Affichage des articles dont le libellé est L'école des loisirs. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est L'école des loisirs. Afficher tous les articles

De 2016 à 2017 : mon retour en 7 coups de ♥

Tant qu'à revenir pour redonner un souffle de vie à ce blog, autant le faire sur un coup de tête. Se lancer tant que j'ai un peu d'élan sans réfléchir, comme commencer un mémoire, comme se mettre en colère, comme on entre dans la mer, comme on tombe amoureux.

Je sais bien que mon absence a été longue et peut-être décevante (j'espère pas trop, quand même...). Mais je vous assure que pour moi aussi. Je n'ai cessé de me dire que je devais reprendre le blog plutôt que de me couler dans ce silence. Bien sûr, ce n'était pas seulement de la paresse et de l'appréhension de devoir me relancer là-dedans. C'était aussi des doutes - en avais-je encore envie/besoin/le temps ? C'était aussi un manque de temps, dû, entre autres, à la façon dont j'ai cherché à développer ma chaîne ces derniers temps. Et quelle réussite, puisque la voilà qui a dépassé les 2000 abonnés (merci, encore. ♥) ! Pourtant, c'était aussi une profonde envie de revenir. Et je m'en rends compte à l'instant, en écrivant ces mots : je retrouve l'indicible plaisir de vous écrire par le biais de ce blog. Et avec ce plaisir renaissent la passion et l'enthousiasme des projets qui se bousculent tout à coup tout en moi. Leur fulgurance m'avait manqué. Leur vivacité revenue me fait plaisir. Alors je crois que je peux le dire, tout penaud, tout désolé, tout ému et tout heureux : me revoilà.

Pour fêter ça et reprendre les choses doucement, je vous propose de revenir sur mon année livresque 2016 et de vous parler des livres qui ont marqué cette année ! Un petit top 7 (parce que 2000 dit 7 !), ça vous dit ? ♥ Mais aujourd'hui, on ne commence qu'avec les trois derniers du top 7, parce que sinon, l'article va être vraiment très long... :)

7. L'incontournable de Nathan

Puis-je vraiment, alors qu'un livre de Timothée de Fombelle est paru cette année, faire un top de mes lectures sans y inclure cet auteur ? La réponse, bien entendu, est non.
Georgia, écrit par mon auteur préféré, illustré par le grand Benjamin Chaud et créé, composé et mis en musique par l'Ensemble Contraste, a marqué la fin de mon année 2016.
Le plus étonnant dans ce livre-disque, c'est de voir combien tout est mis au service de la musique : les illustrations (que, personnellement, j'ai trouvé assez plates et pas aussi vives que le reste du projet, bien que l'univers chaleureux et pétillant de Benjamin Chaud lui corresponde !) et le texte (dont la simple honnêteté et la surprenante tendresse servent avec humilité la mélancolie de l'histoire et des musiques) qui s'efface derrière les voix des chanteurs.
Je me suis totalement laissé transporter par l'album. Je l'ai écouté en boucle pendant des jours. Et chaque mini-concert que j'ai vu, chaque lecture musicale, que ce soit au lancement de l'album en librairie ou au SLPJ de Montreuil m'a réjoui. ♥
L'émotion des chansons et de l'histoire m'ont emporté et j'ai eu un coup de coeur pour l'ensemble de cet univers si chaleureux et plein d'espoir alors même que la plupart des musiques sont teintées de la nostalgie du passé et de l'enfance.
Pour petits et grands cœurs transis de rêves.
Et au fait, j'en ai déjà parlé rapidement sur YouTube ici !

