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Les ailes déployées

"Je ne peux pas beaucoup, mais je peux, alors je fais, et je pose de ma plume quelques plumes de plus aux ailes de Luciole. Je lui dis merci pour sa musique palpitante et délicieuse, je lui dis je suis avec toi, et tes mots et ta voix et ton son me portent un peu plus loin, je lui dis je m'inspire de tes mots pour en trouver d'autres ... en moi, et chez les autres. Voici quelques lectures que les mots à rebours qu'elle dissémine un peu partout m'inspirent."

J'ai écrit ces mots vendredi. Et depuis ...
depuis, j'ai vu Fauve en concert, un tout autre style mais le même amour des mots
j'ai dormi (beaucoup)
je me suis baladé dans un petit salon du livre jeunesse
j'ai reçu la version numérique du nouveau album de Luciole, qui sort demain
j'ai écouté écouté écouté ses mots et sa voix, écouté vibrer ses ailes
et je ne m'en lasse pas.

Je reprends ses #motsàrebours pour vous parler de livres. 


 Parler d'un livre policier quand la chanson s'appelle La clé du problème c'est facile ... mais dans Pénélope Green, la clé du problème ce n'est pas seulement la clé du mystère qui, en soi, est moins importante que le reste. Je l'ai même trouvée parfois un peu tirée par les cheveux ou en tout cas moins passionnante que le fond. Le fond c'est la réelle clé du problème pour laquelle il faut trouver une serrure.
C'est la clé du problème de la place des femmes dans les sociétés internationales du XIXe siècle.
C'est la clé du problème des sentiments, qu'on retient à l'époque, qu'on interroge en soi, qu'on rêve.
C'est la clé du problème de l'aventure, de l'écriture et du journalisme.
C'est la clé du problème de l'histoire.
C'est profond, bien écrit, passionnant bien que ralenti par quelques longueurs mais toujours réellement fascinant !


J'ai beau trouvé la couverture bof, le résumé peu représentatif du livre et le tout assez mal vendu ... j'ai été très agréablement surpris.
Parce que oui il y a du vent dans ces pages.
Dans des enveloppes qui traversent l'Europe, deux adolescentes, pour une correspondance en cours de français, s'envoient des signaux de fumée.
Des signaux qui disent à l'autre qu'elles sont loin mais qu'elles apprennent à se connaître avec tendresse, qu'elles sont là, qu'elles se soutiennent, qu'elles sont heureuses, qu'elles souffrent.
Des signaux qui disent entre les lignes, avec une sensibilité qui frémit à la surface des mots lumineux de Charlotte Bousquet, leurs peurs, leurs rêves, leur rage, leur amour, leurs vies en somme et leur identité.
Des signaux, des alertes, des doutes, des pas en avant, des indices et une chute à la fin du roman. Une surprise. Un choc, une émotion et la conclusion d'un beau moment passé en compagnie de ces personnages.

Quelques mots à rebours non cités ...


Une autre bribe de vie

Pour public averti

La vie de Mali, devenue Maliki.
Et on est loin de son univers aux cheveux roses, de ses adorables chats un peu bizarres, de ses dessins colorés et de sa vie amusante.

La vie de Mali, jeune dessinatrice un peu perdue à Paris.
Comment elle cherche son indépendance, comment elle fuit sa famille, comment elle se cherche, comment elle se construit, comme elle s'effondre, souvent, dans les tourments de la vie.

La vie de ce personnage fragile.
Car le miroir se brise rapidement, car il est fêlé dès le début, car on voit bien derrière ce regard déterminé, derrière cette rage, derrière cette colère à peine contenue, provocatrice, tempétueuse, vulgaire, on voit l'émotion à fleur de peau, on voit la vie qui se dessine, on voit les larmes contenues.

La vie de ses amis à qui elle s'accroche.
Ils sont là, ils l'aident, ils cherchent à la comprendre, à la pousser en avant, à être là pour elle. Mais eux aussi se fissurent de leurs failles, eux aussi sont fragiles, eux aussi ressentent, vivent et tombent. Ce trio bouleversant met au jour les cicatrices béantes des humains qui, malgré tout, forgent de leur amitié une épée de courage.

