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Paraddict, le roman ado surprise de l'automne


Ces derniers temps, lorsqu'on me demandait en librairie quels étaient mes derniers coups de cœur en littérature ado, je ne faisais que de répondre, avec une ferveur grandissante : Paraddict. J'en ai parlé il y a quelques jours à la Librairie Gréfine en disant : "oh, il doit m'en rester la moitié"... Eh bien, si j'ai lu deux tiers de manière lente mais passionnée, à mesure que mon emploi du temps me le permettait, j'ai fini le roman sans plus pouvoir le lâcher, quitte à repousser mon heure de coucher...

Vous la connaissez, la sensation qui vous prend quand, au bout d'un excellent roman, il vous reste trois chapitres que vous voulez à tout prix dévorer pour connaître la fin tout en priant pour ne pas quitter cette histoire ? C'est ce que m'a fait Paraddict, qui entre sans aucune hésitation dans la liste de mes meilleures lectures de l'année, voire des meilleurs romans ados que j'ai lus dernièrement...

Je l'ai pourtant commencé sans en avoir aucune attente. J'avais à peine lu le résumé et le communiqué de presse, juste été attiré par cette illustration d'un Paris futuriste et aimé l'ambiance dystopique qui semblait se dégager de l'ensemble. J'avais je crois, à ce moment là, envie d'une brique comme celle-ci, un roman univers qui vous enveloppe pour l'automne. Mais Paraddict est bien plus qu'une dystopie. C'est tout à la fois de la science-fiction, du polar, un roman de famille et une réflexion politique et philosophique.

On est en 2071. La planète a été, on le comprend petit à petit, défigurée par les pandémies, les catastrophes climatiques et le capitalisme et nos sociétés ne forment plus qu'une seule grande entité dont les pays sont des régions. La force du roman est cependant de ne pas nous décrire ce nouveau monde, mais de distiller de chapitre en chapitre des informations qui nous permettent d'en dessiner les contours... Et de glisser dans ses zones d'ombre notre propre imaginaire. Extinctions progressives d'espèces animales, invasions de crapauds, tempêtes de sable, couloirs de métro inondés quotidiennement et charriant son lot de déchets et de pigeons morts... Le monde qu'invente Pauline Pucciano est tout à la fois familier de nos imaginaires communs quant à un futur pessimiste et en même temps original, subtilement construit et terriblement réaliste.

Dans cette société alarmante qui est plus qu'un décor, on plonge dans une cellule familiale qui va trahir de manière intime les tensions politiques et sociales globales. On y suit trois personnages : Elzé, la grande sœur, promise au poste suprême de Secrétaire générale, Alvar, le second, le flic qui a les pieds sur terre et Abel, le troisième, le fils prodige qui entre dans les services secrets de la World Administration...

Je ne sais même pas par où commencer pour vous dire combien tout, dans ce roman, m'a séduit.

J'ai aimé cet univers qui se révèle par petites touches, et qui dessine dans le futur le portrait terrible de notre présent. Pour écrire Paraddict, l'autrice a pris une à une les problématiques de notre société, ses vices et ses enjeux, pour se demander ce qu'il adviendrait si elle poussait tel ou tel curseur. Ce n'est jamais caricatural, mais au contraire édifiant. 

J'ai aimé la façon dont elle traite toutes les thématiques qui découlent de ce jeu littéraire. L'écologie, le futur, les tensions mondiales, les maladies. L'existence du Paraddict, un réseau social à l'extrême, un métaverse où l'on interagit par le biais d'avatars plus parfaits que nature, un espace de création et de liberté qui réinterroge notre rapport à la réalité. La politique, dont l’autrice a décidé de nous montrer les coulisses dans un roman qui se joue moins de l'action que des intrigues du gouvernement. Grâce au personnage d'Elzé, on observe un gouvernement prendre des décisions, choisir comment communiquer dessus, comment s'organiser, comment évoluer, mais aussi comment manipuler, mentir et cacher. La technologie et l'intelligence artificielle, dont les frontières déontologiques et même humaines sont interrogées de manière profondément philosophique et absolument vertigineuse. 

