La BD se lit facilement, rapidement ; tous ces petits personnages (un peu nombreux quand même …) sont attachants et le dessin est fin, léger, minutieux et très joli. Un réel plaisir que de retomber en enfance au cœur des joies des Tchouks !


Mon coup de cœur va cependant à Des canards trop bizarres. C’est l’histoire de deux canards voisins qui sont –comme l’indique le titre – « trop bizarres ». L’une nage avec une tasse sur la tête, l’autre gesticule bizarrement … et pourtant, alors que tout les oppose, ils vont nouer une amitié forte et drôlement touchante. Le dessin est unique, vivant, tendre ; le scénario est bien mené, riche ; les personnages sont attachants ; les situations, scènes, décors loufoques et regorgent de détails. Tout est là pour faire une bonne BD … pour petits et grands !

6 questions à Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini | Mots rumeurs, mots cutter ♥

"J'attends. Que demain arrive." Les mots de Luciole se déversent avec délicatesse des hauts-parleurs de mon ordinateur portable au moment où je commence cet article. "J'attends" disaient il y a quelques jours les écoliers, collégiens, lycéens qui s'apprêtaient à faire leur rentrée et stressaient ou bien encore s'enthousiasmaient de revoir leurs copains, avoir leurs nouveaux emplois du temps, profs, établissements, ... "J'attends" disent-ils sans doute maintenant après le début et en cochant les cases du calendrier qui les séparent des vacances. Non ? Allez, avouez ...
Un peu marre de la rentrée non ? On ne parle que de ça sur facebook, twitter, à la télé, à la radio ... et même sur le blog. Un peu plus discrètement que l'an dernier oui, mais l'été semble prendre fin. Alors si on arrêtait à moitié. Si on attendait autre chose que la rentrée.
"J'attends" Mots rumeurs, mots cutter.
Allez, dites-le. Il sort demain.
On ne sait plus finalement où commence l'une, où commence l'autre, les deux auteures unissent leurs deux arts pour n'en faire qu'un et c'est brillant, poignant, sans jamais oublier de rappeler au lecteur que même dans les pires moments, il y a l'espoir. Une main tendue, un sourire et l'avenir peint de jours meilleurs. (extrait de ma chronique)
http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2013/03/du-rouge-du-sucre-tagada-power.html

 "J'attends. Que demain arrive." Vous ne pourrez plus que le dire, si ma chronique, en entière ici, ne vous a toujours pas convaincue, une fois que vous aurez lue l'interview de Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini. Merci à elle, en si peu de temps, juste pour la rentrée et la sortie de ce roman graphique, d'avoir accepté de répondre à ces quelques questions.