6. Le roman à lire avec un plaid et une tasse de thé

Je vais commencer à croire que cette auteur se spécialise dans l'écriture de romans-doudous parce que c'était déjà le cas pour l'incroyable Quatre sœurs, également signé Malika Ferdjoukh.
Dans Broadway limited, on est au coeur des années 50. On suit l'histoire un peu folle de Jocelyn qui débarque en pleine nuit, à New York, dans la pension Giboulées en croyant, sur un malentendu, pouvoir y être logé. Malheureusement, il s'agit d'une pension uniquement réservée aux jeunes filles et ne saurait tolérer l'arrivée d'un garçon en ses murs. Par chance, et au cours d'une discussion délicieusement surprenante et absurde que je vous laisse découvrir, Jocelyn a dans sa valise une soupe aux asperges... "au goût d'hier et d'éternité". Le voilà donc qui s'installe au sous-sol dans la dépendance de cette pension ô combien féminine.
Jocelyn vient à New York étudier la musicologie, mais il va se retrouver embarqué par le tourbillon de ces jeunes-filles qui ont pour la plupart des rêves de grandeur à Broadway en tant que danseuses ou actrices.
Ce tourbillon a le goût d'amour, de souvenirs, d'étoiles, d'une ville tentaculaire, de la guerre qui gronde encore en Europe bien qu'elle soit terminée, de neige et de froid, de théâtre, d'aventures du quotidien, de beignets, de stars, de comédies musicales, de culture américaine, de mal de pays, d'amis et d'amies, de fêtes et de découvertes, d'études et de musique.
Les personnages sont extrêmement nombreux et entraînent, avec Jocelyn, le lecteur un peu étourdi. Mais dans cet étourdissement scintillent des étoiles, bruissent la chaleur d'une pension et les rires de jeunes filles et tonne la musique ! C'est un délicieux étourdissement que Malika Ferdjoukh nous offre avec, comme toujours, une plume magique bricolée de banal et un univers comme un cocon duquel on voudrait ne jamais plus sortir.
Pour les fans de comédies musicales, les avides de romans d'ambiance et les yeux amoureux.
Celui-ci aussi, j'en ai déjà parlé sur YouTube ici et ici !

5. La bande-dessinée à savourer comme un conte

Cette bande-dessinée me faisait envie depuis longtemps quand une personne qui m'est très chère me l'a offerte en février dernier. Je l'ai commencée innocemment, prêt à savourer un joli moment de détente et j'ai découvert un véritable et authentique bijou.
L'Homme-montagne raconte l'histoire de deux hommes-montagnes : une grande et vieille montagne (le grand-père) et son compagnon de voyage, son petit-fils, une petite et jeune montagne. Un jour, cette première, le grand-père, annonce à l'autre qu'il va s'arrêter, se poser à un endroit agréable, et rester là pour toujours, en tant que montagne. Le plus petit n'est pas d'accord et veut l'aider et l'accompagner pour un dernier voyage. Trop petit pour le porter et soutenir son grand-père pour avancer, le voilà qui part pour un voyage solitaire en quête du vent, celui qui peut soulever les montagnes.
C'est une histoire profondément touchante sur la vieillesse et le fait de grandir, sur le deuil et surtout sur la vie, sur les voyages qu'on accomplit accompagné ou seul, sur des épreuves, des défis, des réussites et des sourires. Elle est portée par un texte fin, sincère et juste. Elle est portée par une narration originale, qui renouvèle avec fraîcheur la construction de la bande-dessinée. Mais surtout par des illustrations magnifiques qui n'ont cessé de m'émerveiller. 
Pour les cœurs qui grandissent et voyagent.
Si vous voulez voir quelques images de la BD et la vidéo dans laquelle j'en ai parlé l'an dernier, c'est par ici !

 
Pour un retour, ça fait un long article mais comprenez qu'après tant d'absence, les mots se sont écoulés du bout de mes doigts comme un torrent et il a même fallu un peu juguler ce flot-là ! :-) On se retrouve très bientôt pour la suite (et la fin) de ce top 7 avec mes 4 livres préférés de 2016 ? ♥

Je me souviens


https://youtu.be/pQ-1Mc-PdBU

Hier, j'ai eu 19 ans.
Voilà comment j'introduis ma vidéo du jour sur la chaîne. (cliquez sur l'image !)
Bon. Je pourrais vous faire un petit texte où je vous parle de grandir, de ce que ça fait d'avoir 19 ans, et de toutes ces étapes que je franchis chaque année, de plus en plus nombreuses à mesure que j'avance. Les études, les amitiés, les réussites et les échecs, les amours, les aventures virtuelles ou non, les aventures littéraires et artistiques...

Mais tout ça, je le dessine entre les lignes de chacun de mes articles, et je n'en ai pas l'envie. Vous non plus sans doute.

A la place, en vidéo, j'ai choisi de vous parler de mes 19 livres préférés en 19 mots chacun. Ça n'a pas été facile, mais je suis content du rendu... et j'espère que vous aussi.

Alors sur le blog aussi, je vais revenir un peu dans le passé pour vous parler de livres qui ont marqué ma vie. Parce que même si 19 est un chiffre important, il y a eu des abandons, des laissés pour compte, des livres que j'ai adorés mais que j'ai du enlever de cette vidéo au profit des livres qui restent les plus importants à mes yeux et à mon coeur.