La vie à coups de crayon.
Tout cela brille, sombre, vit, palpite, souffle, enrage, exulte, crie de ces traits vifs qui savent s'adoucir pour laisser place à une juste émotion. Et laisser, tout simplement, la vie se dessiner à l'horizon de la profondeur des pages. Dans la blancheur et la noirceur de cet ouvrage.

Court mais terriblement intense.
Vif mais tendrement touchant.
Sombre mais violemment beau.
Coup de coeur et coup de poing.

Bribe bleue


Une bribe bleutée de la vie de Clémentine.
Ce n'est pas le bleu de la tranquillité, ni celui de l'infini, ce ne sont pas ces images apaisantes qu'on lui attribue normalement. Non, Clémentine est dans le noir et le blanc. Elle reste dans cette normalité, dans cet anonymat, dans ce flou et ce gris plutôt rassurant où rien ne bouge. On est juste neutre. On n'a pas vraiment de couleurs. On se fond dans la masse. Puis Clémentine rencontre Emma, au coin d'une place, au détour d'une marche, un regard échangé, et une fascination immédiate, une attirance même si le mot est dur à s'avouer. Pour Clémentine, c'est le début du bleu des vagues.

Une bribe bleutée de la vie d'une époque.
En parallèle de l'histoire de Clémentine, on voit une époque se dessiner par touches: les infos par-ci, les bavardages par-là, les réactions, les façons de vivre et de penser, les actes et les pensées en fond. Dans l'étroite intimité d'un personnage palpitant, Julie Maroh glisse des bribes et des filaments de la fin du XXè siècle, où les choses commencent à réellement bouger du côté des droits LGBT. La construction de ce personnage se fait sur et s'entremêle aux idées mêmes de ces quelques années. Tout cela est interdépendant. C'est subtil, efficace, et d'une touchante finesse.

Les bribes bleutées de ces vies que l'on croise.
Une vie est faite de tant d'autres vies. Chacune d'elle, même si on en saisit un fil que l'espace d'une seconde, se noue à la nôtre et l'influence plus ou moins. Cette BD, en filigrane, le montre bien. La vie change pour Clémentine d'un seul regard. Ces changements impacteront son rapport aux autres. Ceux-là ne voudront plus partager les mêmes liens. Il y aura des accrocs, des fils coupés, des mots crachés. Mais aussi des nœuds solidifiés, des liens noués, des sourires tendus comme une corde salvatrice. Valentine est de ceux-là. Vif, doux, gentil et tendre garçon -gay- qui est pour elle un confident, un ami, un pilier et un conseiller. C'est une figure bienveillante et chaleureuse qui éclaire la bande-dessinée et reste sans doute à Clémentine son seul repère d'un bout à l'autre de son histoire mouvementée.

La bribe bleutée de la vie d'une adolescente qui se crée.
Clémentine croyait savoir qui elle était, vivait doucement et se disait peut-être même heureuse. Mais dès ce regard, dès cet échec avec un garçon, dès ses discussions avec Valentin, les engrenages commencent à se dérégler et sa vie à se fragiliser. La propre structure sur laquelle elle avait posé son identité se fissure et s'effondre, mettant à jour ses failles, ses faiblesses, son amour, ses différences, mais aussi sa force. C'est terriblement douloureux et touchant et superbe de voir cette jeune-fille emprunter un parcours parfois semblable, parfois différent au nôtre. Julie Maroh écrit avec beaucoup de délicatesse, et une justesse immense, la vie de son personnage et sa confrontation à sa propre identité, au regard des autres, à la société et à l'avenir.

Avec beaucoup de sensibilité, cet album pose la question de l'identité, de la manière dont on peut la forger dans une société souvent grise, noire et blanche. L'auteure dessine la souffrance, l'adolescence, les changements, grandir, l'amitié et l'amour. L'amour qui consume et détruit. Celui qui rend heureux. "Cette force qui fait vivre. C'est-à-dire qui fait naître et qui fait mourir." (Le livre de Perle). Clémentine renaît dans l'amour. Mais il la fait aussi mourir à petits feux.
La fin m'a semblé discutable. Mais finalement, elle est sans doute juste, inévitable. C'est l'histoire d'un amour consumant. Une vague bleue et chaude qui engloutit tout et ouvre les portes de l'infini. C'est l'histoire d'une souffrance, d'une vie menée contre la douleur, pour l'amour et le bonheur. C'est l'histoire d'une vie différente. C'est un album qui pose la difficulté de l'être, du devenir, de la volonté, des choix. Et qui demande: comment peut-on s'en sortir dans une société où on est rejeté ?
Enfin, c'est une bande-dessinée qui pose la question de l'intimité. De ce qu'il faut garder pour soi, ou non. De comment chacun organise sa sphère privée, sa sphère privée. C'est se demander si cette dernière peut nous servir à affirmer, défendre et faire savoir nos opinions. C'est se demander les dangers qu'une telle démarche entraîne. C'est peut-être là la fissure, le déséquilibre entre Emma et Clémentine.

