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De la dystopie et de ses défis



                Récemment, se substituant à la vague vampirique engendrée par Twilight, c’est le genre de la dystopie qui, suite au succès mondial de Hunger Games, a connu un véritable essor dans le monde éditorial de la littérature jeunesse et adolescente. Loin de trouver une fin à son succès, le genre a tout de même tendance à s’essouffler et s’éloigne parfois de son existence première : la critique, par l’imagination d’une société oppressive, de notre monde actuel. Voici une sélection de romans dystopiques qui m’ont plus ou moins séduit et touché.

                Si vous êtes tentés par l’anglais, vous pouvez vous procurer le recueil de nouvelles dystopiques Shards and Ashes auquel ont participé de nombreux auteurs américains, notamment Veronica Roth (Divergent), Kami Garcia (Sublimes créatures), Margaret Stohl (idem), … c’est de cette dernière, la seule, pour l’instant, que j’ai lue, dont je souhaite vous parler. Je l’ai lue en fin d’année scolaire pour l’intégrer à mon dossier de littérature étrangère sur la dystopie. J’ai retrouvé avec plaisir le style poétique de Margaret Stohl qui, avec sa vivacité et son ton virevoltant, se marie parfaitement avec cette fougueuse histoire… Elle imagine une société où la science a créé un collier que chaque Homme a en sa possession et qui détermine sa durée de vie. Il perd une perle à chaque émotion, sensation forte. Cela permet d’éviter les cambriolages, le crime, certains accidents, etc. Le personnage principal, une jeune femme, vit une existence calme, la préservant au maximum de toute émotion trop forte. Cela lui garantit une longue vie. Mais que vaut une longue, plate et ennuyante vie face à une courte mais intense ? Une riche et touchante leçon de vie contée à merveille par cette auteure talentueuse.

                En outre, il existe de nombreuses séries parfois séries différentes qui valent plus ou moins le coup.
                Je vous avais déjà parlé, à sa sortie, du premier tome des Chemins de poussière de Moira Young. Le second, Sombre Eden, qui déjà ne me convainquait pas par sa couverture, m’a déçu. J’avais été séduit par l’étrange alchimie que suscitait le style de Moira Young – la voix de son personnage – véritablement unique, poétique, libre, sauvage. J’avais adoré son univers, entre apocalypse et fantastique. Mais ce second tome m’a semblé flou, lointain. Je n’ai pas retrouvé la beauté du style, ni ma fascination pour cet univers. L’histoire m’a plu, emporté ; mais les personnages sont moins attachants, voire peu approfondis, et le roman plat, sans réelle originalité. Je reste curieux de lire la suite qui, j’espère, rehaussera le niveau.

                Je vous avais déjà parlé, aussi, des deux premiers tomes de la trilogie La Sélection de Kiera Cass. J’attendais impatiemment le dernier et je guettais chaque jour la boîte aux lettres. Si bien que la version originale que j’avais précommandée (édition Barnes & Noble dédicacée avec poster et scènes coupées) est arrivée avant. Tout heureux et excité que j’étais, je l’ai donc lu en anglais. Je n’ai eu aucun problème à le lire, car le style de Kiera Cass est relativement simple. En outre, j’ai donc jeté quelques coups d’œil à la traduction et je l’ai trouvée parfois mauvaise. La dernière phrase par exemple qui, en anglais, est belle et émouvante, est, en français, lourde et perd toute sa beauté. Je conçois la difficulté de ce travail mais j’ai été choqué … Toujours est-il que pour revenir au roman, il était captivant et, comme la trilogie entière, s’est lu d’une traite tant l’alchimie est intense. L’intrigue de ce troisième tome se répète et a tendance à s’allonger un peu trop, les personnages sont parfois peu approfondis voire incohérents, elle tire beaucoup de pistes (notamment du côté des rebelles) qu’elle laisse finalement en plan. Mais les personnages sont attachants, j’ai notamment beaucoup aimé qu’elle développe un peu la psychologie de Céleste, on tomberait presque amoureux d’eux (Maxon …), l’univers est original. Et, surtout, le livre ne perd pas une seule fois son alchimie inégalable. On se passionne avec une facilité déconcertante pour cette intrigue très girly : le château luxueux, le prince charmant … de quoi faire retourner dans nos rêves d’enfants désirant une vie comme un conte de fée. Finalement, le dénouement était assez prévisible, mais non moins intense, riche en surprises et très émouvant. Certains ont critiqué l’ouverture – relative – de cette fin, moi je la trouve logique, parfaite. Cette trilogie raconte l’histoire de la Sélection, aussi est-ce logique que cela s’arrête à la fin de la Sélection et que l’auteure ne continue pas l’histoire de Maxon/Aspen (je ne spoilerai pas !) et America. J’ai aimé la façon dont la vie du couple s’ouvre sur un champ de possibles larges et prometteur sans pour autant tout raconter … les meilleurs contes finalement, ne posent pas une fin heureuse, mais l’espoir. C’est infiniment plus saisissant.
               
