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Etre humain



                La science-fiction fait partie des genres assez peu populaires en littérature jeunesse et que je ne lis moi-même pas beaucoup … cela m’arrive pourtant quelques fois, notamment avec les éditions Syros qui en publient beaucoup dans leurs collections Soon et Mini Soon.
Il m’est arrivé d’avoir des coups de cœur dans cette première collection, certains m’ayant beaucoup marqué comme Le signe de K1 de Claire Gratias et Théa pour l’éternité de Florence Hinckel. D’autres, comme C.H.A.R.L.Ex beaucoup moins …

                Je ne garde étrangement pas un si mauvais souvenir que ça de cette lecture. Mais je n’avais pas réellement accroché, et j’ai attendu si longtemps avant d’en parler ; certes par manque de temps mais aussi car, déçu, je ne savais qu’en dire. C’est l’histoire d’une androïde à l’intelligence et la force supérieures qui, propulsée en mission spéciale sur une planète infestée par une herbe rouge dévastatrice, subit des dommages techniques et perd une part de sa mémoire. D’aventure en rebondissement, elle va apprendre à la retrouver et à tenter de retrouver ce pour quoi elle a été conçue … mais amputée d’une part d’elle-même et confrontée à d’autres hommes ou créatures, elle pourrait bien devenir quelqu’un d’autre … plus proche des humains ? L’histoire est prenante, touchante, la réflexion soulevée intéressante et enrichissante, mais je n’ai pas trouvé les personnages attachants, bien que richement développés et l’univers de science-fiction assez complexe parfois trop lourdement expliqué. En revanche, je pense que les fans de science-fiction se régaleront.

                Florence Hinckel, une de mes auteures favorites, s’empare elle-même du thème de la mémoire et de son importance dans un mini Soon : Mémoire en mi. Elle imagine un monde où la mémoire de chacun est conservée dans des boîtes électroniques auxquelles on peut accéder à tout moment. Interdite de jouer avec la fille d’une domestique, une enfant va décider de retrouver les sensations de sa petite enfance grâce à ses boîtes … Pourtant, tout ne va pas se passer comme prévu. Avec sa délicatesse et l’émotion que Florence Hinckel fait naître d’une plume sensible et touchante, l’auteure délivre subtilement un message essentiel et profondément marquant dans notre monde où la science ouvre de plus en plus le champ des possibles. Notre mémoire est l’un des biens les plus précieux que chacun de nous a en lui et qu’on ne pourra jamais nous enlever. C’est ce sur quoi nous nous formons et elle anime chaque instant de notre vie par les enseignements qu’elle nous confère. Que se passe-t-il si nous n’en sommes plus maîtres ? L’enregistrer électroniquement grâce aux progrès de la science, serait-ce vraiment une solution profitable ? Nos souvenirs les plus puissants et les plus marquants n’ont-ils pas la propriété d’être ineffables, insaisissables, presqu’imperceptibles ? Florence Hinckel, dans un court roman puissamment touchant, montre à son lecteur que la science ne nous volera pas les sensations les plus profondes et universelles : la chaleur maternelle, une senteur qui a le goût de l’enfance, une voix, une musique qui nous a bercé …

Chez une voisine ...
http://melimelodelivres.blogspot.fr/2014/11/rencontre-avec-denis-guiot.html
 

Des voyages dans le temps




                 Le voyage dans le temps, à l’égal d’autres fantasmes humains– voler, être immortel, avoir de super pouvoirs, etc. – est un thème récurrent en littérature et donc aussi dans les romans jeunesse. Je vous avais déjà parlé, par exemple, du captivant et fascinant Hier tu comprendras.
Pourtant, dès qu’un auteur choisit de l’intégrer à son ouvrage, il doit alors être très vigilant, car cela implique beaucoup de possibilités, de nouvelles pistes, de difficultés en somme. La moindre interférence dans le passé pourrait, théoriquement, bouleverser le futur. C’est d’ailleurs pourquoi il existe un genre – sur lequel j’ai réalisé mon TPE*– appelé uchronie dans lequel se situent tous les romans qui, à partir d’un évènement historique précis, imaginent comment l’avenir serait altéré si cet évènement n’avait pas lieu ou se déroulait différemment.

