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"Les histoires nous inventent."



Au commencement de cette histoire, il n’y a pas de « Il était une fois ». Il n’y a pas de paisible début laissant présager un « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Au commencement de cette histoire, il y a une fée déchue, un passager de l’orage, un sortilège, un monde hostile, une tristesse sans étoiles, un inconnu solitaire. Les mots de Timothée de Fombelle sont vêtus de nuit, d’inquiétude et d’angoisse. Mais une étincelle s’allume dans l’obscurité de ces premières pages, et si son auteur dessine l’aventure sans attendre une seule page, si on ne peut résumer ce chef-d’œuvre à aucun genre, aucune case, aucun récit puisque c’est la vie foisonnante de l’imaginaire qui donne vie au Livre de Perle, je me donne le droit sur la pointe des pieds de lui offrir l’étoile des contes.
Et il était une fois une fée déchue, un passager de l’orage, un sortilège, un monde hostile, une tristesse sans étoiles, un inconnu solitaire. Il était une fois un enchantement. Cet enchantement n’était pas nommé à l’aube de l’histoire, il n’était qu’invisible espoir derrière les lignes du Livre. Mais on le sentait palpiter au cœur de ce début. Un enchantement d’encre et de papier, de mots et de passion. Un enchantement auquel on croit et dans lequel on espère, au plus tôt d’une envoûtante aventure, parce qu’il y a un conteur. Et ce conteur donne vie.
Il était une fois une histoire qui commence loin de tous les royaumes. Cette histoire trace des chemins. Les chemins du retour.

Je désire surtout vous avouer, au creux du murmure de mes mots qui content maladroitement un chef d’œuvre en papier, que ces chemins, bien qu’escarpés, tortueux, dangereux et obscurs, sont d’une superbe facilité à emprunter. Il vous suffit simplement de fermer doucement la porte du réel. Il se pourrait même qu’elle se ferme toute seule, avec délicatesse, sans même claquer, pour ne pas vous effrayer. Alors tout disparaît. Il ne reste plus que l’histoire et le Livre qui valsent sous vos yeux. L’enchantement d’encre et de papier c’est celui-là. La douceur infinie des mots de Timothée de Fombelle. Cette douceur qui lui est propre et unique que l’on retrouve avec une profonde et vibrante émotion. Cette douceur sincère et palpitante, dont le cœur est d’amour et la peau d’énergie, sème consciencieusement la vérité par des phrases ramassées sur des chemins de forêt, les chemins du retour, le retour chez soi. Ces chemins qui traversent le monde de Paris à l’ailleurs, d’un magasin de Guimauve aux champs de bataille ; ces chemins qui traversent les royaumes, un palais sur un lac, un monde fascinant.

Je souhaite aussi vous confier, en déployant une chevelure de mots comme Timothée de Fombelle déploie une chevelure de chemins, que ceux-ci sont longs et complexes, inextricables, inexplicables. Trois intrigues, trois temps, trois histoires s’entremêlent et se nouent. Il était une fois le passager de l’orage. Il était une fois une tristesse mouillée et sanglante. « Il était une fois un royaume sur lequel régnait un roi amoureux. » Et ces trois chemins là, comme leur auteur l’aime tant, sont saisis avec sa finesse de couturier et assemblés d’un fil de magie, piqué dans une aiguille de suspense, pour créer un tissu envoûtant. On a un peu de mal à en saisir les bords, on ne distingue pas les coutures, et petit à petit, alors qu’on emprunte les chemins, on saisit peu à peu l’ensemble, on prend du recul, et on ne cherche plus à voir la complexité du travail, mais l’incroyable résultat obtenu par son talent de conteur. Le roman est moins virevoltant que les précédents, mais il plane avec tendresse dans mon cœur de lecteur. Le roman préfère une brise aux tourbillons, mais il cela ne l’empêche de voler avec force et splendeur. Chacun de ces Il était fois se goûte avec émerveillement, émotion et passion. Tous sont les ingrédients d’une riche cuisine, qui sait coudre les saveurs connues à de larges pans d’étonnement.