                Du côté français, mais toujours dans la collection R, c’est Carina Rozenfeld qui a su me séduire avec son dernier dyptique (dont le second tome sort à l’automne) : La symphonie des abysses. Prenant la forme de 4 histoires (deux dans le premier tome, deux dans le second) sur différents personnages dont les destins se croisent, elle met en place un monde – une île paradisiaque en forme d’anneau – oppressant … de diverses manières. Dans le premier tome, elle raconte l’histoire d’une jeune fille vivant dans un village où toute forme de musique est prohibée et celle de deux amoureux qui n’ont pas encore atteint la majorité, qui sera alors pour eux le moment de choisir s’ils seront un homme ou une femme. J’ai trouvé la première très poétique, porté par le style de Carina Rozenfeld lui-même animé d’un souffle vif et céleste, mais prévisible et moins poignante que la seconde. Celle-ci met en place deux personnages attachants et très émouvants qui doivent affronter un passage dans leur vie, un changement décisif, fondamental qui pourrait chambouler leurs existences. Par la même occasion, l’auteure propose une réflexion profonde et intéressante sur l’identité sexuelle et l’homosexualité. L’amour connaît-il les barrières du sexe et de l’apparence ? N’est-il pas un sentiment bien plus profond et universel ? Comme des contes racontés au creux de notre oreille avec la musicalité des mots,  La symphonie des abysses est une dystopie unique et touchante qui promet un second tome bouleversant.

                Enfin, j’ai eu un coup de cœur pour une saga dystopique américaine : La mafia du chocolat, signée Gabrielle Zevin. Deux tomes seulement sont parus en France, et j’attends impatiemment la parution du troisième – et dernier – tome. Dans le monde imaginé par Gabrielle Zevin, le chocolat est devenu un produit interdit. Anya Balanchine descend d’un producteur illégal de chocolat, à la tête d’une mafia vendant, au marché noir, ce chocolat. C’est l’histoire de cette adolescente qui a une famille à protéger, un passé avec lequel se battre, puisqu’elle essaye de s’en détacher, c’est l’histoire de son amour impossible avec le fils d’un homme puissant, son ennemi (ou pas ?), l’histoire de son adolescence, elle qui devient femme plus tôt qu’elle n’aurait dû l’être, de son amitié avec une autre fille de son âge un peu perdue, l’histoire de son voyage dans un autre pays sur les traces du chocolat, de son passé, de son avenir, l’histoire de sa tendre amitié avec un autre garçon, si attachant … Beaucoup d’intrigues se mêlent, mettant en jeu beaucoup de thèmes différents, portant sur le monde - le commerce, le chocolat - comme la vie - la famille, l’amour, l’amitié qui font qu’on met notre vie en danger pour ces valeurs que nous prônons, défendons, ces valeurs pour lesquelles nous sommes. Le style de Gabrielle Zevin est riche et captivant, il enlève le lecteur à son quotidien et au monde qui l’entoure pour l’emporter des années plus tard, dans ce monde futuriste fascinant et dangereux. Ses personnages sont attachants, forts et vivants. La mafia du chocolat est une série passionnante, acérée et dangereuse qui vous embarquera dans un univers prenant et galvanisant. A lire à tout prix … en savourant le plaisir d’une tablette de chocolat.

                Bien que s’essoufflant, parfois très répétitive, la dystopie a encore quelques beaux jours devant elles et regorge de promesses enthousiasmantes. Encore faut-il qu’elle continue à se renouveler, à innover et à proposer des histoires audacieuses, captivantes et surprenantes. Sans doute les histoires qui mêlent les imaginaires, comme Les chemins de poussière, La symphonie des abysses ou Never sky, sont-elles les plus prometteuses.