                Par exemple, dans L’Affaire Jane Eyre de Jasper Fforde – un des ouvrages étudié pour mon TPE – les personnages (qui vivent dans un monde complètement déluré … en 1985) peuvent non pas voyager dans le temps mais dans les œuvres littéraires … L’idée est non seulement très originale mais aussi très bien menée. Jasper Fforde entraîne son lecteur dans une histoire rocambolesque où on suit une enquêtrice qui travaille dans un secteur bien particulier : le Service des Opérations Spéciales de Détection littéraire qui sert à identifier les plagiats, erreurs de copyrights, etc. L’univers créé par Jasper Fforde est déjanté et grouille de détails tous plus surprenants et extravagants les uns que les autres. Ce monde un peu bordélique est le décor parfait pour une aventure policière et littéraire fraîche, inédite et passionnante. En outre, ce monde est la conséquence d’un évènement peu connu mais non négligeable : la guerre de Crimée. Dans ce roman, elle n’a jamais pris fin … L’engendrement causé par cette altération reste flou et on ne comprend pas vraiment comment cela a-t-il pu provoquer tous ces bouleversements, mais on n’en reste pas à nos interrogations tant l’intrigue est prenante et foisonnante.
                C’est d’ailleurs ce qu’introduit le multivers de Leonardo Patrignani dans Multiversum. Le multivers correspond à tous les univers potentiellement existants. Ils sont donc infinis puisque chaque seconde peut engendrer plusieurs lignes temporelles différentes et ainsi de suite. C’est réellement fascinant, vertigineux, mais habilement mené par ce talentueux auteur. Dans le second tome l’uchronie et – surtout – la science-fiction, se font plus présentes et proposent un autre monde, futuriste, étonnant et passionnant. Je vous conseille ardemment de lire cette série ! Vous ne pourrez pas dire que je n’en ai pas assez parlé …

                Voyage dans le temps et uchronie sont finalement étroitement liés. Et s’il peut y avoir uchronie sans voyage dans le temps, il ne peut y avoir voyage dans le temps sans uchronie. C’est-à-dire que chaque auteur venant à user de cette technologie, de ce pouvoir ou que sais-je se confrontera aux altérations temporelles.
Le maître dans cet art, en tout cas en littérature jeunesse, est selon moi Alex Scarrow. Avec sa série Time Riders, il imagine un futur où la machine à voyager dans le temps a été inventée. Seulement, grand nombre de personnes cherchent alors à s’en servir à des fins personnelles pour aller changer le passé à leur profit. Dans le premier tome par exemple, un néonazi va dans le passé pour tenter de faire gagner la guerre à Hitler. Du coup, une agence est constituée, avec plusieurs unités de « Time Riders » (littéralement « chevaucheurs de temps »), pour réparer ces altérations. Il maîtrise avec beaucoup de talent ses histoires, alors que le challenge est de taille, tout en plaçant l’ensemble de sa série sous un mystère et un suspense insoutenables. Le dernier tome que j’ai lu est le quatrième (j’en ai quelques-uns de retard en effet …) et c’était un des meilleurs de la série ... avec, comme à chaque fois, une fin en forme de cliff-hanger redoutable. L’époque altérée (la guerre de Sécession) prend alors des allures steampunk voire fantastique ce qui crée un univers chimérique fascinant. Il reste parfois trop dans l’action et engendre donc parfois un sentiment de distance face à l’intrigue, mais arrive quand même à rendre ses personnages profondément attachants.

                Puisque les difficultés sont de taille, il est donc facile de, au pire se rater,  au mieux s’égarer. C’est un peu le cas il me semble – malheureusement – pour un roman de la collection Wiz d’Albin Michel : Parle-moi. C’est l’histoire d’une jeune fille qui, son diplôme en poche, le lycée fini, se retrouve larguée par son copain et sans plus d’amis, puisqu’elle lui a consacré tout son temps. Alors, après un malheureux accident, elle passe un appel avec son téléphone cassé et se retrouve au bout du fil avec … elle-même, trois années plus tôt, en première année de lycée. J’ai beaucoup aimé l’idée et le roman se lit rapidement, car l’auteure accroche son lecteur à cette histoire légère et malgré tout prenante. Par contre, il reste assez superficiel et Sarah Mlynowski ne va pas en profondeur de son histoire. Son style reste assez simple, voire peu littéraire, trop oral, et elle s’égare un peu dans les lignes temporelles de son intrigue, empruntant certaines solutions de facilité. Les personnages aussi sont assez superficiels. L’héroïne reste attachante mais parfois agaçante. J’ai tout de même passé un bon moment, qui – disons – « détend », mais je reste sur ma faim.