J'ai aimé ces personnages complexes, humains. Alvar, simple et juste, dans les valeurs de qui il est plus aisé de se reconnaître. Le séduisant Abel, qu'on a envie de détester pour sa perfection ou dont préfère tomber amoureux... Et qui va, petit à petit, révéler ses failles. Elzé, l'aînée brillante à qui tout réussit, mais que les chemins du pouvoir vont peut-être métamorphoser. 

J'ai aimé, surtout, le rythme du roman. Dense, ambitieux, épais, Paraddict est un livre assez vite addictif, mais qui se délecte plus qu'il ne se dévore. L'intrigue avance doucement, à mesure que l’autrice déploie les frontières de son univers et agence sur l'échiquier de la politique les différents pions que sont ses personnages. Les trajectoires de ceux-là se dessinent, les enjeux et les obstacles qu'il vont devoir affronter s'érigent inéluctablement, les croisements entre leurs routes se présagent, tendrement, sensuellement, ou douloureusement. Et c'est une fois tout en place que, comme au plus haut d'un manège qu'on aurait escaladé sans même se rendre compte de l'altitude qu'on prenait, les événements se précipitent à vitesse grandissante. 

Avec une plume complexe, exigeante, mais incroyablement fluide et parfois traversée de poésie, de littérature et de philosophie, Pauline Pucciano nous livre un roman ado abouti, brillant et passionnant, qui m'a surpris par sa densité et profondément interrogé. Elle met en place un rythme lent (mais addictif) qui se refuse à sacrifier la puissance de ses réflexions et le développement de la psychologie de ses personnages au profit de la vitesse des rebondissements. Elle nous propose un thriller futuriste extrêmement complet qui prend le temps de mettre en parallèle la cruauté du cercle familial et celle de la politique de tout un monde pour finalement tout laisser au bord de l'implosion. Un grand roman de notre temps, subtil et magistral. 



19€, Gallimard Jeunesse

Jusqu'où serons-nous prêts à aller pour sauver l'humanité? Un thriller brillant et addictif.

2071. Entre chaleur équatoriale et alertes à la bombe, le monde est en proie à l'insécurité et son gouvernement semble en panne de solutions... Flic désenchanté, adepte du Paraddict, un univers virtuel où la liberté individuelle a encore une signification, Alvar Costa enquête sur un meurtre qui risque de révéler un projet politique particulièrement dérangeant. Mais il va devoir composer avec son frère Abel et leur sœur aînée, Elzé. Ces deux-là se sont fait une place dans les hautes sphères de la World Administration. Et ils entendent bien protéger à tout prix les secrets du gouvernement... 

Tracer de ses espoirs un chemin différent

                Alors que le roman est sorti depuis plus d’un mois et que je l’ai lu depuis plus de trois mois, je me dis qu’il est temps d’en faire une chronique. Il est un peu tard, c’est vrai, pour se remémorer tout ce qui a été vécu et ressenti au travers de ma lecture. Pourtant, je ne crois pas que ce sera si difficile. Et c’est sûrement parce que le roman a remué tellement de choses en moi qu’elles sont encore là à palpiter quand je passe ma main sur la si jolie couverture du roman – réalisée par Taï-Marc Le Thanh – ou quand je feuillette ce texte dense et bouleversant.
                Alors je me pose devant mon bureau, les mains sur le clavier, je fais une pause dans mon travail, je mets la playlist du roman, sélectionnée par l’auteur, et je vous écris ces quelques lignes pour vous dire qu’il faut lire Bluebird.

                On vous dira plein de choses dessus. En portant attention à la promotion faite autour du livre, en allant lire les chroniques des blogueurs, en regardant les vidéos des Booktubers. On vous dira que c’est un livre sur l’amour, un livre sur la musique, un texte historique, un roman sur la ségrégation, l’Amérique, la seconde guerre mondiale, une histoire sur l’amitié et la famille aussi, sur une révolte. Tout cela ne sera pas faux. Et même bien au contraire profondément vrai.
                Seulement, tout cela et si riche et intimement mêlé que je me contenterai de vous dire que c’est un roman sur la passion. Et dans « passion », il ne faudra pas comprendre une simple passion amoureuse et la réduire à ce strict sens. Non, dans « passion », il faudra lire désir, rêve, espoir, vie. Dans Bluebird, la passion, c’est ce feu qui brûle dans vos entrailles et anime votre corps, c’est ce même feu qui brûle dans Tant que nous sommes vivants, celui qui vous pousse sur les routes périlleuses de la vie.
                Sans que ça ne consume jamais le lecteur, ni le noie ou le lasse par trop plein, c’est bien, à mon sens, la passion qui donne vie aux mots de Tristan Koëgel.