Le texte est délicat, le dessin magnifique et les deux se laissent respirer, se laissent de la place mais savent aussi ne faire qu'un. C'est un art subtil, efficace, maîtrisé, fascinant et touchant.
Une vague de vie pour arracher à notre coeur la bribe sensible d'une superbe douleur: celle d'aimer.


Je n'ai pas vu le film, et on ne m'en n'a pas dit que du bien ... et vous, qu'en pensez-vous ?
Il a l'air bien, il a l'air fort, il a l'air touchant.

Une bribe de vie




La vie de Yanis, sincèrement amoureux de Camille.
Mais comment lui dire ? Comment être honnête ? Comment y arriver et avancer ? Comment ne pas tomber ? Comment vivre au même rythme que son coeur ? Il bat, va, court trop vite. S'envole.

La vie d'un adolescent amoureux, que les sentiments bousculent et malmènent.
Ils sont retranscrits avec cette sincérité propre au personnage, avec justesse, avec douceur par la plume tendre et saisissante de Gaël Aymon.

La vie d'un garçon, qui grandit, se forge et se construit.
On en parle pas tant que ça, on reste beaucoup dans la féminité, les mots sont rarement si touchants quand il s'agit d'un garçon. Je reste bouleversé, à chaque lecture, par L'été où je suis né. Ici, c'est un garçon, qui ne sait pas trop comment assurer, et être un homme. Il tâtonne, cherche, se trompe, pleure aussi, grandit.

La vie pour l'après.
Oublier Camille est un court et juste roman pour aller de l'avant, un bref et fort roman pour grandir, un roman pour parler aux adolescents de l'amour.

A travers les fentes de l'obscurité




                Cher Théo,

je t’écris cette lettre ouverte que j’avais envie de t’écrire depuis longtemps … parce que tu n’as pas vraiment aimé La face cachée de Margo, alors que moi, comme tous les romans de John Green, il m’a beaucoup ému, et touché. Autant dire que c’est aussi l’occasion de le chroniquer, mais surtout d’essayer de te convaincre. J’ai l’espoir qu’en ayant fini la lecture de cette lettre, tu revois un peu ton opinion, tu aies une vision nouvelle du roman et peut-être commences à l’aimer un peu plus …

                Qu’est-ce qui ne t’a pas plu au final ? L’ennui, dis-tu, l’ennui que tu as ressenti pendant une bonne partie du roman, son milieu … le milieu, c’est cette partie de mystère, quand Margo a disparu, quand elle est partie et que Quentin cherche à percer le mystère des indices qu’elle semble avoir laissé derrière elle et qui le mèneront jusqu’à elle.
                Si tu avais lu d’abord Qui es-tu Alaska ?, j’aurais pu comprendre cet ennui, car avec La face cachée de Margo, John Green a du mal à se défaire de son premier roman. Il reste, comme Miles pour Alaska, la fascination de Quentin pour une fille qui lui semble si mystérieuse, Margo ici. Il reste le caractère rêveur du personnage principal qui semble vivre passivement ce qu’il lui arrive, spectateur de ces évènements, profitant du bonheur qu’ils lui procurent, qui ne prend les choses en main que lorsque la situation paraît désespérée, en tout cas désespérante. Ce n’est que dans la dernière partie, c’est bien vrai, que La face cachée de Margo prend son envol, devient vraiment original, prenant et vivant.
                Mais doit-on pour autant dénigrer le début ? N’est-ce pas justement celui-ci qui donne à la dernière partie tout son sens ? Le début a un rythme lent, moins effréné, plus contemplatif. Quentin recherche et une quête n’est pas rapide, pas facile, et elle peut être longue, voir ne jamais aboutir, un peu comme ce fut le cas dans Qui es-tu Alaska ?  justement.
                Il serait facile pourtant de dire que La face cachée de Margo aurait pu s’appeler Qui es-tu Margo ?. En fait, c’est plus profond, plus subtil que cela. La première partie du roman, qui entraîne aussitôt le lecteur dans une nuit rocambolesque où Margo embarque Quentin dans son plan de vengeance, pose les bases de tout le roman, le mystère entourant Margo, l’amour de Quentin pour elle, et leur relation tâtonnante, étonnante, énigmatique. Elle a su te séduire, te captiver, tu as su la percer à jour.
                La dernière partie est trépidante, en forme de road-trip où 4 amis traversent l’Amérique pour essayer de retrouver Margo, le jour de la remise des diplômes. C’est frais, plein de bonne humeur, de rires, et cette troupe déjantée nous fait voir les choses avec l’œil grand ouvert, pétillant, avec espoir.
                Et entre les deux, Théo ? Qu’est-ce qui caractérise cette partie centrale qui n’a pas réussi à t’accrocher ?

