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Lettre à toi qui m'aimes en 15 gif

Quand Sarbacane m'a proposé de participer au blogtour de Lettre à toi qui m'aimes, j'avoue ne pas avoir hésité longtemps à sortir mon blog de l'ombre pour l'occasion. Je n'avais certes pas encore lu ce (sublime) petit roman paru début avril, mais j'étais tombé amoureux, un an auparavant, du premier roman de cette autrice que je connais et suis depuis de nombreuses années. Julia Thévenot, aujourd'hui, représente pour moi un petit paquet de choses drôlement chouettes qui, les unes avec les autres, font d'elle une personne à laquelle je tiens beaucoup et que j'admire énormément. D'abord blogueuse émérite (on en reparle juste après) et amie de mon jumeau Tom, elle a un jour débarqué dans le premier appartement que mon frère et moi habitions à Bordeaux, chargée de rires et de folie, et j'ai moi-même appris à la connaître. Ensuite éditrice, je l'ai vue arriver chez Sarbacane pleine d'envies, d'intelligence et de sensibilité pour épauler l'équipe dans sa géniale production de romans avec les collections Exprim' et Pépix. Finalement autrice, j'ai guetté la sortie de son premier roman, Bordeterre, avec un mélange de hâte et d'appréhension avant de me laisse complètement déborder dans son univers qui m'a littéralement enchanté. Autant dire que j'étais fier, heureux et ému de publier sa nouvelle Ding ! dans En quête d'un grand peut-être : guide de littérature ado que Tom et moi avons écrit et publié début décembre 2020 dans notre propre structure éditoriale, les éditions du Grand Peut-Être.

 

Bref, quand Sarbacane m'a proposé de participer au blogtour de Lettres à toi qui m'aimes, j'ai dit oui sans plus tarder parce que je savais que ce roman serait une nouvelle pépite (qui ne laisse plus tellement de doutes sur le fait que Julia sera bientôt une autrice incontournable en littérature ado  : suivez-la !) mais il a fallu que je me creuse les méninges pour trouver COMMENT rendre hommage à sa plume et à son roman. Mon désarroi était d'autant plus grand quand j'ai vu la liste d'idées que déployait l'équipe de blogueur·euses, de booktubeur·euses et de Bookstagrammeur·euses pour ce blogtour : playlists, interviews, portrait chinois, live, concours... Mes accolytes ont redoublé d'inventivité pour honorer le texte de Julia et vous retrouverez la liste de leurs articles plus ! Et quand j'ai reçu Lettres à toi qui m'aimes, je suis tombé dans des affres de questions : comment, mais comment rendre honneur à ce texte qui dit avec génie et désinvolture l'amour et l'adolescence ?!

 


 

Avec un peu de temps, quelques cheveux arrachés et un peu d'angoisse, une idée de dernière minute (sinon, ce n'est pas drôle, n'est-ce pas ?) m'est venue : vous parler de Lettres à toi qui m'aimes en quelques gif, choisis çà et là en en écumant des centaines. Parce que si vous suivez le blog de Julia, Allez vous faire lire, vous connaissez son talent (et vous allez voir que le mien est bien moindre à côté...) pour trouver des gif drôles et étonnamment pertinents pour illustrer chacun de ses articles. Parce que l'adolescence, c'est aussi s'échanger des tas de messages virtuels, de memes et de gifs éloquents. Parce que malgré tout ce que je vais pouvoir écrire de dramatique et d'émotion dans cette chronique, Lettre à toi qui m’aimes est, comme l’est sa pétillante autrice, traversé d’humour, de légèreté, d’insouciance.

Cette introduction était beaucoup trop longue, non ? Alors on y va ?

 

Musique, maestro


  

 
Au début du roman, nous rencontrons quelques personnages qui vont, tout au long de cette histoire, évoluer jusqu'au passage du bac. Jobs (le batteur qui mène tout le monde à la baguette), Dudley (le bassiste amoureux) et Pénélope (dite Penny, la chanteuse et claviériste qui rêve de musique) recherchent un guitariste pour les Moonatics, leur groupe de rock progressiste. C'est ainsi qu'ils rencontrent, et recrutent, Yliès, qui est plutôt métal, mais prêt à jouer du rock, qui est plutôt timide, mais prêt à devenir leur pote. 
 