Et du bout des doigts comme le fil déroulé d’un rouet, je ne peux vous cacher que j’ai été déstabilisé. Oui, le passager de l’orage est un prince sans royaume à la vie suspendue, en quête non plus de ses origines mais d’un retour, poursuivi, se cachant, fuyant et cherchant. Oui, la petite fée déchue du royaume au roi amoureux a la fougue d’Ethel et les yeux d’Elisha, séduisantes et touchantes dans leur impétuosité et leur passion. Ce conte d’autrefois et d’aujourd’hui rappelle le second tome de Vango et l’histoire de ses origines. La branche fantastique semble avoir poussé d’une graine venue tout droit de Tobie. Mais qui est ce jeune garçon souillé de sang ? D’où vient cette tristesse qui donne à la mélodie du Livre de Perle une tonalité mineure, une richesse de nuances ? J'ai lu la première partie et j’ai repris mon souffle. J’ai respiré la magie de ses mots qui me pénétraient et s'estompaient mystérieusement. Et à mesure que le temps courait, les liens se resserraient, la magie s’amplifiait, l’alchimie opérait, le charme était là, tangible, sensible, indestructible. Je ne pouvais pas oublier les pages que j’avais tournées et tournées et tournées sans vraiment m’en rendre compte. Je regardais la porte du réel qui restait close alors que je lisais. Je reconnaissais sur mes doigts des bribes de magie égarées par les mots de Timothée de Fombelle. J’ai senti dans mon cœur le sauvage amour d’Oliå, perçu dans mes os la tristesse et la douleur, touché au fond de moi l’orage de Joshua Perle.
Alors je suis reparti à l’aventure et c’était aussi simple que ça.

Les plus grands livres sont ceux qui font grandir, écrivais-je l’autre jour dans une chronique. Ai-je envie de réécrire aujourd’hui pour Timothée de Fombelle.
Les plus grands auteurs sont, assurément, ceux qui savent surprendre sans jamais égarer.

J’ai retrouvé le chemin. Je me suis mis à y courir avec exaltation, sans pour autant arrêter de savourer chacun de mes pas. Je suis parti à l’aventure moi aussi, dans les royaumes, dans la France d’autrefois, dans celle d’aujourd’hui, dans le cœur d’Oliå et d’Iliån, dans les pas de Joshua Perle, dans la quête obstinée de ce personnage inconnu mystérieux et pourtant familier. J’ai laissé le vent de leurs souffles me porter, l’immensité de leurs yeux me ravir, les battements de leurs cœurs me guider, les étoiles de leur main m’accueillir.
Je ne saurais réellement décrire tout ce que ces quelques 300 pages m’ont fait ressentir. L’intense bonheur des retrouvailles. L’enivrement de la surprise. Le parfum de l’aventure. L’ardeur de l’amour. L’inquiétante douceur de la tristesse. La tendresse. La joie. La peur. L’errance. La passion. L’angoisse. L’espoir.