Réédition
                La face cachée de Margo est un roman d’apprentissage, un roman initiatique où Quentin cherche à trouver qui il est, cherche à comprendre le monde, l’amour, la vie, et à s’affirmer. Au début, il ne vit que par l’amour de Margo, il la voit comme une divinité, parfaite, mystérieuse, séduisante. A la fin, il décide de partir, il affirme son choix et embarque dans la voiture de ses parents 3 de ses amis, une motivation sans faille et l’espoir. Il a compris qui il est, ce qu’il voulait faire, là, maintenant pour être heureux, et il a peut-être commencé à cerner ce qui caractérise l’amour et ce sentiment profond qu’il voue à Margo.
                Entre les deux, Théo, c’est le chemin qu’il parcourt. Sa quête, sa recherche des traces laissées par Margo l’amène à penser, réfléchir et prendre du recul sur ce qu’il vit.
                Il comprend que la ville dans laquelle il vit, et le monde, et les gens, ne sont que de papier. Ils brûlent l’avenir en ne cessant de vivre que pour celui-ci. Ils veulent le confort et l’assurance d’un futur agréable et n’arrivent finalement pas à vivre dans l’instant et à vivre pour l’avenir du monde plutôt que leur propre et insignifiant avenir.

                « Puis la durée de vie s’est allongée et les gens ont eu de plus en plus d’avenir et par voie de conséquence ils ont consacré plus de temps à y réfléchir. A l’avenir. Et aujourd’hui la vie est devenue l’avenir. Chaque instant est vécu pour l’avenir. »

                Il comprend que l’amour a tendance à diviniser la personne aimée, alors qu’elle n’est au final rien d’autre qu’un être humain comme nous, avec ses qualités et ses défauts. Il prend conscience, comme le lecteur peut le saisir, le comprendre et peut-être même l’approuver, que personne n’a plus de valeur que les autres, cette valeur n’existe que parce que nous lui accordons une attention.

                « Mais ne nous est-il pas fondamentalement difficile de comprendre que les autres sont des humains au même titre que nous ? On a tendance à les idéaliser comme des dieux, ou à les rejeter comme des bêtes.

-          Tu as raison. La conscience tend à créer des fenêtres limitées. »
                Il découvre la peur, la solitude, le voyage, le mystère, les questions sans réponse, la liberté. Il découvre qu’on peut, seul, s’échapper et se heurter à la vie afin de mieux en saisir les limites. Mieux en saisir les limites pour mieux les briser.

