C'est vrai que cela va être un peu difficile de vous parler d'un album que je n'ai pas à disposition. Il est resté chez mes parents et j'aurais aimé l'avoir à côté de moi pour le relire, le parcourir, l'admirer et être traversé d'une vague d'amour pour cet ouvrage et vous en parler deux fois mieux !
Malgré tout, rien ne me fera reculer, parce que le livre sort demain en France (il a été traduit du néerlandais !) et parce que j'en garde un souvenir marquant.
La fille de l’empereur possédait trois cent quatre-vingt-dix paires
de chaussures, huit cent douze chapeaux, cinquante ceintures en queue de
serpent. Mais ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était les oiseaux.
Son jardin comptait cent et une volières habitées par les oiseaux les
plus rares. Mais hélas ! Combien de têtes avaient-elles coûté, de
combien de serviteurs ! Jusqu’à la nuit où Valentina rêva de l’oiseau
qui parle. Personne ne le trouva. Puis, après onze longs mois, un jeune
serviteur rapporta dans un écrin un tout petit oeuf dans un nid…
En fait, il s'agit d'un conte. Cette princesse, comme le dit au-dessus le résumé de l'éditeur que j'ai mis juste au-dessus, possède déjà beaucoup de choses. Et en particulier beaucoup d'oiseaux. Et puis un jour, elle rêve de l'oiseau qui parle. Quitte à décapiter tous ses employés, quitte à se débarrasser de tout, la fille de l'empereur va tout faire pour trouver et posséder cet oiseau.
Mais trois choses donnent à l'histoire son caractère unique : le ton de l'histoire, les oiseaux et les illustrations.
Il est là haut au milieu... !
Ce conte, en effet, se révèle d'une cruauté surprenante. Sans aller jusqu'au bout de l'histoire, la princesse - qui ne fait d'ailleurs pas tant rêver que ça, on en parlera un peu plus loin - décapite ses serviteurs, jugés incompétents, est violente, irascible et presque hystérique. La fin n'est pas si violente. Mais le récit porte doucement le lecteur et son personnage vers ce dénouement qui, loin d'être lumineux, est pourtant amené avec beaucoup de délicatesse.
L'autre élément, tant original que ravissant, est la présence des oiseaux dans l'album. La princesse dont il est question aime les oiseaux, par-dessus tout au monde. Par conséquent, elle en possède par dizaines et ils sont omniprésents dans l'album. Avec une palette de couleurs assez restreinte, l'illustrateur de l'album arrive quand même à nous en mettre plein les yeux. Les oiseaux sont de toutes sortes... et ils vibrent d'une magie à laquelle on donnerait vie.
Et toute l'émotion qui se dégage de l'album et en particulier de ces deux points n'aurait pas la même puissance sans une illustration soignée et époustouflante.
Elles ont dans leur caractère sombre la cruauté de l'histoire. Même les couleurs les plus éclatantes, par un jeu de peinture juste et étonnant, ont une force, un poids et une obscurité hors du commun. Les regards, même ceux des oiseaux, sont d'une grande profondeur. Les décors, même s'ils ne servent que de décors, palpitent d'une vie un peu inquiétante.
C'est pourquoi le personnage du conte, la fille de l'empereur, est à la fois si juste, touchant et dérangeant. C'est sans doute pour cette raison que le terme de princesse n'est jamais utilisé. Pour s'éloigner des clichés qu'on en a tous. Là, la fille de l'empereur a un visage un peu dur et anguleux, malgré son caractère enfantin. Ses yeux, petits et perçants, brillent de cruauté, de désir et de vie. Ses cheveux broussailleux, sa petite taille, sa finesse et les caractéristiques déjà évoquées font d'elle un personnage fragile et donc touchant, mais aussi un peu laid et finalement inquiétant. Sa cruauté s'incarne en elle, en même temps que son enfance, son espoir démesuré par l'ambition de son désir et les deux lui donnent une présence très forte dans le récit.
C'est aussi grâce aux illustrations et au travail de couleurs (limité aux couleurs sombres et aux couleurs chaudes comme le jaune - rayonnant, éclatant, magnifique) que les oiseaux prennent leur envol au coeur de chacune des pages de l'ouvrage.