J'ai envie de commencer par ce livre qui ne m'est pas venu à l'esprit au moment de réaliser mon classement. Mais dont je vous ai parlé lundi sur Instagram.



Je me souviens d'une petite-fille, d'une vieille femme au prénom ancien. Odette ? Je ne sais plus.
Je me souviens de secrets de famille. D'un univers sombre. D'une ambiance oppressante.
Je me souviens d'une histoire passionnante, prenante, intrigante, fascinante.
Je me souviens de nous trois, Tom, mon amie d'enfance, moi en train d'écouter ma mère nous lire cette histoire le soir avant de dormir, chapitre par chapitre, dans la chaleur d'un chalet au creux des montagnes.
Je me souviens que cette histoire nous a marqué.
Encore aujourd'hui je m'en souviens. C'est fort. Presque indescriptible.
C'est un de ces romans au goût mystérieux que vous avez envie de relire sans vraiment l'oser, de peur que l'étoffe de votre souvenir doux et impalpable se déchire au contact de vos yeux et de la réalité.


Je me souviens aussi
(en 19 mots !)
de ces livres.
(cliquez sur les images pour lire mes chroniques)
ORDRE ALÉATOIRE

http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2014/02/ne-soyons-pas-comme-des-images.html


Un roman dense, comme un conte angoissant et puissant où les images prendraient le dessus sur nos existences fragiles.
http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2014/05/quand-la-vie-nous-fait-mal.html

Le monde des rêves regorge de zones d’ombres encore inexploitées en littérature. C’est réussi, époustouflant et fascinant.
http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2012/09/chronique-oksa-pollock-tome-4-les-liens.html


Saga fantastique passionnante et inventive qui ne figure pas dans la vidéo à cause du dernier tome. Et pourtant... ♥
http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2012/08/chronique-thea-pour-leternite-de.html


Une réflexion scientifique et éthique presque impossible. Un chemin pour grandir difficile et angoissant. Une vibration fragile d'émotions.
http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2013/10/homosexualite.html


 Un autre roman de Levithan où il esquisse avec délicatesse des vies éprouvantes mais sincères. "Make more than dust."
http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2014/03/le-combat-du-devenir.html


Une œuvre littéraire d’une qualité épatante. Un récit émouvant. Mais surtout un élan qui se brise. Osez devenir.
http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2012/04/chronique-lenfant-nucleaire-de-daph.html
 
Un roman véritablement unique: passionnant, dégoûtant et fascinant. Personnages complexes s'entremêlent avec poésie dans un tumulte de rebondissements.

http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2012/03/chronique-repostee-le-dernier-jour-de.html


Souvenir d'avoir dévoré ce livre comme cela m'arrive peu. Souvenir d'une histoire bouleversante, poétique et juste.
http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2015/09/mon-paris-litteraire-une-lecture-coup-de.html


On lit ce roman comme on traverse la vie : heureux mais mélancolique... comme un petit caillou dans la chaussure.







Le roman que j'ai le plus envie de relire. Le mystère d'un souvenir fort, émouvant. Un envoûtement.






Joyeux non-anniversaire à tous ♥

Cent et une volières habitées par les oiseaux les plus rares


C'est vrai que cela va être un peu difficile de vous parler d'un album que je n'ai pas à disposition. Il est resté chez mes parents et j'aurais aimé l'avoir à côté de moi pour le relire, le parcourir, l'admirer et être traversé d'une vague d'amour pour cet ouvrage et vous en parler deux fois mieux !
Malgré tout, rien ne me fera reculer, parce que le livre sort demain en France (il a été traduit du néerlandais !) et parce que j'en garde un souvenir marquant.
La fille de l’empereur possédait trois cent quatre-vingt-dix paires de chaussures, huit cent douze chapeaux, cinquante ceintures en queue de serpent. Mais ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était les oiseaux. Son jardin comptait cent et une volières habitées par les oiseaux les plus rares. Mais hélas ! Combien de têtes avaient-elles coûté, de combien de serviteurs ! Jusqu’à la nuit où Valentina rêva de l’oiseau qui parle. Personne ne le trouva. Puis, après onze longs mois, un jeune serviteur rapporta dans un écrin un tout petit oeuf dans un nid…
 L'histoire est assez simple. Presque peu originale. Elle vous rappellera peut-être cet album de Ben Kemoun - Le cadeau de la princesse qui avait déjà tout.
En fait, il s'agit d'un conte. Cette princesse, comme le dit au-dessus le résumé de l'éditeur que j'ai mis juste au-dessus, possède déjà beaucoup de choses. Et en particulier beaucoup d'oiseaux. Et puis un jour, elle rêve de l'oiseau qui parle. Quitte à décapiter tous ses employés, quitte à se débarrasser de tout, la fille de l'empereur va tout faire pour trouver et posséder cet oiseau.
Mais trois choses donnent à l'histoire son caractère unique : le ton de l'histoire, les oiseaux et les illustrations.

