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Ce matin

Ce matin, je me suis levé après avoir (enfin) passé une longue nuit réparatrice, après avoir traîné au lit, et après avoir laissé mes pensées vagabonder vers le weekend qui m'attend. Ce matin, après m'être levé, j'ai ouvert les volets, les yeux encore voilés par la nuit et le noir et le corps vacillant sous la lumière de cette journée d'hiver. C'était un moment fragile.
Une fragilité qui habite, il me semble, les deux albums dont je veux vous parler aujourd'hui. Ils parlent tous les deux du matin avec une sensibilité qui allie une fragilité touchante à une force lumineuse. Je vais essayer de m'expliquer.


Dans Ce matin, Junko Nakamura ne raconte rien de plus que le matin d'un ours et de son chien. Il faut se lever, quitter son nid douillet, ouvrir les fenêtres, recevoir le soleil, s'habiller, prendre son courage à deux pattes et sortir se heurter au monde, à l'extérieur et aux autres.

Il y a dans les personnages une tendresse immense, à laquelle mon coeur d'enfant s'est profondément attaché. L'ours et son chien font attention l'un à l'autre et l'auteur-illustratrice le montre avec une grande simplicité. Chacun vit son matin avec et sans l'autre. C'est comme une petite danse des habitudes que chacun mène avec précaution. Jusqu'à ce moment très touchant où l'ours prend son chien dans les bras et lui dit "Je ne t'avais pas encore dit bonjour, mon chien."

Tout cela est rendu possible et amplifié par des dessins d'une grande douceur et par un jeu de lumières incroyable où la vivacité des couleurs, les ombres et la chaleur des illustrations rendent compte de l'atmosphère si particulière, confortable et mélancolique, d'une matinée ensoleillée.
Dans Premier matin, Fleur Oury, pour son premier album, met en scène deux ours. Petit Ours doit aller à l'école. Mais il a fait un rêve où se matérialisaient toutes ses craintes : oublier son cartable, ne plus avoir d'amis... Alors Grand Ours le rassure, et lui montre que l'école est aussi un lieu plein de promesses pour apprendre, changer, grandir et se faire des amis.

La même tendresse anime l'album de Fleur Oury. Ses deux personnages, réalistes, avec leurs deux petits yeux noirs et une bouche finalement peu expressive, vibrent pourtant de douceur et d'émotion. L'affection mutuelle qui les lie est palpable et la façon dont l'un se confie et l'autre le rassure est juste et touchante.

De plus, on voit petit à petit se dessiner autour des deux ours la forêt. La forêt s'épaissit, s'enrichit et le monde qui les entoure prend vie comme il s'éveille au matin. Avec des dessins minutieux et colorés fait aux feutres, Fleur Oury m'a séduit et touché.


Pourtant, si ces deux histoires tendres et simples plairont sans aucun doute aux plus petits qui se reconnaîtront dans les différents animaux (si attachants), elles sont toutes deux enrichies d'un niveau de lecture différent, subtile et juste.

Ce matin, de Junko Nakamura, invite à le lecteur à voir le matin comme un commencement. "La pluie d'hier n'est plus là, partons voir le monde." Ce soleil doux et chaleureux, ces couleurs mélancoliques, cette atmosphère si rassurante, c'est comme une main tendue pour laisser derrière soi des tracas ou des tourments passés pour trouver le réconfort dans la confrontation au monde.

Premier matin, de Fleur Oury, met en scène une relation tendre et confortable qui rassure et porte mais dont il faudra aussi se détacher pour découvrir, rencontrer et s'épanouir. C'est aussi un album qui dessine le monde autour de Petit Ours comme le monde se dessine dans l'apprentissage et dans les années qui passent.

Le tout, pour chacun des albums, avec douceur et émotion. C'est simple, oui, rapide à lire et c'est avant tout pour les enfants. Mais ça n'en reste pas moins, il me semble, sensible, juste et émouvant.

Ce matin de Junko Nakamura
Editions Memo
44 pages, cartonné, 16€ 
★★★
Premier matin de Fleur Oury
Les Fourmis Rouges
40 pages, cartonné, 14€

Noël de papier


(cliquez sur le lien pour accompagner cet article d'un peu de musique)

Je me fais très discret ici et là ces derniers temps. Décembre m'a vidé de toutes forces physiques, intellectuelles et émotionnelles. Je me ressource, je reviens très vite. Prenez soin de vous.
Hier, on parlait de Noël, et de moi, entre les lignes.