 
Au-delà d'être le point de départ de l'histoire de ces ados un peu marginaux qui jouent, révisent et boivent des bières dans un garage, la musique est un élément qui habite tout le roman, de l'écriture jusqu'aux thématiques en passant par la façon dont les personnages vivent leurs émotions. Avec un style très musical de par la forme du texte (quelque part entre la prose, les dialogues et le vers libre) dont on reparlera, Julia Thévenot raconte l'adolescence comme elle écrirait un album (musical). Le rythme, magistralement orchestré, nous emmène quelques mois dans la vie d'Yliès, Pénélope et de leurs amis en suivant le tempo de leur quotidien. Cours, répétitions, moments doux entre amis, émois amoureux, tensions sensuelles et cœurs brisés : le texte emporte le lecteur dans la vie de ses personnages et chacun d'eux, chacune de leurs émotions, chacune de leurs journées est comme un instrument qui joue avec les autres. Parfois synchro, parfois dissonants.
« c’est ridicule à dire ainsi – tu me plais. Mais c’est vraiment ça. Comme un riff, tu sais. De ceux qui te traversent et te laissent à la rue. Qui te tabassent jusqu’à ce que tu n’en puisses plus ? Mais tu en demandes encore, tu vois, tu rappuies sur play juste pour ce riff-là, qui te fait ressentir quelque chose d’inconnu… c’est… ça. Que je ressens. (...) TU me plais comme ça. Je
            
t’aime, »

Miettes de cœur brisés



 

Très vite, dès le début même, dès la première note, Pénélope plaît à Yliès, Yliès plaît à Pénélope.  Ils se tournent autour, se chamaillent, se séduisent, se frôlent et s'électrisent. Mais Pénélope comprend trop vite qu'Yliès ressent quelque chose qui dépasse cette simple électricité. Lui l'aime. Elle pas.

Mais ce qui rend le roman particulièrement puissant, et touchant, c'est que cette brisure entre eux s'illustre dans le texte même et la forme des vers libres rend l'histoire aussi terrible qu'insouciante.

« Quelque chose en tout cas m’a fait reculer à l’intérieur de moi. Je ne voulais pas de tes doigts sur moi, ça m’est tombé dessus comme ça.
J’ai su, avec une douce certitude, et souri différemment à partir de là :
Tu me plaisais presque,
                                    mais pas.
*
A mon contact, en revanche, chaque parcelle de toi
                                                                                        - chantait »

Dès ce moment, Pénélope esquive Yliès, cherche à lui faire comprendre que leur amour n'est pas réciproque, et met avec elle le lecteur dans la gène d'une situation cruelle. On comprend avec elle qu'une histoire d'amour déçu, ce n'est pas seulement un amant blessé, mais aussi un ami qui souffre. Transpercée d'émotions contradictoires qui la remuent et l'ennuient tout à la fois, Pénélope compatit pour Yliès, qu'elle ne veut pas perdre tant elle tient à lui. Le garçon est rendu presque pathétique dans le regard de Penny, qui reçoit l'amour sans pouvoir le redonner, et voit dans chacun de ses gestes le désir en ébullition. Partagée entre ses émotions contradictoires, elle se retrouve déchirée entre son amitié pour Yliès et la colère qu'elle ressent à son égard. Mais peut-on seulement brider ses sentiments ?

 

 

Avec une habilité désarmante, Julia Thévenot dit avec une pitié teintée de tendresse les émois de l'amour exacerbés par l’adolescence.

« Entre nous,
Il y a un paquet de trucs qui n’arriveront jamais.

Jamais mon nez dans ton cou, jamais tes lèvres sur les miennes.

Jamais ma main dans tes cheveux en un geste caressant, ces gestes d’enfant qui durent un millier d’années, un instant.

Jamais je ne volerai ta moustache-chocolat d’un coup de langue comme dans une publicité Ricoré,
Arrête de rêver. (...)