Des voyages dans le temps




                 Le voyage dans le temps, à l’égal d’autres fantasmes humains– voler, être immortel, avoir de super pouvoirs, etc. – est un thème récurrent en littérature et donc aussi dans les romans jeunesse. Je vous avais déjà parlé, par exemple, du captivant et fascinant Hier tu comprendras.
Pourtant, dès qu’un auteur choisit de l’intégrer à son ouvrage, il doit alors être très vigilant, car cela implique beaucoup de possibilités, de nouvelles pistes, de difficultés en somme. La moindre interférence dans le passé pourrait, théoriquement, bouleverser le futur. C’est d’ailleurs pourquoi il existe un genre – sur lequel j’ai réalisé mon TPE*– appelé uchronie dans lequel se situent tous les romans qui, à partir d’un évènement historique précis, imaginent comment l’avenir serait altéré si cet évènement n’avait pas lieu ou se déroulait différemment.

                Par exemple, dans L’Affaire Jane Eyre de Jasper Fforde – un des ouvrages étudié pour mon TPE – les personnages (qui vivent dans un monde complètement déluré … en 1985) peuvent non pas voyager dans le temps mais dans les œuvres littéraires … L’idée est non seulement très originale mais aussi très bien menée. Jasper Fforde entraîne son lecteur dans une histoire rocambolesque où on suit une enquêtrice qui travaille dans un secteur bien particulier : le Service des Opérations Spéciales de Détection littéraire qui sert à identifier les plagiats, erreurs de copyrights, etc. L’univers créé par Jasper Fforde est déjanté et grouille de détails tous plus surprenants et extravagants les uns que les autres. Ce monde un peu bordélique est le décor parfait pour une aventure policière et littéraire fraîche, inédite et passionnante. En outre, ce monde est la conséquence d’un évènement peu connu mais non négligeable : la guerre de Crimée. Dans ce roman, elle n’a jamais pris fin … L’engendrement causé par cette altération reste flou et on ne comprend pas vraiment comment cela a-t-il pu provoquer tous ces bouleversements, mais on n’en reste pas à nos interrogations tant l’intrigue est prenante et foisonnante.
                C’est d’ailleurs ce qu’introduit le multivers de Leonardo Patrignani dans Multiversum. Le multivers correspond à tous les univers potentiellement existants. Ils sont donc infinis puisque chaque seconde peut engendrer plusieurs lignes temporelles différentes et ainsi de suite. C’est réellement fascinant, vertigineux, mais habilement mené par ce talentueux auteur. Dans le second tome l’uchronie et – surtout – la science-fiction, se font plus présentes et proposent un autre monde, futuriste, étonnant et passionnant. Je vous conseille ardemment de lire cette série ! Vous ne pourrez pas dire que je n’en ai pas assez parlé …

                Voyage dans le temps et uchronie sont finalement étroitement liés. Et s’il peut y avoir uchronie sans voyage dans le temps, il ne peut y avoir voyage dans le temps sans uchronie. C’est-à-dire que chaque auteur venant à user de cette technologie, de ce pouvoir ou que sais-je se confrontera aux altérations temporelles.
Le maître dans cet art, en tout cas en littérature jeunesse, est selon moi Alex Scarrow. Avec sa série Time Riders, il imagine un futur où la machine à voyager dans le temps a été inventée. Seulement, grand nombre de personnes cherchent alors à s’en servir à des fins personnelles pour aller changer le passé à leur profit. Dans le premier tome par exemple, un néonazi va dans le passé pour tenter de faire gagner la guerre à Hitler. Du coup, une agence est constituée, avec plusieurs unités de « Time Riders » (littéralement « chevaucheurs de temps »), pour réparer ces altérations. Il maîtrise avec beaucoup de talent ses histoires, alors que le challenge est de taille, tout en plaçant l’ensemble de sa série sous un mystère et un suspense insoutenables. Le dernier tome que j’ai lu est le quatrième (j’en ai quelques-uns de retard en effet …) et c’était un des meilleurs de la série ... avec, comme à chaque fois, une fin en forme de cliff-hanger redoutable. L’époque altérée (la guerre de Sécession) prend alors des allures steampunk voire fantastique ce qui crée un univers chimérique fascinant. Il reste parfois trop dans l’action et engendre donc parfois un sentiment de distance face à l’intrigue, mais arrive quand même à rendre ses personnages profondément attachants.

                Puisque les difficultés sont de taille, il est donc facile de, au pire se rater,  au mieux s’égarer. C’est un peu le cas il me semble – malheureusement – pour un roman de la collection Wiz d’Albin Michel : Parle-moi. C’est l’histoire d’une jeune fille qui, son diplôme en poche, le lycée fini, se retrouve larguée par son copain et sans plus d’amis, puisqu’elle lui a consacré tout son temps. Alors, après un malheureux accident, elle passe un appel avec son téléphone cassé et se retrouve au bout du fil avec … elle-même, trois années plus tôt, en première année de lycée. J’ai beaucoup aimé l’idée et le roman se lit rapidement, car l’auteure accroche son lecteur à cette histoire légère et malgré tout prenante. Par contre, il reste assez superficiel et Sarah Mlynowski ne va pas en profondeur de son histoire. Son style reste assez simple, voire peu littéraire, trop oral, et elle s’égare un peu dans les lignes temporelles de son intrigue, empruntant certaines solutions de facilité. Les personnages aussi sont assez superficiels. L’héroïne reste attachante mais parfois agaçante. J’ai tout de même passé un bon moment, qui – disons – « détend », mais je reste sur ma faim.