Noël, en livres, ça donnerait ça...

"Tout doucement, Eleanor tombe amoureuse de Park. Tout doucement, Park tombe amoureux d'Eleanor. Et nous tombons avec eux." écrivait Clémentine pour son blog et pour La Voix des Blogueurs, le prix dans le cadre duquel j'ai lu le roman. Tout doucement sont sans doute deux mots choisis avec soin parmi ceux qui décrivent le mieux le roman. Cette histoire d'amour sort de l'ordinaire en cela qu'elle est d'une délicatesse délicieuse. Les personnages sont originaux et différents. Leur histoire est un peu bizarre un peu tâtonnante mais très juste. Les mots sont simples, un peu maladroits, touchants. Alors oui, tout doucement, on tombe avec eux. L'histoire ne m'a pas semblé toujours crédible. J'ai été un peu déçu de constater qu'elle avait du mal à s'accrocher en moi et à bien s'y blottir, de voir que des choses clochaient et rendaient un peu bancal le roman. Parce qu'Eleanor est agaçante et parfois incompréhensible, parce que la fin va trop vite. Mais tout cela n'enlève rien à la douceur du texte, à la sensibilité du personnage de Park et à la beauté de leur histoire. Ni à l'évidence de la fin qui laisse l'horizon s'ouvrir. A savourer avec une peluche dans les bras... ou avec un(e) amoureux/se.
"Tenir la main d'Eleanor, c'était comme tenir un papillon. Ou un battement de coeur. C'était tenir une chose pleine et pleinement vivante."
Eleanord & Park de Rainbow Rowell - PKJ, 384 p., 16€90, 2014.


Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises de Quatre sœurs, un roman où l'on se sent aussi bien que dans son plus-gros-plus-vieux pull devant la cheminée. Si je vous invite chaleureusement à lire ce(s) (quatre) roman(s) pendant les fêtes, vous pouvez tout aussi bien vous plonger dans la bande-dessinée. Je vous parle des dernières parues, celles dessinées par Cati Baur chez Rue de Sèvres, la collection de BD de l'école des loisirs. J'avoue vous parler de ce premier tome sans même l'avoir terminé. Mais les premières pages ont suffi pour me convaincre. Les cases sont grandes, le découpage original, le texte s'efface parfois pour laisser beaucoup de place à l'illustration, les deux s'appuient l'un sur l'autre avec beaucoup de délicatesse. Le tout dégage une sensibilité, une élégance, une justesse et une émotion qui donnent à l'adaptation toute sa force. L'âme du roman palpite dans cette bande-dessinée qui apporte beaucoup à l’œuvre de Malika Ferdjoukh. Ça craque, ça souffle, ça crépite, ça respire, ça vivote entre les pages. A siroter sous une grosse couverture.
"Encore un peu plus loin, sur le chemin, le pavillon des gardiens, inoccupé depuis des années. Et enfin... "Au bout du bout", comme dit Hortense... juste avant le bord, avant la falaise et la mer, à l'aplomb du vide, il y a... la Vill'Hervé."
Quatre sœurs de Malika Ferdjoukh et Cati Baur - Rue de Sèvres, 160 p., 15€00, 2014.
 "Il est dix-neuf heures et Papa n'est toujours pas rentré. En l'attendant, je joue dehors avec mon chat. Quand soudain, il bondit dans l'arbre, et disparaît."
L'histoire est simple, presque banale. Elle aurait pu s'arrêter là, tout simplement. Mais la petite-fille saute dans l'arbre à la suite de son chat. Et elle grimpe. Là, elle rencontre un merle qui cherche son nid, un ver qui cherche son amie, un patineur qui cherche son écharpe, des cow-boys qui cherchent un bandit, un chauffeur de bus qui cherche un arrêt, etc. Ses rencontres sont de plus en plus démesurées, de plus en plus extravagantes, sans jamais briser ce cocon onirique qui enrobe l'album avec douceur. L'enfant est toute jolie et la finesse de son visage suffit à exprimer beaucoup. Parce que l'émotion de l'histoire passe par sa quête un peu insensée, par son allure d'enfant et par un tout petit sourire au coin d'une branche. Le trait est rond et délicat, les couleurs pastels sont délicieuses, et les personnages tous égarés dans une bulle loufoque sont simplement touchants. A suçoter comme un bonbon. - coup de ♥
 Troisième branche à gauche d'Alexandra Pichard - Les Fourmis rouges, 40 pages, 16€50, 2015.