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De 2016 à 2017 : mon retour en 7 coups de ♥

Tant qu'à revenir pour redonner un souffle de vie à ce blog, autant le faire sur un coup de tête. Se lancer tant que j'ai un peu d'élan sans réfléchir, comme commencer un mémoire, comme se mettre en colère, comme on entre dans la mer, comme on tombe amoureux.

Je sais bien que mon absence a été longue et peut-être décevante (j'espère pas trop, quand même...). Mais je vous assure que pour moi aussi. Je n'ai cessé de me dire que je devais reprendre le blog plutôt que de me couler dans ce silence. Bien sûr, ce n'était pas seulement de la paresse et de l'appréhension de devoir me relancer là-dedans. C'était aussi des doutes - en avais-je encore envie/besoin/le temps ? C'était aussi un manque de temps, dû, entre autres, à la façon dont j'ai cherché à développer ma chaîne ces derniers temps. Et quelle réussite, puisque la voilà qui a dépassé les 2000 abonnés (merci, encore. ♥) ! Pourtant, c'était aussi une profonde envie de revenir. Et je m'en rends compte à l'instant, en écrivant ces mots : je retrouve l'indicible plaisir de vous écrire par le biais de ce blog. Et avec ce plaisir renaissent la passion et l'enthousiasme des projets qui se bousculent tout à coup tout en moi. Leur fulgurance m'avait manqué. Leur vivacité revenue me fait plaisir. Alors je crois que je peux le dire, tout penaud, tout désolé, tout ému et tout heureux : me revoilà.

Pour fêter ça et reprendre les choses doucement, je vous propose de revenir sur mon année livresque 2016 et de vous parler des livres qui ont marqué cette année ! Un petit top 7 (parce que 2000 dit 7 !), ça vous dit ? ♥ Mais aujourd'hui, on ne commence qu'avec les trois derniers du top 7, parce que sinon, l'article va être vraiment très long... :)

7. L'incontournable de Nathan

Puis-je vraiment, alors qu'un livre de Timothée de Fombelle est paru cette année, faire un top de mes lectures sans y inclure cet auteur ? La réponse, bien entendu, est non.
Georgia, écrit par mon auteur préféré, illustré par le grand Benjamin Chaud et créé, composé et mis en musique par l'Ensemble Contraste, a marqué la fin de mon année 2016.
Le plus étonnant dans ce livre-disque, c'est de voir combien tout est mis au service de la musique : les illustrations (que, personnellement, j'ai trouvé assez plates et pas aussi vives que le reste du projet, bien que l'univers chaleureux et pétillant de Benjamin Chaud lui corresponde !) et le texte (dont la simple honnêteté et la surprenante tendresse servent avec humilité la mélancolie de l'histoire et des musiques) qui s'efface derrière les voix des chanteurs.
Je me suis totalement laissé transporter par l'album. Je l'ai écouté en boucle pendant des jours. Et chaque mini-concert que j'ai vu, chaque lecture musicale, que ce soit au lancement de l'album en librairie ou au SLPJ de Montreuil m'a réjoui. ♥
L'émotion des chansons et de l'histoire m'ont emporté et j'ai eu un coup de coeur pour l'ensemble de cet univers si chaleureux et plein d'espoir alors même que la plupart des musiques sont teintées de la nostalgie du passé et de l'enfance.
Pour petits et grands cœurs transis de rêves.
Et au fait, j'en ai déjà parlé rapidement sur YouTube ici !

6. Le roman à lire avec un plaid et une tasse de thé

Je vais commencer à croire que cette auteur se spécialise dans l'écriture de romans-doudous parce que c'était déjà le cas pour l'incroyable Quatre sœurs, également signé Malika Ferdjoukh.
Dans Broadway limited, on est au coeur des années 50. On suit l'histoire un peu folle de Jocelyn qui débarque en pleine nuit, à New York, dans la pension Giboulées en croyant, sur un malentendu, pouvoir y être logé. Malheureusement, il s'agit d'une pension uniquement réservée aux jeunes filles et ne saurait tolérer l'arrivée d'un garçon en ses murs. Par chance, et au cours d'une discussion délicieusement surprenante et absurde que je vous laisse découvrir, Jocelyn a dans sa valise une soupe aux asperges... "au goût d'hier et d'éternité". Le voilà donc qui s'installe au sous-sol dans la dépendance de cette pension ô combien féminine.
Jocelyn vient à New York étudier la musicologie, mais il va se retrouver embarqué par le tourbillon de ces jeunes-filles qui ont pour la plupart des rêves de grandeur à Broadway en tant que danseuses ou actrices.
Ce tourbillon a le goût d'amour, de souvenirs, d'étoiles, d'une ville tentaculaire, de la guerre qui gronde encore en Europe bien qu'elle soit terminée, de neige et de froid, de théâtre, d'aventures du quotidien, de beignets, de stars, de comédies musicales, de culture américaine, de mal de pays, d'amis et d'amies, de fêtes et de découvertes, d'études et de musique.
Les personnages sont extrêmement nombreux et entraînent, avec Jocelyn, le lecteur un peu étourdi. Mais dans cet étourdissement scintillent des étoiles, bruissent la chaleur d'une pension et les rires de jeunes filles et tonne la musique ! C'est un délicieux étourdissement que Malika Ferdjoukh nous offre avec, comme toujours, une plume magique bricolée de banal et un univers comme un cocon duquel on voudrait ne jamais plus sortir.
Pour les fans de comédies musicales, les avides de romans d'ambiance et les yeux amoureux.
Celui-ci aussi, j'en ai déjà parlé sur YouTube ici et ici !

