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Songe à la douceur | LE roman de la rentrée ♥




J’aurais voulu écrire cette chronique en l’agrémentant de citations bien choisies et en écoutant la playlist proposée par Clémentine Beauvais au début du livre. Malheureusement, je n’ai pas mon exemplaire à portée de main et n’ai aucune idée d’où il est… (il ne semble pas être chez mes parents, il est peut-être à Paris, ou peut-être entre les mains de quelqu’un d’autre, je suis perdu et lui aussi) Je vais donc me contenter de la seule que j’ai (et que j’avais postée sur Instagram). Quant à la musique, j’écoute « J’ai deux amours »  parce qu’il me semblait que ça allait bien avec – mais attention, chanté par Mika à l’AccorHotels Arena en mai dernier, on ne se refait pas, hein.


« Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment,
                Parce qu’ils avaient contrarié leurs sentiments,
il était écrit, me semble-t-il, qu’Eugène et Tatiana se retrouvent dix ans plus tard,
                sous terre,
dans le Meteor, ligne 14 (violet clair), un matin d’hiver. »

C’est ainsi que débute le roman (dont vous pouvez lire le début ici) et c’est ici, me semble-t-il, que tout se joue. Si on tombe amoureux de ces lignes, comme l’écrit si bien Mathilde dont l’avis est présent sur la quatrième de couverture (rien que ça !), si on tombe amoureux de ces quelques premières lignes – ou peut-être devrais-je écrire vers – alors on tombe forcément amoureux de la suite du roman.
Parce que Songe à la douceur, c’est quitte ou double. J’ai entendu de rares avis mitigés. Pour le reste, c’était soit : « je me suis ennuyé d’un bout à l’autre, ça m’est tombé des mains, je n’ai pas aimé » (rassurez-vous, j’en ai peu entendu de ceux-là), soit (ô combien de fois) : « c’est la plus belle histoire que j’ai jamais lue, je suis amoureux, j’adore, c’est brillant ». OK, j’avoue, je ne suis pas original : je suis dans la deuxième catégorie.
Et pourtant, ce n’était pas gagné ! Quand on a entendu autant d’avis différents, on part forcément sceptique, presque effrayé ; mais en même temps, on part aussi, et c’est là que j’ai été gagnant, totalement neutre. OK, d’un côté on m’a dit que c’était nul. De l’autre, on m’a dit que c’était un chef-d’œuvre. À moi d’en juger !


« il était écrit, me semble-t-il, qu’Eugène et Tatiana se retrouvent dix ans plus tard »

Songe à la douceur, c’est une histoire d’amour qui prend racine dans l’adolescence des deux protagonistes, mais ça, on le découvrira plus loin dans le roman, et qui se poursuit dix ans plus tard, alors qu’ils sont de jeunes adultes.


« Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment,

                Parce qu’ils avaient contrarié leurs sentiments »
Et cette histoire d’amour, déjà placé sous l’égide du destin (« il était écrit ») prend dès lors une teinte dramatique d’amours déchues. Ça commence sur une déception amoureuse, une jeunesse passée et des espoirs échoués.
Cette emphase de l’amour qui n’est encore que timide va pourtant se déployer dans les pages suivantes jusqu’à frôler la parodie et flirter avec la passion qui, en fait, anime tout le livre. C’est-à-dire que cette histoire d’amour s’ancre avec force dans le réel mais prend pourtant l’ampleur d’une romance passionnée qu’on a l’impression de ne trouver qu’en littérature. Si dès le début tu acceptes que cette passion sera enflammée, dévorante, passionnée, alors toi aussi tu te laisseras avaler par l’amour qui mange les pages du roman. Tu l’acceptes, tu admires la maîtrise de l’histoire et de la parodie, comme une référence à Jane Austen ou… à la littérature russe et, justement, Songe à la douceur  est une réécriture d’un roman de Pouchkine. Et pourtant, tu as beau accepter cette passion littéraire, tu te laisses prendre au jeu. De littéraire elle devient littérale. Et, toi aussi, tu tombes amoureux, d’Eugène, de Tatiana, de leur histoire, et tu y crois, férocement, tu y crois et te passionne pour leur histoire.