                Enfin, c’est l’auteure américaine Ann Brashares, dont je suis fan – qui a écrit Quatre filles et un jean, Toi et moi à jamais, L’amour dure plus qu’une vie – qui s’est récemment adonnée à l’exercice. Elle avait déjà un peu abordé le thème du temps avec L’amour dure plus qu’une vie. Dans Ici et maintenant, elle le met au service d’une histoire qui se situe entre science-fiction et dystopie dans une époque … actuelle. C’est un mélange audacieux, original et captivant. Dans un monde futur pollué et infesté de maladies, l’Homme ne peut plus vivre, et quelques chanceux sont envoyés dans le passé pour la survie de l’humanité et voir s’il est possible, plus tard, de faire venir encore d’autres Hommes. Le contexte reste assez flou, c’est le but, intrigant, et est adroitement construit. Dans le passé (notre présent) une véritable société miniature se constitue. Une société qui a tendance à oppresser ceux qui en font partie, puisqu’ils doivent suivre des règles strictes impliquant notamment le moins de contacts avec les autres Hommes pour éviter des altérations temporelles. Pourtant, Prenna, le personnage principal, va tomber amoureuse d’Ethan, un lycéen comme les autres … un lycéen très attachant, drôle, porteur d’espoir et de vie pour elle, qui vit dans une société hors du temps, comme en pause, depuis son arrivée dans notre présent. Les voilà lancés dans une aventure pour tenter de sauver le futur. Ann Brashares délivre un message profondément touchant, en affirmant écrire ce roman pour « être nostalgique du présent ». En somme s’ouvrir à sa beauté et prendre conscience qu’il faut la préserver. Le dénouement de ce roman, qui se lit passionnément d’une traite, n’est pas véritablement heureux, ni tranché.
Non, Ann Brashares, avec la délicatesse et la tendresse qui caractérisent ses romans, délivre l’espoir à ses personnages … et ses lecteurs. Loin d’être aussi marquant que ses précédents ouvrages, Ici et maintenant n’en est pas moins un coup de cœur pour son originalité, et la douceur et la fougue qui l’habitent, la fougue de l’espoir : celui de changer le futur.

                Sans doute, comme l’affirme Alex Scarrow, vaut-il mieux que nous ne puissions jamais voyager dans le temps. Mais il est bon, bien qu’illusoire, de croire que nous pouvons être maîtres du temps et de son déroulement en allant à notre gré dans le passé ou le futur. Ce qu’Ann Brashares cherche en fait à transmettre avec son dernier roman c’est que nous sommes bel et bien maîtres du temps. En tout cas de l’avenir. Le passé est figé. Mais c’est ici et maintenant que nous pouvons faire de l’avenir un monde meilleur.

*Travaux Pratiques Encadrés : sorte d’exposé (dossier et oral) réalisé en fin d’année de première pour le baccalauréat

Une dystopie ... rétro.

(c) Olivier Balez
Peut-être voyez-vous fleurir en ce moment sur la blogosphère, quelques avis sur ce roman ... dévastateur. Pour ma part, aussitôt réceptionné (samedi dernier) aussitôt lu ! Je venais de finir le superbe La face cachée de Margo de John Green et j'ai sauté sur ce bouquin court, addictif ... et très profond. Autant dire qu'en une après-midi il était lu.

Ce qui est amusant, c'est que je partais sur un simple article de présentation car, la curiosité m'ayant poussé, et peut-être même ce petit éclat qu'éprouve la journaliste à la recherche de l'exclusivité, je suis allé faire un tour sur le site de l'illustrateur, Olivier Balez. L'illustrateur de la couverture que je n'ai qu'en noir et blanc, ayant reçu les épreuves non corrigées. Là, j'ai découvert cette image pour le moins ... épatante ! Olivier Balez a créé une couverture qui sort du lot sans être trop criarde, aguicheuse ou commerciale. Il a saisi l'essence du roman en réalisant une illustration, comme il le dit, "rétro futuriste". Le vert semble comme passé de mode, les éléments se décomposent, l'équilibre et fragile.