5. La bande-dessinée à savourer comme un conte

Cette bande-dessinée me faisait envie depuis longtemps quand une personne qui m'est très chère me l'a offerte en février dernier. Je l'ai commencée innocemment, prêt à savourer un joli moment de détente et j'ai découvert un véritable et authentique bijou.
L'Homme-montagne raconte l'histoire de deux hommes-montagnes : une grande et vieille montagne (le grand-père) et son compagnon de voyage, son petit-fils, une petite et jeune montagne. Un jour, cette première, le grand-père, annonce à l'autre qu'il va s'arrêter, se poser à un endroit agréable, et rester là pour toujours, en tant que montagne. Le plus petit n'est pas d'accord et veut l'aider et l'accompagner pour un dernier voyage. Trop petit pour le porter et soutenir son grand-père pour avancer, le voilà qui part pour un voyage solitaire en quête du vent, celui qui peut soulever les montagnes.
C'est une histoire profondément touchante sur la vieillesse et le fait de grandir, sur le deuil et surtout sur la vie, sur les voyages qu'on accomplit accompagné ou seul, sur des épreuves, des défis, des réussites et des sourires. Elle est portée par un texte fin, sincère et juste. Elle est portée par une narration originale, qui renouvèle avec fraîcheur la construction de la bande-dessinée. Mais surtout par des illustrations magnifiques qui n'ont cessé de m'émerveiller. 
Pour les cœurs qui grandissent et voyagent.
Si vous voulez voir quelques images de la BD et la vidéo dans laquelle j'en ai parlé l'an dernier, c'est par ici !

 
Pour un retour, ça fait un long article mais comprenez qu'après tant d'absence, les mots se sont écoulés du bout de mes doigts comme un torrent et il a même fallu un peu juguler ce flot-là ! :-) On se retrouve très bientôt pour la suite (et la fin) de ce top 7 avec mes 4 livres préférés de 2016 ? ♥

Songe à la douceur | LE roman de la rentrée ♥




J’aurais voulu écrire cette chronique en l’agrémentant de citations bien choisies et en écoutant la playlist proposée par Clémentine Beauvais au début du livre. Malheureusement, je n’ai pas mon exemplaire à portée de main et n’ai aucune idée d’où il est… (il ne semble pas être chez mes parents, il est peut-être à Paris, ou peut-être entre les mains de quelqu’un d’autre, je suis perdu et lui aussi) Je vais donc me contenter de la seule que j’ai (et que j’avais postée sur Instagram). Quant à la musique, j’écoute « J’ai deux amours »  parce qu’il me semblait que ça allait bien avec – mais attention, chanté par Mika à l’AccorHotels Arena en mai dernier, on ne se refait pas, hein.


« Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment,
                Parce qu’ils avaient contrarié leurs sentiments,
il était écrit, me semble-t-il, qu’Eugène et Tatiana se retrouvent dix ans plus tard,
                sous terre,
dans le Meteor, ligne 14 (violet clair), un matin d’hiver. »

C’est ainsi que débute le roman (dont vous pouvez lire le début ici) et c’est ici, me semble-t-il, que tout se joue. Si on tombe amoureux de ces lignes, comme l’écrit si bien Mathilde dont l’avis est présent sur la quatrième de couverture (rien que ça !), si on tombe amoureux de ces quelques premières lignes – ou peut-être devrais-je écrire vers – alors on tombe forcément amoureux de la suite du roman.
Parce que Songe à la douceur, c’est quitte ou double. J’ai entendu de rares avis mitigés. Pour le reste, c’était soit : « je me suis ennuyé d’un bout à l’autre, ça m’est tombé des mains, je n’ai pas aimé » (rassurez-vous, j’en ai peu entendu de ceux-là), soit (ô combien de fois) : « c’est la plus belle histoire que j’ai jamais lue, je suis amoureux, j’adore, c’est brillant ». OK, j’avoue, je ne suis pas original : je suis dans la deuxième catégorie.
Et pourtant, ce n’était pas gagné ! Quand on a entendu autant d’avis différents, on part forcément sceptique, presque effrayé ; mais en même temps, on part aussi, et c’est là que j’ai été gagnant, totalement neutre. OK, d’un côté on m’a dit que c’était nul. De l’autre, on m’a dit que c’était un chef-d’œuvre. À moi d’en juger !


« il était écrit, me semble-t-il, qu’Eugène et Tatiana se retrouvent dix ans plus tard »

Songe à la douceur, c’est une histoire d’amour qui prend racine dans l’adolescence des deux protagonistes, mais ça, on le découvrira plus loin dans le roman, et qui se poursuit dix ans plus tard, alors qu’ils sont de jeunes adultes.


« Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment,

                Parce qu’ils avaient contrarié leurs sentiments »
Et cette histoire d’amour, déjà placé sous l’égide du destin (« il était écrit ») prend dès lors une teinte dramatique d’amours déchues. Ça commence sur une déception amoureuse, une jeunesse passée et des espoirs échoués.
Cette emphase de l’amour qui n’est encore que timide va pourtant se déployer dans les pages suivantes jusqu’à frôler la parodie et flirter avec la passion qui, en fait, anime tout le livre. C’est-à-dire que cette histoire d’amour s’ancre avec force dans le réel mais prend pourtant l’ampleur d’une romance passionnée qu’on a l’impression de ne trouver qu’en littérature. Si dès le début tu acceptes que cette passion sera enflammée, dévorante, passionnée, alors toi aussi tu te laisseras avaler par l’amour qui mange les pages du roman. Tu l’acceptes, tu admires la maîtrise de l’histoire et de la parodie, comme une référence à Jane Austen ou… à la littérature russe et, justement, Songe à la douceur  est une réécriture d’un roman de Pouchkine. Et pourtant, tu as beau accepter cette passion littéraire, tu te laisses prendre au jeu. De littéraire elle devient littérale. Et, toi aussi, tu tombes amoureux, d’Eugène, de Tatiana, de leur histoire, et tu y crois, férocement, tu y crois et te passionne pour leur histoire.

C’est là que réside pour moi la force du roman de Clémentine Beauvais. Dans les extrêmes. En un seul roman, parfois en un seul vers, elle glisse des extrêmes qui se repoussent mais ici s’attirent. Alors qu’Eugène et Tatiana, si différents, ne peuvent se résoudre à se séparer, les extrêmes que Clémentine Beauvais force à s’entrechoquer ne peuvent que se marier.
C’est assurément littéraire, un brin parodique et parfois exagéré, mais tu y crois et tu palpites.
C’est admirablement écrit, presque intellectuel et toujours littéraire, mais elle joue avec les mots et c’est d’une légèreté admirable.
C’est tissé de mots, ce n’est qu’une fiction, et c’est pourtant d’une justesse sans nom.
Ça a un côté passé, un côté Austen et un côté galant, mais les personnages échangent sur MSN, s’envoient des mails, se traquent sur Facebook et discutent par Skype dans un Paris contemporain du nôtre.


« Il adore se dire que le soleil un jour engloutira
Jusqu’à cet amour-là »


Parce que oui, Songe à la douceur est un roman en vers libre. C’est presque nouveau dans le paysage français, c’est original et carrément risqué, mais c’est réussi.
Clémentine Beauvais se joue de tout. De ses personnages et du lecteur oui. Mais avant tout des mots. Elle mélange les genres, passant du vers à la narration au théâtre au dialogue et mixant le tout. Elle use de tant de figures de style qui se glissent là sans même qu’on le voit se faufiler sous nos yeux. Elle joue avec les mots. Elle mélange les styles. Les coutures de son écriture, bien qu’invisibles, semblent sinueuse, complexe et élégamment composée de ramifications dont seule l’auteur a le secret.
Et malgré la difficulté du jeu et l’ambition de la démarche, c’est, comme je l’écrivais, d’une légèreté entraînante. Ce jeu est amusant. Les phrases s’ornementent d’humour. L’auteure s’immisce dans l’histoire et la narration, parlant tant avec ses personnages qu’avec le lecteur. Le tout n’est jamais trop complexe, dense et plombant. Juste efficace, entraînant et jouissif.
Ce roman a cela de l’Oulipo : l’ambition et l’amusement. Et comme l’Oulipo, l’amusante danse des mots orchestrée par l’auteure prend d’abord le dessus sur l’émotion. Et soudain, au détour d’une phrase, il y a une déchirure. Inexorablement, vous tombez dedans, sous les mots. Et vous êtes bouleversé.

Un tel jeu sur le style et l’écriture ne pourrait donner que superficialité. Et pourtant. Je l’ai écrit plus haut, Songe à la douceur est d’une justesse étonnante. C’est cette justesse mais aussi l’universalité de ces thèmes (l’amour, la passion, grandir, changer) qui en feront le succès auprès de tous les lecteurs - adolescents, jeunes adultes et adultes. Il y a une précision dans les descriptions, une précision si pointue qu’on verrait presque la vie palpiter dans les veines des personnages. Et cela en quelques mots ! En quelques vers si bien écrits que mes yeux ont brillé d’admiration devant la maîtrise du style de Clémentine Beauvais et l’évolution que semble connaître son écriture de roman en roman. Cette précision, bien évidemment, se poursuit dans les émotions des personnages. C’est plus ténu, plus subtil, et pas nécessairement décrit. Mais que ce soit dit ou glissé entre les lignes, c’est là : les personnages ressentent et ça, c’est ce qui te frappe en plein cœur quand tu lis le roman.

Clémentine Beauvais joue avec les mots, mais c’est avec passion, elle se moque de ses personnages, mais c’est avec tendresse, elle se joue du lecteur, mais c’est avec respect, elle raconte une histoire d’amour qui consume deux êtres, et c’est avec justesse.
Je m’en suis pris plein la vue et le cœur en lisant Songe à la douceur. C’est pourquoi j’ose l’écrire comme d’autres l’ont écrit, avec la plus profonde sincérité : je n’avais pas eu, depuis longtemps, un coup de cœur aussi grand et honnête pour un livre.
C’est un roman dont la richesse littéraire et émotionnelle m’ont tant bousculé qu’il est très difficile d’en parler ici en étant bref (hum, hum) et clair (je pars, je crois, un peu dans tous les sens).
C’est comme si Clémentine Beauvais s’était dit : « Dans ce roman, je vais tout mettre, tout » et qu’elle avait réussi.
C’est tellement puissant qu’elle ne pouvait terminer son histoire que comme elle l’a fait : avec passion, avec tendresse et en laissant une porte ouverte. Comme ça, le lecteur peut s’y glisser, et y mettre ce qu’il veut. Y poser la seule chose qui manque à l’histoire pour qu’elle soit parfaite : un petit fragment de lui.
C’est ce que j’ai fait.
C’est ce que d’autres ont fait.
Et c’est ce que vous ferez si vous le lisez.
Alors l’œuvre vous semblera aussi complète qu’elle doit l’être.
Et vous pourrez refermer le livre heureux mais avec une petite pointe au cœur. Et l’envie de le rouvrir. Et la peur de s’y perdre une nouvelle fois.


« Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes. »
- Baudelaire

D'autres livres de Clémentine Beauvais :
Le dernier en date, c'est génial.
Pour les plus petits : génial aussi.
Le premier que j'ai lu : ♥
L'un des premiers : étouffant et fort !
Un album... en vers !

Douce solitude

La semaine dernière, j'ai failli à l'une de mes résolutions, puisque le blog est resté solitaire, vierge de mes mots et donc des vôtres. Je n'ai pas eu trop de temps : j'ai fini un stage, fêté un évènement, pris du bon temps, justement. Et je n'en ai pas non plus vraiment eu l'envie. Plusieurs jours j'ai failli m'y mettre, me disant allez, je vais écrire sur le blog, ne pas faillir à cette résolution. Mais il y a eu des empêchements, ou des nouvelles, ou des mots qui sont tombés et l'envie n'était pas là. Mes doigts étaient solitaires sur le clavier, un peu déconnectés du coeur et de la tête.
Je n'allais pas à me forcer, ce n'est pas le but de ce blog.
Alors me revoilà, vous voyez, je ne suis pas parti longtemps, j'ai juste vécu un peu seul sans vous pendant quelques jours, comme cela nous arrive tous.

Et si je vous parle solitude et m'apprête à le faire tout le long d'un article, ce n'est pas par tristesse, lourde solitude, lamentations ou mal-être. Non, bien au contraire. C'est juste parce que c'est un thème qui me traverse en ce moment, de différentes façons, et que j'ai envie de lui offrir quelques lettres. Les voici.

La solitude elle s'est fait une petite place dans ma vie ce mois-ci. Parce qu'il y a eu un stage, des cours en suspens, des départs, des au revoir et des kilomètres mis entre des gens. Ça m'a fait un peu bizarre, oui, parce que je n'avais jamais vécu aussi longtemps seul. Mais vous le savez sans doute, la solitude, je ne lui connais pas de meilleure parade que l'occupation. Et moi, vous le savez sans doute, l'occupation, je sais la trouver. J'en parle d'ailleurs dans ma vidéo En ce moment, que vous avez beaucoup aimée. Vous me l'avez beaucoup dit, ça m'a beaucoup touché. J'aime goûter le temps dans l'encre, dans le noir d'une salle, dans les images d'une histoire, dans la musique, dans l'écriture et les tournages, dans votre compagnie ou celle de mes amis, de ma famille, des gens qui m'entourent.

Le noir d'une salle et les images, j'en ai beaucoup profité ce dernier mois. J'ai vu un amour éperdu, une fratrie désespérément accrochée à la vie et au vent, une enquête où tout tombe, des animaux qui rêvent en grand... et une jeune femme solitaire. Vous voyez de qui je parle ? Oui, je pense à Solange te parle. Cette YouTubeuse originale, touchante, intimiste, bizarre, absurde, rigolote, rassurante, qu'on aime... ou pas du tout. Moi, je l'aime, Solange. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que je vous en parle, je crois.

Elle vient de sortir un film. Il est n'est proposé que dans quelques salles françaises, c'est une petite production, une petite diffusion, un film court. Mais j'ai eu la chance de le voir à Bordeaux. J'ai été surpris. Tout en ne l'étant pas. Parce qu'on reconnaît Solange dedans : l'exigeante, l'originale, l'intimiste, l'absurde, la rigolote, la bizarre, la touchante, la rassurante. J'ai été ému et séduit. Mais suis un peu resté sur le bord aussi. Comme la pièce tordue, apaisante, intimidante et doucement jolie d'un appartement. On la regarde, on l'aime, mais on ne sait pas trop comment entrer, ni comment en sortir. Malgré tout, il continue à m'habiter, ce film. Maintenant. Maintenant et depuis que, sur mon vélo, la nuit, sous les étoiles et dans le froid, je l'ai laissé couler en moi juste après l'avoir vu. Juste avant de retourner à ma petite solitude momentanée.

La solitude de Solange et la mienne sont différentes, car la sienne est, le veut-elle, durable et la mienne momentanée et bien moindre. Mais sans doute m'y suis-je entraperçu. Sans doute ai-je pu toucher du doigt ce qu'elle nous dit : être seul fait autant de mal que de bien.