C’est là que réside pour moi la force du roman de Clémentine Beauvais. Dans les extrêmes. En un seul roman, parfois en un seul vers, elle glisse des extrêmes qui se repoussent mais ici s’attirent. Alors qu’Eugène et Tatiana, si différents, ne peuvent se résoudre à se séparer, les extrêmes que Clémentine Beauvais force à s’entrechoquer ne peuvent que se marier.
C’est assurément littéraire, un brin parodique et parfois exagéré, mais tu y crois et tu palpites.
C’est admirablement écrit, presque intellectuel et toujours littéraire, mais elle joue avec les mots et c’est d’une légèreté admirable.
C’est tissé de mots, ce n’est qu’une fiction, et c’est pourtant d’une justesse sans nom.
Ça a un côté passé, un côté Austen et un côté galant, mais les personnages échangent sur MSN, s’envoient des mails, se traquent sur Facebook et discutent par Skype dans un Paris contemporain du nôtre.


« Il adore se dire que le soleil un jour engloutira
Jusqu’à cet amour-là »


Parce que oui, Songe à la douceur est un roman en vers libre. C’est presque nouveau dans le paysage français, c’est original et carrément risqué, mais c’est réussi.
Clémentine Beauvais se joue de tout. De ses personnages et du lecteur oui. Mais avant tout des mots. Elle mélange les genres, passant du vers à la narration au théâtre au dialogue et mixant le tout. Elle use de tant de figures de style qui se glissent là sans même qu’on le voit se faufiler sous nos yeux. Elle joue avec les mots. Elle mélange les styles. Les coutures de son écriture, bien qu’invisibles, semblent sinueuse, complexe et élégamment composée de ramifications dont seule l’auteur a le secret.
Et malgré la difficulté du jeu et l’ambition de la démarche, c’est, comme je l’écrivais, d’une légèreté entraînante. Ce jeu est amusant. Les phrases s’ornementent d’humour. L’auteure s’immisce dans l’histoire et la narration, parlant tant avec ses personnages qu’avec le lecteur. Le tout n’est jamais trop complexe, dense et plombant. Juste efficace, entraînant et jouissif.
Ce roman a cela de l’Oulipo : l’ambition et l’amusement. Et comme l’Oulipo, l’amusante danse des mots orchestrée par l’auteure prend d’abord le dessus sur l’émotion. Et soudain, au détour d’une phrase, il y a une déchirure. Inexorablement, vous tombez dedans, sous les mots. Et vous êtes bouleversé.

Un tel jeu sur le style et l’écriture ne pourrait donner que superficialité. Et pourtant. Je l’ai écrit plus haut, Songe à la douceur est d’une justesse étonnante. C’est cette justesse mais aussi l’universalité de ces thèmes (l’amour, la passion, grandir, changer) qui en feront le succès auprès de tous les lecteurs - adolescents, jeunes adultes et adultes. Il y a une précision dans les descriptions, une précision si pointue qu’on verrait presque la vie palpiter dans les veines des personnages. Et cela en quelques mots ! En quelques vers si bien écrits que mes yeux ont brillé d’admiration devant la maîtrise du style de Clémentine Beauvais et l’évolution que semble connaître son écriture de roman en roman. Cette précision, bien évidemment, se poursuit dans les émotions des personnages. C’est plus ténu, plus subtil, et pas nécessairement décrit. Mais que ce soit dit ou glissé entre les lignes, c’est là : les personnages ressentent et ça, c’est ce qui te frappe en plein cœur quand tu lis le roman.

Clémentine Beauvais joue avec les mots, mais c’est avec passion, elle se moque de ses personnages, mais c’est avec tendresse, elle se joue du lecteur, mais c’est avec respect, elle raconte une histoire d’amour qui consume deux êtres, et c’est avec justesse.
Je m’en suis pris plein la vue et le cœur en lisant Songe à la douceur. C’est pourquoi j’ose l’écrire comme d’autres l’ont écrit, avec la plus profonde sincérité : je n’avais pas eu, depuis longtemps, un coup de cœur aussi grand et honnête pour un livre.
C’est un roman dont la richesse littéraire et émotionnelle m’ont tant bousculé qu’il est très difficile d’en parler ici en étant bref (hum, hum) et clair (je pars, je crois, un peu dans tous les sens).
C’est comme si Clémentine Beauvais s’était dit : « Dans ce roman, je vais tout mettre, tout » et qu’elle avait réussi.
C’est tellement puissant qu’elle ne pouvait terminer son histoire que comme elle l’a fait : avec passion, avec tendresse et en laissant une porte ouverte. Comme ça, le lecteur peut s’y glisser, et y mettre ce qu’il veut. Y poser la seule chose qui manque à l’histoire pour qu’elle soit parfaite : un petit fragment de lui.
C’est ce que j’ai fait.
C’est ce que d’autres ont fait.
Et c’est ce que vous ferez si vous le lisez.
Alors l’œuvre vous semblera aussi complète qu’elle doit l’être.
Et vous pourrez refermer le livre heureux mais avec une petite pointe au cœur. Et l’envie de le rouvrir. Et la peur de s’y perdre une nouvelle fois.


« Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes. »
- Baudelaire

D'autres livres de Clémentine Beauvais :
Le dernier en date, c'est génial.
Pour les plus petits : génial aussi.
Le premier que j'ai lu : ♥
L'un des premiers : étouffant et fort !
Un album... en vers !

Rencontrez le Sherlock Holmes des rêves !

Je vous ai parlé de ce roman il y a un peu plus d'un mois sur Facebook. C'était quand son auteur venait de lancer un mini-site à son sujet et que je vous disais : ça va déchirer ! Alors me voilà à mon clavier, à réagir un peu au dernier moment (oui, oui, j'avais un peu oublié...) pour vous parler rapidement de ce roman qui est sorti hier. Rapidement parce que je l'ai lu il y a quelques (lointains) mois, donc mes souvenirs ne sont plus très frais.

Et si cette phrase, cela va de soi, est loin d'être fausse... elle n'est pas entièrement juste non plus ! Parce que justement, les souvenirs, il m'en reste de solides. Certes, comme je l'ai dit quand je vous ai parlé de JONAH, j'étais en stage chez Didier jeunesse, j'ai donc travaillé (un peu) sur ce roman et cela m'a aidé à m'en souvenir. Mais je crois avec certitude que quand on se rappelle très bien d'un roman sept mois après l'avoir lu, cela ne peut être que bon signe.

Entrons, enfin, dans le vif du sujet.
Prenez Sherlock Holmes. Maintenant imaginez que plutôt d'enquêter de façon classique... il enquête en rêves. Alors vous avez Arjuna Banerjee.
On est en Angleterre, au tout début du XXe siècle. Christopher Carandini, jeune reporter sans emploi, répond à une annonce un peu bizarre dans le journal et se retrouve à travailler à côté de l'encore plus étrange détective.
Il devient en effet l'assistant de Banerjee. Sa mission première ? Veiller à ce que son sommeil ne dépasse pas vingt-six minutes, au-delà de quoi le pire pourrait arriver...

Eric Senabre construit en quelques chapitres seulement un univers riche. C'est un peu farfelu mais très original et malgré tout complexe. À travers son personnage singulier et cette manière d'enquêter particulière, l'auteur nous emmène dans les méandres de l'esprit humain. C'est complexe, oui, mais toujours fluide et évident. On comprend. On est fasciné. On y croit.

Et si on y croit, c'est parce qu'on est entraîné dans une intrigue tout aussi dense et complexe. Un jour, une enquête donne un peu de fil à retordre à Banerjee : il s'agit d'un meurtre à huit clos. Et le client ? La victime du meurtre en personne. Puis de fil en aiguille, la-dite enquête grandit, se ramifie et prend petit à petit une ampleur insoupçonnée. Et nous voilà plongés avec puissance au coeur d'une affaire passionnante où enjeux politiques, ambitions personnelles, rivalités industrielles, le passé de nos personnages et notre enquête de départ se mêlent.

Moi qui ai une grande partie de la bibliographie d'Eric Senabre dans ma PAL (il a déjà publié quatre autres romans chez Didier jeunesse et une série de courts romans pour les plus jeunes), je suis entré dans son œuvre grâce à un roman de grande facture !

Les premières pages, voire les premiers mots, immergent le lecteur avec rapidité et efficacité. Les personnages, hauts en couleur et terriblement attachants, sont dessinés avec finesse dans leur excentricité, leurs singularités, leurs sensibilités et leurs parts d'ombre. Ils portent à tous les deux un récit dense mais captivant qui transporte le lecteur de plus en plus loin dans le labyrinthe du cerveau humain, les tensions entre les personnages et leurs ambitions et les heures sombres de ce Londres du XXe siècle...