                Enfin, c’est l’auteure américaine Ann Brashares, dont je suis fan – qui a écrit Quatre filles et un jean, Toi et moi à jamais, L’amour dure plus qu’une vie – qui s’est récemment adonnée à l’exercice. Elle avait déjà un peu abordé le thème du temps avec L’amour dure plus qu’une vie. Dans Ici et maintenant, elle le met au service d’une histoire qui se situe entre science-fiction et dystopie dans une époque … actuelle. C’est un mélange audacieux, original et captivant. Dans un monde futur pollué et infesté de maladies, l’Homme ne peut plus vivre, et quelques chanceux sont envoyés dans le passé pour la survie de l’humanité et voir s’il est possible, plus tard, de faire venir encore d’autres Hommes. Le contexte reste assez flou, c’est le but, intrigant, et est adroitement construit. Dans le passé (notre présent) une véritable société miniature se constitue. Une société qui a tendance à oppresser ceux qui en font partie, puisqu’ils doivent suivre des règles strictes impliquant notamment le moins de contacts avec les autres Hommes pour éviter des altérations temporelles. Pourtant, Prenna, le personnage principal, va tomber amoureuse d’Ethan, un lycéen comme les autres … un lycéen très attachant, drôle, porteur d’espoir et de vie pour elle, qui vit dans une société hors du temps, comme en pause, depuis son arrivée dans notre présent. Les voilà lancés dans une aventure pour tenter de sauver le futur. Ann Brashares délivre un message profondément touchant, en affirmant écrire ce roman pour « être nostalgique du présent ». En somme s’ouvrir à sa beauté et prendre conscience qu’il faut la préserver. Le dénouement de ce roman, qui se lit passionnément d’une traite, n’est pas véritablement heureux, ni tranché.
Non, Ann Brashares, avec la délicatesse et la tendresse qui caractérisent ses romans, délivre l’espoir à ses personnages … et ses lecteurs. Loin d’être aussi marquant que ses précédents ouvrages, Ici et maintenant n’en est pas moins un coup de cœur pour son originalité, et la douceur et la fougue qui l’habitent, la fougue de l’espoir : celui de changer le futur.

                Sans doute, comme l’affirme Alex Scarrow, vaut-il mieux que nous ne puissions jamais voyager dans le temps. Mais il est bon, bien qu’illusoire, de croire que nous pouvons être maîtres du temps et de son déroulement en allant à notre gré dans le passé ou le futur. Ce qu’Ann Brashares cherche en fait à transmettre avec son dernier roman c’est que nous sommes bel et bien maîtres du temps. En tout cas de l’avenir. Le passé est figé. Mais c’est ici et maintenant que nous pouvons faire de l’avenir un monde meilleur.

*Travaux Pratiques Encadrés : sorte d’exposé (dossier et oral) réalisé en fin d’année de première pour le baccalauréat

Un peu de bande-dessinée - premier jour

Je vais vous parler pendant deux petits jours de bande-dessinée ... je commence aujourd'hui avec deux BD issues d'une nouvelle collection lancée par l'école des loisirs. Alors que cette maison d'édition publie exclusivement pour la jeunesse, Rue de sèvres publie de la bande-dessinée pour tous les âges !
Pour la jeunesse
Zita est une petite fille normale. Enfin, jusqu'à ce qu'elle déniche au fond d'un cratère une sorte de bouton étrange qui l'envoie à l'autre bout ... de l'espace.
C'est là que commence une extraordinaire odyssée pour tenter de rentrer chez elle.
Un graphisme coloré et pétillant, qui donne à l'histoire tout son dynamisme.
Une intrigue trépidante qui emporte le lecteur aux quatre coins de l'univers.
Des personnages à leur tour hauts en couleurs, attachants, amusants.
Voilà tous les ingrédients réunis pour une bande dessinée divertissante qu'adoreront les enfants ... et réjouiront les plus grands !
Un joli moment de détente.

