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J'ai (re)lu Harry Potter !

Il est sans doute un peu étonnant de constater que je n'ai jamais lu la série Harry Potter dans son entier, quand on sait ce que la littérature jeunesse représente pour moi. Je dis que c'est étonnant, tant pour vous que pour moi.
Avec du recul, je me dis "C'est vrai, ça. Pourquoi, moi qui suis un grand amoureux et un fin connaisseur de la littérature jeunesse et notamment des romans qui la composent, pourquoi ne me suis-je jamais vraiment tourné vers ce classique de la littérature jeunesse ?"

J'ai plusieurs explications à cela. Non pas que je me sente obligé de justifier le fait que je n'ai pas lu Harry Potter plus tôt. Je trouve juste intéressant d'essayer de comprendre pourquoi. Et je trouve ça plus intéressant d'écrire une chronique sur ce sujet plutôt que de développer sur de longues lignes mon avis sur le roman. Avis que je donne dans la vidéo que j'ai publié tout à l'heure et que je prendrai le temps de vous résumer un petit peu plus bas. Avis que vous n'avez pas tant besoin que ça de connaître, puisqu'il est redondant avec les centaines de milliers d'autres que vous avez pu intercepter...


D'abord, je crois juste que Harry Potter n'est pas vraiment un phénomène de ma génération, mais de celle juste avant moi. Quand le premier tome de Harry est sorti en France, j'avais un an. Quand le premier film est sorti au cinéma, j'en avais quatre. Si mes souvenirs sont bons, j'ai vu le deuxième au cinéma, mais pas le premier. J'aurais pu, comme beaucoup beaucoup d'autres, les lire à rebours. Mais je ne l'ai pas fait.
Sans doute parce que je baignais dans l'univers des films, que j'adorais, et que cela me suffisait.
Sûrement aussi parce que c'était un peu "le truc" de mon grand frère. Celui-ci les dévorait, ma mère faisait de même, ils partageaient ça ensemble et d'une certaine manière je le vivais presque par procuration et n'avais pas besoin de m'y mettre moi aussi. C'est là une théorie bien bancale et l'idée la plus fragile de ma chronique. Mais j'ai du mal à mettre des mots sur ce que je ressens. C'est un peu comme si je n'avais pas eu la curiosité de me tourner vers l'histoire du célèbre petit sorcier.
Enfin, et c'est sans doute là le plus important, parce que j'avais mes propres Harry Potter. Bien sûr, je n'avais aucun livre avec un univers semblable, ni aucune série pouvant générer un tel engouement et fédérer une communauté si importante. Mais j'avais des dizaines d'autres livres pour bercer mon enfance. La série des Quatre filles et un jean m'a accompagné pendant longtemps, Peggy Sue m'a porté pendant de longues années, Tobie Lolness a ô combien marqué mon enfance. Et puis je vous le disais dans une autre chronique, Mathieu Hidalf a été, quelques années plus tard, mon Harry Potter à moi.

J'ai lu Harry Potter avant 2016. Une fois. Il y a quelques années. Quand ? Je ne sais plus. Mais j'étais passé à côté. J'avais trouvé ça sympa, sans plus. Je l'avais lu POUR le lire, parce qu'on m'avait un peu forcé la main, parce que quand même, il était temps que je le lise !
Cette année aussi je l'ai lu un peu pour les mêmes raisons. Mais avec, sans doute, cette réelle curiosité qui m'avait manqué la première fois. Il me semble avoir été beaucoup plus réceptif à l'univers d'Harry Potter que la première fois.

C'est pourquoi jeudi dernier, à l'occasion de la deuxième Nuit Harry Potter lancée partout dans le monde par Bloomsburry (l'éditeur anglais de JK Rowling), j'ai décidé de relire l'intégralité du tome 1. Je l'ai fait, entre 20h45 et 4h26. Ca a été fatigant (surtout le lendemain) mais immersif et passionnant.