Le mieux serait que tu acceptes »

 

Écrire l'adolescence

 


 

Vous aurez compris, en me lisant, combien ce roman évolue sans cesse sur le fil d'émotions contraires. C'est là, pour moi, le génie de l'autrice : écrire l'adolescence. Si cette chronique vous laisse imaginer un roman intense et déchirant sur la rage adolescente et l'amour quand il devient un ouragan dans nos ventres

(et c'est le cas, d'une certaine façon - tant et si bien que le texte explose en vers libres, en ponctuation éparpillée, en phrases en suspens et en mise en page envolée),

 

 

c'est pourtant un livre léger. Funambule de l'écriture, Julia Thévenot maintient l'équilibre entre la passion d'Yliès, qu'on voit poindre dans la densité de ses regards et le lyrisme de sa déclaration d'amour, et l'indifférence de Pénélope, qui cherche l'amour et la sensualité dans les bras du fantasmagorique Côme.

 

Et je crois que si ce roman plaît tant, c’est justement parce qu'il illustre bien ce qu'est, pour moi, la littérature ado, et pourquoi elle nous touche tant (y compris les adultes qui osent mettre un pied en terre inconnue). En parlant du premier amour, celui qui ébranle, celui qui réveille les sens, celui qui laisse à rêver d'une première fois, celui qui marque, elle parle de l'amour en tant que tel. Avec une intensité féroce et une désinvolture libératrice, Julia Thévenot parle d'amour aux adolescents, sans les prendre de haut ni les oublier dans l'histoire. L'énergie qui nous habite quand on tombe amoureux vient de l'intensité de l'adolescence. Alors pourquoi l'intellectualiser, quand on peut simplement le raconter ?

 

 

 

Best Friends For Ever

Mais Lettre à toi qui m'aimes n'est bien sûr pas qu'une histoire d'amour, d'hormones et d'adolescence. C'est aussi une histoire d'amitié. Tout au long du roman, on suit un groupe de quatre ados, et de leurs camarades qui gravitent autour, et on s'insère progressivement dans les dynamiques et les émotions qui font vibrer leurs amitiés. En filigrane, Julia Thévenot explore ce qu'est l'amitié et la frontière floue qui sépare les relations. Où naît l'amour, dans tout cet imbroglio d'humains ?

« Tu me plais terriblement comme acolyte de beuverie musicologique, comme partenaire de Mario Kart, voisin d’épaule de concert au 28, effleureur de bord de frigo à la limite, mais pas comme enjôleur de nuit épaisse, éparpilleur de sens, recolleur d’âme et partageur de céréales. »

Lettre à toi qui m'aimes, finalement, c'est aussi une lettre pour tenter de comprendre. Comme une longue pensée, un monologue, un roman qui tente de dire l'amour tout en sachant que l'amour, justement, ne se dit pas, mais se vit (et se raconte !).


 

 Du vers libre à l'ironie

Comme je l'écrivais plus haut, c'est aussi la forme de ce court roman qui le rend intéressant et aussi percutant. Entre prose et vers libre, l’écriture de l'autrice est à la fois beaucoup plus chantante et plus légère que si elle l'avait raconté de manière classique. Avec un petit quelque chose du lyrisme qui habite l'adolescent emphasique lorsqu'il laisse sortir ses émotions mais surtout avec une musicalité, une fluidité et un art de la narration efficace, Lettre à toi qui m'aimes m'a emporté et je n'ai pas pu le lâcher avant de l'avoir terminé (littéralement, je l'ai lu en une soirée). Mais si ce roman s'écrit dans une langue libre et rafraîchissante, qui ne souffre pas d'être trop littéraire et porte en elle le plaisir simple de raconter, on prend aussi un grand plaisir à entendre le texte résonner de rimes et de rythmes propres à la poésie. En dépit de ce que dit le petit garçon du gif ci-dessous, quel plaisir de lire un texte si justement dosé, si bien écrit, si bien construit et émaillé comme elle sait si bien le faire d'images astucieuses et poétiques.