Mais avant d'aller plus loin, peut-être pourrais-je vous parler un peu plus du roman en question ? Une planète dans la tête, c'est l'histoire d'un personnage dyslexique (comme l'auteur !): Standish.
Il ne me semble pas que Sally Gardner ait déjà été traduite en France. Toujours est-il que découvrir qu'elle est dyslexique me semble être un beau message à tous, comme quoi on peut combattre la différence et les difficultés. Et ce message, l'auteur le transmet à travers son roman.
Standish est dyslexique aussi, il a les yeux de couleurs différents. Standish, dans son monde, est faible. Il est brimé par ses camarades de classes, maltraité par les plus forts d'entre eux qui espèrent se faire remarquer, qui espèrent avoir une existence meilleure par la suite.
Car oui,  Standish vit dans une société totalitaire, dans un monde où le fascisme existe encore. C'est tout cela justement qui est confus. Le personnage utilise des termes -"Mouches à merde", "Objecteurs" ...- sans qu'on ne sache vraiment à quoi il se rapporte. On apprend rapidement la date, nous sommes en 1959. On apprend alors qu'un astronaute va poser le pied sur la lune sous peu de temps. L'incrédulité est totale.
On comprend alors peu à peu qu'au-delà d'une dystopie, on a peut-être à faire à une uchronie. Quel est l'évènement qui a changé le cours des choses ? Hitler ne s'est-il pas suicidé ? L'Allemagne a-t-elle gagné la guerre ? Au fond qu'importe. Sally Gardner, par ce roman entre Histoire et dystopie, semble montrer que le temps ne tient qu'à ... un jet de pierre.
L'ouverture de son roman n'en est-elle pas la preuve ?
« Je me demande si...
Si le ballon de foot n'était pas passé par dessus le mur.
Si Hector n'était pas allé le chercher.
S'il n'avait pas gardé l'abominable secret pour lui.
Si...
Alors, je me raconterais sans doute une autre histoire.
Voyez-vous, les "si" sont comme les étoiles, innombrables. »
Je ne vous en dirais donc pas plus sur cette fusée, sur cet alunissage
En revanche, quelle place prend la lune dans cette histoire ? Quelle importance ? Là repose tout le fond du roman.
On sait que la conquête de l'espace, et le roman le dit bien, est maintenant la nouvelle course qui oppose les plus grandes puissances planétaires. La lune devient donc ce symbole de force et de suprématie sur le reste du monde. Si la Patrie (l'auteur éclipse toute référence géographique...) pose le pied sur la Lune, c'en est fini de toute concurrence. C'en est fini de tout espoir.
Peut-être faudra-t-il alors que quelqu'un se lève devant le terrible avenir qui se profile ?
"Papou tremblait, on aurait dit qu'un séisme éclatait dans son nombril. Des larmes, les larmes qu'il s'était juré de ne jamais verser, ruisselaient sur son visage en une cascade de fureur. Je l'ai serré dans mes bras, je l'ai serré fermement. J'avais cette force."
 Ainsi le personnage devient plus fort. Si on n'échappe pas au schéma du plus faible qui se bat contre les forts, on a là un roman unique qui se détache d'abord par la justesse du personnage qui est déchiré entre sa colère, son amour pour son grand-père et cette amitié qui le lie inconditionnellement au personage d'Hector. Hector, cet attachant, ce puissant garçon, ce grand frère que Standish n'a jamais eu. On suit l'évolution d'un enfant qui en a marre de mordre la poussière, vivre dans la peur et le chagrin. Oui, plus que tout, Sally Gardner met là en avant toute la fureur de la jeunesse et d'un combat pour l'égalité, pour la différence.
"Hector avait apporté la lumière et n'avait que l'obscurité après son départ."
Enfin, portons attention au visage du garçon qui se sépare en deux couleurs et à ces planètes qui flottent un peu partout... L'expression qu'on aime utiliser c'est "Tu es dans la lune". Expression qui serait fort mal appropriée ici ... en revanche, "Tu as la tête dans les étoiles" ou ... "Tu es en orbite" pourquoi pas conviendrait parfaitement. La force de Standish, c'est son imagination. Cette partie de son esprit qui est dissimulée aux yeux de tous, et qu'il peut encore garder secrète, intime, lumineuse. Avec son ami Hector, il a inventé la planète Juniper où "Le soleil brille en Technicolor", où les habitants les accueillent avec un grand sourire et une Cadillac bleu pastel. C'est par l'imagination que naît l'espoir. Et c'est avec l'espoir que naît la force. Le vert n'est-il pas la couleur de l'espoir ?
"Je suis convaincu que la meilleure chose que nous ayons, c'est notre imagination, et toi, tu en as des tonnes."
 Le plus grand atout du roman reste cependant la narration que, malgré son handicap, l'auteur maîtrise avec un talent époustouflant. Ses chapitres sont courts et sont comme des flashs qui déstabilisent certes, mais finissent par s'assembler pour ne former qu'un éclat saisissant et percutant, un éclat qui se tient terriblement bien. Le style est sensible, touchant et Standish nous livre un témoignage difficile à pénétrer, mais finalement très fort. Les mots sont doux mais il se cache derrière une fureur qui pourrait bien être dévastatrice.
"Je collection les mots - des bonbons dans la bouche du son."
Alors oui l'univers est un peu comme cette couverture: au premier abord difficile à cerner. Mais on comprend bien que la construction est réfléchie jusque dans le moindre détail et que le talent qui éclot peu à peu est époustouflant. Finalement, ça n'est qu'après avoir refermé le livre que j'ai compris, des heures plus tard, que cette histoire m'était indispensable, que les personnages manquaient et qu'avais besoin de relire le livre pour en cerner toute l'ampleur, fusse-t-il possible.

