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De 2016 à 2017 : mon retour en 7 coups de ♥

Tant qu'à revenir pour redonner un souffle de vie à ce blog, autant le faire sur un coup de tête. Se lancer tant que j'ai un peu d'élan sans réfléchir, comme commencer un mémoire, comme se mettre en colère, comme on entre dans la mer, comme on tombe amoureux.

Je sais bien que mon absence a été longue et peut-être décevante (j'espère pas trop, quand même...). Mais je vous assure que pour moi aussi. Je n'ai cessé de me dire que je devais reprendre le blog plutôt que de me couler dans ce silence. Bien sûr, ce n'était pas seulement de la paresse et de l'appréhension de devoir me relancer là-dedans. C'était aussi des doutes - en avais-je encore envie/besoin/le temps ? C'était aussi un manque de temps, dû, entre autres, à la façon dont j'ai cherché à développer ma chaîne ces derniers temps. Et quelle réussite, puisque la voilà qui a dépassé les 2000 abonnés (merci, encore. ♥) ! Pourtant, c'était aussi une profonde envie de revenir. Et je m'en rends compte à l'instant, en écrivant ces mots : je retrouve l'indicible plaisir de vous écrire par le biais de ce blog. Et avec ce plaisir renaissent la passion et l'enthousiasme des projets qui se bousculent tout à coup tout en moi. Leur fulgurance m'avait manqué. Leur vivacité revenue me fait plaisir. Alors je crois que je peux le dire, tout penaud, tout désolé, tout ému et tout heureux : me revoilà.

Pour fêter ça et reprendre les choses doucement, je vous propose de revenir sur mon année livresque 2016 et de vous parler des livres qui ont marqué cette année ! Un petit top 7 (parce que 2000 dit 7 !), ça vous dit ? ♥ Mais aujourd'hui, on ne commence qu'avec les trois derniers du top 7, parce que sinon, l'article va être vraiment très long... :)

7. L'incontournable de Nathan

Puis-je vraiment, alors qu'un livre de Timothée de Fombelle est paru cette année, faire un top de mes lectures sans y inclure cet auteur ? La réponse, bien entendu, est non.
Georgia, écrit par mon auteur préféré, illustré par le grand Benjamin Chaud et créé, composé et mis en musique par l'Ensemble Contraste, a marqué la fin de mon année 2016.
Le plus étonnant dans ce livre-disque, c'est de voir combien tout est mis au service de la musique : les illustrations (que, personnellement, j'ai trouvé assez plates et pas aussi vives que le reste du projet, bien que l'univers chaleureux et pétillant de Benjamin Chaud lui corresponde !) et le texte (dont la simple honnêteté et la surprenante tendresse servent avec humilité la mélancolie de l'histoire et des musiques) qui s'efface derrière les voix des chanteurs.
Je me suis totalement laissé transporter par l'album. Je l'ai écouté en boucle pendant des jours. Et chaque mini-concert que j'ai vu, chaque lecture musicale, que ce soit au lancement de l'album en librairie ou au SLPJ de Montreuil m'a réjoui. ♥
L'émotion des chansons et de l'histoire m'ont emporté et j'ai eu un coup de coeur pour l'ensemble de cet univers si chaleureux et plein d'espoir alors même que la plupart des musiques sont teintées de la nostalgie du passé et de l'enfance.
Pour petits et grands cœurs transis de rêves.
Et au fait, j'en ai déjà parlé rapidement sur YouTube ici !