« Les histoires nous inventent ». Voilà tout ce que je veux chuchoter, pour finir, au feu de nos partages, en écho au Livre de Perle.
Parce qu’en le parant d’une dimension autobiographique profonde et touchante, Timothée de Fombelle peint une œuvre fascinante où l’imaginaire et le réel ne connaissent plus de frontière.
Parce qu’au commencement de quelques-uns de mes chemins, il y a Timothée de Fombelle. Tobie, Vango, Victoria, Céleste m’ont inventé, réinventé, et ont participé à celui que je suis. Chacun de ses romans a participé à me créer en tant que lecteur, blogueur, écrivain en herbe, mais aussi en tant qu’humain. Chacun de ses romans a participé à me grandir.
Avec Le livre de Perle, il continue d’user de son époustouflante magie. Comme Tant que nous sommes vivants l’a fait, comme Timothée de Fombelle l’a fait et le fera toujours, cette lecture a changé quelque chose en moi. Même de manière infime, même si le papillon de ce changement a le temps de battre des ailes avant que l’ouragan de ses conséquences n’aie vraiment un impact, sur mes lectures, ma perception du monde, mes écrits, ou moi-même.
Nul doute que ce roman est une passerelle dans l’œuvre de Timothée de Fombelle. Une passerelle entre la jeunesse et l’adulte, entre les contes et le roman, entre son imaginaire et l’humain qu’il est. Et nul doute non plus que c’est un passage. Un petit tunnel savamment et patiemment construit en trois ans d’attente qui se voient couronnés d’une récompense inestimable. Sur quoi va déboucher ce passage ? Où mènera ce tunnel ? C’est encore sombre, encore incertain, mais ce sera nouveau, ce sera, il me semble, un tournant, même moindre, de l’œuvre de Timothée de Fombelle. Ce sera grand. Ce sera superbe.

« Les histoires nous inventent »
Avec Le livre de Perle, Timothée de Fombelle enchante le lecteur grâce à un véritable chef-d’œuvre de la littérature jeunesse où le merveilleux, l’universalité et la profondeur des contes transcendent la réalité qui, dans l’envoûtant infini de l’imaginaire de l’auteur, revêt l’émotion, éclaire l’humain et donne vie aux royaumes de nos ailleurs qui ne semblaient qu’horizons.
Combien de royaumes nous ignorent, écrivait Blaise Pascal. Combien de royaumes cherchent la vie dans nos histoires, répond Timothée de Fombelle.
Alors lisez, contez, croyez.

Et même si je le relirai, bientôt, pour allumer à nouveau le flambeau des cœurs de ses héros ; je les vois qui quittent maintenant le chemin qui serpentait de page en page. Ils ne seront bientôt plus là.

Alors je m’arrête un moment, juste avant de finir.

Et dans un rire entre mes larmes, je leur dis au revoir.

La bande-annonce réalisée par Timothée:

Et toute ressemblance avec l’œuvre de Timothée n'est pas purement fortuite. Loin de moi l'idée de plagier, il ne s'agit que d'un clin d’œil, des hommages mêmes. N'en soyez pas offusqué ... et sachez les retrouvez ! ♥

Du sujet délicat qu'est l'homosexualité - ♥


L’homosexualité. Un sujet dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler. Lors d’un coup de cœur pour le pétillant, pour le touchant Will & Will, il y a 3 ans. Lors d’une sélection spéciale à l’ombre du grand arbre. Et aujourd’hui, c’est de deux romans dont je vais vous parler … et d’une association.

On nous a en effet demandé, à nous lecteurs de la collection R, de partager avec nos chroniques l’existence de cette association. Ceci n’est pas un article de pub. C’est juste une chronique pour vous donner envie de lire deux coups de cœur. Une chronique pour faire réagir aussi peut-être. Parce que peut-être que parler sur ce blog de cette association ne servira à rien. Peut-être que cela n’aura aucune véritable incidence sur qui ou quoi que ce soit. Mais c’est déjà vous dire : cette association existe. Mais aussi parce qu’en parler est le premier pas vers l’évolution.
Une chronique engagée ? Peut-être.
Une chronique de lecteur touché en plein cœur ? Assurément.




Un "Refuge" pour les jeunes victimes d'homophobie
Fondée en 2003 par Nicolas Noguier, l'association Le Refuge accueille des garçons et des filles de 18 à 25 ans exclus du domicile familial du fait de leur homosexualité ou de leur transexualité. L'association, qui dépend pour moitié des dons et pour l'autre de subventions, dispose d'appartements-relais et de places d'hôtel en Ile-de-France, à Marseille, à Lyon et à Montpellier. L'antenne de Paris, ouverte en 2008, héberge ainsi vingt-et-un jeunes "de 20 ans en moyenne" pour une période de six mois, le temps d'essayer de trouver un travail et un logement.
Le Refuge propose également un accompagnement social et psychologique, ainsi qu'une ligne d'urgence : 06 31 59 69 50.