Il est là haut au milieu... !
Ce conte, en effet, se révèle d'une cruauté surprenante. Sans aller jusqu'au bout de l'histoire, la princesse - qui ne fait d'ailleurs pas tant rêver que ça, on en parlera un peu plus loin - décapite ses serviteurs, jugés incompétents, est violente, irascible et presque hystérique. La fin n'est pas si violente. Mais le récit porte doucement le lecteur et son personnage vers ce dénouement qui, loin d'être lumineux, est pourtant amené avec beaucoup de délicatesse.

L'autre élément, tant original que ravissant, est la présence des oiseaux dans l'album. La princesse dont il est question aime les oiseaux, par-dessus tout au monde. Par conséquent, elle en possède par dizaines et ils sont omniprésents dans l'album. Avec une palette de couleurs assez restreinte, l'illustrateur de l'album arrive quand même à nous en mettre plein les yeux. Les oiseaux sont de toutes sortes... et ils vibrent d'une magie à laquelle on donnerait vie.

Et toute l'émotion qui se dégage de l'album et en particulier de ces deux points n'aurait pas la même puissance sans une illustration soignée et époustouflante.
Elles ont dans leur caractère sombre la cruauté de l'histoire. Même les couleurs les plus éclatantes, par un jeu de peinture juste et étonnant, ont une force, un poids et une obscurité hors du commun. Les regards, même ceux des oiseaux, sont d'une grande profondeur. Les décors, même s'ils ne servent que de décors, palpitent d'une vie un peu inquiétante.
C'est pourquoi le personnage du conte, la fille de l'empereur, est à la fois si juste, touchant et dérangeant. C'est sans doute pour cette raison que le terme de princesse n'est jamais utilisé. Pour s'éloigner des clichés qu'on en a tous. Là, la fille de l'empereur a un visage un peu dur et anguleux, malgré son caractère enfantin. Ses yeux, petits et perçants, brillent de cruauté, de désir et de vie. Ses cheveux broussailleux, sa petite taille, sa finesse et les caractéristiques déjà évoquées font d'elle un personnage fragile et donc touchant, mais aussi un peu laid et finalement inquiétant. Sa cruauté s'incarne en elle, en même temps que son enfance, son espoir démesuré par l'ambition de son désir et les deux lui donnent une présence très forte dans le récit.
C'est aussi grâce aux illustrations et au travail de couleurs (limité aux couleurs sombres et aux couleurs chaudes comme le jaune - rayonnant, éclatant, magnifique) que les oiseaux prennent leur envol au coeur de chacune des pages de l'ouvrage.

Enfin, si l'album est aussi beau, c'est aussi grâce à un travail d'édition soigné. Le format - très grand - permet de déguster chaque illustration les yeux grand ouvert, le papier est de bonne qualité et l'impression donne donc des images fortes et séduisantes.

J'ai plongé curieux - et déjà séduit, grâce à la couverture - dans l'album.
J'en suis ressorti ébloui et profondément secoué.


~
Pour découvrir l'album, deux vidéos très bien faites avec une interview de l'auteur :

La version courte

La version longue

Quatre soeurs et votre plus-gros-plus-vieux-pull

Intégrale - 19€80 - l'école des loisirs

Quatre soeurs vivant à la Vill'Hervé
Dans un univers si doux si douillet
Chaleureux comme votre plus-gros-plus-vieux-pull
Et pétillant comme une libellule
Riez, dansez, pleurez, courez, criez, grimpez
Aimez, ragez, volez, partez, vivez
Avec elles en quatre tomes
Avec elles et des fantômes

Pendant deux mois, d'août à octobre, de l'été à l'automne, des vacances au travail sans discontinuer, j'ai vécu avec Quatre soeurs. Mais, comme le précise la quatrième de couverture, les Quatre soeurs sont cinq, comme les Trois Mousquetaires étaient quatre. Elles était là, sur la plage, à bronzer et se chamailler à mes côtés. Elles étaient en voyage, cachées dans ma valise. Elles étaient là quand j'ai repris les cours. Elles petit-déjeunaient silencieusement avec moi. C'était doux tout ça.