Pure, ou comment découvrir une auteur bourrée de talent.

            Il est des livres dans le vaste monde de la littérature qui vous laissent fascinés. Des livres qui sont hors de toute catégorie, qui se détachent de tout autre ouvrage et qui provoquent en vous des sentiments inattendus. Ce fut le cas pour moi lorsque j’ai découvert Pure. Reçu en partenariat avec le forum Club de lecture (et je remercie chaleureusement Karine), j’étais curieux de lire ce roman qui avait eu tant de succès et donc l’histoire particulière faisait grandement envie … Loin de tout ce dont à quoi je pouvais m’attendre, Pure a beau être un roman que j’ai eu du mal à commencer, il n’en reste pas moins livre unique et exaltant, sans doute aux frontières du coup de cœur, mais dans son propre pays, entre passion et coup de tant il se détache de tout ce que j’ai pu lire jusqu’à présent.

            Il est vrai que j’ai eu du mal à entrer dans l’univers de Pure … je l’ai commencé juste avant Phænix tome 2, avant de l’interrompre pour celui-ci, l’ai continué juste avant le salon du livre jeunesse de l’île d’Aix, lorsque j’accueillais Carina Rozenfeld, son fils et Clémentine, puis pendant le BAC, les révisions, un séjour chez mes grands-parents … en 3 semaines, j’ai donc lu à peine 150 pages, et c’est peut-être pour ça que je n’ai pas tout de suite adhéré à l’intrigue de Pure, dont j’attendais mieux, du moins pour ce début sans doute trop lent. Lire un roman de façon trop éparse nuit à la qualité de la lecture, mon expérience a su me le prouver quelques fois … mais ces trois derniers jours, j’ai donc pu dévorer les 400 dernières pages du bouquin avec un immense plaisir. Si vous n’accrochez pas dès le début, je vous en conjure, continuez : cela en vaut largement la peine.

            On croit que Pure est un roman dystopique, ou un roman de science-fiction. Le seul qualificatif qui pourrait lui convenir serait en fait : roman post-apocalyptique. Et encore là, c’est à se demander si cela est bien vrai… Pure sort en effet des sentiers battus. On est loin du schéma dystopique classique de la littérature adolescente actuelle : le personnage fort, rebelle qui va petit à petit s’intégrer à un mouvement visant à renverser le gouvernement oppressant. Non. Pure a un univers bien particulier : notre monde (futuriste en fait) a été dévasté un jour lors des Détonations : tout a été décimé, les villes détruites, les constructions fondues… fondues oui. Les survivants sont marqués de cicatrices, de brûlures … et leurs corps ont fusionné. Une mère tenait un enfant dans les bras ce jour-là ? Ils ont fusionné, s’ils ont au moins survécu … Un homme avait un ventilateur de poche pour se rafraîchir ? Il est maintenant en lui, au fond de sa gorge … Notre héroïne a une tête de poupée autour d’une main, Bradwell a des oiseaux dans le dos, d’autres encore ont leur frère dans le dos, une croix sur le corps, des éclats de verre sur le visage, … Julianna Baggott va plus loin que d’insérer des personnages dans son roman : ses personnages sont cet univers.
Et même bien plus, elle confronte le lecteur a des idées qu’elle n’exprime pas directement mais qu’elle suscite. Car bien que ce monde soit pollué de cendre et de poussière, bien qu’il se cache partout dans ces terres brûlées des Poussières, des créatures malfaisantes, des Hommes qui ont fusionné avec le sol, bien que les gens souffrent de toutes ces fusions, il y a là-dedans une certaine beauté. Et comme il l’est dit à un moment : la beauté ne peut exister sans laideur, l’un et l’autre sont indissociables. Et ce qui peut être laid par sa raison d’être, par ce qu’elle induit, peut aussi posséder une certaine beauté. Et je dirais sans aucune hésitation que l’univers créé par Julianna Baggott est beau.