Comment vous organisez-vous dans l'écriture de vos bandes-dessinées et plus particulièrement dans le travail de cette série ?
Charlotte Bousquet: D’abord, il y a la thématique, dont on discute ensemble, généralement, et que l’on propose à Paola Grieco, notre éditrice. Ensuite, vient le texte. Je l’écris comme une courte histoire, avec des chapitres, et à la première personne – c’est je crois l’une des caractéristiques de notre travail, à Stéphanie et moi, un aspect intimiste qui se traduit à la fois par le style et le dessin. Cela étant, si Rouge tagada était au départ très écrit, j’ai pris un peu de bouteille au fil des scénarii, qui ressemblent maintenant plus à de « vrais » scénarii qu’au début. Du coup, le découpage, que nous effectuons généralement à deux, se fait plus facilement. La suite, c’est à Stéphanie de raconter…
Stéphanie  Rubini: Nous essayons le plus possible de nous voir (en vrai) quelques jours pour le découpage du scénario. Malheureusement depuis mon déménagement à Rennes, je viens beaucoup moins sur Paris que lorsque j'habitais à Lille... Je fais des propositions de mise en scène, Charlotte complète les dialogues quand c'est nécessaire. Bref le texte de départ est un peu trituré (mais toujours dans le respect du texte) pour en faire un livre d'image et de mise en scène.
Quelle est d'ailleurs la genèse de cette série ?
CB : Une genèse double. Au départ, un court roman, Rouge tagada, que j’ai proposé à Stéphanie avec un vague « on pourrait essayer d’en faire quelque chose », puis une réaction enthousiaste de Paola Grieco et Marie Rebulard, la naissance de la collection Graphiques. Ensuite, la photo de classe dessinée par Stéphanie, qui est devenue le fil rouge de la série (on la retrouve, sous différentes formes, dans chacun des tomes) : comment ne pas avoir envie de raconter d’autres histoires, de donner vie à ces collégiens ?
SR: Charlotte a tout dit je crois. Effectivement c'est une suite de bonnes décisions et un travail d'équipe qui sont à l'origine de cette série.
 Et celle de Mots rumeurs, mots cutter ?
CB : Ayant, adolescente, été victime de harcèlement scolaire, je suis très sensible à ce sujet. J’avais envie depuis longtemps d’écrire quelque chose à ce propos, mais je ne savais pas par quel bout le prendre, je n’avais pas trouvé la bonne manière de l’aborder. Avec la série que nous créons, Stéphanie et moi, autour de cette classe de 4ème D, c’est devenu une évidence. Nous en avons un peu discuté, nous sommes tombées d’accord sur l’identité de l’héroïne, et voilà… Ce qui a été vraiment génial, dans ce tome, c’est que Stéphanie a réussi à faire passer, dans son dessin, ce qui n’était pas exprimable – parce que trop dur, trop cru, etc.
SR: Effectivement tout l'enjeu était de traiter ce thème de manière frontale, mais sans basculer dans l'horreur ou le pathos (que je déteste). Je savais que mon trait naturellement un peu naïf adoucirait les situations les plus dures. Nous avons toutes les deux repensé à ce que les plus faibles subissaient au collège. Bien que dans le groupe des élèves intellos et bizarres, je n'ai personnellement pas été victime de harcèlement Mais je voyais des camarades maltraités tous les jours.
 
Vous retrouvez-vous dans les personnages que vous créez ?
CB : Oui, toujours, parce que je crée à partir de moi – mes tripes, mon cœur, mes peurs, mes envies, tics, etc. Pour Mots cutter, mots rumeurs, je suis allée gratter du côté de mon adolescence. Pour Lune et l’ombre, c’est moins visible, mais je fais appel à des souvenirs, des émotions, des petites madeleines, en somme. Même les personnages qui me ont étrangers, j’essaie de les comprendre, de trouver le moyen de me les approprier. Sinon, je crois que cela ne fonctionnerait pas.
SR: Oui, même si comme je l'ai dit plus haut je n'ai jamais été victime de rumeurs ou de harcèlement comme Léa. Mais je connais la pression du groupe, la violence symbolique et réelle qui peut régner dans une cours de récréation. Une simple remarque blessante (sur mes cheveux, mes vêtements toujours trop courts et ringards) pouvait casser et me faire douter pendant des semaines. Le collège c'est la jungle, je n'ai pas d'autre mot...
 
Pensez-vous que les mêmes histoires auraient pu être racontées avec le même impact sans illustrations ?
CB : Même si, au départ, Rouge tagada était prévu sans, je pense que le récit n’aurait pas eu cette force sans la présence des dessins de Stéphanie. Quant à Mots rumeurs, mots cutter, il n’aurait jamais vu le jour, tant les dessins sont importants. Ce qui est génial, avec cette série, et avec le roman graphique en général, c’est que c’est une création à quatre mains, deux cerveaux et pas mal de discussions…
SR: Oui mais pas de la même manière. C'est la même chose que de comparer un roman et son adaptation au cinéma. Ce sont deux objets différent. D'ailleurs, pour moi (dans l'idéal) la BD est plus proche du cinéma que du roman. 
Et la suite de la série ?
CB : La suite est prévue pour 2015. Un troisième opus, qui évoquera les rapports frère/sœur et la difficulté d’être soi. Chloé, la petite goth emo de Mots rumeurs, mots cutter, est au centre du récit. Pour l’occasion, un jeune mangaka, Léo S. viendra faire quelques incursions en images. Si tout se déroule selon le planning prévu, le quatrième tome, prévu à la rentrée 2015, ouvrira une nouvelle série – ou une nouvelle phase –, puisqu’on retrouve les personnages trois ans plus tard, l’année du bac français !
SR: Oui, je travaille actuellement sur le tome 3 et c'est un vrai marathon. Je trépigne d'avance de commencer la prochaine série dont parle Charlotte, parce que dessiner tous les personnages 3 ans plus tard sera un sacré challenge. Les rapports entre les uns et les autres aura changé. Les coiffures et les styles vestimentaires aussi.
...