C’est d’ailleurs là que réside le sujet du nouveau roman de Cat Clarke. L’histoire est narrée par Jem. Jem est dans une situation très délicate. Elle est amoureuse de Kai, son meilleur ami. Et celui-ci est gay. Seulement à une soirée, il est filmé en train d’avoir un rapport sexuel avec un garçon … cette vidéo, envoyée par mail aux élèves de son lycée, le pousse au suicide. Il laisse 12 lettres à Jem. Une par mois pour un an. 12 lettres qui vont lui donner le désir … de prendre sa revanche.

Dès les premiers mots, j’ai senti que ceux-ci étaient partis pour me remuer… me secouer intégralement, me posséder totalement.
Dès le prologue, ce prologue tranchant et percutant, on est pris d’assaut par le personnage de Jemima, sa tourmente, son histoire bouleversante.
Oui, Revanche est l’un de ces romans qui vous prend à la gorge sans attendre une seconde.
"Une enveloppe fermée promet toujours tant de choses ... C'est comme si elle pouvait tout contenir...vraiment tout."
Parce que ce prologue, revenons-y, est révélateur.
Révélateur d’abord du style de l’auteur. Elle ne ménage pas son lecteur, elle ne le prend pas pour un idiot. Ses mots sont forts, des coups de poing dans l’estomac. Des uppercuts. Vulgaire diront certains. Fort, dirais-je. Sans crainte et sans à priori. Sans se poser de question. Naturel, et porteur … porteur de rage.
Révélateur ensuite de son personnage. Jem, comme Grace dans Confusion, et sans doute même Alice dans Cruelles, est un personnage au ton sec, cassant. Un personnage avec peu d’amis. Un seul en fait. Un personnage en marge, en colère, dévasté, perdu.
Révélateur enfin de l’histoire. De l’intrigue qui début à peine. Un aperçu de ce qu’il va se passer. Un judas sur qui ne dévoile qu’une infime partie de cet ouragan qui va suivre.

 