                La musique vibre dans le cœur de Minnie.
                Arpentant les routes avec son père, un songster, et chantant ici et là, dans une plantation et sur les chemins, des chants de travailleurs et les prémices du blues, Minnie vit par et pour la musique. Et puis un jour, on lui parle de disque, de succès, de luxe et de richesse. Et puis un jour elle échoue, avec son père, dans une plantation où ils sont obligés de rester quelques temps. Et puis un jour elle rencontre Papy, Gros Poings, Leroy… Elwyn aussi. Et puis un jour, tragiquement, la voilà partie pour Chicago, où un grand destin l’attend.
                La musique vibre aussi dans notre cœur parce qu’elle vibre dans les mots de Tristan Koëgel. Son écriture est parfois chantante, souvent sincère et percutante mais toujours juste. Il écrit là une ode poignante au blues, ce blues qui s’écoute, mais se vit, aussi. Cette ode, d’ailleurs, continue et prend fin dans une postface saisissante d’émotion.

                Un amour passionnel vient aussi faire frémir ce cœur.
                C’est avec Elwyn qu’elle va le vivre. Ils n’ont que treize ans. Il est blanc – immigré irlandais. Elle est noire. Mais rien ne les empêche de croire en leur histoire. Leur candeur et leur sincérité vont heurter le monde qui les entoure.
                Le lecteur, pris dans cette histoire tumultueuse, est touché. L’auteur aborde cette relation avec tellement de délicatesse qu’il ne peut en être autrement.

                La famille a forgé celle qu’elle est.
                Et c’est à cause d’elle, c’est à cause d’un drame, c’est dévastée, qu’elle fuit du Mississipi pour traverser l’Amérique et trouver à l’autre bout des Etats-Unis une autre vie. Différente, unique, difficile, mouvementée, bouleversante.
                Son père, pourtant, est sa seule famille. Au début du moins. Car après, une multitude de personnages les rejoint. Dans la plantation, sur les routes, à Chicago. Chacun s’enrichit de rencontres et la fresque de personnages créée par Tristan Koëgel s’élargit. Tous ont le droit d’y trouver une petite place et aucun n’est vraiment négligé. Peu importe son importance dans l’histoire, il est peint avec finesse et tendresse. On en trouvera des détestables, bien sûr. On en trouvera des profondément marquants. Mais tous se dessinent au fil de leurs failles. Si bien que la famille de Minnie, ce n’est plus un père, mais tout un tas d’existences qui se sont bousculées et finalement coagulées. Il en ressort des blessures, mais aussi un peu de beauté.

                Mais l’Histoire vient tout bousculer.
                C’est l’Histoire de la ségrégation, des plantations, du Klu Ku Klan, d’un espoir noir et blanc. Et celle du blues, que Minnie traverse et marque.
                Une Histoire qui ne laissera personne indemne. Aussi suit-on tout le long du roman l’histoire de chaque personnage au travers de plusieurs regards. La narration est multiple, portée par trois voix : celle de Minnie, celle d’Elwyn et celle de Gros Poings. Les narrations s’enchaînent, se croisent, mais ne se répètent jamais. Chaque point de vue vient enrichir notre connaissance de l’histoire ou la poursuivre. C’est habile, intelligent et mené avec un talent certain.

                Il est finalement émouvant de penser que c’est par les mots de Tristan Koëgel – ceux du Grillon – que je découvrais la collection de romans Didier jeunesse en 2013. Aujourd’hui, c’est avec ce même auteur que la collection prend un nouveau tournant, enrichissant son lectorat de lecteurs plus âgés. Et quel tournant !
                J’ai été bouleversé par l’histoire de Minnie, transporté par le style poétique, sincère et sensible de Tristan Koëgel, ébloui devant la maîtrise de l’histoire, des intrigues et de leur enchevêtrement, fasciné par l’Histoire qui traverse le tout, ému de quitter les personnages.
               
                Bluebird est sans conteste un texte puissant et audacieux. De ceux qui sortent des sentiers battus et poussent le lecteur à faire de même : tracer de ses espoirs un chemin différent.