Le souffle fantastique qui revivifie le roman est savoureux.
La complexité de l’œuvre est stimulante.
Sa construction est remarquable.
Et le final est magistral !

Pas besoin d'en rêver pour savoir que ce roman vous obsède déjà. Courez en librairie.

http://medias.hachette-livre.fr/media/contenuNumerique/026/319249-001-C.pdf?utm_source=splio&utm_medium=email&utm_campaign=Le%20dernier%20songe%20de%20Lord%20Scriven
Le communiqué de Didier jeunesse

J'ai (re)lu Harry Potter !

Il est sans doute un peu étonnant de constater que je n'ai jamais lu la série Harry Potter dans son entier, quand on sait ce que la littérature jeunesse représente pour moi. Je dis que c'est étonnant, tant pour vous que pour moi.
Avec du recul, je me dis "C'est vrai, ça. Pourquoi, moi qui suis un grand amoureux et un fin connaisseur de la littérature jeunesse et notamment des romans qui la composent, pourquoi ne me suis-je jamais vraiment tourné vers ce classique de la littérature jeunesse ?"

J'ai plusieurs explications à cela. Non pas que je me sente obligé de justifier le fait que je n'ai pas lu Harry Potter plus tôt. Je trouve juste intéressant d'essayer de comprendre pourquoi. Et je trouve ça plus intéressant d'écrire une chronique sur ce sujet plutôt que de développer sur de longues lignes mon avis sur le roman. Avis que je donne dans la vidéo que j'ai publié tout à l'heure et que je prendrai le temps de vous résumer un petit peu plus bas. Avis que vous n'avez pas tant besoin que ça de connaître, puisqu'il est redondant avec les centaines de milliers d'autres que vous avez pu intercepter...


D'abord, je crois juste que Harry Potter n'est pas vraiment un phénomène de ma génération, mais de celle juste avant moi. Quand le premier tome de Harry est sorti en France, j'avais un an. Quand le premier film est sorti au cinéma, j'en avais quatre. Si mes souvenirs sont bons, j'ai vu le deuxième au cinéma, mais pas le premier. J'aurais pu, comme beaucoup beaucoup d'autres, les lire à rebours. Mais je ne l'ai pas fait.
Sans doute parce que je baignais dans l'univers des films, que j'adorais, et que cela me suffisait.
Sûrement aussi parce que c'était un peu "le truc" de mon grand frère. Celui-ci les dévorait, ma mère faisait de même, ils partageaient ça ensemble et d'une certaine manière je le vivais presque par procuration et n'avais pas besoin de m'y mettre moi aussi. C'est là une théorie bien bancale et l'idée la plus fragile de ma chronique. Mais j'ai du mal à mettre des mots sur ce que je ressens. C'est un peu comme si je n'avais pas eu la curiosité de me tourner vers l'histoire du célèbre petit sorcier.
Enfin, et c'est sans doute là le plus important, parce que j'avais mes propres Harry Potter. Bien sûr, je n'avais aucun livre avec un univers semblable, ni aucune série pouvant générer un tel engouement et fédérer une communauté si importante. Mais j'avais des dizaines d'autres livres pour bercer mon enfance. La série des Quatre filles et un jean m'a accompagné pendant longtemps, Peggy Sue m'a porté pendant de longues années, Tobie Lolness a ô combien marqué mon enfance. Et puis je vous le disais dans une autre chronique, Mathieu Hidalf a été, quelques années plus tard, mon Harry Potter à moi.

J'ai lu Harry Potter avant 2016. Une fois. Il y a quelques années. Quand ? Je ne sais plus. Mais j'étais passé à côté. J'avais trouvé ça sympa, sans plus. Je l'avais lu POUR le lire, parce qu'on m'avait un peu forcé la main, parce que quand même, il était temps que je le lise !
Cette année aussi je l'ai lu un peu pour les mêmes raisons. Mais avec, sans doute, cette réelle curiosité qui m'avait manqué la première fois. Il me semble avoir été beaucoup plus réceptif à l'univers d'Harry Potter que la première fois.

C'est pourquoi jeudi dernier, à l'occasion de la deuxième Nuit Harry Potter lancée partout dans le monde par Bloomsburry (l'éditeur anglais de JK Rowling), j'ai décidé de relire l'intégralité du tome 1. Je l'ai fait, entre 20h45 et 4h26. Ca a été fatigant (surtout le lendemain) mais immersif et passionnant.

