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« J’étais en train de respirer les molécules de ma mère ! »




            Alors oui, c’est vrai, j’ai lu On est tous faits de molécules il y a presque cinq mois et c’est difficile d’en ressortir des souvenirs précis. Alors oui, c’est vrai, j’aurais dû écrire cette chronique en avance. Mais vous aurez remarqué que de ce côté-là, je ne suis pas un roi… bref, on ne va pas s’éterniser sur ma grossière erreur mais revenir sagement sur ce qui nous intéresse : le nouveau roman de Susin Nielsen. Autant vous dire que quand j’ai trouvé, fin décembre, les épreuves non corrigées du roman dans ma boîte aux lettres … c’était Noël avant l'heure ! Je me suis littéralement jeté dessus. Et quel plaisir ça a été. Je l’ai dévoré en moins de 24 heures, entre le canapé, mon lit, ou tout autre endroit pouvant m’accueillir dans mon irrépressible besoin de lecture.
            Quand, à cause des études ou de quoi que ce soit d’autres, vous avez une période vierge de lecture, retrouver ce loisir est toujours un immense plaisir (je deviendrais presque poète). Quand, en plus de retrouver ce plaisir, vous retrouvez le plaisir d’un roman passionnant dont les pages se tournent toutes seules (votre main –totalement autonome, même si là, Stewart me corrigerait– aidant) … c’est le jackpot !


            Comme vous pouvez le voir dans l’extrait présent sur la quatrième de couverture de l’ouvrage, en italique (juste ci-dessus ! Hop ↑), et en titre de cette chronique: le ton est donné. Alors que l’auteure sortait il y a un peu moins de 2 ans un roman sombre et néanmoins « bouleversant » et « brillant » (pour citer ma chronique), elle revient là avec un livre plus léger, mais toujours poignant.
            Pour la première fois, Susin Nielsen opte pour une double narration : Stewart, treize ans, et Ashley, quatorze ans. Tous deux semblent si différents : d’un côté le geek ringard (« nerdy nerd » dirait Susin Nielsen, voire l’article de demain …), de l’autre la pimbêche populaire ; pour utiliser des termes péjoratifs mais clairs. Ils se retrouvent pourtant, malgré eux, à devoir se fréquenter quotidiennement puisque le père de ce premier emménage chez la mère de cette seconde. L’auteure confronte avec humour les points de vue acérés mais touchants de ces deux adolescents sur leur famille recomposée.

            Mais ce n’est pas tout ! Car si On est tous faits de molécules touche et fait rire par ce premier enjeu, déjà grave et efficace, l’auteure l’enrichit d’intrigues qui vont nouer, entre tous les personnages, de nombreuses connexions… un peu comme une molécule ?
            En effet, Stewart a perdu sa mère deux auparavant et il a plus ou moins fait son deuil … seulement, il doit apprendre à vivre dans une nouvelle famille sans sa mère, bien qu’il essaye, à tout prix, de lui trouver une place.
            De son côté, Ashley doit faire face au départ de son père, qui emménage … dans un cabanon … au fond du jardin … avec un autre homme. Non pas qu’elle soit homophobe, seulement voilà, que vont penser les autres au collège ?
            Il y a un peu tout ça à la fois, et c’est comme la vie : tout survient en même temps, les choses s’ajoutent, et le tas commence à trembler. Alors il faut réussir à ne pas tout faire tomber, faire de l’ordre, créer des liens, et accepter que tout ne peut pas se dérouler comme on le souhaite.