Quatre soeurs et votre plus-gros-plus-vieux-pull

Intégrale - 19€80 - l'école des loisirs

Quatre soeurs vivant à la Vill'Hervé
Dans un univers si doux si douillet
Chaleureux comme votre plus-gros-plus-vieux-pull
Et pétillant comme une libellule
Riez, dansez, pleurez, courez, criez, grimpez
Aimez, ragez, volez, partez, vivez
Avec elles en quatre tomes
Avec elles et des fantômes

Pendant deux mois, d'août à octobre, de l'été à l'automne, des vacances au travail sans discontinuer, j'ai vécu avec Quatre soeurs. Mais, comme le précise la quatrième de couverture, les Quatre soeurs sont cinq, comme les Trois Mousquetaires étaient quatre. Elles était là, sur la plage, à bronzer et se chamailler à mes côtés. Elles étaient en voyage, cachées dans ma valise. Elles étaient là quand j'ai repris les cours. Elles petit-déjeunaient silencieusement avec moi. C'était doux tout ça.

J'ai été un peu frustré de ne pas vraiment avoir le temps de le lire. D'avoir enchaîné les premiers tomes rapidement et, à mon retour aux études, de ne lire qu'un chapitre ou deux par jour jusqu'à la fin quatrième tome.
Mais en même temps, c'était bon. J'aimais bien savoir que chaque matin en me levant, j'allais pouvoir goûter à quelques bouffées d'air frais, glaner quelques néologismes ferdjoukhiens, entendre la Vill'Hervé craquer, m'immiscer dans l'intimité de quelques-unes des soeurs Verdelaine.
Alors quand j'ai fermé le livre deux mois plus tard, c'était avec un pincement au coeur. Un coeur qui a battu pour chacune de ces soeurs et qui a palpité de nombreuses émotions.
"- Bonjour, dit-il. Geneviève est là ?
- Ça dépend, fit Enid. Tu veux la Geneviève qui lave le linge plus blanc que blanc ? La Geneviève qui a des paillettes argentées dans les yeux quand elle dit "Frisbee Rikiki" ? Celle qui peut ressembler à Marilyn Monroe quand elle met des talons ? Ou ma soeur qui a seize ans ?
Il eut un rire qu'on entendait très peu, mais qui se voyait très bien.
- Toutes, si possible, répondit-il."
J'ai frémi, aux premières pages d'Enid, dans le vent, les crevasses, la tempête, l'automne et le froid. Entre les fantômes, l'aventure et la malice enfantine, j'ai trouvé là un univers particulier. Pittoresque mais surtout vivant, parce que dans l'encre et dans le papier, on entend tout. Le sifflement du vent, les hurlements des fantômes, les craquements du bois, les voix des Quatre sœurs, les murmures dans la nuit, les discussions, les bises qui claquent, le bruissement de l'herbe, la mer sur la grève, les falaises où hulule la tempête...
"- Combien de temps ?
- Une douzaine d'années.
- C'est long ?
- Le temps de se regarder quatre fois dans le miroir, et de se trouver changé."
J'ai (sou)ri, souvent, dans ces mots craquelés de joie. Chaque sœur, à sa façon, est pétillante. La mise en scène de Malika Ferdjoukh, pourtant douce et réaliste, valse avec le burlesque avec virtuosité. Les personnages entrent en scène avec énergie et viennent tout bousculer avant de ressortir brutalement, laissant la scène chamboulée. L'histoire prend de multiples chemins différents sans que ce ne soit jamais lourd, improbable ou cheveu-sur-la-soupe.
"Il y a quinze jours,  Denise avait changé de rire. Cela arrivait deux fois par an environ."
J'ai exploré. Le style de Malika Ferdjoukh. Parce que des néologismes (un peu) comme celui des cheveux sur la soupe (signé de mon humble personne, vous avez le droit de le critiquer) et des expressions inventées, on en trouve par poignées. Elle sort les mots de leur contexte, les transforme et les assemble. Ca donne un patchwork vraiment amusant, bizarre mais confortable.
"Rectificatif : il n'est pas "ASSEZ mignon" mais sévèrement phénix."
"Le mercredi, le printemps s'accorda une RTT et laissa tout le boulot à quelques nuages gris et gras tout chargés de mauvaises intentions."
"A leur air de rien du tout, à leur mine de oh ! mais non voyons."
"Le bord supérieur du livre était son horizon-frontière entre fictif et réel."
J'ai grandi avec elles, en fait. Un peu. Tendrement. Doucement. C'est ainsi que s'est déroulée une année avec les cinq soeurs Verdelaine, quatre saisons pour cinq soeurs lestées de l'absence de leurs parents, décédés tragiquement et un peu perdues dans les remous du quotidien, de l'adolescence et de la vie en général. Dans ce joyeux fatras, je faisais mon propre petit bout de chemin.