Enfin, si l'album est aussi beau, c'est aussi grâce à un travail d'édition soigné. Le format - très grand - permet de déguster chaque illustration les yeux grand ouvert, le papier est de bonne qualité et l'impression donne donc des images fortes et séduisantes.
J'ai plongé curieux - et déjà séduit, grâce à la couverture - dans l'album. J'en suis ressorti ébloui et profondément secoué.
~
Pour découvrir l'album, deux vidéos très bien faites avec une interview de l'auteur :
La version courte
La version longue
----------------------- mardi, juin 30, 2015 -----------------------
Pour lire le premier épisode de cette chronique en deux parties, cliquez ici !
Ce n’est pas la première fois
que les contes me capturent pour me faire voyager. Maintes fois, ils m’ont
fasciné, touché et embarqué vers un pays lointain, celui de l’imaginaire. Oui,
ce n’est pas la première fois que je me laisse porter par eux, ce n’est pas la
première fois que je vous en parle, ce n’est pas la première fois que
l’imaginaire, terreau de nos lectures, vient trouver une place d’honneur sur le
blog.
Aujourd’hui, je
prends un peu de temps pour écrire sur eux, sur lui, et sur la façon dont ils
épousent notre réalité.Il y en a où l'imaginaire épouse la réalité de façon plus subtile et c’est peut-être là que le lecteur trouve le plus de
plaisir : celui de tenter de démêler le vrai du faux avant de se rendre
compte que c’est en fait impossible. C’est de ceux-là que je veux parler
aujourd’hui. Et c’est typiquement ce à quoi je pense en voulant
écrire sur De cape et de mots
De cape et de mots raconte l’histoire
pleine de panache de Serine (dont je vous épargne le nom complet, ceci est son
abréviation courante et salvatrice pour votre mémoire et votre souffle). Un
matin, alors que sa famille souffre et se fissure, elle part en direction du
château pour devenir demoiselle de compagnie de la reine. Là-bas, elle va
découvrir l’hypocrisie des gens de la cour, leur excentricité cachée derrière
une retenue exacerbée, des cachotteries, des rumeurs, des complots… De
demoiselle de compagnie à bouffon du roi, ce personnage singulier et
profondément attachant engendre des rebondissements truculents et délicieux.
Loin de la niaise naïveté qui caractérise les autres demoiselles et certaines
héroïnes de littératures, Serine est franche et téméraire mais aussi maladroite
et irréfléchie.
Et puis au-delà
de ce personnage unique et attendrissant que l’on suit avec plaisir, l’aventure
est un réel plaisir pour le lecteur, tant la narration est enlevée. Elle prend
place dans une ambiance qui n’est pas sans rappeler la cour du Roi-Soleil.
Pourtant, on n’est pas dans un roman historique, et ce n’est pas cette cour qui
sert de décor à notre histoire. C’est un royaume imaginaire qui croque avec
malice un univers royal complètement absurde, où tout repose sur les rumeurs et
l’opinion de la reine. Si elle approuve, les sujets approuvent, si elle est
dégoûtée par quoi que ce soit, la cour aussi, si elle décide de s’amuser de
telle ou telle chose, alors les gens à leur tour le feront.
On y croit.
Pourtant, on a aussi l’impression d’être complètement plongé dans un conte.
Tant grâce au décor somptueux et merveilleux que grâce à la narration, qui a ce
je-ne-sais-quoi de magique et cette teinte orale captivante.
Enfin, tout le
roman est porté par un style riche et malicieux qui s’envole avec le lecteur
dans un éclat de rire succulent. Jeux de mots, néologismes, vocabulaire
rarissime, tournures de phrase inattendues, vivacité du ton, impertinence des
dialogues… chaque page est un trésor de plaisir et de richesse dont on ne se
lasse jamais et qui emporte le lecteur dans un tourbillon pétillant d’émotions.
On a envie de relire et rerelire ce roman pour être sûr de ne rien rater
de cette histoire complexe mais fluide et palpitante et de son verbe exquis et
désopilant.