"Il faut sortir. Voir ses amis. Et attendre que ça revienne." dit Fauve dans une de ses chansons. C'est pourquoi j'ai fêté jeudi soir la St-Patrick et que j'ai bu des rires dans la nuit verte. C'est pour ça, aussi, que j'ai été flâner à l'autre bout de Bordeaux dans une bouquinerie hier, avec une amie. J'y ai déniché cet album, ce petit morceau de fraîcheur, de chaleur et de beauté :


"Autrefois, parmi les jonquilles du mois d'avril, on pouvait compter Papi et Pépé. Mais, depuis bien des années, leurs fourrures rose et bleue ne fleurissent plus les prés. Les souvenirs colorés remplissent mes idées, dansent et se cognent dans ma tête. Si bien que, parfois, je ne sais plus m'y retrouver."

Alors, le petit ours invente un jardin "aux couleurs de Papi et Pépé. Un endroit où souffler, respirer et se retrouver". Et je crois que c'est réussi. L'ours nous emmène du bout de la patte visiter ce jardins de souvenirs où fleurissent dans les herbes des bulles du passé. Il dessine des images. Des images qui vibrent sous des dessins à la minutie sans pareil et aux couleurs du passé. Des images qui naissent sous des mots simples et sincères. Des mots simples tissés les uns avec les autres pour former un texte d'une richesse, d'une sensibilité et d'une rareté précieuses. L'alchimie entre les deux est naturelle, elle transperce les yeux et le coeur. Et on a envie de faire de cet album notre petit jardin secret : un endroit où souffler, respirer et se retrouver.
Pour, finalement, faire comme l'ours. Garder au chaud tous nos souvenirs, où comme l'écrivait Solange, la perfection existe, garder au chaud sa solitude si confortable, garder au chaud sa tendresse et son amour. Et prendre le chemin de la vie et des autres.

" La vie et les autres l'attendaient dehors." Timothée de Fombelle, La Bulle (Gallimard jeunesse, 2015)

Alors voilà, alors qu'en partant pour le Salon du livre de Paris, je vais mettre fin à cette solitude momentanée ; je profite de ces derniers instants de calme, avant le retour d'un tourbillon de tout plein de choses. L'appartement est propre. Les fenêtres sont restées ouvertes toute l'après-midi. Le vent et le ciel bleu portent un froid parfum d'été. J'ai un plaid sur les épaules. J'ai mis ma playlist apaisante. J'ai lu des albums et je vous écris. Le soleil commence à descendre sur les toits.

Portez-vous bien.

Ce drôle de petit goût de noisette

Qu'est-ce qui a un drôle de petit goût de noisette ? La vie, assurément. Elle craque sous la dent et vient avec tout ce que j'entends par "craquer". Les petits plaisirs croustillent, le bonheur éclate en rayons de soleil et les douleurs craquent dans le coeur. J'espère qu'en ce moment, votre vie a plutôt tendance à croustiller. Moi elle croustille beaucoup, mais ces derniers temps elle craque aussi.
Mais si vous voulez vraiment en savoir un peu plus sur mes activités et sur ma vie en ce moment, j'en parle aujourd'hui en vidéo.

Si je vous parle de craquer, de noisettes et de vie, c'est parce qu'hier j'ai parlé littérature graphique dans mon Lundi Lecture (qui a eu lieu un Samedi certes.) - rendez-vous hebdomadaire sur Instagram où je vous parle d'une lecture, passée ou présente, qui m'a beaucoup plu.


Cette bande dessinée de Vanyda m'avait beaucoup touché. Le parti pris (une seule couleur utilisée pour chaque histoire) est original et très intéressant. Cela donne une atmosphère particulière à chacune des histoire et rend l'ouvrage coloré, riche et sensible. Vanyda arrive à raconter la vie, à nous raconter avec justesse et c'est très beau de voir ça.
Petit à petit, par touches de couleur, je suis tombé sous son charme.
J'ai hâte de me plonger dans les autres livres de l'auteure, et notamment son nouveau (Entre ici et ailleurs) et sa célèbre trilogie Celle que.


Mais si ici la vie croustille et se craquèle parfois, il est des cas où elle a plutôt tendance à craquer et à s'éparpiller en bris de douleur. Comme dans Mustang, le film de Deniz Gamze Ergüven primé plusieurs fois aux César. Il me faisait très envie depuis l'été dernier et encore plus depuis les César. J'ai eu l'occasion de le voir au cinéma mardi dernier et je n'ai pas regretté.
C'est une histoire dure. L'histoire de cinq sœurs, en Turquie, que leur père enferme dans la maison pour les protéger du monde extérieur, des garçons, de l'impureté, du déshonneur. Un enfermement injuste, difficile, de plus en plus étouffant, qui va souder la fratrie autant que l’oppresser. Très vite, le ballet des mariages forcés (ou pas) va commencer, entraînant plus de malheur que de joie. Sans pour autant éteindre l'espoir.
Oui, c'est une histoire dure, mais lumineuse. C'est sans doute pour ça que je garde du film un souvenir lumineux, de plans ouatés et d'images délicieuses. Il me reste la lumière, l'espoir.
Mais aussi la candeur, la grâce, la délicatesse avec lesquelles l'histoire est racontée. C'est avec une grande douceur que Deniz Gamze Ergüven filme ses actrices. C'est avec la même douceur qu'elle accompagne ses personnages.
J'en suis ressorti touché. Et depuis, mon amour pour ce film grandit à mesure que le temps passe. Et ces cinq sœurs me manquent.