"En tout cas, je ne cesse de me dire qu’à côté du lycée, je ne retournerais au collège pour rien au monde. J’ai vraiment l’impression de vivre à fond depuis que je suis entré en seconde. Le temps s’écoule bien plus vite qu’avant, mais il y a le théâtre, les amis, les découvertes, les chemins qui se tracent devant moi. Encore faut-il choisir le bon ; mais je peux me tromper. J’ai encore le temps." C'est ce que j'écrivais il y a un an. Et ça me semble toujours particulièrement vrai, bien que le lycée soit terminé.
"L'autre jour j'y repensais et je me disais que le collège c'est se jeter dans le grand bain des adultes sans la censure et l'auto censure qui va avec." Me confie Stéphanie, en regard de l'interview. "Les adultes ne sont pas plus tendres entre eux (cf le milieu de l'entreprise atroce)." Je trouve ça vrai. Dur mais vrai.
Heureusement, l'amitié est là pour vous aider à traverser les épreuves que l'école peut malgré tout vous opposer. Et certains vivent très bien le collège et la suite. Je vous le souhaite. La vie ne cessera pas de vous surprendre.
Et si cela ne suffit pas, la lecture, celle par exemple de ce sensible roman graphique, sera toujours là pour vous rappeler qu'une main tendue vous attend quelque part. 

Un peu de bande-dessinée ...



J'avais adoré le film Joséphine cet été, et étais tombé complètement sous le charme de La page blanche que Pénélope Bagieu a dessinée (joli paradoxe !) sur le scénario de Boulet. Alors quand j'ai vu que l'auteur dédicaçait à Montreuil sur le stand de Gallimard Jeunesse: passage obligé ! La petite histoire, c'est que j'ai fait la queue (pas trop longtemps quand même) et alors que mon tour était presque arrivé, j'apprends qu'il fallait un ticket avec un numéro. Ah. Mmerci de m'avoir prévenu. Je finis quand même la queue et Pénélope Bagieu a accepté de quand même signer la BD que je venais d'acheter pour Tom et moi. Elle était vraiment adorable et sa dédicace est très jolie ... n'est-il pas ? ;-)
Jusqu'ici tout va bien.
Après il y a eu la lecture. Dans la voiture au retour du salon, entre larmes qui gonflent la gorge, révisions de mon bac blanc d'histoire géo qui gonflent l'appréhension, et la nuit qui tombe sur notre petit monde. J'ai été déçu.
Voilà, c'est dit, j'ai été déçu. L'idée était assez bonne et le feuilletage de la BD m'avait donné envie. Voyez par vous-même ci-dessous, le dessin est frais, les traits fins, les couleurs pètent, les deux styles de Pénélope B. et Joann S. se marient très bien, pour le plaisir des yeux ! Et surtout, il s'ajuste assez bien à l'univers loufoque de la BD ... c'est peut-être là le problème: trop loufoque ? Les personnages déjantés sont amusants, mais pas attachants; l'intrigue est délirante, mais parfois incompréhensible; on ne sait pas trop où on va, on se perd dans cet univers extravagant, amusant mais confus. Dommage. Je lirai peut-être quand même le deuxième tome, pour voir.
En tout cas, je vous invite à découvrir la page blanche qui est un véritable délice. ♥

Pénélope Bagieu chez Sophie et Kik (ici, ici et là)