 Pour les plus grands
 Giacomo Foscari est une bande dessinée à lire dès l'adolescence.
Giacomo voit en Italie, durant son enfance, la montée du fascisme. Il deviendra finalement professeur à Tokyo, loin de sa terre natale mais toujours empreint de sa culture.
 Cette bande-dessinée navigue entre deux cultures -romaine et japonaise. Si elle m'a par certains aspects un peu dérangé, et que j'en garde un souvenir légèrement amer; cela n'en reste pas moins un ouvrage au trait sensible, aux dessins touchants et témoin de ce mélange de culture qui a su me charmer.
Une lecture qui plaira notamment aux amoureux du Japon.

Des robots, la fin de l'humanité et un coup de ♥




                Ne perdons pas de temps, plantons le décor. Nous sommes dans le futur, un futur … pas si lointain que ça. L’humanité disparaît. Les raisons sont floues, mais on aperçoit une guerre nucléaire, des conflits non réglés, des armes chimiques. Une vision de notre avenir sombre, pessimiste peut-être … mais loin d’être absurde. Il suffirait de si peu pour que tout dérape et aille s’écraser contre le mur de la cruauté humaine. Il suffirait de si peu pour provoquer l’extinction de l’espèce humaine. Nous sommes dans ce contexte post-apocalyptique … et dans ce décor poussiéreux, en ruines et inquiétant, il y a quelques robots qui commencent à se rassembler … dans la même ville. Tous ont la même question en tête : pourquoi ?

                On s’accroche un peu difficilement aux premières lignes, mais juste aux premières lignes, le reste coule de source. Il a suffi de quelques pages pour que je sois captivé par cette histoire. Cette histoire que nous conte un robot, un « robot biblio ». Au-delà d’un style dissimulant une fascinante profondeur, il y a d’abord une maîtrise de la langue et du récit épatante. Loïc le Pallec est loin de se contenter de raconter une histoire, il la pousse à bout. Le robot analyse, réfléchit, met en lien ses données pour trouver le meilleur mot, la meilleure syntaxe … le meilleur style possible. Et même bien plus, les phrases, les dialogues, les échanges sont truffés de termes techniques se reportant à la robotique qui donnent au livre un charme particulier, qui colle des sourires sur le visage des lecteurs, qui témoigne du talent indéniable de cet auteur qui publie là son premier (et j’espère non le dernier !) roman. C’est là que réside la première connexion, euh … le premier lien entre No man’s land et son lecteur … déjà charmé. Ce lecteur qui va découvrir au fil des pages une intrigue rondement bien menée, un univers maîtrisé et bien ficelé et une histoire passionnante, touchante, étonnante.

 " - Ton inclination à la proximité entraîne une fluctuation de mes algorithmes qui mérite une analyse plus poussée !
- J'ai du mal à te décoder...
- En d'autres mots, un robot qui fait preuve de curiosité suscite automatiquement mon intérêt. (...) Il va falloir coordonner nos paramètres idiomatiques... Les multiples analogies de la langue ne rendent pas forcément la tâche facile... D'après mes estimations, cela ne devrait cependant pas nous empêcher d'établir un niveau de communication acceptable. Moi c'est Meph, et toi ?"

                Ces robots donc, dans les ruines d’un monde sans humains, se mettent à construire leur propre communauté. Chacun trouve sa place selon ses fonctions. On se choisit une maison. On l’aménage (pour les plus excentriques …), on se met petit à petit à suivre un rythme … humain. Travail, alimentation, recharge. Et parmi cela les rencontres, les moments passés ensemble, les évènements particuliers. Ces robots sont perdus. Ils sont soudainement plus que des êtres de ferrailles asservis aux humains, ils ont des responsabilités, des idées, des fonctions, des « chez-eux ». Une conscience, la pensée. Ils vivent. Ils ressentent.

"Je peux analyser des faits, tirer des conclusions; mais si je suis à présent en mesure de choisir, quels pourront être mes critères de sélection ?"