Je me suis totalement laissé happer par l'univers magique, fascinant et inventif de JK Rowling. Chaque page regorge de trouvailles originales et délicieuses, que le lecteur se plaît à découvrir et s'approprier. Je me suis profondément attaché aux personnages, qui ont ce côté burlesque, caricatural et ironique qu'ils doient au style acéré et efficace de l'auteure mais ils sont aussi caractérisés par une justesse étonnante, réaliste et touchante. Mais par-dessus tout, entraîné par le rythme de l'intrigue, les rebondissements, les surprises surgissant de l'imagination de JK Rowling, je me suis surpris à rire très régulièrement. Les piques ironiques de l'auteure, ses remarques et touches d'humour lancées çà et là, le comique des situations, des personnages ou des dialogues m'ont surpris et emporté.

En terminant le livre, on se dit que c'est simple et que... ce n'est pas sorcier. Mais pas tellement. C'est là que réside la magie de Harry Potter : dans la plume de JK Rowling, que celle-ci fait s'envoler avec inventivité, humour et un talent pétillant ! Wingardium Levioca...

Je n'ai plus qu'une hâte : me plonger dans la suite de la série et retourner à Poudlard. Car une chose est sûre : JK Rowling sait raconter les histoires. Petits et grands se sont laissés ensorceler. La preuve, ça fonctionne encore...


Toutes les photos sont issues de mon compte Instagram, que je vous invite à suivre ! ^-^

L'imaginaire, on conte sur lui #1



                Ce n’est pas la première fois que les contes me capturent pour me faire voyager. Maintes fois, ils m’ont fasciné, touché et embarqué vers un pays lointain, celui de l’imaginaire. Oui, ce n’est pas la première fois que je me laisse porter par eux, ce n’est pas la première fois que je vous en parle, ce n’est pas la première fois que l’imaginaire, terreau de nos lectures, vient trouver une place d’honneur sur le blog.
                Aujourd’hui, je prends un peu de temps pour écrire sur eux, sur lui, et sur la façon dont ils épousent notre réalité. Ce mariage très fréquent existe sous une multitude de formes. Il y en a des concrètes et efficaces. C’est de celle-ci dont je veux parler aujourd’hui.


                Le pays des contes, dont je vous ai déjàparlé, est de ce premier mariage.
                C’est une histoire concrète parce que simple, directe, limpide. Mais terriblement efficace. Connor et Alex sont jumeaux et tombent un jour sans le vouloir dans un livre de contes qui les mène directement … dans le pays des contes. Ils ont cherché à en revenir dans le premier tome. Ils l’ont sauvé dans le deuxième. Dans le troisième, il va falloir, à nouveau, voler à son secours.  Le problème, c’est que Connor, resté aux Etats-Unis, va découvrir lors d’un voyage en Europe à travers un message lancé par les frères Grimm dans un conte écrit deux cents ans plus tôt que le pays des contes est menacé. Alex, sa soeur, étudiant la magie auprès de leur grand-mère la marraine la Bonne Fée, s’apprête à devenir fée et va devoir assumer de lourdes responsabilités pour surmonter cette épreuve.

                Bon, je ne vais pas m’éterniser sur le synopsis et passer à l’essentiel : ce que j’en ai pensé. Les amateurs de la série liront de toute façon sûrement ce troisième tome !
                Il faut savoir que le deuxième m’avait un peu déçu. Et finalement, ce troisième tome est dans sa lignée. Bien que Chris Colfer propose de bonnes idées, originales et amusantes, qui revisitent les contes avec inventivité, je suis certain qu’il aurait pu aller encore plus loin. C’est presque trop facile. Oui, Boucle d’or est une fugitive nouvellement mariée à Jack (celui du haricot magique). Oui, le petit chaperon rouge est une reine insupportable et égocentrique. Mais Blanche-Neige,  Raiponce, la Belle au bois dormant et Cendrillon sont cliché : adorables, belles, sensibles, parfaites en somme. Ce n’est encore qu’un exemple parmi d’autres.