Donc vous l’aurez compris, Jordan avait raison. Ce roman est dévastateur.
Il l’a véritablement atteint au plus profond de moi-même jusqu’à m’ébranler, jusqu’à me mettre dans tous mes états. Je suis souvent touché par le sujet de l’homosexualité. Et Cat  Clarke le traite avec beaucoup de justesse. Avec beaucoup d’émotion. Le personnage de Kai est hyper attachant. C’est un personnage haut en couleurs, drôle, un personnage qu’on aimerait ne pas voir mourir, qu’on aimerait serrer dans nos bras à notre tour. Un personnage en lequel j’ai vu en ami comme une partie de moi. Il est un peu extravagant mais, il me semble, pas exagérément, juste comme il faut, même si encore une fois oui, le personnage gay d’un roman est doté de cette personnalité extravertie… C’est tellement douloureux de le voir souffrir. De le voir plonger dans une dépression jusqu’au suicide, même si cela ne représente qu’une petite partie du roman. C’est tellement douloureux de voir un jeune homme comme ça humilié, rejeté, blessé. Comment cela est-ce possible ? Comme peut-on infliger cela à quelqu’un ? Comment peut-on infliger cela à quelqu’un pour ce qu’il est ? Pour sa différence. Parce qu’il veut juste aimer. Aimer. Cela m’a dévasté. Je me rends bien compte que les temps changent et que les choses évoluent mais quand même. On est encore loin d’un idéal où l’homosexualité serait … banale.
« C'est peut-être une bizarrerie de la nature humaine, de ne pas pouvoir s'empêcher de faire du mal aux gens qu'on aime le plus. »
En outre, Revanche n’est pas qu’un livre sur l’homosexualité, l’isolation des jeunes, l’homophobie, le rejet, l’humiliation. Revanche est un livre véritablement engagé sur plusieurs. C’est un roman révélateur du système américain. Un roman cliché ? Américains ou connaisseurs éclairez ma lanterne … Un roman dénonciateur de la cruauté des jeunes oui. Qui, en premier lieu se caractérise par la hiérarchie lycéenne … ce lycée que Jem va comparer à un zoo. Ce lycée qui n’est rien d’autre qu’un microcosme à l’image de la société … ou d’une chaîne de prédateur à proie. En haut les populaires, superficiels, frimeurs, les rois du lycée et leurs copines. En dessous les normaux, qui contemplent des étoiles plein les yeux le rang des populaires. Qui se plient à eux et évitent le moindre faux pas. Faux pas qui mènerait indéniablement au rang des rejetés. Les différents, les exclus, les reniés.
Mais Revanche est aussi un roman puissant sur la colère, le désir de vengeance. Le besoin de vérité. La culpabilité. Un roman sur la jalousie. Un roman sombre oui.
Mais aussi et surtout une des plus belles histoires d’amitié qu’il m’ait été donné de lire.
Jusqu’où ira-t-on pour connaître la vérité ? Où la jalousie peut-elle mener ? Quand s’arrêter ? La vengeance est-elle légitime ? …
Comment réparer ce vide que creuse un décès en nos cœurs?
"Je crois que ce que j'essaie de te dire, c'est que si tu rencontres des gens qui te rendent heureuse - mais vraiment heureuse - accroche-toi à eux. Parce que ça n'arrive pas si souvent."
Cat Clarke, d’un bout à l’autre de ces 500 pages, balade le lecteur. Elle l’ébranle, le renverse, le secoue. Elle lui fait ressentir tout un tas d’émotion qui prennent tout entier. Elle l’accroche, elle le séduit avec des personnages attachants … ou au contraire repoussants. Elle ne cesse de le faire douter. Et c’est là l’un des plus gros points forts du roman. Elle ne cesse de lui faire se poser des questions. Elle ne cesse de lui faire comprendre que les gens ne sont pas toujours comme on le croit. Que les apparences sont souvent trompeuses oui. Que les gens changent aussi peut-être. Ils grandissent.
Et à trop se perdre dans les autres, on ne sait plus qui on est.
Il y a des éléments dont je me suis douté, il y a des moments qui, tout en conservant mon attention, m’ont moins captivé.
Mais ce roman n’en reste pas moins un immense coup de cœur. Une histoire qui m’a ravagé tout simplement. Une histoire qui, une fois terminée, laisse dans un état de choc. Cet état si particulier du lecteur dans lequel il ferme son livre. Murmure un truc tel que « Putain ». Et reste bouche bée.
Vous ne ressortirez pas indemne d’une telle lecture.

"Tu es ma personne préférée au monde. Tu le sais, n'est-ce pas ? Je t'aime plus que la chaîne Histoire... T'imagines ? Plus que mes lunettes de soleil (et je les kiffe grave mes lunettes aviateur). Je t'aime plus que Tim Riggins. Je t'aime plus que toutes ces choses réunies. Ça fait vraiment un super gros tas d'amour. Infini,  en fait. Pardonne-moi de dégouliner de sentiments comme ça."