            C’est cette histoire-là que Susin Nielsen raconte : comment ces deux adolescents vont-ils réussir à :
  • Former une nouvelle famille,
  • Finir de faire le deuil d’une mère,
  • Accepter la différence d’un père,
  • Apprendre à nouer des relations humaines sans y perdre le fil,
  • Grandir un peu, par-dessus tout ça.
            C’est avec une grande maîtrise qu’elle le fait. La richesse d’intrigues est harmonieusement construite si bien que le tout est d’une fluidité captivante. Le style est aiguisé, vif et efficace. Les tons sont drôles, touchants mais surtout justes. Il y a, encore, des anecdotes amusantes, des schémas, une richesse authentique. La narration est naturelle et pourtant rocambolesque. On sent chez l’auteure une virtuosité dans l’agencement de son histoire : il y a des nœuds narratifs qui tiennent en haleine, une tension douce mais réelle, un sommet dramatique final, et surtout, une émotion présente … mais toujours juste et spontanée. Sensible, et jamais forcée. Véritable.

                Ai-je besoin de vous dire que ce fut un coup de cœur ?
             Ai-je besoin de vous rappeler que j’ai attribué au roman le Masque d’or du meilleur espoir de 2015 ?
              Ai-je besoin de rédiger une vraie conclusion alors que je viens de terminer un paragraphe par le mot « véritable » ? L’œuvre de Susin Nielsen, en effet, résonne de cette essence nécessaire : la sincérité.

Les chroniques, inspirantes et sans doute bien plus justes, de Pépita, Le tiroir à histoires, Bob & Jean-Michel.
Une photo publiée par Nathan (@lecahierdelecturedenathan) le

6 questions à Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini | Mots rumeurs, mots cutter ♥

"J'attends. Que demain arrive." Les mots de Luciole se déversent avec délicatesse des hauts-parleurs de mon ordinateur portable au moment où je commence cet article. "J'attends" disaient il y a quelques jours les écoliers, collégiens, lycéens qui s'apprêtaient à faire leur rentrée et stressaient ou bien encore s'enthousiasmaient de revoir leurs copains, avoir leurs nouveaux emplois du temps, profs, établissements, ... "J'attends" disent-ils sans doute maintenant après le début et en cochant les cases du calendrier qui les séparent des vacances. Non ? Allez, avouez ...
Un peu marre de la rentrée non ? On ne parle que de ça sur facebook, twitter, à la télé, à la radio ... et même sur le blog. Un peu plus discrètement que l'an dernier oui, mais l'été semble prendre fin. Alors si on arrêtait à moitié. Si on attendait autre chose que la rentrée.
"J'attends" Mots rumeurs, mots cutter.
Allez, dites-le. Il sort demain.
On ne sait plus finalement où commence l'une, où commence l'autre, les deux auteures unissent leurs deux arts pour n'en faire qu'un et c'est brillant, poignant, sans jamais oublier de rappeler au lecteur que même dans les pires moments, il y a l'espoir. Une main tendue, un sourire et l'avenir peint de jours meilleurs. (extrait de ma chronique)
http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2013/03/du-rouge-du-sucre-tagada-power.html

 "J'attends. Que demain arrive." Vous ne pourrez plus que le dire, si ma chronique, en entière ici, ne vous a toujours pas convaincue, une fois que vous aurez lue l'interview de Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini. Merci à elle, en si peu de temps, juste pour la rentrée et la sortie de ce roman graphique, d'avoir accepté de répondre à ces quelques questions.