                « Je ne sais pas à quoi je ressemble, mais je sens comment je me sens : jeune. Idiot. Eternel. »

                Enfin, il comprend qu’une personne existe à travers les autres. Ce n’est que parce que les autres en ont chacun une vision que cette personne se construit et se définit. Nous sommes tous des êtres aux multiples facettes qui sont façonnées sont le regard de ceux qui nous entourent. Ainsi sommes-nous difficiles à cerner, à comprendre et à saisir. Notre profondeur et notre multiplicité est telle qu’en comprendre l’ensemble est impossible.
                « J’ai senti alors nos fils qui n’avaient pas rompu, celui de Margo, le mien, courir de notre petite enfance jusqu’à cette nuit en passant par le type mort et le cercle de nos relations. J’ai eu envie de lui dire que le plaisir ne résidait pas dans les préparatifs, ni dans le faire faire ou de partir, le plaisir était de constater que nos cordes se croisaient, se séparaient et se retrouvaient. »

                Voilà, cher Théo, mes mots sont peut-être maladroits, ils essayent juste de transmettre avec sincérité ce que j’ai perçu de ce roman parfois fragile mais profond, touchant et passionnant. Chaque chapitre de ce roman trouve son sens dans cette fin si émouvante. « Le signe extérieur de l’invisible lumière » c’est la quête de Margo, qui est passée par la poésie, par où elle vit, par ce qu’elle lit, écoute, aime, par l’autre, par ses amis, par le passé, le présent et l’avenir. Cette quête qui prend racine dans une mystérieuse nuit vengeresse et se poursuit dans une longue, difficile, tortueuse mais fondamentale recherche. A laquelle tu n’as pas accroché, j’y consens. Mais j’espère que tu auras pu saisir à quelle point elle est essentielle et profonde. C’est parce que cette quête existe qu’enfin Quentin, « à travers les fentes de l’obscurité », voit Margo presque parfaitement. Ce presque, c’est l’ineffable mystère de l’être humain, que personne jamais ne pourra éclairer.

                Bien à toi, mon cousin,
                               Nathan

Un brin de folie, un peu de fantasy



                En commençant Terre-Dragon, je me suis rendu compte que j’ai en fait lu, dans ma courte mais riche – il me semble – vie de lecteur, très peu de fantasy. Aussi débuté-je cette chronique à tâtons, en vous annonçant tout de suite que mon avis reste très subjectif et un peu hésitant. Je ne peux pas véritablement juger l’originalité des romans, puisque je n’en lis que peu du même genre.
                Toutefois, j’ai décidé de présenter dans cette chronique deux romans. L’un ancien (il a quand même 11 ans !) et classique dans le genre, l’autre très récent puisqu’il fait partie de la rentrée littéraire jeunesse de Gallimard ! De plus, leurs auteurs ont une histoire étroitement liée. Il s’agit en effet de Pierre Bottero (décédé en 2009) et Erik L’Homme, qui a terminé seul la saga qu’ils avaient tous deux commencée : A comme association.


                La quête d’Ewilan, tome 1 : D’un monde à l’autre ; Rageot, 2003.
                J’entends déjà derrière l’écran de mon ordi les hurlements hystériques de vous autres, fans de Pierre Bottero et d’Ewilan ! Je comprends votre engouement, bien que je ne sois pas encore capable de qualifier ce début de saga de coup de cœur …
                Je ne pourrais pourtant pas nier que Pierre Bottero a réussi à me séduire ! Il commence innocemment par écrire un roman fantastique, et non de fantasy, jusqu’à ce que Camille bascule dans un autre monde, jusqu’à ce qu’elle découvre que toute son existence, jusque-là, n’a été qu’un mensonge.
                J’admire le talent de Pierre Bottero à créer de toutes pièces (bien que, évidemment, il n’aille pas aussi loin que le fit Tolkien) un autre monde et à l’introduire doucement. Nous le découvrons petit à petit en même temps que Camille et toutes ces informations ne sont pas, à un seul moment, indigestes. Bien au contraire, elles sont fascinantes, séduisantes, exaltantes. Un nouveau monde, regorgeant de beautés, s’ouvre à nous.
                J’admire le talent de Pierre Bottero à créer, avec subtilité et profondeur, des personnages attachants, se caractérisant chacun par sa force d’être : leur vivacité, leur singularité, leurs touchantes aspérités. D’un monde à l’autre, ces protagonistes plus ou moins humains brillent chacun d’une flamme – parfois hostile – qui les habite, les anime et nous touche.
                Je suis conscient que tout le reste de l’œuvre de cet auteur recèle encore beaucoup d’émotion et de poésie. Ce premier opus nous propose de passer d’un monde à l’autre … et c’est en écrivant cette chronique que je me rends compte combien il a éveillé ma curiosité. Combien, finalement, j’ai hâte de lire la suite !