6. Le roman à lire avec un plaid et une tasse de thé

Je vais commencer à croire que cette auteur se spécialise dans l'écriture de romans-doudous parce que c'était déjà le cas pour l'incroyable Quatre sœurs, également signé Malika Ferdjoukh.
Dans Broadway limited, on est au coeur des années 50. On suit l'histoire un peu folle de Jocelyn qui débarque en pleine nuit, à New York, dans la pension Giboulées en croyant, sur un malentendu, pouvoir y être logé. Malheureusement, il s'agit d'une pension uniquement réservée aux jeunes filles et ne saurait tolérer l'arrivée d'un garçon en ses murs. Par chance, et au cours d'une discussion délicieusement surprenante et absurde que je vous laisse découvrir, Jocelyn a dans sa valise une soupe aux asperges... "au goût d'hier et d'éternité". Le voilà donc qui s'installe au sous-sol dans la dépendance de cette pension ô combien féminine.
Jocelyn vient à New York étudier la musicologie, mais il va se retrouver embarqué par le tourbillon de ces jeunes-filles qui ont pour la plupart des rêves de grandeur à Broadway en tant que danseuses ou actrices.
Ce tourbillon a le goût d'amour, de souvenirs, d'étoiles, d'une ville tentaculaire, de la guerre qui gronde encore en Europe bien qu'elle soit terminée, de neige et de froid, de théâtre, d'aventures du quotidien, de beignets, de stars, de comédies musicales, de culture américaine, de mal de pays, d'amis et d'amies, de fêtes et de découvertes, d'études et de musique.
Les personnages sont extrêmement nombreux et entraînent, avec Jocelyn, le lecteur un peu étourdi. Mais dans cet étourdissement scintillent des étoiles, bruissent la chaleur d'une pension et les rires de jeunes filles et tonne la musique ! C'est un délicieux étourdissement que Malika Ferdjoukh nous offre avec, comme toujours, une plume magique bricolée de banal et un univers comme un cocon duquel on voudrait ne jamais plus sortir.
Pour les fans de comédies musicales, les avides de romans d'ambiance et les yeux amoureux.
Celui-ci aussi, j'en ai déjà parlé sur YouTube ici et ici !

5. La bande-dessinée à savourer comme un conte

Cette bande-dessinée me faisait envie depuis longtemps quand une personne qui m'est très chère me l'a offerte en février dernier. Je l'ai commencée innocemment, prêt à savourer un joli moment de détente et j'ai découvert un véritable et authentique bijou.
L'Homme-montagne raconte l'histoire de deux hommes-montagnes : une grande et vieille montagne (le grand-père) et son compagnon de voyage, son petit-fils, une petite et jeune montagne. Un jour, cette première, le grand-père, annonce à l'autre qu'il va s'arrêter, se poser à un endroit agréable, et rester là pour toujours, en tant que montagne. Le plus petit n'est pas d'accord et veut l'aider et l'accompagner pour un dernier voyage. Trop petit pour le porter et soutenir son grand-père pour avancer, le voilà qui part pour un voyage solitaire en quête du vent, celui qui peut soulever les montagnes.
C'est une histoire profondément touchante sur la vieillesse et le fait de grandir, sur le deuil et surtout sur la vie, sur les voyages qu'on accomplit accompagné ou seul, sur des épreuves, des défis, des réussites et des sourires. Elle est portée par un texte fin, sincère et juste. Elle est portée par une narration originale, qui renouvèle avec fraîcheur la construction de la bande-dessinée. Mais surtout par des illustrations magnifiques qui n'ont cessé de m'émerveiller. 
Pour les cœurs qui grandissent et voyagent.
Si vous voulez voir quelques images de la BD et la vidéo dans laquelle j'en ai parlé l'an dernier, c'est par ici !

 
Pour un retour, ça fait un long article mais comprenez qu'après tant d'absence, les mots se sont écoulés du bout de mes doigts comme un torrent et il a même fallu un peu juguler ce flot-là ! :-) On se retrouve très bientôt pour la suite (et la fin) de ce top 7 avec mes 4 livres préférés de 2016 ? ♥

Douce solitude

La semaine dernière, j'ai failli à l'une de mes résolutions, puisque le blog est resté solitaire, vierge de mes mots et donc des vôtres. Je n'ai pas eu trop de temps : j'ai fini un stage, fêté un évènement, pris du bon temps, justement. Et je n'en ai pas non plus vraiment eu l'envie. Plusieurs jours j'ai failli m'y mettre, me disant allez, je vais écrire sur le blog, ne pas faillir à cette résolution. Mais il y a eu des empêchements, ou des nouvelles, ou des mots qui sont tombés et l'envie n'était pas là. Mes doigts étaient solitaires sur le clavier, un peu déconnectés du coeur et de la tête.
Je n'allais pas à me forcer, ce n'est pas le but de ce blog.
Alors me revoilà, vous voyez, je ne suis pas parti longtemps, j'ai juste vécu un peu seul sans vous pendant quelques jours, comme cela nous arrive tous.