                De plus, les ressorts narratifs utilisés pour construire l’intrigue sont très gros. Soit on les voit venir, soit ils sont exagérément dramatiques, soit ils sont assez convenus et peu originaux. On a en fait l’impression d’être devant un blockbuster américain très addictif mais scénaristiquement pauvre. Comme je ne me permettrais pas de critiquer sans citer un exemple précis et marquant, en voici un : la  Belle au bois dormant ne peut pas avoir d’enfant à cause de la malédiction du sommeil de Cent ans. Elle l’avoue aux autres reines dans leur carrosse. Ils arrivent alors dans un village sinistré. Et qu’y trouvent-ils ? Un bébé en pleurs, orphelin, que le destin a déposé pour elle et son roi. Bon, ai-je besoin de rajouter un commentaire à cela ?

                Je ne vous cacherai pourtant pas que ce roman reste très addictif. On s’attache vraiment à nos deux héros, on tremble un peu pour eux, on s’émeut (ou pas) de leurs amourettes, et on suit avec passion leur aventure jusqu’au bout. Je vous avouerai aussi que la fin, ce cliff-hanger époustouflant, bien que je l’ai vu venir, me laisse frustré et renversé. Ce n’est pas très bon, mais c’est plaisant et vraiment drôle.

Chronique à suivre, mardi, sur le blog ...
Pour patienter, une vidéo sera en ligne demain sur ma chaîne YouTube !

Quand il faut dire adieu



  Une chronique à quatre mains, avec lavoixdulivre
                Pour ses 10 ans, Mathieu Hidalf avait gâché d’une manière encore plus phénoménale que toutes les autres années l’anniversaire du Roi du royaume Astrien. Pour ses 11 ans, l’âge rêvé et espéré, Mathieu Hidalf, pour -enfin !- entrer dans l’école de l’Élite se décide à tricher, comme toujours. Pour son entrée à l’école, Mathieu compte bien y être avant tout le monde… or soudainement, l’Élite commence à noircir, infiltrée par un mystérieux traître. Pour ses 12 ans, il est banni de l’école, et est renvoyé chez lui… il ne compte pourtant pas abandonner là. Au début de ce dernier tome, Mathieu Hidalf se trouve face à un défi mortel au milieu de la déperdition de l’école. Ainsi, depuis le premier tome, où Christophe Mauri mettait en place avec des situations cocasses hilarantes et beaucoup d’humour l’univers farfelu de Mathieu Hidalf, la saga, l’école, et notre héros préféré ont bien changé. Est passé le temps des rigolades, des farces et des bêtises. Avec beaucoup de gravité dans ses mots, rehaussés toujours par le punch sans failles de la série, Christophe Mauri clôt avec brio sa saga. Au coeur d’une atmosphère comme aux tréfonds d’une nuit sans fin, Mathieu Hidalf devra user de sa malice, et son intelligence, mais aussi comprendre qu’il est grand temps de vraiment grandir.

Face à un tel défi, le dernier défi de Mathieu Hidalf, et sans aucun doute son plus grand défi, une question semble s’imposer : y parviendra-t-il ? Nous, on en voit une autre : n’est-il pas déjà, malgré lui, sur le pont d’y parvenir ?
On pourra nous répondre non. Non puisque Mathieu Hidalf poursuit sans fin ce même but : grandir et gagner en années pour conquérir sa liberté. Il poursuit ce but avec une telle puérilité que la quête est perdue d’avance. Bien sûr, son envie d’être grand, fort, riche, puissant et libre a tendance à l’aveugler. Mais l’auteur lui-même ne le définit-il pas comme un « enfant pénétré par le monde des adultes » ? Mathieu Hidalf n’a que 12 ans. Mais il est doté d’une intelligence hors du commun, qu’il pourrait bien apprendre à user à bon escient, sans dépenser son énergie dans de simples bêtises, pourtant ingénieuses ! Il est doté d’un courage qui le fait, parfois, paraître si grand. Et il voit autour de lui son monde s’effriter : sa fratrie se fissurer, l’Elite se fragiliser, sa famille s’éloigner, tout ce qu’il a connu et aimé jusque-là menacé. Heureusement que Mathieu reste un enfant. Car c’est bien dans cet âge qu’il puise sa malice, son incroyable audace et son énergie, ce panache théâtral ! Dans cet ultime volet, oui, Mathieu apprend ce que veut dire l’effrayant et exaltant mot « grandir ». Ce jeune garçon est confronté bien trop tôt à de sombres épreuves.
Et alors on perçoit enfin, dans toute sa splendeur, le touchant et attachant héros de Christophe Mauri. Malgré son extraordinaire destin, Mathieu Hidalf n’est rien d’autre qu’un adolescent, déchiré entre le monde de l’enfance et celui de l’âge adulte.