Comment vous organisez-vous dans l'écriture de vos bandes-dessinées et plus particulièrement dans le travail de cette série ?
Charlotte Bousquet: D’abord, il y a la thématique, dont on discute ensemble, généralement, et que l’on propose à Paola Grieco, notre éditrice. Ensuite, vient le texte. Je l’écris comme une courte histoire, avec des chapitres, et à la première personne – c’est je crois l’une des caractéristiques de notre travail, à Stéphanie et moi, un aspect intimiste qui se traduit à la fois par le style et le dessin. Cela étant, si Rouge tagada était au départ très écrit, j’ai pris un peu de bouteille au fil des scénarii, qui ressemblent maintenant plus à de « vrais » scénarii qu’au début. Du coup, le découpage, que nous effectuons généralement à deux, se fait plus facilement. La suite, c’est à Stéphanie de raconter…
Stéphanie  Rubini: Nous essayons le plus possible de nous voir (en vrai) quelques jours pour le découpage du scénario. Malheureusement depuis mon déménagement à Rennes, je viens beaucoup moins sur Paris que lorsque j'habitais à Lille... Je fais des propositions de mise en scène, Charlotte complète les dialogues quand c'est nécessaire. Bref le texte de départ est un peu trituré (mais toujours dans le respect du texte) pour en faire un livre d'image et de mise en scène.
Quelle est d'ailleurs la genèse de cette série ?
CB : Une genèse double. Au départ, un court roman, Rouge tagada, que j’ai proposé à Stéphanie avec un vague « on pourrait essayer d’en faire quelque chose », puis une réaction enthousiaste de Paola Grieco et Marie Rebulard, la naissance de la collection Graphiques. Ensuite, la photo de classe dessinée par Stéphanie, qui est devenue le fil rouge de la série (on la retrouve, sous différentes formes, dans chacun des tomes) : comment ne pas avoir envie de raconter d’autres histoires, de donner vie à ces collégiens ?
SR: Charlotte a tout dit je crois. Effectivement c'est une suite de bonnes décisions et un travail d'équipe qui sont à l'origine de cette série.
 Et celle de Mots rumeurs, mots cutter ?
CB : Ayant, adolescente, été victime de harcèlement scolaire, je suis très sensible à ce sujet. J’avais envie depuis longtemps d’écrire quelque chose à ce propos, mais je ne savais pas par quel bout le prendre, je n’avais pas trouvé la bonne manière de l’aborder. Avec la série que nous créons, Stéphanie et moi, autour de cette classe de 4ème D, c’est devenu une évidence. Nous en avons un peu discuté, nous sommes tombées d’accord sur l’identité de l’héroïne, et voilà… Ce qui a été vraiment génial, dans ce tome, c’est que Stéphanie a réussi à faire passer, dans son dessin, ce qui n’était pas exprimable – parce que trop dur, trop cru, etc.
SR: Effectivement tout l'enjeu était de traiter ce thème de manière frontale, mais sans basculer dans l'horreur ou le pathos (que je déteste). Je savais que mon trait naturellement un peu naïf adoucirait les situations les plus dures. Nous avons toutes les deux repensé à ce que les plus faibles subissaient au collège. Bien que dans le groupe des élèves intellos et bizarres, je n'ai personnellement pas été victime de harcèlement Mais je voyais des camarades maltraités tous les jours.
 
Vous retrouvez-vous dans les personnages que vous créez ?
CB : Oui, toujours, parce que je crée à partir de moi – mes tripes, mon cœur, mes peurs, mes envies, tics, etc. Pour Mots cutter, mots rumeurs, je suis allée gratter du côté de mon adolescence. Pour Lune et l’ombre, c’est moins visible, mais je fais appel à des souvenirs, des émotions, des petites madeleines, en somme. Même les personnages qui me ont étrangers, j’essaie de les comprendre, de trouver le moyen de me les approprier. Sinon, je crois que cela ne fonctionnerait pas.
SR: Oui, même si comme je l'ai dit plus haut je n'ai jamais été victime de rumeurs ou de harcèlement comme Léa. Mais je connais la pression du groupe, la violence symbolique et réelle qui peut régner dans une cours de récréation. Une simple remarque blessante (sur mes cheveux, mes vêtements toujours trop courts et ringards) pouvait casser et me faire douter pendant des semaines. Le collège c'est la jungle, je n'ai pas d'autre mot...
 