Et si je vous parle solitude et m'apprête à le faire tout le long d'un article, ce n'est pas par tristesse, lourde solitude, lamentations ou mal-être. Non, bien au contraire. C'est juste parce que c'est un thème qui me traverse en ce moment, de différentes façons, et que j'ai envie de lui offrir quelques lettres. Les voici.

La solitude elle s'est fait une petite place dans ma vie ce mois-ci. Parce qu'il y a eu un stage, des cours en suspens, des départs, des au revoir et des kilomètres mis entre des gens. Ça m'a fait un peu bizarre, oui, parce que je n'avais jamais vécu aussi longtemps seul. Mais vous le savez sans doute, la solitude, je ne lui connais pas de meilleure parade que l'occupation. Et moi, vous le savez sans doute, l'occupation, je sais la trouver. J'en parle d'ailleurs dans ma vidéo En ce moment, que vous avez beaucoup aimée. Vous me l'avez beaucoup dit, ça m'a beaucoup touché. J'aime goûter le temps dans l'encre, dans le noir d'une salle, dans les images d'une histoire, dans la musique, dans l'écriture et les tournages, dans votre compagnie ou celle de mes amis, de ma famille, des gens qui m'entourent.

Le noir d'une salle et les images, j'en ai beaucoup profité ce dernier mois. J'ai vu un amour éperdu, une fratrie désespérément accrochée à la vie et au vent, une enquête où tout tombe, des animaux qui rêvent en grand... et une jeune femme solitaire. Vous voyez de qui je parle ? Oui, je pense à Solange te parle. Cette YouTubeuse originale, touchante, intimiste, bizarre, absurde, rigolote, rassurante, qu'on aime... ou pas du tout. Moi, je l'aime, Solange. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que je vous en parle, je crois.

Elle vient de sortir un film. Il est n'est proposé que dans quelques salles françaises, c'est une petite production, une petite diffusion, un film court. Mais j'ai eu la chance de le voir à Bordeaux. J'ai été surpris. Tout en ne l'étant pas. Parce qu'on reconnaît Solange dedans : l'exigeante, l'originale, l'intimiste, l'absurde, la rigolote, la bizarre, la touchante, la rassurante. J'ai été ému et séduit. Mais suis un peu resté sur le bord aussi. Comme la pièce tordue, apaisante, intimidante et doucement jolie d'un appartement. On la regarde, on l'aime, mais on ne sait pas trop comment entrer, ni comment en sortir. Malgré tout, il continue à m'habiter, ce film. Maintenant. Maintenant et depuis que, sur mon vélo, la nuit, sous les étoiles et dans le froid, je l'ai laissé couler en moi juste après l'avoir vu. Juste avant de retourner à ma petite solitude momentanée.

La solitude de Solange et la mienne sont différentes, car la sienne est, le veut-elle, durable et la mienne momentanée et bien moindre. Mais sans doute m'y suis-je entraperçu. Sans doute ai-je pu toucher du doigt ce qu'elle nous dit : être seul fait autant de mal que de bien.

"Il faut sortir. Voir ses amis. Et attendre que ça revienne." dit Fauve dans une de ses chansons. C'est pourquoi j'ai fêté jeudi soir la St-Patrick et que j'ai bu des rires dans la nuit verte. C'est pour ça, aussi, que j'ai été flâner à l'autre bout de Bordeaux dans une bouquinerie hier, avec une amie. J'y ai déniché cet album, ce petit morceau de fraîcheur, de chaleur et de beauté :


"Autrefois, parmi les jonquilles du mois d'avril, on pouvait compter Papi et Pépé. Mais, depuis bien des années, leurs fourrures rose et bleue ne fleurissent plus les prés. Les souvenirs colorés remplissent mes idées, dansent et se cognent dans ma tête. Si bien que, parfois, je ne sais plus m'y retrouver."