Les personnages crapahutent, se heurtent et s'envolent, les émotions se fissurent, crépitent et pétillent, les décors vivotent, l'histoire coule doucement.
J'ai grandi, un peu. Comme elles cinq. Dont les failles touchent et dont la justesse attendrit et émeut. Qu'on laisse au bout de 600 pages face à un horizon qui palpitent et enthousiasme. On n'a pas envie de les quitter. Mais on le fait avec le sourire.
Et les voilà qui vivent en nous, les Quatre soeurs, nos Trois Mousquetaires du quotidien.

Je vous laisse glaner d'autres infos sur le web. Le roman est d'abord paru en quatre tomes séparés. J'ai lu l'intégrale. Il existe deux bande-dessinées du roman : une étant une vraie adaptation et l'autre une série de courts épisodes initialement écrits par Malika Ferdjoukh et illustrés pour Je Bouquine. 

Et sinon, vous pouvez découvrir
ci-dessous
un extrait lu par... moi !

Mon Paris Littéraire: une lecture coup de ♥



Alors que je rentre et vous délaisse un peu le temps de reprendre mes remarques, je vous laisse plonger une nouvelle fois dans les tréfonds de Paris, dont j'ai exploré la surface cet été... Cette semaine, ce sera très littéraire.


Paris, cet été, a été lumineux, culturel, riche, stressant, excitant, théâtre, musical, artistique… Mais il aussi été, évidemment, littéraire. D’un théâtre à un salon du livre, d’une rencontre exceptionnelle à un labo à histoires, de quelques librairies  visiter à un coup de cœur littéraire, je vous emmène en balade entre les mots de Paris, dans ses rues de lignes et sa Seine d’encre.
 

Mon coup de cœur littéraire : Le cœur en braille
Bien entendu, étant à Paris pendant deux mois et devant prendre chaque jour les transports en commun pour une durée plus ou moins longue, de nombreux livres ont accompagné ma vie parisienne. Et il y a eu des coups de cœur.
J’en ai choisi un seul à vous présenter pour clore cette chronique de ma vie littéraire parisienne. Il s’agit de la série de Pascal Ruter publiée chez Didier jeunesse : Le Cœur en Braille.


Rappelez-vous...
Je vous en ai parlé dans une vidéo, lors de Booktube et la Blogo en Short, le mois dernier. J’avais eu du mal à en parler. Parce que je venais juste de terminer le troisième tome et que j’étais ému.
Comme c’est un coup de cœur, un des seuls de cet été, et comme il m’a à ce point touché, j’ai voulu vous en parler un peu plus longuement, ici, à l’écrit.

Le Cœur en Braille raconte en trois tomes la fin de l’enfance, l’adolescence et le début de l’âge adulte de notre personnage principal : Victor.
Dans le premier tome paru (Le Cœur en Braille), il a 13 ans. On est dans la banlieue parisienne, on est dans un collège, mais cette histoire, véritable aventure du quotidien, est loin d’être banale.
Il y a le père de Victor, de la Panhard, sa voiture de collection. Il y a Haïçam, son meilleur copain, mystérieux, terriblement intelligent et redoutable aux échecs. Il y a Marie-José, la nouvelle, avec sa tête d’intello, son violoncelle et ce secret qu’elle va porter et surmonter avec l’aide de notre jeune héros…
Dans le deuxième (Trois ans avant, autrefois appelé Le Bonheur à l’envers), Victor a 10 ans
Il y a le théâtre et son déguisement de buisson, il y a son étrange voisine, qui a l’air un peu triste. Il y a sa mère, très arrêtée sur le bon ordre des choses alors qu’elles commencent à se fissurer. Il y a Zak, l’oncle de Victor, qui va venir mettre un bon coup de pied là-dedans !
Dans le troisième (et dernier : Quatre ans après, paru en avril), Victor a 17 ans. C’est l’été. Il fait chaud dans la banlieue parisienne.
Il y a les sentiments qui palpitent, l’angoisse de l’obscurité de l’avenir un peu en fond, et il y a la vie comme un manège. Il y a Marie-José, pressante, il y a le père, tout tourneboulé, et puis il y a la voisine, et le CPE-cycliste-écrivain, et les deux copains du groupe de musique, et le copain-comédien, et tout ce monde qui revient pour un dernier acte étonnant, pétillant et poignant.