Ce sujet là, l’isolement, la perte de soi, l’égarement … se retrouve aussi dans Two boys kissing. Mais, ici aussi, dans un ensemble d’autres thèmes. Un ensemble, cependant, parfait.
Car je n’irai pas par quatre chemins : cette lecture VO du dernier roman de David Levithan m’a beaucoup étonné … et immensément charmé. Et ce que je retiens d’abord c’est cela, ce tout : ce tout sans impact que forme le roman. Cet ensemble dont l’intrigue se déroule principalement sur 32h et quelques, le temps … d’un baiser.
Craig et Harry sont homosexuels. Ils s’aiment –se sont aimés ?– et ont décidé de battre le record du plus long baiser jamais partagé. Ils ont décidé de se battre pour une cause. Ils ont décidé aussi, de mettre au grand jour l’homosexualité de ce premier.
En 32 heures, tant de choses peuvent changer.
Ryan et Avery peuvent se rencontrer, vivre leur premier rendez-vous … tomber amoureux ?
Peter et Neil peuvent continuer à s’aimer. S’embrasser. Ils peuvent goûter au silence. Ils peuvent surmonter des obstacles.
Cooper enfin peut se perdre. Totalement … 
“Freedom is also about what you will allow yourself to do.”
Two boys kissing est un roman à plusieurs voix. Un roman narré à la troisième personne … et à la première personne du pluriel. Ce sont des voix, une infinité de voix de tous ces hommes qui sont morts du sida. Une infinité de voix douces, marquées par la vie, par la mort, par toutes ces vies, toutes ces morts auxquelles ils assistent. Un parti pris intéressant, surprenant, superbe.
Le style en est d’autant plus beau. Bien que l’ayant lu en anglais, j’en ai perçu la langue, le rythme, les sonorités, le son, le bruit, la mélodie. La mélodie oui. Une mélodie, une berceuse, une beauté tout simplement.

Derrière cette construction magistrale, derrière ce style enchanteur, derrière tous ces personnages touchants, auxquels on s’attache, en lesquels on se retrouve, pour lesquels on rit, tremble, pleure, hait. Pour lesquels on aime. Derrière cette intrigue qui porter le roman, et toutes celles qui viennent s’y greffer, changeant des vies en à peine 32 heures. Derrière tout cela il y a une profondeur qu’on effleure. Une profondeur remarquable.
Que représente un baiser ? Deux corps soudés ? Deux corps fusionnant ? Deux âmes entrant en contact ? Deux âmes s’unissant ?
Peut-on tomber amoureux si vite ? Le coup de foudre existe-t-il ?
A quoi reconnaît-on une relation durable, une relation « qui fonctionne » ? Les baisers alors deviennent-ils si importants ? N’y a-t-il alors rien de plus beau que ces silences partagés ?
Comment s’en sortir alors que la seule vie qu’on a est virtuelle ? Comment s’en sortir sans famille, sans amis, sans personne à qui s’accrocher ? A chercher à être un autre, on finit toujours par se perdre.
Et bien sûr, par-dessus toutes ces questions touchant à l’amour, aux relations, à la vie et au passage à l’âge adulte, par-dessus tous ces questionnements, ces incertitudes, ces doutes ; il y a le sujet de l’homosexualité.
Comment aimer alors que les gens vous rejettent pour ce que vous êtes ? Comment aimer alors que votre vie peut à tout moment basculer par la simple force de l’acte d’une personne à votre égard, de sa rage, de sa haine ? Comment accepter ? Comme s’y résoudre ? Comment le vivre ? Comment le dire à ses parents ? Comme leur faire comprendre ? Tant de questions qui se posent et ne trouvent pas toujours réponse. Des questions qui tourmentent et perturbent. 
 “There is sudden. There is the eventual. And in between, there is the living.” 
Two boys kissing est un superbe et court roman sur l’adolescence. Cette période où tout est incertain. L’adolescence est le temps des peut-être. Le temps des choix et le temps de grandir. Un passage difficile, parfois plus pour d’autres, où il est facile de se perdre. Il suffit de quelqu’un, il suffit de force, il suffit peut-être aussi d’amour pour surmonter les obstacles et vivre. Comment on le veut.
Two boys kissing est intense, époustouflant, profond.
Two boys kissing est un texte coup de poing, coup de cœur, coup au cœur. 

“Make more than dust.”