Alors, le petit ours invente un jardin "aux couleurs de Papi et Pépé. Un endroit où souffler, respirer et se retrouver". Et je crois que c'est réussi. L'ours nous emmène du bout de la patte visiter ce jardins de souvenirs où fleurissent dans les herbes des bulles du passé. Il dessine des images. Des images qui vibrent sous des dessins à la minutie sans pareil et aux couleurs du passé. Des images qui naissent sous des mots simples et sincères. Des mots simples tissés les uns avec les autres pour former un texte d'une richesse, d'une sensibilité et d'une rareté précieuses. L'alchimie entre les deux est naturelle, elle transperce les yeux et le coeur. Et on a envie de faire de cet album notre petit jardin secret : un endroit où souffler, respirer et se retrouver.
Pour, finalement, faire comme l'ours. Garder au chaud tous nos souvenirs, où comme l'écrivait Solange, la perfection existe, garder au chaud sa solitude si confortable, garder au chaud sa tendresse et son amour. Et prendre le chemin de la vie et des autres.

" La vie et les autres l'attendaient dehors." Timothée de Fombelle, La Bulle (Gallimard jeunesse, 2015)

Alors voilà, alors qu'en partant pour le Salon du livre de Paris, je vais mettre fin à cette solitude momentanée ; je profite de ces derniers instants de calme, avant le retour d'un tourbillon de tout plein de choses. L'appartement est propre. Les fenêtres sont restées ouvertes toute l'après-midi. Le vent et le ciel bleu portent un froid parfum d'été. J'ai un plaid sur les épaules. J'ai mis ma playlist apaisante. J'ai lu des albums et je vous écris. Le soleil commence à descendre sur les toits.

Portez-vous bien.

Ce matin

Ce matin, je me suis levé après avoir (enfin) passé une longue nuit réparatrice, après avoir traîné au lit, et après avoir laissé mes pensées vagabonder vers le weekend qui m'attend. Ce matin, après m'être levé, j'ai ouvert les volets, les yeux encore voilés par la nuit et le noir et le corps vacillant sous la lumière de cette journée d'hiver. C'était un moment fragile.
Une fragilité qui habite, il me semble, les deux albums dont je veux vous parler aujourd'hui. Ils parlent tous les deux du matin avec une sensibilité qui allie une fragilité touchante à une force lumineuse. Je vais essayer de m'expliquer.


Dans Ce matin, Junko Nakamura ne raconte rien de plus que le matin d'un ours et de son chien. Il faut se lever, quitter son nid douillet, ouvrir les fenêtres, recevoir le soleil, s'habiller, prendre son courage à deux pattes et sortir se heurter au monde, à l'extérieur et aux autres.

Il y a dans les personnages une tendresse immense, à laquelle mon coeur d'enfant s'est profondément attaché. L'ours et son chien font attention l'un à l'autre et l'auteur-illustratrice le montre avec une grande simplicité. Chacun vit son matin avec et sans l'autre. C'est comme une petite danse des habitudes que chacun mène avec précaution. Jusqu'à ce moment très touchant où l'ours prend son chien dans les bras et lui dit "Je ne t'avais pas encore dit bonjour, mon chien."

Tout cela est rendu possible et amplifié par des dessins d'une grande douceur et par un jeu de lumières incroyable où la vivacité des couleurs, les ombres et la chaleur des illustrations rendent compte de l'atmosphère si particulière, confortable et mélancolique, d'une matinée ensoleillée.
Dans Premier matin, Fleur Oury, pour son premier album, met en scène deux ours. Petit Ours doit aller à l'école. Mais il a fait un rêve où se matérialisaient toutes ses craintes : oublier son cartable, ne plus avoir d'amis... Alors Grand Ours le rassure, et lui montre que l'école est aussi un lieu plein de promesses pour apprendre, changer, grandir et se faire des amis.

La même tendresse anime l'album de Fleur Oury. Ses deux personnages, réalistes, avec leurs deux petits yeux noirs et une bouche finalement peu expressive, vibrent pourtant de douceur et d'émotion. L'affection mutuelle qui les lie est palpable et la façon dont l'un se confie et l'autre le rassure est juste et touchante.