« je me mordais les poumons en dedans parce qu’en le disant, tu m’avais regardée. »

 


 

L'énergie de sa narration tient cependant d'une autre chose qui caractérise pour moi très bien Julia et la force de ce roman, c'est son ironie. Comme je l'évoquais plus haut, l'astucieux parti pris de voir l'amour de l'autre côté, du côté de la personne qui, en fait, est un peu embarassée par tout cet amour qui lui tombe sur le coin de la tête, permet à l'autrice un point de vue aussi juste qu'orignal sur l'adolescence. A la manière de Clémentine Beauvais dans Songe à la douceur (comme l'évoquait si justement Alexandra dans sa vidéo d'hier !), elle théâtralise l'adolescence avec sarcasme, un brin de moquerie, mais aussi un paquet de tendresse.


 

Un pas en avant

 

 

 

Et ce qui m'a plu, enfin (s'il fallait encore quelque chose pour vous convaincre), c'est la façon qu'a l'autrice d'ouvrir ces adolescents sur leur avenir. Cette histoire d'amour fait part entière de leur histoire personnelle, elle a un début, des rebondissements, une résolution. Mais c'est en fait juste un morceau de leur histoire, qui s'entremêle d'ailleurs dans le roman à plein d'autres problématiques du quotidien de ces adolescents, du lycée à la famille, de leur passion pour la musique aux fêtes alcoolisées, de l'amitié à l'amour.


Alors, pour finir le roman, Julia Thévenot met ces ados face à leur avenir. C'est aussi ce qui leur permet de réfléchir, de relativiser, de mettre les choses en perspective, et de regarder en avant. J'ai aimé ce regard vers l'avenir. J'ai aimé, ce retour au réel : malgré les émois, l'amour et les drames, il y a toujours le bac, les parents et l'orientation. J'ai aimé que l'adolescence redevienne un élan.

 « D’un coup, tout se métamorphosait au-dedans et au-dehors de nous le monde adulte nous accueillait, gosses frénétiques et agités ; on voulait le mordre par tous les côtés, sentir son jus de vie couler sur nos corps – c’est la période où tous les mômes de dix-huit ans se tapent des rails métaphysiques ; on aurait pu faire de vraies conneries, être retrouvés morts – heureusement,
les darons étaient là pour nous rappeler les vraies questions,
et, bim, on s’est pris dans les dents une première porte :
   
                                                   l’orientation. »

 


 

Allez, on trinque ?


Si je ne devais dire que deux mots, ce seraient : lisez-le. Une soirée à dévorer un bon roman sur votre canapé en vous prenant une bonne claque d'émotions et d'adolescence, ça ne vous tente pas ?


Avec Lettre à toi qui m'aimes, Julia Thévenot livre un récit malin, percutant, court et néanmoins dense sur l'adolescence. C'est un roman qui contourne l’amour pour en parler avec beaucoup de justesse.  

Elle propose avec cette histoire de coeurs brisés et d'amitiés questionnées un récit tendre et cruel de nos adolescences. Elle arrive à briser nos petits coeurs de lecteurs tout en les recollant, elle nous fait rire et penser, elle touche droit au but en peu de pages.

Magistral. 💘


« J’en ai fait tomber mon assiette en carton – pas de colère ; elle a simplement glissé d’entre mes doigts en même temps que mo cœur dans mon estomac
Et tandis que mes pieds se recouvraient de pesto et mozza ;
Les pâtes
se sont éparpillées
comme mes
pensées. »

 


 

 

 


Comme je le disais au début de l'article, celui-ci a été écrit dans le cadre du Blogtour Lettre à toi qui m'aimes organisé par Sarbacane pour la parution du roman ! Courez voir les créations de tous mes acolytes, réunis dans l'image ci-dessus, ils ont fait preuve d'une inventivité, d'une créativité et d'une originalité folle pour présenter cet incroyable texte. 💗

Et demain, rendez-vous chez Val et ses livres pour la suite du Blog Tour !