Pensez-vous que les mêmes histoires auraient pu être racontées avec le même impact sans illustrations ?
CB : Même si, au départ, Rouge tagada était prévu sans, je pense que le récit n’aurait pas eu cette force sans la présence des dessins de Stéphanie. Quant à Mots rumeurs, mots cutter, il n’aurait jamais vu le jour, tant les dessins sont importants. Ce qui est génial, avec cette série, et avec le roman graphique en général, c’est que c’est une création à quatre mains, deux cerveaux et pas mal de discussions…
SR: Oui mais pas de la même manière. C'est la même chose que de comparer un roman et son adaptation au cinéma. Ce sont deux objets différent. D'ailleurs, pour moi (dans l'idéal) la BD est plus proche du cinéma que du roman. 
Et la suite de la série ?
CB : La suite est prévue pour 2015. Un troisième opus, qui évoquera les rapports frère/sœur et la difficulté d’être soi. Chloé, la petite goth emo de Mots rumeurs, mots cutter, est au centre du récit. Pour l’occasion, un jeune mangaka, Léo S. viendra faire quelques incursions en images. Si tout se déroule selon le planning prévu, le quatrième tome, prévu à la rentrée 2015, ouvrira une nouvelle série – ou une nouvelle phase –, puisqu’on retrouve les personnages trois ans plus tard, l’année du bac français !
SR: Oui, je travaille actuellement sur le tome 3 et c'est un vrai marathon. Je trépigne d'avance de commencer la prochaine série dont parle Charlotte, parce que dessiner tous les personnages 3 ans plus tard sera un sacré challenge. Les rapports entre les uns et les autres aura changé. Les coiffures et les styles vestimentaires aussi.
...

"En tout cas, je ne cesse de me dire qu’à côté du lycée, je ne retournerais au collège pour rien au monde. J’ai vraiment l’impression de vivre à fond depuis que je suis entré en seconde. Le temps s’écoule bien plus vite qu’avant, mais il y a le théâtre, les amis, les découvertes, les chemins qui se tracent devant moi. Encore faut-il choisir le bon ; mais je peux me tromper. J’ai encore le temps." C'est ce que j'écrivais il y a un an. Et ça me semble toujours particulièrement vrai, bien que le lycée soit terminé.
"L'autre jour j'y repensais et je me disais que le collège c'est se jeter dans le grand bain des adultes sans la censure et l'auto censure qui va avec." Me confie Stéphanie, en regard de l'interview. "Les adultes ne sont pas plus tendres entre eux (cf le milieu de l'entreprise atroce)." Je trouve ça vrai. Dur mais vrai.
Heureusement, l'amitié est là pour vous aider à traverser les épreuves que l'école peut malgré tout vous opposer. Et certains vivent très bien le collège et la suite. Je vous le souhaite. La vie ne cessera pas de vous surprendre.
Et si cela ne suffit pas, la lecture, celle par exemple de ce sensible roman graphique, sera toujours là pour vous rappeler qu'une main tendue vous attend quelque part. 

Par-delà l'été, le chemin


Comme tant d'autres blogueurs sur la toile immense d'internet et de la blogosphère, je laisse fleurir dans mon jardin de mots quelques phrases un brin nostalgiques, heureuses, pleine de promesses, non pas sur l'été, puisque ces phrases, je les ai déjà cultivées ici, un peu ici, et peut-être aussi par là, c'était en tout cas la terre de ces derniers mots; mais sur la fin prochaine de ces vacances, la fin de deux mois sur lesquels j'aimerais un peu revenir, le début d'autre chose, le nouveau chapitre que je m'apprête à écrire, et la rentrée littéraire, bien sûr.