De plus, on voit petit à petit se dessiner autour des deux ours la forêt. La forêt s'épaissit, s'enrichit et le monde qui les entoure prend vie comme il s'éveille au matin. Avec des dessins minutieux et colorés fait aux feutres, Fleur Oury m'a séduit et touché.


Pourtant, si ces deux histoires tendres et simples plairont sans aucun doute aux plus petits qui se reconnaîtront dans les différents animaux (si attachants), elles sont toutes deux enrichies d'un niveau de lecture différent, subtile et juste.

Ce matin, de Junko Nakamura, invite à le lecteur à voir le matin comme un commencement. "La pluie d'hier n'est plus là, partons voir le monde." Ce soleil doux et chaleureux, ces couleurs mélancoliques, cette atmosphère si rassurante, c'est comme une main tendue pour laisser derrière soi des tracas ou des tourments passés pour trouver le réconfort dans la confrontation au monde.

Premier matin, de Fleur Oury, met en scène une relation tendre et confortable qui rassure et porte mais dont il faudra aussi se détacher pour découvrir, rencontrer et s'épanouir. C'est aussi un album qui dessine le monde autour de Petit Ours comme le monde se dessine dans l'apprentissage et dans les années qui passent.

Le tout, pour chacun des albums, avec douceur et émotion. C'est simple, oui, rapide à lire et c'est avant tout pour les enfants. Mais ça n'en reste pas moins, il me semble, sensible, juste et émouvant.

Ce matin de Junko Nakamura
Editions Memo
44 pages, cartonné, 16€ 
★★★
Premier matin de Fleur Oury
Les Fourmis Rouges
40 pages, cartonné, 14€

Noël de papier


(cliquez sur le lien pour accompagner cet article d'un peu de musique)

Je me fais très discret ici et là ces derniers temps. Décembre m'a vidé de toutes forces physiques, intellectuelles et émotionnelles. Je me ressource, je reviens très vite. Prenez soin de vous.
Hier, on parlait de Noël, et de moi, entre les lignes.

Noël, en livres, ça donnerait ça...

"Tout doucement, Eleanor tombe amoureuse de Park. Tout doucement, Park tombe amoureux d'Eleanor. Et nous tombons avec eux." écrivait Clémentine pour son blog et pour La Voix des Blogueurs, le prix dans le cadre duquel j'ai lu le roman. Tout doucement sont sans doute deux mots choisis avec soin parmi ceux qui décrivent le mieux le roman. Cette histoire d'amour sort de l'ordinaire en cela qu'elle est d'une délicatesse délicieuse. Les personnages sont originaux et différents. Leur histoire est un peu bizarre un peu tâtonnante mais très juste. Les mots sont simples, un peu maladroits, touchants. Alors oui, tout doucement, on tombe avec eux. L'histoire ne m'a pas semblé toujours crédible. J'ai été un peu déçu de constater qu'elle avait du mal à s'accrocher en moi et à bien s'y blottir, de voir que des choses clochaient et rendaient un peu bancal le roman. Parce qu'Eleanor est agaçante et parfois incompréhensible, parce que la fin va trop vite. Mais tout cela n'enlève rien à la douceur du texte, à la sensibilité du personnage de Park et à la beauté de leur histoire. Ni à l'évidence de la fin qui laisse l'horizon s'ouvrir. A savourer avec une peluche dans les bras... ou avec un(e) amoureux/se.
"Tenir la main d'Eleanor, c'était comme tenir un papillon. Ou un battement de coeur. C'était tenir une chose pleine et pleinement vivante."
Eleanord & Park de Rainbow Rowell - PKJ, 384 p., 16€90, 2014.


Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises de Quatre sœurs, un roman où l'on se sent aussi bien que dans son plus-gros-plus-vieux pull devant la cheminée. Si je vous invite chaleureusement à lire ce(s) (quatre) roman(s) pendant les fêtes, vous pouvez tout aussi bien vous plonger dans la bande-dessinée. Je vous parle des dernières parues, celles dessinées par Cati Baur chez Rue de Sèvres, la collection de BD de l'école des loisirs. J'avoue vous parler de ce premier tome sans même l'avoir terminé. Mais les premières pages ont suffi pour me convaincre. Les cases sont grandes, le découpage original, le texte s'efface parfois pour laisser beaucoup de place à l'illustration, les deux s'appuient l'un sur l'autre avec beaucoup de délicatesse. Le tout dégage une sensibilité, une élégance, une justesse et une émotion qui donnent à l'adaptation toute sa force. L'âme du roman palpite dans cette bande-dessinée qui apporte beaucoup à l’œuvre de Malika Ferdjoukh. Ça craque, ça souffle, ça crépite, ça respire, ça vivote entre les pages. A siroter sous une grosse couverture.
"Encore un peu plus loin, sur le chemin, le pavillon des gardiens, inoccupé depuis des années. Et enfin... "Au bout du bout", comme dit Hortense... juste avant le bord, avant la falaise et la mer, à l'aplomb du vide, il y a... la Vill'Hervé."
Quatre sœurs de Malika Ferdjoukh et Cati Baur - Rue de Sèvres, 160 p., 15€00, 2014.
 "Il est dix-neuf heures et Papa n'est toujours pas rentré. En l'attendant, je joue dehors avec mon chat. Quand soudain, il bondit dans l'arbre, et disparaît."
L'histoire est simple, presque banale. Elle aurait pu s'arrêter là, tout simplement. Mais la petite-fille saute dans l'arbre à la suite de son chat. Et elle grimpe. Là, elle rencontre un merle qui cherche son nid, un ver qui cherche son amie, un patineur qui cherche son écharpe, des cow-boys qui cherchent un bandit, un chauffeur de bus qui cherche un arrêt, etc. Ses rencontres sont de plus en plus démesurées, de plus en plus extravagantes, sans jamais briser ce cocon onirique qui enrobe l'album avec douceur. L'enfant est toute jolie et la finesse de son visage suffit à exprimer beaucoup. Parce que l'émotion de l'histoire passe par sa quête un peu insensée, par son allure d'enfant et par un tout petit sourire au coin d'une branche. Le trait est rond et délicat, les couleurs pastels sont délicieuses, et les personnages tous égarés dans une bulle loufoque sont simplement touchants. A suçoter comme un bonbon. - coup de ♥
 Troisième branche à gauche d'Alexandra Pichard - Les Fourmis rouges, 40 pages, 16€50, 2015.

Les mots et leurs pouvoirs




            Les mots et leurs pouvoirs ; essence même de tant d’interrogations, de réflexions, de livres, essence même de ce que nous sommes, nous, lecteurs. Les mots et leurs pouvoirs ; l’objet de cette chronique qui vous présente quelques albums pour enfants –et grands enfants !– approchant de plus ou moins près cette question.



– Coup de ♥
            De manière plutôt concrète, Un petit mot magique propose d’aborder le thème avec, comme l’indique le titre, celui de la politesse comme compagnon. Un panda rencontre plusieurs animaux et leur propose des donuts. Tous, sauf l’autruche, hautaine et désagréable, en veulent. Mais un seul, le maki (le singe, hein, pas le sushi), dit « S’il te plaît ». Alors, le panda lui donne tout.
            L’histoire est simple mais bien menée, très drôle et attendrissante. Mais ces impressions de lectures sont possibles grâce au graphisme qui est tout simplement délicieux. Tout est sur fond gris et les animaux sont noir et blanc (le panda, l’autruche, l’orque, le putois). Les seules touches de couleurs sont les donuts et les yeux du maki, oranges et ronds comme des donuts ! Le panda, avec son air bougon, est tout simplement adorable. Le maki, quant à lui, avec ses grands yeux et son immense sourire, vient apporter cette touche pétillante de joie, de couleur et de politesse.
            Un album délicieux à lire et à partager ! Si vous êtes polis, peut-être que je vous en lirai un bout…