 

Songe à la douceur | LE roman de la rentrée ♥




J’aurais voulu écrire cette chronique en l’agrémentant de citations bien choisies et en écoutant la playlist proposée par Clémentine Beauvais au début du livre. Malheureusement, je n’ai pas mon exemplaire à portée de main et n’ai aucune idée d’où il est… (il ne semble pas être chez mes parents, il est peut-être à Paris, ou peut-être entre les mains de quelqu’un d’autre, je suis perdu et lui aussi) Je vais donc me contenter de la seule que j’ai (et que j’avais postée sur Instagram). Quant à la musique, j’écoute « J’ai deux amours »  parce qu’il me semblait que ça allait bien avec – mais attention, chanté par Mika à l’AccorHotels Arena en mai dernier, on ne se refait pas, hein.


« Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment,
                Parce qu’ils avaient contrarié leurs sentiments,
il était écrit, me semble-t-il, qu’Eugène et Tatiana se retrouvent dix ans plus tard,
                sous terre,
dans le Meteor, ligne 14 (violet clair), un matin d’hiver. »

C’est ainsi que débute le roman (dont vous pouvez lire le début ici) et c’est ici, me semble-t-il, que tout se joue. Si on tombe amoureux de ces lignes, comme l’écrit si bien Mathilde dont l’avis est présent sur la quatrième de couverture (rien que ça !), si on tombe amoureux de ces quelques premières lignes – ou peut-être devrais-je écrire vers – alors on tombe forcément amoureux de la suite du roman.
Parce que Songe à la douceur, c’est quitte ou double. J’ai entendu de rares avis mitigés. Pour le reste, c’était soit : « je me suis ennuyé d’un bout à l’autre, ça m’est tombé des mains, je n’ai pas aimé » (rassurez-vous, j’en ai peu entendu de ceux-là), soit (ô combien de fois) : « c’est la plus belle histoire que j’ai jamais lue, je suis amoureux, j’adore, c’est brillant ». OK, j’avoue, je ne suis pas original : je suis dans la deuxième catégorie.
Et pourtant, ce n’était pas gagné ! Quand on a entendu autant d’avis différents, on part forcément sceptique, presque effrayé ; mais en même temps, on part aussi, et c’est là que j’ai été gagnant, totalement neutre. OK, d’un côté on m’a dit que c’était nul. De l’autre, on m’a dit que c’était un chef-d’œuvre. À moi d’en juger !


« il était écrit, me semble-t-il, qu’Eugène et Tatiana se retrouvent dix ans plus tard »

Songe à la douceur, c’est une histoire d’amour qui prend racine dans l’adolescence des deux protagonistes, mais ça, on le découvrira plus loin dans le roman, et qui se poursuit dix ans plus tard, alors qu’ils sont de jeunes adultes.


« Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment,

                Parce qu’ils avaient contrarié leurs sentiments »
Et cette histoire d’amour, déjà placé sous l’égide du destin (« il était écrit ») prend dès lors une teinte dramatique d’amours déchues. Ça commence sur une déception amoureuse, une jeunesse passée et des espoirs échoués.
Cette emphase de l’amour qui n’est encore que timide va pourtant se déployer dans les pages suivantes jusqu’à frôler la parodie et flirter avec la passion qui, en fait, anime tout le livre. C’est-à-dire que cette histoire d’amour s’ancre avec force dans le réel mais prend pourtant l’ampleur d’une romance passionnée qu’on a l’impression de ne trouver qu’en littérature. Si dès le début tu acceptes que cette passion sera enflammée, dévorante, passionnée, alors toi aussi tu te laisseras avaler par l’amour qui mange les pages du roman. Tu l’acceptes, tu admires la maîtrise de l’histoire et de la parodie, comme une référence à Jane Austen ou… à la littérature russe et, justement, Songe à la douceur  est une réécriture d’un roman de Pouchkine. Et pourtant, tu as beau accepter cette passion littéraire, tu te laisses prendre au jeu. De littéraire elle devient littérale. Et, toi aussi, tu tombes amoureux, d’Eugène, de Tatiana, de leur histoire, et tu y crois, férocement, tu y crois et te passionne pour leur histoire.