Vous connaissez sans doute Mamette, cette vieille dame toute petite mais au grand coeur dont Nob raconte les aventures du quotidien dans sa série à ce nom. Vous connaissez au moins Grompf, cet espèce de gros yéti attachant qu'a créé l'auteur. En tout cas, dans Les souvenirs de Mamette, il raconte avec beaucoup d'émotion le passé de cette mamie qu'on adore.
Le tome 3 est déjà sorti, mais je n'en suis encore qu'au deuxième ... et c'est toujours aussi délicieux de savourer cette histoire.
L'intrigue se situe donc pendant la guerre (laquelle ? euh ... la première ?) et la petite Mamette est séparée de sa maman, contrainte à vivre chez ses grands-parents à la campagne.
Là elle découvre la nature, les animaux, les fleurs, les arbres, l'eau, la forêt, le travail au champ. Elle découvre que la vie n'est pas toujours facile. Elle découvre que les personnes qui l'entourent cachent parfois en eux des choses bien plus graves ou sentimentales qu'ils ne le montrent. Elle découvrent les premiers émois, les rires et les pleurs, elle découvre ce que ça veut dire: vivre et être enfant. Grandir.
Aisément mené par le dessin doux, coloré et splendide de Nob, le lecteur ne se lasse pas des pages, bien trop peu nombreuses, que ces albums au petit format nous offre. Un véritable délice, oui. Le bonheur à l'état de papier et d'encre, de mots et de couleurs, de personnages et de vie.

Je n'ai pas eu l'occasion de revoir  Nob au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil cette année, mais je me délecte toujours de son dessin, eu en 2010 sur le premier tome. ♥

Pour terminer cette chronique BD, j'aimerais vous parler de mon dernier coup de ♥ dans le genre, que j'ai eu ... hier. Et je tenais absolument à en parler.
Il s'agit d'une série en apparence très girly (et ça l'est peut-être, mais moi qui suis un garçon j'ai adoré !) et pourtant.
Pourtant l'histoire (apparemment adaptée d'un classique ...) est passionnante, bien construite et addictive. On s'attache beaucoup aux personnages qu'on aime suivre d'un tome à l'autre, les gentils, ou les méchants. Car finalement, c'est un constat que je fais souvent, les personnages les plus intéressants se trouvent souvent être les secondaires. La peste qui a peut-être quelque chose à prouver, un manque d'affection, une envie d'amie. La fidèle amie complexée par sa boulimie, peut-être due à un père trop absent ? Sara est terriblement attachante (je pèse mes mots) mais parfois, elle semble trop parfaite pour être réelle ...
Pourtant les albums se lisent à une vitesse incroyable, malgré le texte assez nombreux, et on en veut toujours plus.
Pourtant le dessin. Le dessin est une pure merveille. Chaque case, chaque planche fourmille de détails, de beautés, de couleurs. Le réalisme est total et l'ambiance "Belle époque" est rendue à merveille. Le tout est époustouflant et on a envie de rester des heures devant chaque illustration tant elles sont belles.
Je noterai aussi la petite originalité de l'histoire ... car si elle semble se situer fin XVIIIè début XIXè, il y a cette histoire d'automates, un peu steampunk, qui rendent compte d'un aspect technologique inévitable puisqu'on est à ce moment là encore en pleine révolution industrielle.
Enfin, je préciserai juste qu'il y a deux cycles de 4 tomes chacun (le second est donc en cours) et j'ai (pour l'instant) préféré le premier. Dans celui-ci en effet, les personnages sont encore enfants, les difficultes créent des obstacles, leur imagination débordante fait rêver le lecteur ... le second offre une ambiance indienne délicieuse ... mais il y a un triangle amoureux qui commence à faire son apparition, ce qui n'est pas trop pour me plaire, et les personnages sont plus âgés, plus murs et leurs préoccupations sont différentes ... mais je n'en reste pas moins totalement sous le charme. ♥

6 tomes parus, 2 de prévus


Découvrez aussi ...
Les premières planches de chaque tome;
Le tome 6;
Le blog de la scénariste (et directrice de collection);
Le blog de la dessinatrice;
La BD  chez Sophie (1 à 3, 4, 5)