            Puisque les mots sont l’essence de ce que nous sommes, êtres lecteurs et dévoreurs de lettres, je ne peux que vous parler de T’es plus mon amoureux ! de  Claire Gratias et Sylvie Serprix. Il s’agit de la suite d’Arrête de lire, dont vous aviez peut-être entendu parler car il a reçu le Prix des Incorruptibles 2014 catégorie CE1. Ce second album met sur la route d’Horatio la jolie Cassandra, une amoureuse ! Le voilà prêt à conquérir son cœur, mais il va découvrir que ce n’est pas si simple, qu’il va falloir faire des choix, voire des sacrifices.
            Le texte, bien que rythmé, m’a semblé un peu convenu. Mais il met en mots avec beaucoup de légèreté et d’humour cette histoire de mots et de maux amoureux. Arrête de lire et T’es plus mon amoureux, c’est néanmoins un réel plaisir de lecture grâce au dessin de Sylvie Serprix. Ses illustrations, un peu classiques aussi dans leur rapport au texte, vivent et mettent en couleurs l’histoire. C’est vif, intense et traversé de myriades de petites lettres –qui recomposent plus ou moins le texte, si on y porte bien attention. Elles apportent une richesse à l’image et une profondeur à la représentation de l’histoire qui a su me toucher.
            Je vous invite vivement, amoureux des mots, à découvrir cet album !



            Les mots sont faits de lettres, et on les trouve aussi dans des lettres ! (Oh, la jolie pirouette intellectuelle.) Je pourrais alors vous parler de Lettres de mon hélicoptêtre, un album frais et revigorant, mais ce ne sera pas pour aujourd’hui. A la place, je vais vous parler de Marcelle Potoffeu, publié dans une petite maison d’édition existant depuis bientôt 10 ans : les éditions  Courtes et longues. Cet album raconte l’histoire de la fameuse Marcelle Potoffeu, concierge d’un immeuble parisien, qui dévore les mots ou plus exactement les secrets de ses voisins, qu’elle découvre dans les lettres que le facteur apporte chaque matin. Après une présentation piquante du personnage, les auteurs racontent comment son destin, et celui de l’immeuble, a brusquement basculé un jour.
            L’histoire est drôle et incisive, voire un peu cruelle. On s’attache à Marcelle Potoffeu tout en la moquant. Yann Walcker joue avec les clichés et des idées innovantes pour dresser le portrait de ce personnage haut en couleurs. Le graphisme est en harmonie avec ce texte. Il appose de nombreux aplats de textures et a un côté très moderne en jouant sur les couleurs, une découpe de l’image franche et des effets informatiques : profondeur, feu d’artifice de mots, … C’est parfois un peu lourd mais en même temps très riche ! J’ai beaucoup aimé ce style et j’ai trouvé que Gaia Guarino maniait avec brio la gestion des espaces et notamment du blanc qui s’insère, ainsi que le texte, parfaitement dans l’image.


 
– Coup de ♥
            Je termine ma chronique sur l’album que j’ai préféré et qui est l’un de ceux qui me le plus touché jusqu’à aujourd’hui. Fadoli dresse le portrait, plus qu’il ne raconte une histoire, d’un personnage qu’on traite de « fada du village », qu’on appelle « Fadoli ». Mais lui n’est pas comme « les gens pressés ». C’est un garçon qui rit plutôt que pleurer, qui « vi[t] les yeux dans les étoiles les pieds sur un nuage ». Le mot fait mal, mais lui semble le laisser glisser sur les immenses ailes de son imaginaire sans s’arrêter de voler avec sa différence, qu’il faut apprendre à accepter.
            Le texte est d’une rare beauté. Il dessine cet enfant avec une délicatesse véritablement bouleversante et très peu de mots. Mais cette réserve dans le texte crée une sensible pudeur et une richesse implicite qui donnent du corps et de la profondeur à l’album. De plus, cela donne une place immense à l’illustration qui éclot avec splendeur au cœur des pages du livre ; tant et si bien que ce premier disparaît et l’image est seule reine de quelques doubles pages. L’univers de l’illustratrice offre au lecteur une des images somptueuses : les cheveux de l’enfant naissent de fleurs, ses pieds se couvrent d’un firmament bleu et vert, il lui pousse des ailes de papillon, les animaux l’entourent et changent de taille, volent, inquiètent, étonnent, réjouissent, rassurent. Les couleurs éclatent, se heurtent, se perdent comme la réalité et l’imaginaire. On ne sait plus trop où sont l’un et l’autre. Entre surréalisme et peinture fidèle d’un monde tangible bien que rêvé, Mathilde Magnan donne vie au texte avec une sensibilité et une beauté essentielles.
            Un album nécessaire où l’art, mots comme images, frémit avec panache et délicatesse la surface d’une vérité : la différence est richesse.