Je me suis totalement laissé happer par l'univers magique, fascinant et inventif de JK Rowling. Chaque page regorge de trouvailles originales et délicieuses, que le lecteur se plaît à découvrir et s'approprier. Je me suis profondément attaché aux personnages, qui ont ce côté burlesque, caricatural et ironique qu'ils doient au style acéré et efficace de l'auteure mais ils sont aussi caractérisés par une justesse étonnante, réaliste et touchante. Mais par-dessus tout, entraîné par le rythme de l'intrigue, les rebondissements, les surprises surgissant de l'imagination de JK Rowling, je me suis surpris à rire très régulièrement. Les piques ironiques de l'auteure, ses remarques et touches d'humour lancées çà et là, le comique des situations, des personnages ou des dialogues m'ont surpris et emporté.

En terminant le livre, on se dit que c'est simple et que... ce n'est pas sorcier. Mais pas tellement. C'est là que réside la magie de Harry Potter : dans la plume de JK Rowling, que celle-ci fait s'envoler avec inventivité, humour et un talent pétillant ! Wingardium Levioca...

Je n'ai plus qu'une hâte : me plonger dans la suite de la série et retourner à Poudlard. Car une chose est sûre : JK Rowling sait raconter les histoires. Petits et grands se sont laissés ensorceler. La preuve, ça fonctionne encore...


Toutes les photos sont issues de mon compte Instagram, que je vous invite à suivre ! ^-^

Dans le désordre



                Dans le désordre de la vie, je cherche le temps de vous écrire. J’essaye de grappiller quelques minutes ici et là pour vous déposer quelques mots au creux des yeux. La semaine est bientôt terminée, et il y aura sans doute une nouvelle vidéo publiée dimanche. Mais qu’importe, j’ai pris en 2016 la bonne résolution de publier au moins un article par semaine. Je n’échouerai pas dès les premiers jours.

                Dans le désordre de la vie, je cherche le temps d’écrire.  D’autres cherchent juste le temps de vivre. Le temps de lire, le temps d’écrire, le temps d’aimer, tout ça, c’est du temps volé, écrivait Pennac. Le temps de vivre aussi. Peut-être. Dans le désordre c’est un roman réaliste, un roman-souffle, un roman social, un roman bouleversant, un roman d’amour, un roman de vie. Mais si là vous deviez vous arrêter de lire cette chronique et ne savoir qu’une chose, c’est que ce roman essentiel raconte l’histoire de sept personnages qui, dans le désordre d’aujourd’hui, dans la fureur et la passion, volent le temps de vivre.

« Au début, Jeanne a envie de visser les écouteurs sur ses oreilles, s’envoler dans les cris qui niquent le blizzard, lui rappellent que l’ennui est un crime, la vie un casse du siècle, un putain de piment rouge. »

                Il faudra commencer par dire ça : Marion Brunet, au détour d’une page, de deux phrases, place son roman sous le signe, la musique, les mots, la lumière vacillante de Fauve. C’est discret, seuls ceux qui les écoutent ont pu voir ça. Mais Fauve – et Dans le désordre – c’est ça : un cri, des mots parfois crachés. C’est dur, brut et parfois un peu déprimant. Mais c’est aussi la passion, la fureur de vivre, l’espoir, un espoir ardent, et l’amour, un amour dévorant. Il ne faudra pas l’oublier.


                Je vous parle de vol, d’émotions bouleversantes, de fureur, d’ardeur, d’amour dévastateur, de passion qui vibre sous l’encre. Et pourtant, les premiers mots qui me sont venus en lisant le rman, c’est le calme, la douceur. Ce ne sont pas les personnages, ni leur histoire, ni les sentiments, ni l’essence du roman. C’est la forme. Il y a quelque chose de plus réservé dans l’expression, comme si Marion Brunet prenait plus le temps de raconter ses personnages. Le style s’est affûté au fil des romans, il est devenu plus littéraire, plus fin, mieux ciselé. L’auteure en a aujourd’hui une maîtrise remarquable qui lui permet une grande justesse.