Pourquoi en
rajouter alors qu’il suffit de vous dire : De cape et de mots est une aventure palpitante, dans une cour
burlesque, portée par une héroïne espiègle et prenant vie sous une plume
farouchement florissante !
J'espère que vous appréciez la magnificence de mon titre-jeu de mots.
----------------------- samedi, juin 27, 2015 -----------------------
Ce n’est pas la
première fois que les contes me capturent pour me faire voyager. Maintes fois,
ils m’ont fasciné, touché et embarqué vers un pays lointain, celui de
l’imaginaire. Oui, ce n’est pas la première fois que je me laisse porter par
eux, ce n’est pas la première fois que je vous en parle, ce n’est pas la
première fois que l’imaginaire, terreau de nos lectures, vient trouver une
place d’honneur sur le blog.
Aujourd’hui, je
prends un peu de temps pour écrire sur eux, sur lui, et sur la façon dont ils
épousent notre réalité. Ce mariage très fréquent existe sous une multitude de
formes. Il y en a des concrètes et efficaces. C’est de celle-ci dont je veux
parler aujourd’hui.
C’est une
histoire concrète parce que simple, directe, limpide. Mais terriblement
efficace. Connor et Alex sont jumeaux et tombent un jour sans le vouloir dans
un livre de contes qui les mène directement … dans le pays des contes. Ils ont
cherché à en revenir dans le premier tome. Ils l’ont sauvé dans le deuxième.
Dans le troisième, il va falloir, à nouveau, voler à son secours.Le problème, c’est que Connor, resté aux
Etats-Unis, va découvrir lors d’un voyage en Europe à travers un message lancé
par les frères Grimm dans un conte écrit deux cents ans plus tôt que le pays
des contes est menacé. Alex, sa soeur, étudiant la magie auprès de leur grand-mère la
marraine la Bonne Fée, s’apprête à devenir fée et va devoir assumer de lourdes
responsabilités pour surmonter cette épreuve.
Bon, je ne vais
pas m’éterniser sur le synopsis et passer à l’essentiel : ce que j’en ai
pensé. Les amateurs de la série liront de toute façon sûrement ce troisième
tome !
Il faut savoir
que le deuxième m’avait un peu déçu. Et finalement, ce troisième tome est dans
sa lignée. Bien que Chris Colfer propose de bonnes idées, originales et
amusantes, qui revisitent les contes avec inventivité, je suis certain qu’il
aurait pu aller encore plus loin. C’est presque trop facile. Oui, Boucle d’or
est une fugitive nouvellement mariée à Jack (celui du haricot magique). Oui, le
petit chaperon rouge est une reine insupportable et égocentrique. Mais
Blanche-Neige,Raiponce, la Belle au
bois dormant et Cendrillon sont cliché : adorables, belles, sensibles,
parfaites en somme. Ce n’est encore qu’un exemple parmi d’autres.
De plus, les
ressorts narratifs utilisés pour construire l’intrigue sont très gros. Soit on
les voit venir, soit ils sont exagérément dramatiques, soit ils sont assez
convenus et peu originaux. On a en fait l’impression d’être devant un
blockbuster américain très addictif mais scénaristiquement pauvre. Comme je ne
me permettrais pas de critiquer sans citer un exemple précis et marquant, en
voici un : laBelle au bois dormant
ne peut pas avoir d’enfant à cause de la malédiction du sommeil de Cent ans.
Elle l’avoue aux autres reines dans leur carrosse. Ils arrivent alors dans un
village sinistré. Et qu’y trouvent-ils ? Un bébé en pleurs, orphelin, que
le destin a déposé pour elle et son roi. Bon, ai-je besoin de rajouter un
commentaire à cela ?
Je ne vous
cacherai pourtant pas que ce roman reste très addictif. On s’attache vraiment à
nos deux héros, on tremble un peu pour eux, on s’émeut (ou pas) de leurs
amourettes, et on suit avec passion leur aventure jusqu’au bout. Je vous
avouerai aussi que la fin, ce cliff-hanger époustouflant, bien que je l’ai vu
venir, me laisse frustré et renversé. Ce n’est pas très bon, mais c’est
plaisant et vraiment drôle.
Chronique à suivre, mardi, sur le blog ...