J'avais commencé un bilan de mai, il y a de cela 3 mois. Déjà. J'avais commencé un petit article, le 10 Juillet, à la manière des premiers que j'ai écrits au début de l'été, que je comptais continuer cet été. Je ne l'ai pas fait. Comme toujours, j'ai eu du mal à tenir les engagements que je me suis moi-même donnés. Mais j'ai décidé il n'y a pas si longtemps que ça, alors que je méditais sur ce que devenait mon blog, sur la régularité dont il n'a jamais fait preuve et sur ce que je voulais y écrire, que le but premier, l'essence même de mon blog c'était une passion. J'écris ici par envie, plaisir et avec la volonté de partager ce que je ressens et ce que j'aime. Pourquoi donc me forcer à publier ? Je n'ai pas pu suivre le rythme que j'avais espéré suivre cet été. Mais j'ai pu faire une pause. Un sacré break un peu dans tout ce que je fais.
J'ai relativement peu lu. Mais c'était pour bloguer (un tout petit peu), écrire (un tout petit peu aussi) et surtout bosser, passer le bac. Puis pour jouir pleinement des instants de bonheur à plusieurs, jouir du repos, trier, ranger, classer, commencer, recommencer.
J'ai peu écrit. Mais j'ai réfléchi, médité, je suis rentré en moi-même et en ce texte que je travaille intérieurement depuis 2 ans pour être prêt, bientôt, vraiment prêt à me lancer dedans.
J'ai peu blogué. Mais j'ai pensé à ce que je voulais faire à la rentrée, pensé à ce que je voulais relancer, à ce que je voulais que ce petit bout virtuel de moi-même devienne. J'ai rattrapé un gouffre de retard de chroniques, j'ai écrit et préparé des articles, ils attendent bien au chaud, dans mon ordinateur.
J'ai rangé, trié, classé, oui. Mon ordi, mais aussi ma chambre, mon bureau, tout ça tout ça, toutes ces affaires dont on s'encombre et il vient un moment où elles ne signifient plus grand chose. J'aime faire le neuf là-dedans, repartir sur de bonnes bases, me dire que je vais pouvoir faire de la place pour autre chose.
J'ai écrit pour mon blog, j'ai écrit par-ci par-là, j'ai donné naissance à des idées, des envies, des désirs, une volonté d'être libre.
Je me suis amusé, je me suis baigné, j'ai bronzé, j'ai profité de mes amis, j'ai empli mon coeur de leur présence et de celle de ma famille, j'ai appris à profiter de chacun des instants de ces deux mois. Je me suis reposé. J'ai tourné la page. Tourné la page du lycée. J'en ouvre une autre. J'ai fait un peu le point sur moi aussi, ce que je ressens. Enfin j'ai essayé.
Peut-être même que j'ai commencé quelque chose de nouveau, d'inattendu, du bonheur.
Un autre chemin s'ouvre à moi. Je suis délicieusement heureux de l'emprunter. Effrayé aussi. Je ne rentre pas encore, j'ai le temps, mais je pose déjà quelques pas sur ce chemin.
Sur le blog, le chemin sera sans doute tortueux cette année, mais lumineux, doux, virevoltant.
Je choisis le mot Liberté.

J'ai déjà parlé rentrée l'an dernier. De son importance. N'hésitez pas à retourner le lire cet article. Il avait eu droit à son petit succès, et j'en suis fier, heureux.
Mais puisqu'il est d'actualité de parler rentrée, je vous conseille un peu de lecture. Les bande-dessinées de Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini. Ca a commencé avec le touchant Rouge Tagada, ça continue avec le poignant Mots rumeurs, mots cutter. Ce second tome -et pas le dernier !- paraît très bientôt chez Gulf Stream et c'est l'histoire d'une jeune collégienne, une jeune amoureuse. Une erreur, une photo, et voilà un ticket pour l'enfer... celui du harcèlement, la moquerie au collège, la haine collégienne.
L'alliance de Charlotte Bousquet (au texte) et de Stéphanie Rubini (au dessin) est stupéfiante tant par l'alchimie qui les unit que par le choc qu'elle produit. La douceur des traits, l'allégresse se dégageant des couleurs, la sérénité du style en général se heurtent à un texte délicat, sensible, mais tourmenté, et plus que touchant: bouleversant. Car j'ai lu avec une boule dans la gorge. Pourtant, de l'une à l'autre, on ne sait par quel enchantement, des ponts s'érigent, des liens se tissent, des mains s'unissent. On retrouve dans les mots de Charlotte Bousquet cette délicatesse oui, cette douceur, ces images colorées et touchantes. On retrouve dans les dessins de Stéphanie Rubini des personnages frappés, changés, souffrants, dont l'émotion transparaît, touche, émeut et s'exprime jusque dans un découpage cassé et tourmenté.
On ne sait plus finalement où commence l'une, où commence l'autre, les deux auteures unissent leurs deux arts pour n'en faire qu'un et c'est brillant, poignant, sans jamais oublier de rappeler au lecteur que même dans les pires moments, il y a l'espoir. Une main tendue, un sourire et l'avenir peint de jours meilleurs.