Le chien que Nino n'avait pas




            C’est l’histoire de Nino, un petit garçon qui « avait un chien même si en fait il ne l’avait pas ». Ce chien, on le comprend à travers le texte mais surtout les illustrations, est imaginaire. Lorsque Nino joue, il joue avec ce chien, il s’amuse, fait des bêtises, court avec lui, et comble sans doute l’absence de ce père qui est loin. Un jour, on lui offre un vrai chien. Le vrai chien est moins intrépide, plus sage, et surtout réel : il ne peut pas être aussi proche de Nino que ne l’était son chien imaginaire. Mais Nino invente une ménagerie entière, des dizaines d’animaux qui habitent son imaginaire et l’aident à rêver et à grandir, tout du moins à avancer dans sa vie. C’est un album qui loue la puissance et l’importance de l’imaginaire, aborde l’amitié, exprime une grande solitude, noue avec le rêve et s’implante fortement dans la nature.

            J’ai découvert Le chien que Nino n’avait pas dans un papier du Télérama. La critique du magazine, qui lui attribuait la note considérable de trois T, m’a intrigué. Le lendemain-même du jour où j’avais découvert cette critique, une cliente le demandait dans la librairie où j’effectuais mon stage, l’ayant elle-même découvert dans le magazine. Puisqu’elle l’a acheté, nous l’avons re-commandé et je me suis retrouvé quelques jours plus tard, en déballant les cartons, avec l’album entre les mains. Je ne me suis pas vraiment attardé, mais je l’ai feuilleté, et j’ai senti un quelque chose se dégager de cette couverture sensible et colorée et de ces pages riches en promesses. Promesses qui allaient être tenues. Je l’ai en effet acheté à la fin de mon stage et l’ai lu quelques jours plus tard.
            Dès la première lecture, j’ai eu pour cet album un véritable coup de cœur. Il est au départ assez difficile d’en comprendre l’origine et les tenants. Mais il se dégage de la collaboration de ces deux artistes une alchimie envoûtante, touchante et efficace. Puis à force de le feuilleter et de le relire, il m’a semblé comprendre un peu mieux, me rapprocher du cœur même de l’ouvrage et de ce qui m’avait touché. J’ai en fait l’impression que je ne pourrais jamais réellement mettre le doigt et les mots sur cela, mais c’est l’une des raisons de la force et de la beauté de l’album.

            La puissance artistique et émotionnelle du Chien que Nino n’avait pas réside entièrement dans ses non-dits.
            Le texte tient simplement à sa sincérité : le ton est léger, voire enfantin, mais les significations qu’on peut en tirer, les mots entre les lignes et les faits derrière les propos tenus sont lourds et densifient réellement l’écrit. C’est pourquoi il est si poignant : la densité du cœur humain est exprimée par la volatilité de l’enfance.
            Le dessin quant à lui ne semble d’abord être là que pour illustrer. Il représente les situations décrites par le texte. Mais le texte est concis, et ne raconte l’histoire qu’avec un minimum de mots. Le lecteur se plonge donc dans la richesse –de style et de détails- des illustrations pour y puiser des éclaircissements, et combler lui-même ces vides. Les dessins apportent en outre un élément important : les personnages (en l’occurrence le garçon et le chien) et leurs expressions qui entrent finalement en décalage avec la légèreté du texte et viennent le compléter.

            Le chien que Nino n’avait pas est un album de non-dits, de décalage où le texte et l’illustration se complètent mais invitent aussi le lecteur à enrichir l’ensemble de lui-même. Ils illustrent l’enfance et la vie humaine : il y a ce que l’on voit, ce que l’on dit, mais il y a aussi tout ce qui est dissimulé.


Ceci est en fait un extrait d'un devoir écrit dans le cadre de ma formation en métiers du livre où je devais analyser le rapport texte/images d'un livre. N'hésitez pas à me contacter si vous souhaitez en savoir un peu plus !

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