Et si votre vie ne croustille pas trop, ça vous fera peut-être plaisir de savoir que pour les 1000 abonnés de ma chaîne, j'organise un concours et une Foire Aux Questions ? ♥

Ce matin

Ce matin, je me suis levé après avoir (enfin) passé une longue nuit réparatrice, après avoir traîné au lit, et après avoir laissé mes pensées vagabonder vers le weekend qui m'attend. Ce matin, après m'être levé, j'ai ouvert les volets, les yeux encore voilés par la nuit et le noir et le corps vacillant sous la lumière de cette journée d'hiver. C'était un moment fragile.
Une fragilité qui habite, il me semble, les deux albums dont je veux vous parler aujourd'hui. Ils parlent tous les deux du matin avec une sensibilité qui allie une fragilité touchante à une force lumineuse. Je vais essayer de m'expliquer.


Dans Ce matin, Junko Nakamura ne raconte rien de plus que le matin d'un ours et de son chien. Il faut se lever, quitter son nid douillet, ouvrir les fenêtres, recevoir le soleil, s'habiller, prendre son courage à deux pattes et sortir se heurter au monde, à l'extérieur et aux autres.

Il y a dans les personnages une tendresse immense, à laquelle mon coeur d'enfant s'est profondément attaché. L'ours et son chien font attention l'un à l'autre et l'auteur-illustratrice le montre avec une grande simplicité. Chacun vit son matin avec et sans l'autre. C'est comme une petite danse des habitudes que chacun mène avec précaution. Jusqu'à ce moment très touchant où l'ours prend son chien dans les bras et lui dit "Je ne t'avais pas encore dit bonjour, mon chien."

Tout cela est rendu possible et amplifié par des dessins d'une grande douceur et par un jeu de lumières incroyable où la vivacité des couleurs, les ombres et la chaleur des illustrations rendent compte de l'atmosphère si particulière, confortable et mélancolique, d'une matinée ensoleillée.
Dans Premier matin, Fleur Oury, pour son premier album, met en scène deux ours. Petit Ours doit aller à l'école. Mais il a fait un rêve où se matérialisaient toutes ses craintes : oublier son cartable, ne plus avoir d'amis... Alors Grand Ours le rassure, et lui montre que l'école est aussi un lieu plein de promesses pour apprendre, changer, grandir et se faire des amis.

La même tendresse anime l'album de Fleur Oury. Ses deux personnages, réalistes, avec leurs deux petits yeux noirs et une bouche finalement peu expressive, vibrent pourtant de douceur et d'émotion. L'affection mutuelle qui les lie est palpable et la façon dont l'un se confie et l'autre le rassure est juste et touchante.

De plus, on voit petit à petit se dessiner autour des deux ours la forêt. La forêt s'épaissit, s'enrichit et le monde qui les entoure prend vie comme il s'éveille au matin. Avec des dessins minutieux et colorés fait aux feutres, Fleur Oury m'a séduit et touché.


Pourtant, si ces deux histoires tendres et simples plairont sans aucun doute aux plus petits qui se reconnaîtront dans les différents animaux (si attachants), elles sont toutes deux enrichies d'un niveau de lecture différent, subtile et juste.

Ce matin, de Junko Nakamura, invite à le lecteur à voir le matin comme un commencement. "La pluie d'hier n'est plus là, partons voir le monde." Ce soleil doux et chaleureux, ces couleurs mélancoliques, cette atmosphère si rassurante, c'est comme une main tendue pour laisser derrière soi des tracas ou des tourments passés pour trouver le réconfort dans la confrontation au monde.

Premier matin, de Fleur Oury, met en scène une relation tendre et confortable qui rassure et porte mais dont il faudra aussi se détacher pour découvrir, rencontrer et s'épanouir. C'est aussi un album qui dessine le monde autour de Petit Ours comme le monde se dessine dans l'apprentissage et dans les années qui passent.

Le tout, pour chacun des albums, avec douceur et émotion. C'est simple, oui, rapide à lire et c'est avant tout pour les enfants. Mais ça n'en reste pas moins, il me semble, sensible, juste et émouvant.

Ce matin de Junko Nakamura
Editions Memo
44 pages, cartonné, 16€ 
★★★
Premier matin de Fleur Oury
Les Fourmis Rouges
40 pages, cartonné, 14€

J'ai (re)lu Harry Potter !

Il est sans doute un peu étonnant de constater que je n'ai jamais lu la série Harry Potter dans son entier, quand on sait ce que la littérature jeunesse représente pour moi. Je dis que c'est étonnant, tant pour vous que pour moi.
Avec du recul, je me dis "C'est vrai, ça. Pourquoi, moi qui suis un grand amoureux et un fin connaisseur de la littérature jeunesse et notamment des romans qui la composent, pourquoi ne me suis-je jamais vraiment tourné vers ce classique de la littérature jeunesse ?"

J'ai plusieurs explications à cela. Non pas que je me sente obligé de justifier le fait que je n'ai pas lu Harry Potter plus tôt. Je trouve juste intéressant d'essayer de comprendre pourquoi. Et je trouve ça plus intéressant d'écrire une chronique sur ce sujet plutôt que de développer sur de longues lignes mon avis sur le roman. Avis que je donne dans la vidéo que j'ai publié tout à l'heure et que je prendrai le temps de vous résumer un petit peu plus bas. Avis que vous n'avez pas tant besoin que ça de connaître, puisqu'il est redondant avec les centaines de milliers d'autres que vous avez pu intercepter...