C’est là que réside pour moi la force du roman de Clémentine Beauvais. Dans les extrêmes. En un seul roman, parfois en un seul vers, elle glisse des extrêmes qui se repoussent mais ici s’attirent. Alors qu’Eugène et Tatiana, si différents, ne peuvent se résoudre à se séparer, les extrêmes que Clémentine Beauvais force à s’entrechoquer ne peuvent que se marier.
C’est assurément littéraire, un brin parodique et parfois exagéré, mais tu y crois et tu palpites.
C’est admirablement écrit, presque intellectuel et toujours littéraire, mais elle joue avec les mots et c’est d’une légèreté admirable.
C’est tissé de mots, ce n’est qu’une fiction, et c’est pourtant d’une justesse sans nom.
Ça a un côté passé, un côté Austen et un côté galant, mais les personnages échangent sur MSN, s’envoient des mails, se traquent sur Facebook et discutent par Skype dans un Paris contemporain du nôtre.


« Il adore se dire que le soleil un jour engloutira
Jusqu’à cet amour-là »


Parce que oui, Songe à la douceur est un roman en vers libre. C’est presque nouveau dans le paysage français, c’est original et carrément risqué, mais c’est réussi.
Clémentine Beauvais se joue de tout. De ses personnages et du lecteur oui. Mais avant tout des mots. Elle mélange les genres, passant du vers à la narration au théâtre au dialogue et mixant le tout. Elle use de tant de figures de style qui se glissent là sans même qu’on le voit se faufiler sous nos yeux. Elle joue avec les mots. Elle mélange les styles. Les coutures de son écriture, bien qu’invisibles, semblent sinueuse, complexe et élégamment composée de ramifications dont seule l’auteur a le secret.
Et malgré la difficulté du jeu et l’ambition de la démarche, c’est, comme je l’écrivais, d’une légèreté entraînante. Ce jeu est amusant. Les phrases s’ornementent d’humour. L’auteure s’immisce dans l’histoire et la narration, parlant tant avec ses personnages qu’avec le lecteur. Le tout n’est jamais trop complexe, dense et plombant. Juste efficace, entraînant et jouissif.
Ce roman a cela de l’Oulipo : l’ambition et l’amusement. Et comme l’Oulipo, l’amusante danse des mots orchestrée par l’auteure prend d’abord le dessus sur l’émotion. Et soudain, au détour d’une phrase, il y a une déchirure. Inexorablement, vous tombez dedans, sous les mots. Et vous êtes bouleversé.

Un tel jeu sur le style et l’écriture ne pourrait donner que superficialité. Et pourtant. Je l’ai écrit plus haut, Songe à la douceur est d’une justesse étonnante. C’est cette justesse mais aussi l’universalité de ces thèmes (l’amour, la passion, grandir, changer) qui en feront le succès auprès de tous les lecteurs - adolescents, jeunes adultes et adultes. Il y a une précision dans les descriptions, une précision si pointue qu’on verrait presque la vie palpiter dans les veines des personnages. Et cela en quelques mots ! En quelques vers si bien écrits que mes yeux ont brillé d’admiration devant la maîtrise du style de Clémentine Beauvais et l’évolution que semble connaître son écriture de roman en roman. Cette précision, bien évidemment, se poursuit dans les émotions des personnages. C’est plus ténu, plus subtil, et pas nécessairement décrit. Mais que ce soit dit ou glissé entre les lignes, c’est là : les personnages ressentent et ça, c’est ce qui te frappe en plein cœur quand tu lis le roman.