            Je parlais plus haut des personnages … s’il est un point fort de ce roman, outre l’univers, c’est bien celui des personnages. J’ai été épaté par la véracité des héros de Pure. Les personnages de roman ont longtemps été des héros, des guerriers d’épopée sans peur et sans reproche, des chevaliers servants. Seulement aujourd’hui, ce dont nous sommes à peu près certains et que nous apprécions, c’est que le personnage de roman est avant tout (enfin quand c’est le cas, on omet le fantastique ou autres cas spécifiques) un humain. Un personnage n’est pas fait que de qualité, il est aussi fait de défauts et de faiblesses humaines. Un personnage peut trahir, décevoir, craindre, pleurer. Et c’est là toute la force des héros de Julianna Baggott. Ils sont profonds, travaillés dans le moindre détail, et terriblement réels, et donc attachants. Il en va de même pour leurs relations qui, loin de tout manichéisme et évidence, sont complexes, parfois ambigües. Après tout, sauriez-vous tout le temps qualifier clairement la moindre de vos relations ?
            Pour aller un peu plus dans le détail, je vous présenterai donc d’abord notre personnage principal : Pressia. Pressia est une jeune-fille qui a une tête de poupée à la place d’une main, un grand-père fatigué et très peu d’affaires personnelles. Tout juste quelques insectes mécaniques dont la beauté transparaît par son regard. Ce personnage fort, sensible, attachant à l’aïeul touchant va croiser le chemin de Bradwell : un garçon agaçant, rebelle, mais encore plus fort que Pressia, courageux, tout en ayant sa part de tendresse et de fragilité. Mais elle va aussi croiser (bien sûr vous vous en doutiez) la route d’un Pur (habitant du Dôme qui se dresse à l’horizon et protège des Hommes privilégiés) : Partridge. Partridge est plus proche de ces héros dystopiques rebelles. Mais il a quitté le Dôme plus pour échapper à la présence oppressante de son père qu’il hait, et surtout pour retrouver sa mère, que pour concevoir un acte révolutionnaire. Du moins de son propre gré… Ces trois-là vont se rencontrer, et faire chacun dévier le chemin des autres. Ils vont voir leur vie, leur opinion, leur avenir bouleversés. Mais de quelle façon ?
Et ils vont s’entourer de bien d’autres personnages encore, plus ou moins bons, plus ou moins des alliés, et leurs relations seront plus ou moins soudées. Et je pourrais disserter des pages là-dessus. Mais toujours des personnages et des liens complexes et intéressants, profonds et creusés.

            Un bon roman se caractérise aussi par la qualité de narration. Et là encore c’est tout bon ! J’ai réellement senti que Julianna Baggott enseignait dans un programme d’écriture de l’université de Floride. Son vocabulaire est très riche et bien qu’il faille prendre une distance comme le texte que j’ai eu entre les mains est une traduction, on lit de très bonnes descriptions, un art de la narration indéniable, un style envoûtant, une manière d’alterner réflexions, pensées, moments doux, scènes d’action, descriptions… Pure c’est 530 pages pendant lesquelles, une fois bien rentrés dans l’histoire, on ne s’ennuie pas !
            Vous ai-je dit que la narration était d’ailleurs alternée ? … enfin à dire vrai on a toujours un narrateur à la troisième personne, mais qui alterne les points de vue : Pressia et Partridge bien entendu, mais aussi Lyda ou El Capitan par exemple …cela donne un vaste champ de vision de l’histoire et des personnages.
            Malgré tous ces points de vue, ne vous détrompez pas, il reste beaucoup de zones d’ombre dans Pure. Des mystères non élucidés, des évènements imprévus. Car si j’ai adoré ce roman, c’est aussi par son rythme effréné et cet art de l’inattendu. Les révélations vous tombent dessus sans que vous les ayez vues venir, les rebondissements sont parfois réellement à couper le souffle. Et le tout forme un ensemble parfait, où tout vient s’imbriquer sans aucun problème, où tout, jusqu’au plus petit élément, alors que vous ne le soupçonniez pas, a sa place.