                Heureusement qu’il n’est pas seul, finalement, et c’est aussi là que se joue tout le talent de Christophe Mauri. S’il sait créer un héros et le faire évoluer avec brio, il sait aussi créer un univers et ainsi toute une toile de personnages tous plus attachants les uns que les autres. A l’heure où sonne le temps des adieux, on n’hésite pas à prendre son temps, parce qu’on sait que chacun s’arrêtera de nous chuchoter ses péripéties à l’oreille au moment où on tournera la dernière page. Mathieu Hidalf s’entoure de sa famille, de ses amis, et même de ses ennemis pour mener la bataille, cette immense et dernière bataille où il devra se rappeler qu’on ne fait pas tout en trichant, mais surtout pas toujours tout seul. En fait, chacun a sa place dans l’histoire, et chacun sait se frotter au monde qui les entoure pour en faire surgir, à chaque fois, des étincelles. Leur profondeur résonne alors avec toute leur évolution. Christophe Mauri a l’art du récit, et offre, dans ce conte magique et de plus en plus sombre, des protagonistes qui ont grandi, déchanté, ou parfois disparus, mais qui font chacun la force du livre à leur manière.

                Et que serait un conte sans un merveilleux décor ? Que serait cette nuée de personnages sans un extraordinaire univers où évoluer ? Alors que le premier tome nous présentait un vaste et fascinant royaume, le reste de la saga nous emmène de plus en plus profondément dans les méandres de l’Elite, la fameuse école dont rêvent tous les garçons (et quelques filles …), dont rêve, depuis toujours, Mathieu. Intensément ancrée dans ce lieu regorgeant de mystères, de surprises et de magie, l’intrigue y gagne en noirceur, en originalité, en alchimie et en étendue. Car alors il n’est plus question d’un seul destin, celui de Mathieu, il est question d’une multitude de destinées : un peuple, des élèves, une école dans son entier. Et celles-ci ne dépendent plus que de ce jeune garçon, qui, au moment d’être brave, comprendra qu’un héros, c’est aussi celui qui reconnaît ne pas être le plus fort, et attendra de l’être. Et l’intrigue y gagne aussi et surtout une Histoire. L’Histoire de l’Elite, solidement tissée par le temps, pourtant sur le point d’être cruellement déchirée … à jamais. Et tout le monde sait qu’on déteste voir une histoire se terminer … surtout une si belle et palpitante Histoire, qui offre à la saga, par sa richesse et sa complexité, une impression d’éternité. Mieux encore : une réalité.