Entre mai et Août, d'hier à aujourd'hui, j'ai lu 28 livres. 7 en Mai et un fini. Dont 8 chapitres en avant-première, dont une nouvelle relue. Dont un classique. 6 en Juin. Mais deux inachevés (pour l'instant), une nouvelle. Peu de lectures en juin. Le bac. Mais le plus gros coup de coeur que j'ai eu cette année réside peut-être en ce mois. Je n'ai en tout cas pas surpassé ce coup de coeur, si ce n'est avec ma relecture de Vango, depuis le mois de Juin.
"Anne-Laure Bondoux marie la simplicité des mots à une voix de conteuse qui jaillit de ceux-ci et transforme la simple histoire d’une vie en un conte universel. Dans un élan de rage et d’amour, Bo et Hama se précipitent fougueusement dans un voyage libérateur et initiatique, dans une quête de bonheur et de qui ils sont."
Ca paraîtra fin septembre, ce n'est qu'un extrait de ma chronique, mais vous allez, ici, beaucoup, beaucoup entendre parler de Tant que nous sommes vivants. ♥

4 en Juillet. Un rythme qui baisse. Les vacances, les amis, la famille, le temps qui passé sans même qu'on n'ait le temps de s'en rendre compte. Un manuscrit secret dont je ne pourrais vous parler. Et puis 11 ce mois d'Août. Dont un en cours. Un fini aussi. Et une BD (voir plus haut). Deux relus, enfin. Vango ♥ Mon Vango dont je vous parlerais demain.

J'ai donc lu environ 1640 pages en Mai. 640 en Juin (le bac.). 1113 en Juillet. Et 2649 en Août. Ces 4 derniers mois sans bilan sur le blog, j'ai donc lu (avec marge d'erreur) 6042 pages.

Étrangement, je ne ressors par de cet été avec beaucoup de coups de coeur, encore moins avec d'immenses coups de coeur. Je reste fasciné et transcendé depuis plus de deux mois par Tant que nous sommes vivants, qui ne risque d'être détrôné que quand j'aurais lu, enfin, le nouveau Timothée de Fombelle.

Il s'en est passé des choses ces 4 mois. Un concours et des Dangereuses créatures. Des chroniques, beaucoup de vidéos (lien de ma chaîne dans le menu déroulant en haut du blog (+) !), le bac, la vie qui continue, les vacances, l'été, et mes mots égrenés par-ci par-là, sur le blog, à l'ombre du grand arbre, sur Maze, pour vous raconter un peu tout ça. Je suis de retour. C'est la rentrée. La rentrée littéraire. Et je compte bien vous en parler.


Un peu de musique pour finir ...
Et le blog s'habille de neuf. Lui aussi est prêt pour la rentrée.
Bon courage à ceux qui rentre. Mes pensées aux autres aussi, bien entendu.

Parce qu'écrire n'a pas d'âge.

Je vous parlais l'autre jour du sentiment de l'écrivain.
La passion que j'éprouvais.
Les émotions. L'amour des mots. L'emphase pour les personnages.
Mais aujourd'hui, j'ai envie de vous parler parce qu'écrire n'a pas d'âge et que cela peut commencer très tôt.