J'ai été un peu frustré de ne pas vraiment avoir le temps de le lire. D'avoir enchaîné les premiers tomes rapidement et, à mon retour aux études, de ne lire qu'un chapitre ou deux par jour jusqu'à la fin quatrième tome.
Mais en même temps, c'était bon. J'aimais bien savoir que chaque matin en me levant, j'allais pouvoir goûter à quelques bouffées d'air frais, glaner quelques néologismes ferdjoukhiens, entendre la Vill'Hervé craquer, m'immiscer dans l'intimité de quelques-unes des soeurs Verdelaine.
Alors quand j'ai fermé le livre deux mois plus tard, c'était avec un pincement au coeur. Un coeur qui a battu pour chacune de ces soeurs et qui a palpité de nombreuses émotions.
"- Bonjour, dit-il. Geneviève est là ?
- Ça dépend, fit Enid. Tu veux la Geneviève qui lave le linge plus blanc que blanc ? La Geneviève qui a des paillettes argentées dans les yeux quand elle dit "Frisbee Rikiki" ? Celle qui peut ressembler à Marilyn Monroe quand elle met des talons ? Ou ma soeur qui a seize ans ?
Il eut un rire qu'on entendait très peu, mais qui se voyait très bien.
- Toutes, si possible, répondit-il."
J'ai frémi, aux premières pages d'Enid, dans le vent, les crevasses, la tempête, l'automne et le froid. Entre les fantômes, l'aventure et la malice enfantine, j'ai trouvé là un univers particulier. Pittoresque mais surtout vivant, parce que dans l'encre et dans le papier, on entend tout. Le sifflement du vent, les hurlements des fantômes, les craquements du bois, les voix des Quatre sœurs, les murmures dans la nuit, les discussions, les bises qui claquent, le bruissement de l'herbe, la mer sur la grève, les falaises où hulule la tempête...
"- Combien de temps ?
- Une douzaine d'années.
- C'est long ?
- Le temps de se regarder quatre fois dans le miroir, et de se trouver changé."
J'ai (sou)ri, souvent, dans ces mots craquelés de joie. Chaque sœur, à sa façon, est pétillante. La mise en scène de Malika Ferdjoukh, pourtant douce et réaliste, valse avec le burlesque avec virtuosité. Les personnages entrent en scène avec énergie et viennent tout bousculer avant de ressortir brutalement, laissant la scène chamboulée. L'histoire prend de multiples chemins différents sans que ce ne soit jamais lourd, improbable ou cheveu-sur-la-soupe.
"Il y a quinze jours,  Denise avait changé de rire. Cela arrivait deux fois par an environ."
J'ai exploré. Le style de Malika Ferdjoukh. Parce que des néologismes (un peu) comme celui des cheveux sur la soupe (signé de mon humble personne, vous avez le droit de le critiquer) et des expressions inventées, on en trouve par poignées. Elle sort les mots de leur contexte, les transforme et les assemble. Ca donne un patchwork vraiment amusant, bizarre mais confortable.
"Rectificatif : il n'est pas "ASSEZ mignon" mais sévèrement phénix."
"Le mercredi, le printemps s'accorda une RTT et laissa tout le boulot à quelques nuages gris et gras tout chargés de mauvaises intentions."
"A leur air de rien du tout, à leur mine de oh ! mais non voyons."
"Le bord supérieur du livre était son horizon-frontière entre fictif et réel."
J'ai grandi avec elles, en fait. Un peu. Tendrement. Doucement. C'est ainsi que s'est déroulée une année avec les cinq soeurs Verdelaine, quatre saisons pour cinq soeurs lestées de l'absence de leurs parents, décédés tragiquement et un peu perdues dans les remous du quotidien, de l'adolescence et de la vie en général. Dans ce joyeux fatras, je faisais mon propre petit bout de chemin.