                Ainsi, Christophe Mauri propose au lecteur d’une part le moyen de s’évader avec panache, le moyen de découvrir un univers riche, profond, et magique, où l’on peut croiser un chat en bottes de 7 lieues, une biche qui brille, un arbre doré qui donne sa vie à des humains ou encore un chien à 4 têtes qui n’en aura jamais 5… Par ce récit fort, délicat, et unique, avec cet humour qui délie les pages et cette écriture merveilleuse, l’auteur offre au lecteur un monde à part tout en y plaçant la profondeur et la justesse d’une réflexion qu’il incarne en une métaphore tissée avec soin et délice. On parlait tout à l’heure de celle de l’enfance, que Mathieu incarne avec délicatesse, enfant qui grandit, il connaît une soudaine poussée de croissances suite au sortilège du sommeil qui nous fait soudain penser que c’est l’intrigue en général qui le fait psychologiquement grandir d’un coup : la noirceur d’un monde trop grand pour lui. Mais au final, il tisse aussi une autre réflexion tendre et sincère autour de ce monde enchanté. Il ramène le lecteur le plus âgé à son enfance même, à ses histoires préférés, en créant le plus hilarant et le plus farfelu des contes, et c’est peut-être pour ça que cette saga de fantasy s’affirme comme sans âge. Il montre ainsi à chacun comment l’enfance est formatrice, et comment l’imagination en est la suite, qu’on a peut-être parfois intérêt à faire l’enfant parmi les situations les plus drôles comme les pires. Christophe Mauri écrit le conte d’un enfant qui voulait grandir et qui soudainement devenu grand n’est plus sûr de le vouloir. C’est peut-être ça, le paradoxe qui nous touche : on a beau vouloir être grand, parfois, on redeviendrait bien enfant. Christophe Mauri, lui, semble être entre les deux, et pour ça on l’admire.

                Au terme de cette aventure, après 5 tomes, 1856 pages, des centaines de milliers de mots ; après la rencontre, l’évolution, la mort de dizaines de personnages ; après la découverte, la destruction ou le changement de multiples lieux ; après la naissance d’une incroyable alchimie entre nous et l’univers fascinant de cette saga, il faudrait dire adieu, alors qu’on voudrait dire au revoir. Aussi préfèrerons-nous un autre mot, bien plus grand, bien plus touchant, bien plus réjouissant que celui qui signe la fin de Mathieu Hidalf, et la fin de cette fabuleuse aventure littéraire, phénoménale, humaine. Aussi préfèrerons-nous dire : merci.

Merci de nous avoir offert 5 romans de plus en plus passionnants, chacun dépassant le précédent par sa richesse, de plus en plus profonds, touchants et puissants. Merci d’avoir fait vibrer nos cœurs de lecteurs. Merci Christophe de nous rappeler combien il est bon de rêver, d’être un héros, de vivre d’extraordinaires aventures, combien il est bon de lire, de grandir, malgré tout, d’espérer. Merci, enfin, de nous rappeler combien il est bon d’être un enfant, et que nous en serons toujours un.

Un brin de folie, un peu de fantasy



                En commençant Terre-Dragon, je me suis rendu compte que j’ai en fait lu, dans ma courte mais riche – il me semble – vie de lecteur, très peu de fantasy. Aussi débuté-je cette chronique à tâtons, en vous annonçant tout de suite que mon avis reste très subjectif et un peu hésitant. Je ne peux pas véritablement juger l’originalité des romans, puisque je n’en lis que peu du même genre.
                Toutefois, j’ai décidé de présenter dans cette chronique deux romans. L’un ancien (il a quand même 11 ans !) et classique dans le genre, l’autre très récent puisqu’il fait partie de la rentrée littéraire jeunesse de Gallimard ! De plus, leurs auteurs ont une histoire étroitement liée. Il s’agit en effet de Pierre Bottero (décédé en 2009) et Erik L’Homme, qui a terminé seul la saga qu’ils avaient tous deux commencée : A comme association.