Clémentine Beauvais joue avec les mots, mais c’est avec passion, elle se moque de ses personnages, mais c’est avec tendresse, elle se joue du lecteur, mais c’est avec respect, elle raconte une histoire d’amour qui consume deux êtres, et c’est avec justesse.
Je m’en suis pris plein la vue et le cœur en lisant Songe à la douceur. C’est pourquoi j’ose l’écrire comme d’autres l’ont écrit, avec la plus profonde sincérité : je n’avais pas eu, depuis longtemps, un coup de cœur aussi grand et honnête pour un livre.
C’est un roman dont la richesse littéraire et émotionnelle m’ont tant bousculé qu’il est très difficile d’en parler ici en étant bref (hum, hum) et clair (je pars, je crois, un peu dans tous les sens).
C’est comme si Clémentine Beauvais s’était dit : « Dans ce roman, je vais tout mettre, tout » et qu’elle avait réussi.
C’est tellement puissant qu’elle ne pouvait terminer son histoire que comme elle l’a fait : avec passion, avec tendresse et en laissant une porte ouverte. Comme ça, le lecteur peut s’y glisser, et y mettre ce qu’il veut. Y poser la seule chose qui manque à l’histoire pour qu’elle soit parfaite : un petit fragment de lui.
C’est ce que j’ai fait.
C’est ce que d’autres ont fait.
Et c’est ce que vous ferez si vous le lisez.
Alors l’œuvre vous semblera aussi complète qu’elle doit l’être.
Et vous pourrez refermer le livre heureux mais avec une petite pointe au cœur. Et l’envie de le rouvrir. Et la peur de s’y perdre une nouvelle fois.


« Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes. »
- Baudelaire

D'autres livres de Clémentine Beauvais :
Le dernier en date, c'est génial.
Pour les plus petits : génial aussi.
Le premier que j'ai lu : ♥
L'un des premiers : étouffant et fort !
Un album... en vers !

Dans le désordre



                Dans le désordre de la vie, je cherche le temps de vous écrire. J’essaye de grappiller quelques minutes ici et là pour vous déposer quelques mots au creux des yeux. La semaine est bientôt terminée, et il y aura sans doute une nouvelle vidéo publiée dimanche. Mais qu’importe, j’ai pris en 2016 la bonne résolution de publier au moins un article par semaine. Je n’échouerai pas dès les premiers jours.

                Dans le désordre de la vie, je cherche le temps d’écrire.  D’autres cherchent juste le temps de vivre. Le temps de lire, le temps d’écrire, le temps d’aimer, tout ça, c’est du temps volé, écrivait Pennac. Le temps de vivre aussi. Peut-être. Dans le désordre c’est un roman réaliste, un roman-souffle, un roman social, un roman bouleversant, un roman d’amour, un roman de vie. Mais si là vous deviez vous arrêter de lire cette chronique et ne savoir qu’une chose, c’est que ce roman essentiel raconte l’histoire de sept personnages qui, dans le désordre d’aujourd’hui, dans la fureur et la passion, volent le temps de vivre.

« Au début, Jeanne a envie de visser les écouteurs sur ses oreilles, s’envoler dans les cris qui niquent le blizzard, lui rappellent que l’ennui est un crime, la vie un casse du siècle, un putain de piment rouge. »

                Il faudra commencer par dire ça : Marion Brunet, au détour d’une page, de deux phrases, place son roman sous le signe, la musique, les mots, la lumière vacillante de Fauve. C’est discret, seuls ceux qui les écoutent ont pu voir ça. Mais Fauve – et Dans le désordre – c’est ça : un cri, des mots parfois crachés. C’est dur, brut et parfois un peu déprimant. Mais c’est aussi la passion, la fureur de vivre, l’espoir, un espoir ardent, et l’amour, un amour dévorant. Il ne faudra pas l’oublier.


                Je vous parle de vol, d’émotions bouleversantes, de fureur, d’ardeur, d’amour dévastateur, de passion qui vibre sous l’encre. Et pourtant, les premiers mots qui me sont venus en lisant le rman, c’est le calme, la douceur. Ce ne sont pas les personnages, ni leur histoire, ni les sentiments, ni l’essence du roman. C’est la forme. Il y a quelque chose de plus réservé dans l’expression, comme si Marion Brunet prenait plus le temps de raconter ses personnages. Le style s’est affûté au fil des romans, il est devenu plus littéraire, plus fin, mieux ciselé. L’auteure en a aujourd’hui une maîtrise remarquable qui lui permet une grande justesse.