Pour patienter, une vidéo sera en ligne demain sur ma chaîne YouTube !
----------------------- mercredi, mars 04, 2015 -----------------------
Article commencé le vendredi 27
Février – les dates du début correspondent donc à jour-là !
Je me suis encore fait discret le temps d’une semaine. Mais,
actuellement en stage en librairie, je vis des jours si riches, si longs, si
rapides, que j’en perds le nord, le temps, les idées claires et les doigts
courent sur le clavier avec moins de force que d’habitude, plus indécis. Ils
sont un peu écartelés entre tous ces extrêmes égarés aux quatre vents !
Mais pas de panique, je suis là, et surtout … je lis ! Allez voir ma liste
de lectures, dans le cadre du challenge Février :
petit mois, petites lectures, j’enchaîne lecture sur lecture ! Mes yeux,
eux, dévalant à toute allure les lignes comme des pistes de ski, ont retrouvé
le chemin du bonheur : celui des mots, de l’imaginaire, des histoires, de
l’émotion d’encre et de papier. Entre deux plaines enneigées de mots, je trouve
un moment pour venir vous écrire, justement sur des livres qui vous parleront
d’histoires.
Les histoires, on tombe dedans. Comme l’imaginaire. Comme Obélix dans
la marmite de potion magique. Comme Victor dans sa tasse de chocolat chaud.
Victor vous ne savez pas qui il est ? C’est le nouveau personnage
de Benoît Minville, dans la collection Pépix de Sarbacane ! Un petit
garçon courageux, plein d’énergie et bouillonnant d’une imagination débordante
… On lui a toujours dit que son imagination était son plus grand pouvoir. Et
chez lui, l’expression est littérale. Parce que quand il plonge dans une
aventure au cœur de sa tasse de chocolat chaud au petit-déjeuner ou dans Les
Trois Mousquetaires (d’Alexandre Dumas), c’est pour de vrai.
Une (première, parce que d'autres vont suivre !) histoire pétillant de bonnes idées, brillant
d’humour et d’énergie, réjouissant, passionnant et entraînant le lecteur avec
un personnage intrépide, un style alerte et une intrigue rocambolesque !
Un bel hommage à l’imaginaire et aux livres … plongez dedans sans plus
attendre ! (littéralement, bien sûr)
Les histoires, elles nous fascinent, elles nous construisent, elles
sont à l’origine de nos imaginaires. Comme les contes … mais de plus en plus,
on fait un pied-de-nez à ces contes, on les détourne, on les retourne dans tous
les sens pour les voir sous un autre jour, pour porter un regard neuf dessus,
pour les examiner sous toutes leurs coutures ! Bref, on les prend, on les
malmène, et on les revit encore et encore …
Caprices ? C’est
fini ! c’est un peu ça. Vous prenez une princesse insupportable, un
père qui n’en peut plus d’elle, un valet plein de bonnes idées, un bûcheron que
son père envoie devenir riche et vous avez vos protagonistes. Vous ajoutez une
épreuve insurmontable, vous recouvrez de la peau d’un pou géant et vous
saupoudrez de beaucoup d’humour et d’un peu d’émotion, et vous mettez tout ça
entre les mains d’Albertine qui présentera le livre avec beaucoup de finesse et
de justesse de ses illustrations en noir et blanc pourtant hautes en
couleur !
Ce roman finement cuisiné, j’ai eu un peu de mal à entrer dedans, j’ai
trouvé les personnages trop grossièrement dessiné, trop changeants et
difficiles à suivre. Mais finalement, ce conte un peu déjanté reste dans les
codes tout en les moquant, les réutilise pour construire une histoire pour
laquelle on se passionne rapidement et qui s’approfondit réellement à mesure
qu’elle avance …
On sort de ce roman simplement touché en plein cœur par les
personnages qui se sont construits, qui ont évolué, qui ont grandi en somme. Et
le lecteur avec !
Alors … le conte est bon !