                La quête d’Ewilan, tome 1 : D’un monde à l’autre ; Rageot, 2003.
                J’entends déjà derrière l’écran de mon ordi les hurlements hystériques de vous autres, fans de Pierre Bottero et d’Ewilan ! Je comprends votre engouement, bien que je ne sois pas encore capable de qualifier ce début de saga de coup de cœur …
                Je ne pourrais pourtant pas nier que Pierre Bottero a réussi à me séduire ! Il commence innocemment par écrire un roman fantastique, et non de fantasy, jusqu’à ce que Camille bascule dans un autre monde, jusqu’à ce qu’elle découvre que toute son existence, jusque-là, n’a été qu’un mensonge.
                J’admire le talent de Pierre Bottero à créer de toutes pièces (bien que, évidemment, il n’aille pas aussi loin que le fit Tolkien) un autre monde et à l’introduire doucement. Nous le découvrons petit à petit en même temps que Camille et toutes ces informations ne sont pas, à un seul moment, indigestes. Bien au contraire, elles sont fascinantes, séduisantes, exaltantes. Un nouveau monde, regorgeant de beautés, s’ouvre à nous.
                J’admire le talent de Pierre Bottero à créer, avec subtilité et profondeur, des personnages attachants, se caractérisant chacun par sa force d’être : leur vivacité, leur singularité, leurs touchantes aspérités. D’un monde à l’autre, ces protagonistes plus ou moins humains brillent chacun d’une flamme – parfois hostile – qui les habite, les anime et nous touche.
                Je suis conscient que tout le reste de l’œuvre de cet auteur recèle encore beaucoup d’émotion et de poésie. Ce premier opus nous propose de passer d’un monde à l’autre … et c’est en écrivant cette chronique que je me rends compte combien il a éveillé ma curiosité. Combien, finalement, j’ai hâte de lire la suite !

                Terre-Dragon tome 1 : Le souffle des pierres d’Erik L’Homme ; Gallimard jeunesse, 28 Août 2014
                Si j’ai fait, au début de ma lecture, le constat que j’ai énoncé au début de ma chronique, c’est bien parce que j’ai été déconcerté. Déconcerté d’abord par la vitesse à laquelle l’intrigue s’envole. Dès le premier chapitre, l’auteur nous lance dans l’action et dans la fuite du personnage de Sheylis. Déconcerté ensuite par ce monde qui me semblait assez peu original : une carte inédite certes, mais une sorcière mal vue du reste du village, des créatures répugnantes et hostiles … Je n’accrochais pas réellement à l’histoire et aux personnages.
                Mais grâce au rythme effréné du roman, grâce aux chapitres courts et l’écriture incisive d’Erik L’Homme qui ne perd pas un mot pour faire avancer son intrigue, je me suis finalement laissé peu à peu entraîner dans ces aventures qui passent d’un personnage à l’autre avec fluidité, nous offrant, par une narration externe, de multiples points de vue qui enrichissent l’intrigue.
                Alors j’ai saisi le souffle du roman qui s’inscrit dans la tradition des plus grandes histoires de fantasy. Il y a un paysage et des sonorités nordiques fascinantes, des clans, des tribus, des langues, une magie ancestrale, des conflits, des tensions, une Histoire particulière … et dans ce schéma assez classique, Erik L’Homme trouve sa liberté d’écrivain et de conteur. Il invente un fleuve dont le liquide se situe entre métal et eau. Il invente une façon de pratiquer la magie ouvrant sur des centaines de possibilités, fascinant le lecteur. Il invente des créatures, des obstacles, des quêtes, des destins, des Dieux …
                En un mot, Erik L’Homme nous rappelle l’essence même de la fantasy : le rêve, l’imaginaire, une évasion rocambolesque et captivante loin de notre monde dont nous voulons nous échapper, l’espace de quelques pages, l’espace de quelques mots. Plus le temps passe depuis la fin de ma lecture, plus je suis convaincu et enthousiasmé par ce début de trilogie finalement prometteur … heureusement, la suite paraît en février et la fin en septembre 2015 !

                Pour les adeptes de fantasy, je suis donc sûr que le nouveau roman d’Erik L’Homme saura vous séduire …
                Pour les autres qui, comme moi, tâtonnent dans ce domaine, n’hésitent pas à le découvrir en vous délectant des plus grands romans de fantasy jeunesse : ceux de Pierre Bottero !

Le pays des contes




Je ne vous avais pas parlé du premier tome du Pays des contes, une série qui compte déjà trois opus (j’ignore si ce seront les seuls), dont deux parus en France
. Elle a été écrite par l’acteur de Glee et déjà auteur et réalisateur (Struck) : Chris Colfer ! Ce jeune homme s’illustre déjà dans plusieurs domaines … mais comme on dit : la quantité ne fait pas la qualité. Son talent littéraire est-il donc à la hauteur de cette multiplicité d’activités, de sa renommée notamment due à Glee et de ce grand sourire qu’il semble afficher continuellement ?