D'abord, je crois juste que Harry Potter n'est pas vraiment un phénomène de ma génération, mais de celle juste avant moi. Quand le premier tome de Harry est sorti en France, j'avais un an. Quand le premier film est sorti au cinéma, j'en avais quatre. Si mes souvenirs sont bons, j'ai vu le deuxième au cinéma, mais pas le premier. J'aurais pu, comme beaucoup beaucoup d'autres, les lire à rebours. Mais je ne l'ai pas fait.
Sans doute parce que je baignais dans l'univers des films, que j'adorais, et que cela me suffisait.
Sûrement aussi parce que c'était un peu "le truc" de mon grand frère. Celui-ci les dévorait, ma mère faisait de même, ils partageaient ça ensemble et d'une certaine manière je le vivais presque par procuration et n'avais pas besoin de m'y mettre moi aussi. C'est là une théorie bien bancale et l'idée la plus fragile de ma chronique. Mais j'ai du mal à mettre des mots sur ce que je ressens. C'est un peu comme si je n'avais pas eu la curiosité de me tourner vers l'histoire du célèbre petit sorcier.
Enfin, et c'est sans doute là le plus important, parce que j'avais mes propres Harry Potter. Bien sûr, je n'avais aucun livre avec un univers semblable, ni aucune série pouvant générer un tel engouement et fédérer une communauté si importante. Mais j'avais des dizaines d'autres livres pour bercer mon enfance. La série des Quatre filles et un jean m'a accompagné pendant longtemps, Peggy Sue m'a porté pendant de longues années, Tobie Lolness a ô combien marqué mon enfance. Et puis je vous le disais dans une autre chronique, Mathieu Hidalf a été, quelques années plus tard, mon Harry Potter à moi.

J'ai lu Harry Potter avant 2016. Une fois. Il y a quelques années. Quand ? Je ne sais plus. Mais j'étais passé à côté. J'avais trouvé ça sympa, sans plus. Je l'avais lu POUR le lire, parce qu'on m'avait un peu forcé la main, parce que quand même, il était temps que je le lise !
Cette année aussi je l'ai lu un peu pour les mêmes raisons. Mais avec, sans doute, cette réelle curiosité qui m'avait manqué la première fois. Il me semble avoir été beaucoup plus réceptif à l'univers d'Harry Potter que la première fois.

C'est pourquoi jeudi dernier, à l'occasion de la deuxième Nuit Harry Potter lancée partout dans le monde par Bloomsburry (l'éditeur anglais de JK Rowling), j'ai décidé de relire l'intégralité du tome 1. Je l'ai fait, entre 20h45 et 4h26. Ca a été fatigant (surtout le lendemain) mais immersif et passionnant.

Je me suis totalement laissé happer par l'univers magique, fascinant et inventif de JK Rowling. Chaque page regorge de trouvailles originales et délicieuses, que le lecteur se plaît à découvrir et s'approprier. Je me suis profondément attaché aux personnages, qui ont ce côté burlesque, caricatural et ironique qu'ils doient au style acéré et efficace de l'auteure mais ils sont aussi caractérisés par une justesse étonnante, réaliste et touchante. Mais par-dessus tout, entraîné par le rythme de l'intrigue, les rebondissements, les surprises surgissant de l'imagination de JK Rowling, je me suis surpris à rire très régulièrement. Les piques ironiques de l'auteure, ses remarques et touches d'humour lancées çà et là, le comique des situations, des personnages ou des dialogues m'ont surpris et emporté.

En terminant le livre, on se dit que c'est simple et que... ce n'est pas sorcier. Mais pas tellement. C'est là que réside la magie de Harry Potter : dans la plume de JK Rowling, que celle-ci fait s'envoler avec inventivité, humour et un talent pétillant ! Wingardium Levioca...

Je n'ai plus qu'une hâte : me plonger dans la suite de la série et retourner à Poudlard. Car une chose est sûre : JK Rowling sait raconter les histoires. Petits et grands se sont laissés ensorceler. La preuve, ça fonctionne encore...


Toutes les photos sont issues de mon compte Instagram, que je vous invite à suivre ! ^-^

Dans le désordre



                Dans le désordre de la vie, je cherche le temps de vous écrire. J’essaye de grappiller quelques minutes ici et là pour vous déposer quelques mots au creux des yeux. La semaine est bientôt terminée, et il y aura sans doute une nouvelle vidéo publiée dimanche. Mais qu’importe, j’ai pris en 2016 la bonne résolution de publier au moins un article par semaine. Je n’échouerai pas dès les premiers jours.

                Dans le désordre de la vie, je cherche le temps d’écrire.  D’autres cherchent juste le temps de vivre. Le temps de lire, le temps d’écrire, le temps d’aimer, tout ça, c’est du temps volé, écrivait Pennac. Le temps de vivre aussi. Peut-être. Dans le désordre c’est un roman réaliste, un roman-souffle, un roman social, un roman bouleversant, un roman d’amour, un roman de vie. Mais si là vous deviez vous arrêter de lire cette chronique et ne savoir qu’une chose, c’est que ce roman essentiel raconte l’histoire de sept personnages qui, dans le désordre d’aujourd’hui, dans la fureur et la passion, volent le temps de vivre.