Et par-dessus tout, les histoires nous font rêver. Et nos rêves sont
des histoires. L’un et l’autre sont indissociables. Il me semble qu’ils
s’entremêlent et en deviennent inextricables : chaque rêve est une
histoire, les histoires nous font rêver, on rêve notre vie, on en fait des
histoires. Je ne vais pas m’éterniser. Où je veux en venir ? A vous parler
de ce court roman, paru chez Sarbacane : Le rêve du cachalot. C’est
l’histoire d’une jeune femme obèse, un peu déconnectée de la réalité dans son
kiosque à journaux … et pour cause, elle rêvasse, et en rêvassant, elle vit sa
vie, la vraie : celle d’un cachalot. Bien sûr cela paraît ridicule dit
comme ceci. Bien sûr vous vous demandez à quoi cela rime tout ça. Et à travers
la vie de ce cachalot il est question d’une espèce menacée, de marées noires,
d’un combat contre les hommes. On pourra y voir un roman sur l’écologie. Mais
on devra surtout y voir un roman sur le passé, sur la mémoire, sur la
transmission d’une langue et d’un ailleurs disparu. Un roman sur les rêves qui
nous guident peut-être vers celui que nous sommes vraiment.
Court, intense, ce petit roman amène à réflexion … et touche, plus
profondément qu’il n’en donne l’impression.
Alors pour conclure cet article un peu disséminé, j’espère pas trop
confus, je ne dirais qu’une chose, ou plutôt deux : « Les histoires
nous inventent », pour citer Timothée de Fombelle qui, avec Le livre de Perle, rentre directement dans le vif du sujet. La seconde ? N’arrêtez
jamais de rêver.
----------------------- jeudi, novembre 06, 2014 -----------------------
Au commencement de cette histoire, il n’y a pas de « Il était une fois ». Il n’y a pas
de paisible début laissant présager un « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Au
commencement de cette histoire, il y a une fée déchue, un passager de l’orage, un
sortilège, un monde hostile, une tristesse sans étoiles, un inconnu solitaire.
Les mots de Timothée de Fombelle sont vêtus de nuit, d’inquiétude et
d’angoisse. Mais une étincelle s’allume dans l’obscurité de ces premières
pages, et si son auteur dessine l’aventure sans attendre une seule page, si on
ne peut résumer ce chef-d’œuvre à aucun genre, aucune case, aucun récit puisque
c’est la vie foisonnante de l’imaginaire qui donne vie au Livre de Perle, je me donne le droit sur la pointe des pieds de lui offrir
l’étoile des contes.
Et il était une foisune fée
déchue, un passager de l’orage, un sortilège, un monde hostile, une tristesse
sans étoiles, un inconnu solitaire. Il était une fois un enchantement. Cet
enchantement n’était pas nommé à l’aube de l’histoire, il n’était qu’invisible
espoir derrière les lignes du Livre. Mais on le sentait palpiter au cœur de ce
début. Un enchantement d’encre et de papier, de mots et de passion. Un
enchantement auquel on croit et dans lequel on espère, au plus tôt d’une
envoûtante aventure, parce qu’il y a un conteur. Et ce conteur donne vie.
Il était une fois une histoire qui commence loin de tous les royaumes.
Cette histoire trace des chemins. Les chemins du retour.
Je désire surtout vous avouer, au creux du murmure de mes mots qui
content maladroitement un chef d’œuvre en papier,
que ces chemins, bien qu’escarpés, tortueux, dangereux et obscurs, sont d’une superbe
facilité à emprunter. Il vous suffit simplement de fermer doucement la porte du
réel. Il se pourrait même qu’elle se ferme toute seule, avec délicatesse, sans
même claquer, pour ne pas vous effrayer. Alors tout disparaît. Il ne reste plus
que l’histoire et le Livre qui
valsent sous vos yeux. L’enchantement d’encre et de papier c’est celui-là. La
douceur infinie des mots de Timothée de Fombelle.Cette douceur qui lui est propre et unique que
l’on retrouve avec une profonde et vibrante émotion. Cette douceur sincère et
palpitante, dont le cœur est d’amour et la peau d’énergie, sème
consciencieusement la vérité par des phrases ramassées sur des chemins de
forêt, les chemins du retour, le retour chez soi. Ces chemins qui traversent le
monde de Paris à l’ailleurs, d’un magasin de Guimauve aux champs de
bataille ; ces chemins qui traversent les royaumes, un palais sur un lac,
un monde fascinant.