Les personnages crapahutent, se heurtent et s'envolent, les émotions se fissurent, crépitent et pétillent, les décors vivotent, l'histoire coule doucement.
J'ai grandi, un peu. Comme elles cinq. Dont les failles touchent et dont la justesse attendrit et émeut. Qu'on laisse au bout de 600 pages face à un horizon qui palpitent et enthousiasme. On n'a pas envie de les quitter. Mais on le fait avec le sourire.
Et les voilà qui vivent en nous, les Quatre soeurs, nos Trois Mousquetaires du quotidien.

Je vous laisse glaner d'autres infos sur le web. Le roman est d'abord paru en quatre tomes séparés. J'ai lu l'intégrale. Il existe deux bande-dessinées du roman : une étant une vraie adaptation et l'autre une série de courts épisodes initialement écrits par Malika Ferdjoukh et illustrés pour Je Bouquine. 

Et sinon, vous pouvez découvrir
ci-dessous
un extrait lu par... moi !

Toi aussi joue ta vie



« TOI AUSSI JOUE TA VIE »

« Dans le roman, La pyramide des besoins humains est une émission de télé-réalité inspirée de la théorie du psychologue américain Abraham Maslow qui classe les besoins humains selon cinq catégories : besoins physiologiques, de sécurité, d’amour, de reconnaissance et de réalisation.




Schéma de la pyramide des besoins humains

Le jeu se déroule du 1er octobre au 1er novembre. Les candidats disposent d’un espace en ligne pour publier des messages, des photos et des vidéos afin de se constituer un réseau. Ils doivent prouver, chaque dimanche, que leurs besoins du niveau en cours ont bien été satisfaits en rédigeant un texte de 500 caractères maximum. Le nombre de votes obtenus sur ce texte permet à un candidat d’accéder ou non au niveau supérieur.
Les résultats sont révélés en direct lors d’une émission télévisée hebdomadaire. »

- - - - -

Prouvez que vos besoins de lecture sont bien remplis.
500 caractères maximum pour chaque besoin. [se référer à la pyramide]

Il y a une bonne intrigue, prenante et bien construite, fascinante. Elle est rapide, et c’est un peu frustrant. Mais elle est riche, et c’est intense. Alors qu’importe, la frustration tombe. Il y a de quoi se nourrir de mots, de quoi respirer avec un rythme maîtrisé, de quoi fertiliser son esprit et ses émotions.

Il y a toit, il est beau, c’est une photo de Bruce Davidson : délicate, mystérieuse, saisissante. Il y a un bel objet, une exigence dans l’esthétique, une intelligence dans la conception. C’est la collection Medium de l’école des loisirs, et elle a tendance à me séduire de plus en plus.

Il y a cet amour littéraire, ces émotions de lecteur. Ce sont celles provoquées par un personnage finement construit. Ce sont celles engendrées par un style posé mais frémissant, cachant sous ses mots un tumultueux intérieur.

Alors oui, il y a, c’est certain, une réussite. Il y a une confiance en cette auteure nouvelle, promise à de grands textes. Il y a le respect, d’être allée au bout de ce texte court mais visiblement travaillé et intimement livré. Il y a encore les maladresses, et, pour moi, une difficulté à réellement être dans l’histoire. Mais ce livre y est, sans aucun doute, dans

l’accomplissement de soi. C’est profond, fougueux, fatigué. C’est un regard las de voir un monde d’apparences où chacun est condamné à prouver sa valeur sur les réseaux, un monde condamné à placer chaque homme dans une case. Un regard sensible, juste. Un doigt d’honneur à beaucoup de choses. La littérature –un texte intelligent mais un héros à la rue. La société –un SDF loin de ces besoins en finale. L’humanité –il y a, derrière ces ombres aux coins de nos rues, des humains qui palpitent de vie.


Voir ici le site consacré au roman (très bien fourni !)
#LPDBH

De notre âme d'enfant



                Bien que mes lectures se situent la plupart du temps dans les romans pour adolescents – dits « Young Adult » – il m’arrive de lire quelques romans véritablement jeunesse, c’est-à-dire plutôt destinés aux 9-12 ans (comme la nouvelle et délicieuse collection Pépix de Sarbacane). Voici une petite sélection de ces livres à lire avec … ou sans adulte !
             