Le premier tome m’avait réellement enchanté ! J’avais avalé les quelques 400 pages avec plaisir, me laissant entraîner dans les aventures palpitantes, légères et divertissantes de ces deux jeunes adolescents qui souhaitent quitter le pays des contes pour rejoindre leur propre monde …

Vous l’aurez compris, Chris Colfer imagine dans ces romans que les contes sont en fait réels, et que ce sont des histoires qui ont été transmises d’un monde à l’autre par la Bonne Fée (oui, la marraine de Cendrillon).
L’idée, assez peu inédite au final, fait rêver et Chris Colfer se l’approprie avec sa touche personnelle : deux personnages adolescents en passe de devenir adultes et une bonne dose d’humour !

Tous les éléments réunis pour faire un bon conte

Ce jeune a(c/u)teur [rayez la mention inutile] va plus loin que raconter une histoire qui traite, réinvente et se déroule dans le pays des contes ; il raconte une histoire qui a tout d’un conte comme on les aime, et comme on nous les lisait ou racontait enfant …
Le pays des contes est une aventure avant tout ! Dans les deux tomes, les deux adolescents font une quête : ils sont à la recherche d’objets et doivent s’armer de leur courage, leur intelligence et de biens pouvant leur être utiles pour les retrouver et combattre les obstacles qui se dressent sur leur chemin. Aussi rencontrent-ils des ennemis, tout comme des adjuvants –dirait-on lourdement en cours de français. L’occasion pour l’auteur de nous faire (re)découvrir les plus grands personnages des contes ! Les méchants : la méchante belle-mère de Cendrillon, la sorcière des mères, l’enchanteresse qui a endormi la Belle au bois dormant et son royaume, le nain Rumpeltiltskin … et les gentils : Blanche-neige, Cendrillon, la Belle au bois dormant, les princes, la petite sirène, le petit chaperon rouge, Boucle d’or, Jack … une myriade de personnages qu’on prend plaisir à rencontrer par le biais d’Alex et Conner.
Ceux-ci justement sont l’incarnation même des héros de contes. Chris Colfer nous offre deux personnages proches l’un de l’autre et auxquels on s’attache avec une facilité étonnante. Il y a Conner, le cancre casse-cou faisant pourtant preuve de bonne volonté et surtout de beaucoup d’humour et de sincérité. Et il y a Alex, la jeune élève modèle assidue, intelligente, timide et sensible. Tous deux nous montreront d’un tome à l’autre qu’il faut se battre pour ce(ux) qu’on aime et pour ce qui est bien ; quitte à y sacrifier ce qui nous est cher, quitte à devoir tout risquer.
Enfin, les deux romans sont riches en rebondissements, surprenants, rocambolesques et un véritable émerveillement par tous ce que les personnages traversent et découvrent.

Chris Colfer n’est cependant pas un écrivain.