Je souhaite aussi vous confier, en déployant une chevelure de mots
comme Timothée de Fombelle déploie une chevelure de chemins, que ceux-ci sont
longs et complexes, inextricables, inexplicables. Trois intrigues, trois temps,
trois histoires s’entremêlent et se nouent. Il était une fois le passager de
l’orage. Il était une fois une tristesse mouillée et sanglante. « Il était
une fois un royaume sur lequel régnait un roi amoureux. » Et ces trois
chemins là, comme leur auteur l’aime tant, sont saisis avec sa finesse de
couturier et assemblés d’un fil de magie, piqué dans une aiguille de suspense,
pour créer un tissu envoûtant. On a un peu de mal à en saisir les bords, on ne
distingue pas les coutures, et petit à petit, alors qu’on emprunte les chemins,
on saisit peu à peu l’ensemble, on prend du recul, et on ne cherche plus à voir
la complexité du travail, mais l’incroyable résultat obtenu par son talent de
conteur. Le roman est moins virevoltant que les précédents, mais il plane avec
tendresse dans mon cœur de lecteur. Le roman préfère une brise aux tourbillons,
mais il cela ne l’empêche de voler avec force et splendeur. Chacun de ces
Il était fois se goûte avec émerveillement, émotion et passion. Tous sont les
ingrédients d’une riche cuisine, qui sait coudre les saveurs connues à de
larges pans d’étonnement.
Et du bout des doigts comme le fil déroulé d’un rouet, je ne peux vous
cacher que j’ai été déstabilisé. Oui, le passager de l’orage est un prince sans
royaume à la vie suspendue, en quête non plus de ses origines mais d’un retour,
poursuivi, se cachant, fuyant et cherchant. Oui, la petite fée déchue du
royaume au roi amoureux a la fougue d’Ethel et les yeux d’Elisha, séduisantes
et touchantes dans leur impétuosité et leur passion. Ce conte d’autrefois et
d’aujourd’hui rappelle le second tome de Vango
et l’histoire de ses origines. La branche fantastique semble avoir poussé d’une
graine venue tout droit de Tobie.
Mais qui est ce jeune garçon souillé de sang ? D’où vient cette tristesse
qui donne à la mélodie du Livre de Perle une
tonalité mineure, une richesse de nuances ? J'ai lu la première partie et
j’ai repris mon souffle. J’ai respiré la magie de ses mots qui me pénétraient
et s'estompaient mystérieusement. Et à mesure que le temps courait, les liens
se resserraient, la magie s’amplifiait, l’alchimie opérait, le charme était là,
tangible, sensible, indestructible. Je ne pouvais pas oublier les pages que
j’avais tournées et tournées et tournées sans vraiment m’en rendre compte. Je
regardais la porte du réel qui restait close alors que je lisais. Je
reconnaissais sur mes doigts des bribes de magie égarées par les mots de
Timothée de Fombelle. J’ai senti dans mon cœur le sauvage amour d’Oliå, perçu
dans mes os la tristesse et la douleur, touché au fond de moi l’orage de Joshua
Perle.
Alors je suis reparti à l’aventure et c’était aussi simple que ça.
Les plus grands livres sont ceux qui font grandir, écrivais-je l’autre
jour dans une chronique. Ai-je envie de réécrire aujourd’hui pour Timothée de
Fombelle.
Les plus grands auteurs sont, assurément, ceux qui savent surprendre sans
jamais égarer.
J’ai retrouvé le chemin. Je me suis mis à y courir avec exaltation,
sans pour autant arrêter de savourer chacun de mes pas. Je suis parti à
l’aventure moi aussi, dans les royaumes, dans la France d’autrefois, dans celle
d’aujourd’hui, dans le cœur d’Oliå et d’Iliån, dans les pas de Joshua Perle,
dans la quête obstinée de ce personnage inconnu mystérieux et pourtant
familier. J’ai laissé le vent de leurs
souffles me porter, l’immensité de leurs yeux me ravir, les battements de leurs
cœurs me guider, les étoiles de leur main m’accueillir.