                Parce que la justesse est inscrite au plus profond du roman comme les lignes de nos mains. C’est comme une veine qui le nourrit, comme une rivière qui s’y déverse, comme une vague qui le caresse. Dans le désordre, comme je l’écrivais plus haut, a cette vérité de tous les jours, cette vérité du coin de la rue qui en fait un « roman social ». Dans le désordre parle de nous, mais surtout des autres, le roman parle  des villes, du pays, de la société, l’histoire parle de peuple, de classes, d’inégalité, d’injustice, de colère, Dans le désordre parle de marge, de frontière, de laissés pour compte, de différents. Il dresse un portrait lucide, assez amer, parfois dérangeant, un peu douloureux, de la société. C’est dur, difficile, ça remue et ça griffe notre existence plutôt tranquille. Mais c’est un portrait incisif, qui frappe pile au bon endroit, là, ce point fragile et vulnérable de vous qui ferme les yeux souvent, et les ouvre parfois avec douleur.

                 Mais ce serait un peu triste peut-être, un peu trop dur, ce serait même plat et assourdissant de lire un roman qui ne serait que ça. L’intérêt même du roman, sa force et sa puissance, c’est qu’il est à double tranchant.
« Une vie différente implique aussi un monde différent. Par quoi commencer, en premier ? A l’envers et dans le désordre, elle pense, et ça la fait sourire, comme le désordre de son cœur, qui prend une place dingue, presque toute, dès que Basile la frôle. » 
                Les sept personnages se sont trouvés un peu par hasard, les voilà réunis avec leurs cicatrices et leurs écorchures. Un peu bancals, un peu blizzards dirait Fauve. Mais sincères, furieusement sincères.

                Plus que la société, c’est eux que Marion Brunet raconte. Elle raconte leurs vies, leurs failles, leurs espoirs, leurs amours, leurs espoirs, leurs désirs, leur foi, leur envie, leur force, leur puissance, leurs peurs, leurs déceptions, leurs erreurs, leurs conquêtes, leurs batailles, leur vie. Le portrait est juste, touchant, sensible. Avec une tendresse et un instinct protecteur poignants, l’auteure saisit par petites touches réalistes et délicates chacun des humains qu’elle place sur cette scène qui craque, grince et tangue.

                C’est un peu ça finalement, que Marion Brunet fabrique : le carrousel, le théâtre poussiéreux, bancal mais vif et indomptable de nos existences. 
               Devant nos yeux : le portrait saisissant et craquelé d’un monde qui est nôtre et qu’on embrasse, même ses cicatrices.
                Derrière, dans nos entrailles : des braises qui crépitent et n’attendent qu’un mot.

 « Il y a de la vie dans les livres, tu sais » dit le père de Jeanne à sa fille, dans le cocon d’une forêt solitaire – le leur.
            Et Dans le désordre déborde de vie.
                Ils sont là : aujourd’hui, le monde, la société, sept personnages vivants et furieux, nos villes et notre pays, nos colères et nos amours, les failles, les blessures et l’espoir.
                Ils sont là, avec humilité, avec justesse, avec foi, avec profondeur, avec densité, avec puissance, avec douceur, avec les mots et avec nous. Nous.

                Dans le désordre est un roman brut et cassé. Qui dit qu’il est parmi nous des vivants en colère. Mais dans la colère on peut aimer. Il ne faudra pas l’oublier. Ne pas oublier d’aimer.
                Dans le désordre est un roman-souffle. Un souffle furieux, littéraire, coupé, craché, doux. Le souffle qu’on prend avant de frapper, celui qu’on prend pour crier, celui qui nourrit un baiser, le souffle qui rugit dans le désordre des  battements de nos cœurs.

 « Avec ce slogan au milieu des vagues – une phrase que Jeanne fait sienne, qu’ils font leur :
JE HAIS INFINIMENT
PARCE QUE J’AIME SANS RESERVE
En elle, une joie sublime éclate au point de la faire trembler.
Je suis chez moi. Je suis chez moi. »

 Dans le désordre, Marion Brunet, Sarbacane, collection Exprim', 15€50, 256 pages

A pas de loup

Je suis revenu à pas de loup sur le blog mercredi dernier.
Il faut dire que je m'étais fait encore plus discret durant tout le mois de décembre. Ça a un peu été le cas pendant toute l'année en fait, mais ça on aura le temps d'y revenir.
A pas de loups me revoilà sur le blog. A petits pas me revoilà sur YouTube.