                Terre-Dragon tome 1 : Le souffle des pierres d’Erik L’Homme ; Gallimard jeunesse, 28 Août 2014
                Si j’ai fait, au début de ma lecture, le constat que j’ai énoncé au début de ma chronique, c’est bien parce que j’ai été déconcerté. Déconcerté d’abord par la vitesse à laquelle l’intrigue s’envole. Dès le premier chapitre, l’auteur nous lance dans l’action et dans la fuite du personnage de Sheylis. Déconcerté ensuite par ce monde qui me semblait assez peu original : une carte inédite certes, mais une sorcière mal vue du reste du village, des créatures répugnantes et hostiles … Je n’accrochais pas réellement à l’histoire et aux personnages.
                Mais grâce au rythme effréné du roman, grâce aux chapitres courts et l’écriture incisive d’Erik L’Homme qui ne perd pas un mot pour faire avancer son intrigue, je me suis finalement laissé peu à peu entraîner dans ces aventures qui passent d’un personnage à l’autre avec fluidité, nous offrant, par une narration externe, de multiples points de vue qui enrichissent l’intrigue.
                Alors j’ai saisi le souffle du roman qui s’inscrit dans la tradition des plus grandes histoires de fantasy. Il y a un paysage et des sonorités nordiques fascinantes, des clans, des tribus, des langues, une magie ancestrale, des conflits, des tensions, une Histoire particulière … et dans ce schéma assez classique, Erik L’Homme trouve sa liberté d’écrivain et de conteur. Il invente un fleuve dont le liquide se situe entre métal et eau. Il invente une façon de pratiquer la magie ouvrant sur des centaines de possibilités, fascinant le lecteur. Il invente des créatures, des obstacles, des quêtes, des destins, des Dieux …
                En un mot, Erik L’Homme nous rappelle l’essence même de la fantasy : le rêve, l’imaginaire, une évasion rocambolesque et captivante loin de notre monde dont nous voulons nous échapper, l’espace de quelques pages, l’espace de quelques mots. Plus le temps passe depuis la fin de ma lecture, plus je suis convaincu et enthousiasmé par ce début de trilogie finalement prometteur … heureusement, la suite paraît en février et la fin en septembre 2015 !

                Pour les adeptes de fantasy, je suis donc sûr que le nouveau roman d’Erik L’Homme saura vous séduire …
                Pour les autres qui, comme moi, tâtonnent dans ce domaine, n’hésitent pas à le découvrir en vous délectant des plus grands romans de fantasy jeunesse : ceux de Pierre Bottero !

Dangereuses et touchantes créatures ~ ♥



Il y a maintenant presqu’un an et demi, je quittais définitivement l’univers de la saga des lunes en tournant la dernière page du roman 19 lunes, quatrième et dernière tome de la série. Seuls les fans de la première heure, et les fans d’autres séries qu’ils estiment, comme je le fais pour 16 lunes, faire partie de leur panthéon d’auteurs et de livres préférés, pourront comprendre ce que j’ai alors ressenti. L’impression de dire au revoir à des amis chers, l’impression de partir d’un lieu qu’on chérit plus que tout pour retrouver la banalité de son quotidien, l’impression, en fait, de devoir faire un pas en avant, grandir, commencer un nouveau chapitre, dire au revoir au passé et avenir me voilà, en trois mots : quitter la maison.
Définitivement ? Pas si sûr.
Quelle ne fut pas ma joie quand j’ai appris que les auteurs se lançaient dans une série spin-off de la saga des lunes. Quelle ne fut pas ma joie d’apprendre que j’allais pouvoir retrouver leur univers si envoûtant. Quelle ne fut pas joie, enfin, de me plonger dans la nouvelle Dangereux rêve, que les auteurs ont écrites pour faire patienter, comme moi, les fans impatients en furie. (bon ok j’ai une tendance à l’exagération certaine, mais je pense que cette expression n’est pourtant pas si loin de la vérité).
Quand j’ai reçu Dangereuses créatures, accompagné d’un joli marque-page aux couleurs de la saga, j’ai crié, sauté partout et fait savoir au monde entier (là j’exagère) mon immense bonheur venu éclairer ma journée de lycéen bientôt bachelier (vive la terminale).
Aaaaah le dilemme du lecteur qui a du boulot à faire et une autre lecture en cours. Dilemme assez vite résolu en fait, et plutôt bien équilibré il me semble (je me lance des fleurs, oui oui) : expédiées les quelques dernières pages du (beau) roman en cours, travaillés les devoirs et révisions le soir (je suis un garçon sérieux.) et prêt pour le bus le lendemain matin le roman tant attendu !
 Maintenant que je vous ai bien raconté ma vie, venons-en au livre en lui-même, venons-en à ce délicieux moment où j’ai pu retourner à Gatlin, venons-en à ces dangereuses créatures …