Moi-même j'ai commencé à écrire assez tôt, mais au départ surtout pour raconter des histoires. Parce que j'ai toujours eu, il me semble, une imagination débordante qui avait besoin de jaillir. Comme je le racontais, ce fut les cahiers remplis d'histoires ou celles-ci juste commencées, les playmobil, les jeux avec le cousin ou le frère ou les copains, ... quand on est enfant, tout peut devenir un jeu. Dans l'écriture un rien peut devenir une histoire. Ecrire c'est peut-être redevenir enfant ?
Et puis un jour j'ai commencé à participer à des concours de nouvelles. Et j'ai découvert qu'écrire c'est raconter une histoire ... mais c'est aussi jouer avec les mots.
Et le premier concours que j'ai découvert, c'est celui du CDDP de mon département (la Charente-Maritime). Un concours pour stimuler chez les collégiens (4è et 3è) l'envie de lire, d'écrire en leur proposant de travailler sur le format court de la nouvelle, d'être lus et conseillés par un écrivain parrain (Carina Rozenfeld en 2009/2010, Claire Gratias l'année suivante, Gilles Abier cette année par exemple) pour finalement être éventuellement publié dans un ouvrage distribué aux CDI des collèges participants et lu en public par des comédiens. Une belle initiative donc, et très stimulante en effet. L'année suivante, je fais partie des gagnants pour ma nouvelle Il était une fois (que je viens de mettre en ligne -vous pouvez la lire avec le mot de passe suivant: "bouquinsenfolie"; merci de ne pas diffuser et reproduire ce texte).
En 2010 aussi je remporte avec surprise et bonheur un concours organisé près de chez moi pour une nouvelle autour du monde des rêves. Peut-être aimeriez-vous la lire ?

Après avoir gagné le concours du CDDP en 2010/2011, je suis devenu jury.
Aujourd'hui donc a eu lieu la réunion du jury pour désigner les 6 gagnants. C'est la troisième -et dernière- édition pour laquelle j'étais jury ... et ce fut un immense plaisir.
J'avais envie de revenir sur tout ce qu'une telle expérience m'a apporté et sur tout ce qu'elle m'a fait ressentir.
Il n'a pas été facile pour tout le monde de s'adapter au thème -Histoires d'îles-, de jouer le jeu de la nouvelle (un genre en fait très dur à mener ...), voire même d'écrire. Alors bien sûr certains textes sont moins bons que d'autres, bien sûr l'écart est même parfois très grand. Mais de toutes les nouvelles il ressort du plaisir: celui de raconter une histoire, d'écrire sur des thèmes qui plaisent à ces jeunes collégiens, voire de surprendre, de faire ressentir, de se libérer, de s'amuser, de s'emparer des mots pour les rendre beaux. De la moindre qualité pourtant déjà empreinte du plaisir on en arrive à certains textes (et je pèse mes mots) littéralement époustouflants. J'ai été sonné de voir qu'à cet âge déjà il y a des textes d'une qualité littéraire indéniable: un style riche en vocabulaire, en images, en poésie; une histoire prenante, haletante, rythmée, avec une chute parfois; de l'émotion, des sentiments, beaucoup de force.
Alors si on ne s'improvise pas écrivain, il est clair qu'il y a déjà chez certains un don, ou que beaucoup de travail peut aboutir à quelque chose de très bon.
Alors si certains s'arrêteront d'écrire, il est clair pourtant que tous ont pris plaisir à s'emparer d'une plume et inscrire, quelque part, des fragments de leur imagination, et d'eux-mêmes. Et ils ont bien fait. Merci pour 3 années de grand plaisir à lire et débattre et choisir, même si cela est souvent dur. Merci pour les mots que vous nous avez offert: l'émotion tout simplement et le bonheur du lecteur.
Continuez d'écrire parce que c'est un immense plaisir de vous lire. Continuez d'écrire parce que vous pouvez faire de grandes choses. Continuez d'écrire parce que c'est libérateur. Continuez d'écrire. Parce que si vous aimez ça, c'est le principal et que l'on n'aime ou pas vos textes, rien d'autre ne compte si vous avez en vous l'amour des mots.

Merci au CDDP et en particulier à Hélène Cudennec pour toute ces expériences. Merci à toutes ces personnes que j'ai pu rencontrées et toute rencontre est toujours un enrichissement. Merci aux jeunes écrivains surtout parce que c'est eux qui, aidés par des professeurs motivés et précieux pour ne pas s'égarer, nous procurent cette joie de lire.
Il y a du talent en beaucoup d'entre vous, ne le laissez pas s'échapper.