Ce n'est qu'avec du recul que je me suis rendu compte que le mois avait été vide, et mouvementé.
Pourtant, il a commencé en beauté. Le 4 décembre, j'étais au CNL pour parler Booktube, son présent, son avenir. Du 5 au 7, j'étais au SLPJ où j'ai passé 3 jours fabuleux. Je suis revenu de mon séjour parisien plein de joie, d'énergie, d'envies et d'idées. Et puis tout s'est précipité. Une fois La Grande Librairie sur la littérature jeunesse et la vidéo que j'y ai consacrée passées, j'ai plongé. Vous l'avez peut-être lu entre les lignes de mes derniers articles, mais il y a eu beaucoup de travail, un découragement inattendu, des envies inassouvies, de la fatigue, et des sentiments en pagaille.


J'ai quand même eu le temps de faire un paquet de choses.
Marcher dans les allées d'un marché de Noël, profiter de mes amis, danser, m'amuser...
J'ai même participé le samedi 12 décembre à la présentation des coups de coeur de la librairie Comptines pour Noël. J'étais avec Tom (La Voix du Livre) et j'ai croisé une blogueuse d'origine canadienne qui parle de littérature jeunesse sur son petit morceau de Toile. C'était un petit-déjeuner riche, sympathique et joyeux comme il faut pour débuter un beau weekend !



Je ne me plains pas de mon mois de décembre. Je vois sa richesse. Je me nourris de tout le bonheur qu'il m'a apporté. C'est incommensurable.
Je constate juste que je me suis fait tout petit à certains endroits. Je constate juste qu'arrivé en vacances, je me suis un peu écroulé. J'ai relâché toute la pression physique, intellectuelle et émotionnelle que j'avais accumulée.
J'ai faite une pile à lire des vacances en sachant que je ne la lirai pas. J'ai eu plein d'idées pour la chaîne et le blog. J'ai eu plein d'envies et d'objectifs.
Mais je me suis écroulé sur tout ça, je me suis roulé en boule sous une couette pour finalement mal y dormir. Et j'ai consacré mon temps à pas grand chose, à ma famille, aux autres et à leurs cadeaux, aux fêtes, à l'ambiance de Noël.
Samedi soir, quand je me suis couché, mon esprit s'est mis à tourner à cent à l'heure. La faute aux valises prêtes pour ma deuxième semaine de vacances ? A la famille partie ? Au rangement ? Aux plannings de janvier faits ? Au travail doucement repris ? Je l'ignore. Mais ce soir-là, j'ai mis une heure à m'endormir parce que mon cerveau était soudain stimulé par mille idées, comme cela m'arrive parfois et comme cela m'avait un peu délaissé ces derniers temps, trop pris que j'étais par mille autre pensées (une en particulier). J'ai mis au point le déroulement de mes prochaines vidéos, réfléchi à tout un tas de choses sur ce que je devais faire, envisager et j'ai même osé penser un peu aux mois à venir et à mon avenir tout court.
Oui, j'avais la tête pleine et l'esprit bouillonnant.
Ca a été plutôt bénéfique.
Et me revoilà, à pas de loup je vous murmure pardon pour ma discrétion.

Et je vous le dis: mon enthousiasme, ma motivation et ma stimulation sont de retour pour démarrer 2016. Je suis plein d'espoir pour la nouvelle année. Elle ne pourra qu'être magnifique, non ?

Et puis si vous voulez un conseil lecture et que vous n'avez pas trop de temps comme moi, vous n'avez qu'à vous procurer Mauvais fils de Raphaël Frier. C'est sorti chez Talents hauts à 7€, il fait à peine 100 pages et il se lit en une petite heure. Mais qui dit court peut aussi dire de qualité. Et qui dit court peut surtout dire fort. Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est un livre "coup de poing" car il ne m'a pas autant bouleversé que des livres comme A copier cent fois d'Antoine  Dole. Cela n'en reste pas moins un texte sincère, sensible et fort qui donne à entendre sur plusieurs années la voix d'un adolescent rejeté par ses parents à cause de son orientation sexuelle. Le personnage nous emporte avec lui le temps de quelques années mouvementées mais décisives pour sa vie. L'histoire m'a semblé réaliste, juste. Le personnage dévoile ses failles et ses forces avec émotion. Le style s'empare de sa voix avec habilité. Une lecture rapide mais un texte dense et juste.

Regardez, j'ai déjà publié une nouvelle vidéo.
Vous trouverez bientôt sur le blog un article qui lui sera consacré.
(cliquez sur l'image)
https://youtu.be/_LBEuvA9KCo