Pourtant, cela se ressent –notamment dans le second tome : Chris Colfer n’a pas (encore) la plume d’un écrivain.
Ses deux héros d’abord, vous vous serez peut-être déjà fait la remarque, restent très cliché. Bien qu’ils soient très attachants, bien que leur parcours et leur évolution m’aient touché et qu’ils soient soigneusement développés, ils restent peu originaux, voire prévisibles. En revanche, j’ai beaucoup apprécié la façon dont ils changent et grandissent dans le second tome. Conner fait preuve d’un optimisme qui lui correspond et porte les personnages et l’histoire dans un souffle d’espoir ; alors qu’Alex s’affirme et devient plus courageuse d’aventure en aventure.
De plus, tous les autres personnages que j’ai déjà eu l’occasion de citer sont peu souvent originaux. Les princesses restent égales à l’image qu’on en a : éplorées, elles attendent que leurs maris –des princes qui ne font que s’agiter et de se mettre en colère- fassent quelque chose pour les sauver. Les méchants sont toujours des gentils qui ont souffert et qu’il faut pardonner. La leçon est peut-être bonne à prendre pour les jeunes lecteurs et pas nécessairement fausse, mais c’est lourd, répétitif et peu subtil. C’est surtout peu nuancé : tout est noir ou blanc, bien ou mal, on passe de l’un à l’autre mais aucun personnage ne semble être les deux. La seule qui pourrait convenir à cette description-là, la seule qui a su véritablement m’intéresser est la reine Petit chaperon rouge. Elle est détestable par son idiotie et sa superficialité, mais elle essaye pourtant de faire de son mieux ; et sa maladresse, sa bonne volonté et ses hésitations sont touchantes. Dans l’ensemble, les contes que Chris Colfer réinvente vraiment sont ceux de Jack et le haricot magique, Boucle d’or, le petit chaperon rouge. Sinon, il leur reste très fidèle … et j’aurais vraiment aimé que toutes ces réécritures aillent plus loin d’une part en inventivité, d’autre part en profondeur.
En outre le style de Chris Colfer reste assez plat. Il est très descriptif, nous offrant visuellement des personnages hauts en couleurs, des paysages très beaux et précis, des scènes d’action cinématographiques et foisonnantes … mais c’est plus oral que littéraire. Sans vouloir une multitude de figures de style assommantes, j’aurais aimé parfois plus de nuanves, suggérer plutôt qu’expliquer, l’implicite plutôt que l’explicite, la subtilité plutôt que l’incessante énonciation.
Enfin, c’est sans doute pourquoi j’ai été déçu par le second tome. Celui-ci est répétitif : les jumeaux partent encore à la recherche d’une suite d’objets … or cette quête ne commence qu’à la moitié du roman. Chris Colfer met d’abord en place l’intrigue du roman, le contexte obscur et hostile dans lequel se trouve le pays des contes. Il lui faut 200 pages plus ou moins captivantes pour cela. Il aurait fallu couper un peu de suspense –pas tellement intriguant- autour des évènements se déroulant dans le pays des contes, raccourcir les recherches des jumeaux pour rejoindre l’autre monde. D’ailleurs, les révélations ou les moments où les personnages comprennent un mystère qui prend soudain sens sont souvent relativement lourds : il y a explication plutôt qu’apport progressif dans l’action de ces informations cruciales.

Malgré tout, Chris Colfer est un véritable conteur d’histoires !

Le second tome est un peu long au départ, répétitif ; les personnages sont parfois trop peu originaux, l’auteur arrive quand même à nous passionner et nous entraîner dans ces aventures rocambolesques ! Comme je le disais, son style est très oral … aussi arrive-t-il la plupart du temps à bien gérer le rythme de ses romans, intercalant action et moments plus doux, bien que le schéma reste trop répétitif, lui aussi.
Une fois bien entré dans l’histoire, on ne lâche plus des yeux les mots de Chris Colfer, tant on est captivé par la quête des jumeaux … sa meilleure arme ? L’humour ! Le pays des contes est une série palpitante, brillant d’une légèreté et d’une allégresse qui font beaucoup de bien. Même dans les moments les plus sombres, Chris Colfer fait éclater l’espoir. C’est un souffle délicieux qui porte les personnages.
De plus, ce jeune auteur réussit à coup sûr ses fins ! Alors que celle du tome 1 était riche en rebondissements et en révélation bouleversant la vie des deux héros, celle du tome 2 est puissante, terriblement émouvante, déchirante mais réussie et donne un sens à de nombreux éléments jusque-là anodins.

Chris Colfer est un jeune auteur prometteur, qui sait faire rire et captiver son lecteur dans de captivantes et palpitantes aventures … il a pourtant encore du chemin à parcourir au niveau de son style, encore trop oral et descriptif et au niveau de la profondeur de ses personnages et de son intrigue.