                        Vous l’aurez compris, comme moi je viens de le comprendre en écrivant cette chronique, Pure a 10/10 partout et je ne m’étais pas rendu vraiment compte, avant de mettre des mots sur ce roman, que celui-ci était d’une qualité remarquable. Cet univers ô combien séduisant s’inscrit dans une intrigue au rythme endiablé rondement bien mené par la riche plume de Julianna Baggott. Cette auteur mondialement connue (et on comprend pourquoi !) donne vie à des personnages profonds et attachants qui ne sont pas bons ou méchants, mais juste humains. Un roman entre dystopie, science-fiction, post-apocalyptique incontournable.  

Un deuxième tome deux fois mieux que le premier, c'est possible ?





            Vous vous rappelez peut-être de machronique du tome 1 ... Il est vrai que La sélection tome 1 m'avait un peu fait grincer des dents... un monde futuriste dévasté, une émission de télé réalité avec tirage au sort, un personnage principal assez fort, tout cela me rappelait fortement Hunger Games. J'avais trouvé encore d'autres points négatifs et notamment une société trop peu développée: en un paragraphe, tout était dit... mais il y a cependant un point que je n'ai pas nié: le plaisir évident de lecture. Parce que oui j'ai trouvé beaucoup de points négatifs, et oui beaucoup de points communs à Hunger Games mais bon ne nous voilons pas la face quant à cela et n'oublions pas que La sélection c'est robes, paillettes, maquillage et bouches en cœur ! La sélection c'est un univers 100% féminin ... et pourtant le plaisir fut quand même très présent ! Tous les livres de la collection R ont cette faculté étonnante à me séduire et me captiver d'un bout à l'autre de la lecture ! La sélection n'y avait pas manqué: son ambiance scintillante de palais, émission de téléréalité et d'amourettes m'avait totalement plu ! Et ce tome 2 non plus n'échappe pas à la règle ...

            Ce fut un réel plaisir de retrouver le personnage d'America. J'ai parfois ses réactions excessives ou un peu incohérentes. Je trouvais que l'action s'enchaînait parfois un peu trop vite, tout comme les intrigues amoureuses ou amicales entre les personnages ... mais parfois ça n'était pas un souci et les rebondissement étaient même carrément inattendus et surprenants ! Mais pour en revenir à America, elle reste un personnage très attachant, qu'on continue à suivre avec plaisir. Après, je ne sais pas vous mais moi je suis totalement team Maxon alors Aspen j'ai beau l'apprécier, je voue tout mon enthousiaste à ce prince séduisant, affectueux, et très touchant. Quant aux autres personnages, eh bien vous allez retrouver l'adorable meilleure amie d'America –qui vous réserve bien des surprises ...– ou encore les autres membres de l'Elite qui vont du coup toutes prendre une place plus importante dans l'intrigue ... mais bien entendu je n'en dirais pas plus ! Et bien sûr les amusantes femmes de chambre d'America, le Roi plus menaçant que jamais, ou encore la Reine, qui m'a beaucoup plu à certains moments ...

            L'Elite ! Oui rappelez-vous: il ne reste plus que 6 candidates sur les 35 initialement présentes ... l'enjeu est de taille et la tension est à son comble entre les candidates. Mais ne croyez pas que Kiera Cass va se contenter d'un joli deuxième tome sur cette compétition ! Non non non, vous vous en doutez, elle va se régaler de rebondissements, comme je l'ai déjà dit, tous plus étonnants les uns que les autres ! Les mystères s'épaississent, les voiles tombent, le suspense grimpe... jusqu'à la fin où l'auteur nous laisse dans l'attente d'un dernier et troisième tome pour le moins prometteur. Vivement !

            Je pense que j'ai tout dit. Le style de l'auteur est malheureusement bien simple, mais au moins permet de porter sans aucun problème son lecteur le long de ces 300 pages et quelques qui s'avalent en un rien de temps ! C'est trop court, à n'en pas douter mais le plaisir est grand ! L'ambiance précieuse est plus qu'envoûtante: elle est alchimique ! Les rebondissements sont plus que surprenants: ils nous coupent le souffle ! Certains personnages sont plus qu'attachants: on ne veut plus les quitter ! Le suspense est plus qu'intense: il est insupportable ! Le tome 2 est à la hauteur de mes espérances: il rehausse totalement mon avis sur le tome 1 et ne me donne l'envie que de vous recommander cette série pour un passer des moments terriblement délicieux ! Allez hop hop hop, qu'est-ce que vous faites encore devant l'ordi ? Filez en librairie que diable !