                C’est là que commence une réflexion très intéressante. La conscience en effet, amenant la pensée, l’interrogation, la réflexion, la raison, est-elle typiquement humaine ? Aussi ces radiations, ou que sais-je encore !, seraient –elles responsables de ce changement radical chez ces robots ? Et pour eux, comment apprendre à penser alors que leur existence avant cela n’a été que soumise à des fluctuations, des données, des chiffres ? On en vient à se demander si les robots peuvent vraiment ressentir. On en vient à se dire : et si les Hommes n’étaient pas si éloignés que cela de ces machines qu’ils ont créées de toutes pièces ?

                Les questions qui en découlent sont vertigineuses. Les robots s’interrogent sur leur propre existence, sur l’existence des humains, sur ce qui les lient. L’auteur en arrive alors à cette profonde conclusion. Et si les humains, à travers les robots, tentaient de reproduire le mystère de leur création ? Aussi si l’Homme ignore l’origine de son existence, et se perd dans sa recherche, dans ses guerres de religion, dans la science et la technologie, le robot, lui, connaissant son créateur et celui-ci ayant disparu, peut s’épanouir et construire, avec tous les autres, son utopie.
L'égocentrisme qui a conduit les humains à désavouer les principes mêmes de la vie demeure pour nous une énigme.
                Ces petits robots donc, tous différents mais qui se complètent à merveille, séduisent notre cœur de lecteur. Leur sensibilité est touchante, leurs relations attendrissantes, leurs caractères plus ou moins électriques mais leur intelligence bel et bien présente. C’est fascinant, excitant, exaltant ! Oui, je me suis terriblement attaché à ces êtres de métal qui font, parfois, mépriser l’Homme, bien que nous-mêmes en soyons. Archi devient notre meilleur ami, Meph est amusant, divertissant, et pétillant, Domo imposant mais doux, Eliza séduisante… Cet ensemble d’être désormais soudés, solidaires et même amis en viennent à petit à petit laisser de côté leurs Pourquoi. Pourquoi sommes-nous là ? Pourquoi avons-nous tous été attirés par cette ville ? Pourquoi pouvons-nous désormais penser ?
                Ne disait-on pas à l’Antiquité déjà « Errare humanum est » - « L’erreur est humaine » - ?
                Or nos protagonistes ne sont-ils pas des robots ?
 "En observant ce sequoia par exemple, je me suis dit qu'un arbre capable de vivre 3000 ans devait certainement avoir une perception temporelle très différente de celles des humains. Je me suis alors demandé quel genre de réponse cette créature aurait pu donner à la question suivante: que représente l'humanité pour vous ? Eh bien en admettant qu'il ait pu répondre bien sûr, je ne serais guère étonné qu'il ait considéré les hommes comme une vatiété de parasites, dont la ridicule espérance de vie se trouvait tout juste compensée par une prolifération rapide de l'espèce. Une bactérie dangereuse, capable de provoquer la fin de la lignée sylvestre."
                C’est sûr un final renversant que s’achève le roman. Je ne peux vous en dire plus, mais lorsque j’ai lu cet épilogue, je l’ai relu aussitôt, bouleversé, chamboulé, anéanti que j’étais. Comment pouvais-je me douter que ce roman allait me toucher à ce point, que sa fin allait avoir l’effet d’une gifle ?
                Un coup de poing oui. Une profondeur certaine. Une alarme aussi.
                On sort de ce texte différent. On a des questions plein la tête, des émotions plein le cœur, et des larmes et des étoiles dans les yeux.
                On a dans les mains un chef-d’œuvre.

 "Où est le problème ?! Meph, le problème est que ça me déstabilise complètement ! Quand je me trouve en sa présence, j'ai l'impression que plus aucun de mes paramètres n'est fiable. Mon cerveau est plein d'oscillations de fluctuations que je n'arrive pas à analyser..."
Notre sélection sciences à l'ombre du grand arbre ...
Toujours à l'ombre: une interview de Tibo Bérard, directeur de la collection et tous nos liens Exprim' !
Ma propre interview de Tibo
Les chroniques de Sophie et Céline
Et le blog de l'auteur ... Un blog, Lightbulb15. Un projet, participatif, artistique, cinématographique.(♫)


Pure, ou comment découvrir une auteur bourrée de talent.