« Au début, Jeanne a envie de visser les écouteurs sur ses oreilles, s’envoler dans les cris qui niquent le blizzard, lui rappellent que l’ennui est un crime, la vie un casse du siècle, un putain de piment rouge. »

                Il faudra commencer par dire ça : Marion Brunet, au détour d’une page, de deux phrases, place son roman sous le signe, la musique, les mots, la lumière vacillante de Fauve. C’est discret, seuls ceux qui les écoutent ont pu voir ça. Mais Fauve – et Dans le désordre – c’est ça : un cri, des mots parfois crachés. C’est dur, brut et parfois un peu déprimant. Mais c’est aussi la passion, la fureur de vivre, l’espoir, un espoir ardent, et l’amour, un amour dévorant. Il ne faudra pas l’oublier.


                Je vous parle de vol, d’émotions bouleversantes, de fureur, d’ardeur, d’amour dévastateur, de passion qui vibre sous l’encre. Et pourtant, les premiers mots qui me sont venus en lisant le rman, c’est le calme, la douceur. Ce ne sont pas les personnages, ni leur histoire, ni les sentiments, ni l’essence du roman. C’est la forme. Il y a quelque chose de plus réservé dans l’expression, comme si Marion Brunet prenait plus le temps de raconter ses personnages. Le style s’est affûté au fil des romans, il est devenu plus littéraire, plus fin, mieux ciselé. L’auteure en a aujourd’hui une maîtrise remarquable qui lui permet une grande justesse.

                Parce que la justesse est inscrite au plus profond du roman comme les lignes de nos mains. C’est comme une veine qui le nourrit, comme une rivière qui s’y déverse, comme une vague qui le caresse. Dans le désordre, comme je l’écrivais plus haut, a cette vérité de tous les jours, cette vérité du coin de la rue qui en fait un « roman social ». Dans le désordre parle de nous, mais surtout des autres, le roman parle  des villes, du pays, de la société, l’histoire parle de peuple, de classes, d’inégalité, d’injustice, de colère, Dans le désordre parle de marge, de frontière, de laissés pour compte, de différents. Il dresse un portrait lucide, assez amer, parfois dérangeant, un peu douloureux, de la société. C’est dur, difficile, ça remue et ça griffe notre existence plutôt tranquille. Mais c’est un portrait incisif, qui frappe pile au bon endroit, là, ce point fragile et vulnérable de vous qui ferme les yeux souvent, et les ouvre parfois avec douleur.

                 Mais ce serait un peu triste peut-être, un peu trop dur, ce serait même plat et assourdissant de lire un roman qui ne serait que ça. L’intérêt même du roman, sa force et sa puissance, c’est qu’il est à double tranchant.
« Une vie différente implique aussi un monde différent. Par quoi commencer, en premier ? A l’envers et dans le désordre, elle pense, et ça la fait sourire, comme le désordre de son cœur, qui prend une place dingue, presque toute, dès que Basile la frôle. » 
                Les sept personnages se sont trouvés un peu par hasard, les voilà réunis avec leurs cicatrices et leurs écorchures. Un peu bancals, un peu blizzards dirait Fauve. Mais sincères, furieusement sincères.

                Plus que la société, c’est eux que Marion Brunet raconte. Elle raconte leurs vies, leurs failles, leurs espoirs, leurs amours, leurs espoirs, leurs désirs, leur foi, leur envie, leur force, leur puissance, leurs peurs, leurs déceptions, leurs erreurs, leurs conquêtes, leurs batailles, leur vie. Le portrait est juste, touchant, sensible. Avec une tendresse et un instinct protecteur poignants, l’auteure saisit par petites touches réalistes et délicates chacun des humains qu’elle place sur cette scène qui craque, grince et tangue.

                C’est un peu ça finalement, que Marion Brunet fabrique : le carrousel, le théâtre poussiéreux, bancal mais vif et indomptable de nos existences. 
               Devant nos yeux : le portrait saisissant et craquelé d’un monde qui est nôtre et qu’on embrasse, même ses cicatrices.
                Derrière, dans nos entrailles : des braises qui crépitent et n’attendent qu’un mot.

 « Il y a de la vie dans les livres, tu sais » dit le père de Jeanne à sa fille, dans le cocon d’une forêt solitaire – le leur.
            Et Dans le désordre déborde de vie.
                Ils sont là : aujourd’hui, le monde, la société, sept personnages vivants et furieux, nos villes et notre pays, nos colères et nos amours, les failles, les blessures et l’espoir.
                Ils sont là, avec humilité, avec justesse, avec foi, avec profondeur, avec densité, avec puissance, avec douceur, avec les mots et avec nous. Nous.

                Dans le désordre est un roman brut et cassé. Qui dit qu’il est parmi nous des vivants en colère. Mais dans la colère on peut aimer. Il ne faudra pas l’oublier. Ne pas oublier d’aimer.
                Dans le désordre est un roman-souffle. Un souffle furieux, littéraire, coupé, craché, doux. Le souffle qu’on prend avant de frapper, celui qu’on prend pour crier, celui qui nourrit un baiser, le souffle qui rugit dans le désordre des  battements de nos cœurs.

 « Avec ce slogan au milieu des vagues – une phrase que Jeanne fait sienne, qu’ils font leur :
JE HAIS INFINIMENT
PARCE QUE J’AIME SANS RESERVE
En elle, une joie sublime éclate au point de la faire trembler.
Je suis chez moi. Je suis chez moi. »

 Dans le désordre, Marion Brunet, Sarbacane, collection Exprim', 15€50, 256 pages