Je vous invite aussi chaudement à vous rendre au festival  Aix Libris: un festival littéraire très agréable dans le cadre on ne peut plus délicieux de l'île d'Aix. Et si vous voulez en savoir plus sur le concours, leur nouveau partenaire Actes sud junior vous en dira bientôt plus que moi ...

Le collège et ses secrets

Mona, 12 ans, partage tout, de ses grands délires à ses petits soucis, avec sa bande de copines. Elle décide de créer, avec la documentaliste du CDI, un site où tous les collégiens pourront, de façon anonyme, faire des confidences et recevoir les conseils de ceux qui les lisent. De la peur du divorce aux bienfaits d'une crème anti-acné, les sujets sont variés et le site est de plus en plus fréquenté ! Mais bientôt la situation dérape et quelqu'un révèle un secret trop lourd à porter.
Info ou intox ? De qui s'agit-il ? Comment l'aider ?


                J’ai déjà eu unpeu l’occasion de vous parler du collège. C’est vrai que moi, le collège, j’y ai vécu de très beaux moments, c’est certain. Mais aussi des moments un peu moins faciles, parce qu’au collège, les enfants peuvent être très cruels ! C’est de cela qu’il est notamment question dans le dernier roman de Susin Nielsen. Mais ça n’est pas de cela qu’il va être question dans cette chronique, mais d’un autre point qu’on retrouve aussi dans ce dernier roman. Il y a en effet un problème autre qu’aborde Florence Hinckel dans son livre secrets.com.
                Mona, 12 ans, 6è, en créant ce forum de discussion partait plus de ce sentiment de curiosité. C’est vrai que les gens aiment lire les secrets des autres … puis, dans ce cas-ci, tenter d’en deviner l’auteur. Mais il y avait aussi l’idée de proposer aux 6è de se livrer, sans devenir la cible des moqueries des autres. C’est là qu’on touche le nerf principal du roman. A cet âge en effet, on n’ose pas toujours se confier, et on garde parfois des choses enfouies en nous, ce qui est une mauvaise chose. Ou comme l’écrit si bien  Timothée de Fombelle :

                « On n’est jamais obligé de dire les choses importantes à ses amis, mais le jour où on le fait, la vie devient plus douce. »
                C’est de ce départ assez excitant et prenant que démarre ce court roman. Un roman jeunesse, auquel j’ai donc eu un peu peur de ne pas accrocher au début. Mais finalement, je me suis facilement pris au jeu, et me suis attaché au personnage de Mona …
               
                Comme chaque fois, j’ai été étonné du talent avec lequel Florence Hinckel crée des personnages vivants. Elle retranscrit avec justesse des pré-adolescents tout juste entrés en sixième avec leurs rivalités, leurs craintes, leurs joies, leurs jalousies, leurs amitiés. Des personnages donc auxquels les plus jeunes lecteurs accrocheront sans aucun problème.
Un petit roman aussi pour les parents, qui aimeraient voir un peu ce qu’il se passe dans la tête de leurs enfants.

                Le suspense est bien présent et prend le lecteur sans qu’il ne puisse s’arrêter de lire. Il veut connaître la suite. Il est pris de ce sentiment de curiosité et de crainte qui s’insuffle dans les visiteurs du site secrets.com puisqu’ils se demandent quel est ce mystérieux secret et qui en est l’auteur. D’un bout à l’autre de l’histoire, on est baladé de rebondissement en évènement inattendu, en passant par des révélations qu’on n’imaginait pas et des intrigues qui se mêlent les unes aux autres. Le tout est très bien noué et s’enchaîne avec une fluidité non négligeable.

                Un véritable moment de fraîcheur que ce roman tout en douceur et sentiments. Florence Hinckel signe une histoire prenante et bien construite mais aussi touchante, qui laisse, une fois terminée, un petit sourire au coin des lèvres …

http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2013/09/on-revient-toujours-change-dun-ete.htmlhttp://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2012/08/chronique-thea-pour-leternite-de.html