            Il est des livres dans le vaste monde de la littérature qui vous laissent fascinés. Des livres qui sont hors de toute catégorie, qui se détachent de tout autre ouvrage et qui provoquent en vous des sentiments inattendus. Ce fut le cas pour moi lorsque j’ai découvert Pure. Reçu en partenariat avec le forum Club de lecture (et je remercie chaleureusement Karine), j’étais curieux de lire ce roman qui avait eu tant de succès et donc l’histoire particulière faisait grandement envie … Loin de tout ce dont à quoi je pouvais m’attendre, Pure a beau être un roman que j’ai eu du mal à commencer, il n’en reste pas moins livre unique et exaltant, sans doute aux frontières du coup de cœur, mais dans son propre pays, entre passion et coup de ♥ tant il se détache de tout ce que j’ai pu lire jusqu’à présent.

            Il est vrai que j’ai eu du mal à entrer dans l’univers de Pure … je l’ai commencé juste avant Phænix tome 2, avant de l’interrompre pour celui-ci, l’ai continué juste avant le salon du livre jeunesse de l’île d’Aix, lorsque j’accueillais Carina Rozenfeld, son fils et Clémentine, puis pendant le BAC, les révisions, un séjour chez mes grands-parents … en 3 semaines, j’ai donc lu à peine 150 pages, et c’est peut-être pour ça que je n’ai pas tout de suite adhéré à l’intrigue de Pure, dont j’attendais mieux, du moins pour ce début sans doute trop lent. Lire un roman de façon trop éparse nuit à la qualité de la lecture, mon expérience a su me le prouver quelques fois … mais ces trois derniers jours, j’ai donc pu dévorer les 400 dernières pages du bouquin avec un immense plaisir. Si vous n’accrochez pas dès le début, je vous en conjure, continuez : cela en vaut largement la peine.

            On croit que Pure est un roman dystopique, ou un roman de science-fiction. Le seul qualificatif qui pourrait lui convenir serait en fait : roman post-apocalyptique. Et encore là, c’est à se demander si cela est bien vrai… Pure sort en effet des sentiers battus. On est loin du schéma dystopique classique de la littérature adolescente actuelle : le personnage fort, rebelle qui va petit à petit s’intégrer à un mouvement visant à renverser le gouvernement oppressant. Non. Pure a un univers bien particulier : notre monde (futuriste en fait) a été dévasté un jour lors des Détonations : tout a été décimé, les villes détruites, les constructions fondues… fondues oui. Les survivants sont marqués de cicatrices, de brûlures … et leurs corps ont fusionné. Une mère tenait un enfant dans les bras ce jour-là ? Ils ont fusionné, s’ils ont au moins survécu … Un homme avait un ventilateur de poche pour se rafraîchir ? Il est maintenant en lui, au fond de sa gorge … Notre héroïne a une tête de poupée autour d’une main, Bradwell a des oiseaux dans le dos, d’autres encore ont leur frère dans le dos, une croix sur le corps, des éclats de verre sur le visage, … Julianna Baggott va plus loin que d’insérer des personnages dans son roman : ses personnages sont cet univers.
Et même bien plus, elle confronte le lecteur a des idées qu’elle n’exprime pas directement mais qu’elle suscite. Car bien que ce monde soit pollué de cendre et de poussière, bien qu’il se cache partout dans ces terres brûlées des Poussières, des créatures malfaisantes, des Hommes qui ont fusionné avec le sol, bien que les gens souffrent de toutes ces fusions, il y a là-dedans une certaine beauté. Et comme il l’est dit à un moment : la beauté ne peut exister sans laideur, l’un et l’autre sont indissociables. Et ce qui peut être laid par sa raison d’être, par ce qu’elle induit, peut aussi posséder une certaine beauté. Et je dirais sans aucune hésitation que l’univers créé par Julianna Baggott est beau.