                 Kipu, la planète aux ordures
                L’un des opus de la série parue chez Gulf Stream, Kipu, la planète aux ordures, offre à cette famille un peu particulière … un nouveau voyage dans l’espace, sur une planète qu’ils n’ont pas encore visitée. Ce petit livre est à la fois un roman illustré, le journal de bord d’une famille qui voyage de planète en planète, le guide touristique qu’écrit cette même famille et un message écologique pour les enfants. Ce message est un peu lourd, mais est essentiel et passe de façon assez fluide grâce à de beaux dessins colorés et un univers déjanté et très drôle. Cela plaira aux plus jeunes et vous pourrez prolonger le plaisir avec l’application proposant un roman enrichi, des jeux, des informations supplémentaires …

                Le plus joli des rêves de Nathalie Brisac ; L’école des loisirs, 2013
                Ce court roman paru dans la collection Mouche de L’école des loisirs prend la forme d’un conte. C’est l’histoire d’un rêve … un rêve inaccessible, qui ne veut être rêvé par personne, et que Mougueule, l’homme le plus puissant, le plus riche du monde convoite. Pourquoi n’arrive-t-il pas à le posséder, lui qui possède tout ? Il est question  du rêve dans une société qui consume tout, des enfants comme porteurs d’un monde de rêves qui s’effrite, d’un Grand Gaston tiraillé entre ces deux univers, un Grand Gaston touchant. Il y a un beau texte, émouvant, profond. Et il y a de jolies illustrations signées Rascal. Cela donne un court roman à partager entre adulte et enfant, parce que le rêve est universel, et il ne faut jamais cesser de le cueillir à chaque instant.

                Les fausses bonnes questions de Lemony Snicket tome 1 de Lemony Snicket – Nathan jeunesse, 2014
                L’auteur des Orphelins Baudelaire revient avec une histoire de détectives. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à cerner exactement ce qui ne m’a pas plu dans ce roman. J’ai trouvé l’univers séduisant, l’intrigue prenant place dans une ambiance mystérieuse, où beaucoup de questions restent à poser et dans un décor obscur et retiré, un petit village de campagne perdu au milieu de marais. Pourtant, les personnages sont lointains, peu attachants, voire exaspérants et je n’ai pas vraiment compris où l’auteur voulait en venir dans cette enquête peu entraînante et, j’ai trouvé, mal menée, presque tordue. A tenter si vous voulez vous forger votre propre opinion. A éviter si vous ne voulez pas perdre votre temps sur une lecture qui, comme moi, risquerait de vous décevoir.

                La balafre de Jean-Claude Mourlevat – Pocket jeunesse
                Une famille déménage en campagne dans une grande maison, un peu perdue et respirant le passé et les vieilles histoires … Jean-Claude Mourlevat met son talent de conteur et sa plume ensorcelante au service d’une histoire inquiétante, voire angoissante et mystérieuse. Il arrive à teinter ce récit de l’obscurité des questions qui ne trouvent pas de réponse et laissent cette inquiétante et dérangeante impression de mal-être. Le personnage principal, un jeune garçon attachant, se retrouve sur les traces d’un chien qui ne semble pas exister, d’une maison inhabitée et d’un mystère enfoui depuis longtemps … Raconté avec beaucoup de talent, La balafre fera frémir les plus jeunes et saura aussi inquiéter les plus grands. L’écriture et les romans de Jean-Claude Mourlevat n’ont pas d’âge, ils se dévorent sans modération !
               
                Romance de Blexbolex – Albin Michel Jeunesse, 2013
                Enfin, j’avais envie de vous parler de cet album qui a reçu la pépite de l’album jeunesse européen au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil 2013 et qui a été un véritable coup de cœur pour moi. Il est assez particulier et se destine aussi bien à une lecture enfantine qu’adulte. Il raconte une histoire très simple avec juste des illustrations et un mot (La maison, Le chemin, L’école, …). Celle-ci se répète en s’enrichissant. Puis d’autres éléments viennent l’élargir. Et ainsi de suite jusqu’à bouleverser totalement transformant ce simple parcours (de la maison à l’école) en une aventure fantastique de plus en plus loufoque. Les plus jeunes apprécieront les illustrations colorées et ensorcelantes ainsi que cette histoire rocambolesque, imprécise mais portant au rêve et à l’imagination. Les plus grands se laisseront séduire par l’univers esthétique et même artistique de Blexbolex que j’ai trouvé splendide et emporté par le principe, original, qui raconte une histoire par associations d’images, de personnages et de lieux. Un très bel objet et un livre magnifique.