Je ne saurais réellement décrire tout ce que ces quelques 300 pages m’ont
fait ressentir. L’intense bonheur des retrouvailles. L’enivrement de la
surprise. Le parfum de l’aventure. L’ardeur de l’amour. L’inquiétante douceur
de la tristesse. La tendresse. La joie. La peur. L’errance. La passion.
L’angoisse. L’espoir.
« Les histoires
nous inventent ».Voilà tout ce que je veux
chuchoter, pour finir, au feu de nos partages, en écho au Livre de Perle.
Parce qu’en le parant d’une dimension autobiographique profonde et
touchante, Timothée de Fombelle peint une œuvre fascinante où l’imaginaire et
le réel ne connaissent plus de frontière.
Parce qu’au commencement de quelques-uns de mes chemins, il y a
Timothée de Fombelle. Tobie, Vango, Victoria, Céleste m’ont inventé, réinventé,
et ont participé à celui que je suis. Chacun de ses romans a participé à me
créer en tant que lecteur, blogueur, écrivain en herbe, mais aussi en tant
qu’humain. Chacun de ses
romans a participé à me grandir.
Avec
Le livre de Perle, il continue d’user
de son époustouflante magie. Comme Tant
que nous sommes vivants l’a fait, comme Timothée de Fombelle l’a fait et le
fera toujours, cette lecture a changé quelque chose en moi. Même de manière
infime, même si le papillon de ce changement a le temps de battre des ailes
avant que l’ouragan de ses conséquences n’aie vraiment un impact, sur mes
lectures, ma perception du monde, mes écrits, ou moi-même.
Nul doute que ce roman est une passerelle dans l’œuvre de Timothée de
Fombelle. Une passerelle entre la jeunesse et l’adulte, entre les contes et le
roman, entre son imaginaire et l’humain qu’il est. Et nul doute non plus que
c’est un passage. Un petit tunnel savamment et patiemment construit en trois
ans d’attente qui se voient couronnés d’une récompense inestimable. Sur quoi va
déboucher ce passage ? Où mènera ce tunnel ? C’est encore sombre,
encore incertain, mais ce sera nouveau, ce sera, il me semble, un tournant,
même moindre, de l’œuvre de Timothée de Fombelle. Ce sera grand. Ce sera
superbe.
« Les histoires nous inventent »
Avec Le livre de Perle, Timothée de Fombelle enchante
le lecteur grâce à un véritable chef-d’œuvre de la littérature
jeunesse où le merveilleux, l’universalité et la profondeur des
contes transcendent la réalité qui, dans l’envoûtant infini de l’imaginaire de
l’auteur, revêt l’émotion, éclaire l’humain et donne vie aux royaumes de nos
ailleurs qui ne semblaient qu’horizons.
Combien de royaumes nous ignorent, écrivait Blaise Pascal. Combien de royaumes cherchent la vie dans nos
histoires, répond Timothée de Fombelle.
Alors lisez, contez,
croyez.
Et même si je le
relirai, bientôt, pour allumer à nouveau le flambeau des cœurs de ses
héros ; je les vois qui quittent maintenant le chemin qui serpentait de
page en page. Ils ne seront bientôt plus là.
Alors je m’arrête un
moment, juste avant de finir.
Et dans un rire entre mes larmes, je leur dis au revoir.
Et toute ressemblance avec l’œuvre de Timothée n'est pas purement fortuite. Loin de moi l'idée de plagier, il ne s'agit que d'un clin d’œil, des hommages mêmes. N'en soyez pas offusqué ... et sachez les retrouvez ! ♥
Nathan a 20 ans, étudie la communication et travaille en librairie. Bercé dans la littérature, c'est tout naturellement qu'il en est arrivé à ce jour à se délecter de chacun des mots d'une multitude de romans et d'albums... et à venir partager ici sa passion. Librairie, communication, salons, il se voit déjà dans le monde du livre et rêve d'écriture. Il vous livre là avec un immense plaisir ses coups de cœur, sa vision du monde, une partie de son univers et du ciel qui l'habite. Merci de venir y déposer quelques mots. Depuis quelques années, il a aussi une chaîne YouTube qui porte le même nom que son blog !