J’ai lu les deux premiers tomes avant l’été en fait. Mais ce troisième tome, celui qui se passe dans la chaleur d’un été de la banlieue parisienne, m’a accompagné le temps de quelques jours. Dans les transports, avec un sandwich au parc, à la gare en attendant mon train pendant quatre heures…

Le plaisir de la série est riche de beaucoup de qualités, que vous ne pourrez comprendre et ressentir qu’en vous lançant dedans…
Les personnages sont originaux et regorgent de vie. Tracés avec finesse par l’auteur, chacun d’entre eux existe par des qualités, des reliefs auxquels on s’accroche avant d’être émus par leurs failles. Ils sont véritablement touchants, et sonnent toujours justes…
Je trouve que la vie, c'est comme un grand puzzle de vide-grenier, on ne sait pas trop à quoi ça va ressembler et on sait même pas si on arrivera à faire tenir toutes les pièces ensemble.
Trois ans avant

Mais ça, c’est grâce au style de Pascal Ruter. Il brille d’une qualité littéraire indéniable, doublée d’une sensibilité indispensable. Indispensable à la création de l’atmosphère douce, délicieuse, piquante et rigolote qui caractérise la série
Cette qualité littéraire, c’est l’incroyable talent qu’a notre auteur à créer des images originales et parlantes. C’est sa capacité à choisir les bons mots alors qu’ils paraissent d’abord totalement inappropriés à la situation ! C’est son talent à être juste, précis et toujours captivant. C’est la façon qu’il a de rendre le quotidien palpitant.
Cette sensibilité indispensable, c’est ce qui permet à Pascal Ruter d’exprimer avec une grande émotion ce que ressentent les personnages. On éprouve toujours avec force les sentiments de Victor, on voit le monde et les autres à travers ses yeux, notre cœur palpite des émois de cet enfant.
- C'est vrai d'ailleurs... Je me demande bien pourquoi les choses tristes ça fait du bien à entendre...
- Peut-être qu'alors on se sent moins seul avec les choses de l'existence, et que le plus difficile dans la vie c'est de se croire seul.
Le Cœur en Braille
Le premier tome paru (Le Cœur en Braille) m’a beaucoup touché et je l’ai lu un peu, beaucoup, passionnément.
Le deuxième (Trois ans avant), m’a encore plus ému. Il m’a semblé plus abouti littérairement mais aussi scénaristiquement car porté par une réelle tension… Alors même, après avoir lu le premier tome, qu’on sait comment l’histoire est vouée à se terminer, on est pris, happé, captivé par l’histoire jusqu’aux soubresauts finaux de l’intrigue.
Le troisième (Quatre ans après) a été un véritable coup de cœur, LE coup de cœur. Je l’ai avalé d’une traite. Tout y est : la galerie de personnages vibrant de vie, l’émotion tremblotante de Victor, en passe de devenir adulte, la sensibilité et la qualité du style, la tension et le suspense, la construction efficace, l’histoire passionnante… comme une grande pièce de théâtre, les destins se croisent, s’entrelacent et se nouent jusqu’à un final grandiose, burlesque et émouvant.

On en ressort comme on traverse la vie : on est heureux, mais mélancolique. Il y a comme une petite tristesse dans la joie. Comme un petit caillou dans la chaussure.
- Ça me fait plaisir… mais mon oncle Zak dit que dans toutes les joies, il y a comme une petite tristesse.
- Une tristesse ?
- Oui comme un petit caillou dans le chaussure. Et qu’on passe sa vie à essayer de la vider, cette chaussure, sans jamais y parvenir tout à fait.
Trois ans avant