Il faut savoir d’abord que Black Moon a fait le (bon et judicieux) choix de placer avant le roman la nouvelle Dangereux rêve. Cela permet d’avoir la nouvelle en version papier et pour ceux qui n’auraient pas pu lire la nouvelle en version numérique de la découvrir … celle-ci éclairant tout de même beaucoup le roman et son intrigue. J’ai donc d’abord relu la nouvelle … et ainsi retrouvé la voix d’Ethan, retrouvé Gatlin, retrouvé cet univers que je chéris tant, retrouvé Lena et tous les personnages de la saga. Quel intense moment d’émotion que cette nouvelle qui sonne comme des retrouvailles.
            Vous pouvez néanmoins retrouver un avis complet sur la nouvelle par ici !
Puis vint Dangereuses créatures … il se trouve que Black Moon m’avait fourni l’immense chance de pouvoir lire les 6 premiers chapitres du roman en avant-première. Mais bien sûr, je les ai relus pour pouvoir me plonger totalement dans l’intrigue … et c’était parti !

Je me répète, mais j’ai eu un immense plaisir à retrouver l’univers créé par les deux auteurs.
Elles étaient attendues au tournant par des millions de fans à travers le monde (je n’exagère sans doute pas). La pression était sûrement lourde. Et elles ont su relever le défi avec brio. Je dirais sans aucune hésitation que Dangereuses créatures est la hauteur de mes attentes.
Le roman commence sur une soirée d’adieux, un feu de camp auquel participent les personnages phares de la saga des lunes : le délicieux Ethan (ah Ethan ♥ .. euh pardon. *ressaisitoi*), sa si touchante Lena (qui, sous un autre point de vue, m’est ici apparue différemment, plus douce, plus fragile aussi), Liv (égale à elle-même, unique et c’est aussi pour ça que j’adore l’œuvre des auteurs, mais on y reviendra …), John (peut-être le personnage le moins approfondi ici, trop effacé et trop gentil), et enfin Link et Ridley. Ces quelques chapitres où ils sont tous ensemble sont simples, mais pourtant essentiels pour que le lecteur en manque de 16 lunes s’y retrouve, et très intéressants par ce qu’ils introduisent et suggèrent.
Ce qu’ils introduisent : un sortilège, dont je ne dirai rien, qui pourrait bien avoir son rôle à jouer par la suite …
Ce qu’ils suggèrent : un attachement profond entre les 6 personnages, qui pourrait être évident, mais pas tant que ça vu les différents qui ont opposé chaque membre du groupe aux autres (et sans exception, à part peut-être Link et Ethan). Un attachement au-delà de tout ce qui les a opposé, car les épreuves qui les ont rapproché sont finalement plus fortes que tout. C’est si touchant.

Kami Garcia et Margaret Stohl réussissent à merveille leur entrée en scène. Et la suite est à la hauteur de celle-ci qui se révèle finalement une simple transition, indispensable, entre 19 lunes et Dangereuses créatures.
Car attention, ce ne sont plus de sublimes mais de dangereuses créatures qui nous attendent dans ce roman et toute la différence réside là.
Dangereuses créatures est propulsé par une ambiance rock’n’roll endiablée, un univers musical assourdissant, le tout avec le meilleur décor qui soit : la ville qui ne dort jamais, the city that never sleeps, autrement dit : New York City, guys ! Les auteurs ne pouvaient choisir meilleur endroit que celui-ci pour y placer l’histoire.
Elles profitent de cette nouvelle série pour développer le côté ténébreux de l’univers des Enchanteurs … boîtes de nuit peu fréquentables, bad boys (et girls) à volonté, concerts de rock et nuits blanches.
Enfin vous aurez compris, avec Dangereuse créatures, on est bien loin de 16 lunes …