                Parce que la justesse est inscrite au plus profond du roman comme les lignes de nos mains. C’est comme une veine qui le nourrit, comme une rivière qui s’y déverse, comme une vague qui le caresse. Dans le désordre, comme je l’écrivais plus haut, a cette vérité de tous les jours, cette vérité du coin de la rue qui en fait un « roman social ». Dans le désordre parle de nous, mais surtout des autres, le roman parle  des villes, du pays, de la société, l’histoire parle de peuple, de classes, d’inégalité, d’injustice, de colère, Dans le désordre parle de marge, de frontière, de laissés pour compte, de différents. Il dresse un portrait lucide, assez amer, parfois dérangeant, un peu douloureux, de la société. C’est dur, difficile, ça remue et ça griffe notre existence plutôt tranquille. Mais c’est un portrait incisif, qui frappe pile au bon endroit, là, ce point fragile et vulnérable de vous qui ferme les yeux souvent, et les ouvre parfois avec douleur.

                 Mais ce serait un peu triste peut-être, un peu trop dur, ce serait même plat et assourdissant de lire un roman qui ne serait que ça. L’intérêt même du roman, sa force et sa puissance, c’est qu’il est à double tranchant.
« Une vie différente implique aussi un monde différent. Par quoi commencer, en premier ? A l’envers et dans le désordre, elle pense, et ça la fait sourire, comme le désordre de son cœur, qui prend une place dingue, presque toute, dès que Basile la frôle. » 
                Les sept personnages se sont trouvés un peu par hasard, les voilà réunis avec leurs cicatrices et leurs écorchures. Un peu bancals, un peu blizzards dirait Fauve. Mais sincères, furieusement sincères.

                Plus que la société, c’est eux que Marion Brunet raconte. Elle raconte leurs vies, leurs failles, leurs espoirs, leurs amours, leurs espoirs, leurs désirs, leur foi, leur envie, leur force, leur puissance, leurs peurs, leurs déceptions, leurs erreurs, leurs conquêtes, leurs batailles, leur vie. Le portrait est juste, touchant, sensible. Avec une tendresse et un instinct protecteur poignants, l’auteure saisit par petites touches réalistes et délicates chacun des humains qu’elle place sur cette scène qui craque, grince et tangue.

                C’est un peu ça finalement, que Marion Brunet fabrique : le carrousel, le théâtre poussiéreux, bancal mais vif et indomptable de nos existences. 
               Devant nos yeux : le portrait saisissant et craquelé d’un monde qui est nôtre et qu’on embrasse, même ses cicatrices.
                Derrière, dans nos entrailles : des braises qui crépitent et n’attendent qu’un mot.

 « Il y a de la vie dans les livres, tu sais » dit le père de Jeanne à sa fille, dans le cocon d’une forêt solitaire – le leur.
            Et Dans le désordre déborde de vie.
                Ils sont là : aujourd’hui, le monde, la société, sept personnages vivants et furieux, nos villes et notre pays, nos colères et nos amours, les failles, les blessures et l’espoir.
                Ils sont là, avec humilité, avec justesse, avec foi, avec profondeur, avec densité, avec puissance, avec douceur, avec les mots et avec nous. Nous.

                Dans le désordre est un roman brut et cassé. Qui dit qu’il est parmi nous des vivants en colère. Mais dans la colère on peut aimer. Il ne faudra pas l’oublier. Ne pas oublier d’aimer.
                Dans le désordre est un roman-souffle. Un souffle furieux, littéraire, coupé, craché, doux. Le souffle qu’on prend avant de frapper, celui qu’on prend pour crier, celui qui nourrit un baiser, le souffle qui rugit dans le désordre des  battements de nos cœurs.

 « Avec ce slogan au milieu des vagues – une phrase que Jeanne fait sienne, qu’ils font leur :
JE HAIS INFINIMENT
PARCE QUE J’AIME SANS RESERVE
En elle, une joie sublime éclate au point de la faire trembler.
Je suis chez moi. Je suis chez moi. »

 Dans le désordre, Marion Brunet, Sarbacane, collection Exprim', 15€50, 256 pages