            Je parlais plus haut des personnages … s’il est un point fort de ce roman, outre l’univers, c’est bien celui des personnages. J’ai été épaté par la véracité des héros de Pure. Les personnages de roman ont longtemps été des héros, des guerriers d’épopée sans peur et sans reproche, des chevaliers servants. Seulement aujourd’hui, ce dont nous sommes à peu près certains et que nous apprécions, c’est que le personnage de roman est avant tout (enfin quand c’est le cas, on omet le fantastique ou autres cas spécifiques) un humain. Un personnage n’est pas fait que de qualité, il est aussi fait de défauts et de faiblesses humaines. Un personnage peut trahir, décevoir, craindre, pleurer. Et c’est là toute la force des héros de Julianna Baggott. Ils sont profonds, travaillés dans le moindre détail, et terriblement réels, et donc attachants. Il en va de même pour leurs relations qui, loin de tout manichéisme et évidence, sont complexes, parfois ambigües. Après tout, sauriez-vous tout le temps qualifier clairement la moindre de vos relations ?
            Pour aller un peu plus dans le détail, je vous présenterai donc d’abord notre personnage principal : Pressia. Pressia est une jeune-fille qui a une tête de poupée à la place d’une main, un grand-père fatigué et très peu d’affaires personnelles. Tout juste quelques insectes mécaniques dont la beauté transparaît par son regard. Ce personnage fort, sensible, attachant à l’aïeul touchant va croiser le chemin de Bradwell : un garçon agaçant, rebelle, mais encore plus fort que Pressia, courageux, tout en ayant sa part de tendresse et de fragilité. Mais elle va aussi croiser (bien sûr vous vous en doutiez) la route d’un Pur (habitant du Dôme qui se dresse à l’horizon et protège des Hommes privilégiés) : Partridge. Partridge est plus proche de ces héros dystopiques rebelles. Mais il a quitté le Dôme plus pour échapper à la présence oppressante de son père qu’il hait, et surtout pour retrouver sa mère, que pour concevoir un acte révolutionnaire. Du moins de son propre gré… Ces trois-là vont se rencontrer, et faire chacun dévier le chemin des autres. Ils vont voir leur vie, leur opinion, leur avenir bouleversés. Mais de quelle façon ?
Et ils vont s’entourer de bien d’autres personnages encore, plus ou moins bons, plus ou moins des alliés, et leurs relations seront plus ou moins soudées. Et je pourrais disserter des pages là-dessus. Mais toujours des personnages et des liens complexes et intéressants, profonds et creusés.

            Un bon roman se caractérise aussi par la qualité de narration. Et là encore c’est tout bon ! J’ai réellement senti que Julianna Baggott enseignait dans un programme d’écriture de l’université de Floride. Son vocabulaire est très riche et bien qu’il faille prendre une distance comme le texte que j’ai eu entre les mains est une traduction, on lit de très bonnes descriptions, un art de la narration indéniable, un style envoûtant, une manière d’alterner réflexions, pensées, moments doux, scènes d’action, descriptions… Pure c’est 530 pages pendant lesquelles, une fois bien rentrés dans l’histoire, on ne s’ennuie pas !
            Vous ai-je dit que la narration était d’ailleurs alternée ? … enfin à dire vrai on a toujours un narrateur à la troisième personne, mais qui alterne les points de vue : Pressia et Partridge bien entendu, mais aussi Lyda ou El Capitan par exemple …cela donne un vaste champ de vision de l’histoire et des personnages.
            Malgré tous ces points de vue, ne vous détrompez pas, il reste beaucoup de zones d’ombre dans Pure. Des mystères non élucidés, des évènements imprévus. Car si j’ai adoré ce roman, c’est aussi par son rythme effréné et cet art de l’inattendu. Les révélations vous tombent dessus sans que vous les ayez vues venir, les rebondissements sont parfois réellement à couper le souffle. Et le tout forme un ensemble parfait, où tout vient s’imbriquer sans aucun problème, où tout, jusqu’au plus petit élément, alors que vous ne le soupçonniez pas, a sa place.

                        Vous l’aurez compris, comme moi je viens de le comprendre en écrivant cette chronique, Pure a 10/10 partout et je ne m’étais pas rendu vraiment compte, avant de mettre des mots sur ce roman, que celui-ci était d’une qualité remarquable. Cet univers ô combien séduisant s’inscrit dans une intrigue au rythme endiablé rondement bien mené par la riche plume de Julianna Baggott. Cette auteur mondialement connue (et on comprend pourquoi !) donne vie à des personnages profonds et attachants qui ne sont pas bons ou méchants, mais juste humains. Un roman entre dystopie, science-fiction, post-apocalyptique incontournable.