… et pourtant, Kami et Margaret (allez, soyons intimes), arrivent à rendre cet univers bien éloigné du premier, tout aussi attrayant et envoûtant ! J’ai retrouvé leur style riche et ensorcelant, sans aucun doute rendu fluide et alchimique par une traduction d’une grande qualité. J’ai retrouvé leur capacité à créer quelque chose d’unique, particulier, entre gothique, rock, fantastique et romance. J’ai retrouvé le plaisir des pages qu’on tourne sans plus les compter, le plaisir d’arriver à la fin d’un chapitre et de se dire, malgré l’heure : « Allez, encore un ». J’ai même appris à lire en même temps que marcher. Une première.

Mais le plus gros point fort de ce roman, c’est sans aucun doute les personnages.
Kami Garcia et Margaret Stohl ont un talent admirable pour construire leurs personnages, ce qui les rend si uniques, complexes, et attachants. J’étais déjà raide dingue d’Ethan pour sa gentillesse hors du commun, de Lena, pour sa touchante quête d’elle-même. Mais grâce à Dangereuses créatures j’ai redécouvert le personnage de Link. Drôle, énergique, ouvert, toujours prêt à faire la fête et sans aucun doute combattif, parce qu’il poursuit ses rêves, envers et contre tout. Mais j’ai surtout redécouvert le personnage de Ridley.
J’ai été époustouflé par la profondeur que les deux auteurs donnent au personnage.
Elle avait pu apparaître dans la saga des lunes comme une jeune fille forte, séductrice, garce, pimbêche, fragile, perdue, touchante. Déjà tout un panel d’émotions différentes et une complexité certaine. Mais celle-ci est encore plus présente avec Dangereuses créatures car le personnage principal finalement, c’est elle, uniquement elle (une saga qui lui est consacrée, elle doit être contente la miss !). Bien que le roman soit écrit à la troisième personne, il y a une certaine intimité entre lecteur et ses pensées, ses émotions, ses doutes. On vit avec elle chacun des évènements du roman. On ressent tout ce qui lui traverse le cœur. Et on vibre pour elle.
Ridley est un personnage qui a sa fierté, c’est certain. C’est une Sirène, alors elle est faite pour séduire, plaire, contrôler, manipuler. Mais malgré ce qu’elle affirme … elle est humaine, sensible, émotive. Elle est beaucoup attachée à Link. L’aime-t-elle ? El

le tient à lui par-dessus beaucoup de choses au monde et est prête à sacrifier toutes ces choses pour lui. Mais elle est tiraillée entre cet attachement-attirance-désir-amour? et sa nature de Sirène.
Ce roman, par-dessus l’histoire mouvementée de ce dangereux couple, par-dessus l’intrigue noire et inquiétante dans laquelle ils sont tous les deux plongés, par-dessus les obstacles qui se dressent sur leur route chaotique, retrace l’évolution psychologique d’un personnage qui a encore beaucoup à apprendre de la vie, de l’amour et du monde des Enchanteurs.


L’histoire d’Ethan et Lena est terminée pour nous, lecteurs, c’eût été erreur de vouloir la prolonger. C’est à eux d’écrire leur histoire dorénavant, ensemble. Bien qu’ils m’ont terriblement manqué. Bien que leur absence sera toujours pour moi comme un vide dans mon cœur de lecteur. Et c’est pourquoi je ne manquerais pas, cet été, de relire toute la saga.
Aussi Kami Garcia et Margaret Stohl se lancent-elles avec beaucoup de justesse et de talent dans l’histoire d’un couple mythique de la saga qui a encore beaucoup à vivre, car, on se rend compte finalement, leur histoire à eux est loin d’être finie.
Une alchimie parfaite entre ce roman et moi, un style riche et ensorcelant, une fin au-delà des mots, une fin déchirante, affreuses, indescriptible, magnifique, extraordinaire. Et avant tout l’histoire d’une quête : celle d’une identité. Ridley Duchannes est une Sirène amoureuse qui a connu l’humanité et de multiples épreuves douloureuses. Aussi se demande-t-on au même titre qu’elle se le demande, fragile créature qui sait tant nous toucher : qui est Ridley Duchannes ?

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