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Le fougueux pays des histoires : Alma de Timothée de Fombelle


La première fois que j’ai entendu parler d’Alma, au-delà de la joie extatique qui m’habitait à l’idée d’une nouvelle grande histoire signée Timothée de Fombelle (on ne change pas une équipe qui gagne, n’est-ce pas), j’ai d’abord été gaiement étonné d’apprendre que son prochain héros serait une héroïne. Pour un auteur qui donne toujours vie à des personnages secondaires féminins hauts en couleurs – de la mystérieuse Elisha à l’envoûtante Oliå en passant par la tempétueuse Ethel et la rassurante Mademoiselle – cela annonçait une héroïne incarnée et un vent de nouveauté peut-être pas si anodin. Après Tobie, Vango, Joshua Perle… ce serait donc Alma. Alma. Un nom derrière lequel Timothée de Fombelle annonçait une épopée entre trois continents au temps du commerce triangulaire. Un nom et un synopsis qui tiraient derrière eux le parfum des embruns, la piqûre du sel, la morsure de l’océan et le vent de l’exil. Evidemment. Si Timothée de Fombelle envoyait une héroïne arpenter les lignes de son nouveau roman, c’était pour mieux renouer avec ses thèmes de prédilection : « la routine, l’exil, les grands espaces », comme il le dit dans une interview qu’il a accordée à Babelio, site pour lequel je travaille. J’avais vu juste. Non pas par un incroyable talent de perspicacité, mais car c’est bien là le talent de Timothée de Fombelle à dresser un décor et une histoire en trois mots tendus comme un cadeau. Cependant, j’étais loin de me douter des éléments qui venaient encore derrière, accrochés à ce roman comme des coquillages à la poupe d’un bateau. Le souffle de la trilogie, l’enivrant présent des contes, la farandole inattendue de personnages qui font se demander au lecteur s’il n’y a pas plutôt une poignée de héros et héroïnes à ce roman, la douleur de l’histoire réveillée par la vie, le tissu de la réalité et de l’imaginaire que mon auteur favori sort d’un placard pour nous en couvrir le temps de quelques dizaines de pages. On ne connaît jamais mieux les secrets d’une histoire qu’en s’asseyant pour l’écouter. Et celle-ci, contée par Timothée de Fombelle, m’a une fois de plus emporté. Serez-vous surpris d’apprendre qu’Alma m’a enivré et renversé le cœur et que je n’ai plus qu’une hâte, après vous avoir enjoint à le lire : pouvoir lire la suite ? Embarquez donc avec moi le temps d’une chronique et larguons les amarres vers le fougueux pays des histoires.

Le pays des histoires, c’est d’abord celui des Okos. Les Okos, c’est la douce astuce de Timothée de Fombelle dans la tempête de son histoire, de l’Histoire. C’est grâce à ce peuple fantasmé qu’il embarque le lecteur, qu’il ajoute une couche de mystère à la trilogie et qu’il lui donne une impulsion. Comme un coup de talon sur la croupe d’un cheval, le mystère des Okos que Timothée de Fombelle selle au début du roman donne l’impulsion à l’histoire pour se mettre soudain à galoper dans l’imaginaire du lecteur. Une vallée de bonheur, une dernière famille, une Alma qui va être jetée dans les chemins de l'Histoire, une paix fragile comme une toile d’araignée. Il suffit d’un souffle et de quelques chapitres et la machine est lancée.

Mais comme je l’évoquais en introduction, ce qui m’a particulièrement frappé dans ce nouveau roman, c’est sa large et fourmillante galerie de personnages qui se battent le premier rôle. Si la trilogie porte le nom d’Alma et bien qu’on voie vite l’intrigue se nouer autour d’elle comme le fruit autour de son noyau, Timothée de Fombelle nous embarque aux côté de plusieurs figures fortes et attachantes, à commencer par sa famille. Elle était certes vitale dans ses précédents romans – ses héros étaient souvent en fuite vers leur propre histoire et en quête d’une famille – elle est ici à l’origine de l’aventure et l’on suit presque tous ses membres séparément. Cela s’explique par un simple et important tour de passe-passe d’écrivain. Plutôt que de renverser la chronologie dans tous les sens à la façon de Tobie Lolness et Vango, Timothée de Fombelle remet ici les choses dans l’ordre chronologique, raconte son histoire au présent et donne ainsi un sens nouveau à sa narration. (Il en parle lui-même dans la vidéo qui sortira sur ma chaîne incessamment sous peu… !) Son histoire trouve dans cette construction une vitalité flamboyante et un enjeu puissant : le but d’Alma – rassembler sa famille semée aux quatre vents – devient celui du lecteur. Et la famille n’est pas un idéal ou un souvenir lointain rêvé par son héros mais un paradis perdu auquel on a nous-même goûté. Mais plus encore que la famille d’Alma, ce sont plusieurs personnages d’abord déconnectés de sa trajectoire qui vont faire irruption dans le roman. Joseph d’un côté, le matelot intrépide, joyeux mais mystérieux. Amélie, aussi, la fougueuse, fascinante et coriace jeune Rochelaise.
« S'il l'éteignait, maintenant, il resterait assez de lumière pour toute une vie, car deux petits feux viennent de s'allumer devant Joseph. Les yeux d'Alma. »
 Peut-être aurez-vous le sentiment, en me lisant, que Vango était déjà passé par là question fresque de personnages ébouriffante. Mais la particularité d’Alma, c’est bien la place qu’ils tiennent dans l’histoire. Tout autant héros et héroïnes les uns que les autres, leur fils narratifs respectifs se lient avec habilité et même sans flashbacks, Timothée de Fombelle surprend par la limpide complexité qu’il crée avec tout ça.


Alors oui, certains passages, notamment dans La Belle Amélie, ont légèrement égaré mon attention. Là où les pesants mystères de La Rochelle et l’envoûtante magie des Okos m’ont happé, cet impressionnant navire, lieu d’intrigues et de tensions, m’a parfois un peu plus ennuyé. Difficile de comprendre s’il s’agit d’un simple désintérêt personnel (j’ai pourtant adoré les quelques chapitres de Tous les bruits du monde qui flairaient bon le goût du sel et les histoires de pirates des Trois vies d’Antoine Anacharsis)… ou plutôt de quelques longueurs qui auraient mérité d’être élaguées pour fuser sur l’écume.

Mais cet aspect de mon point de vue reste minime, c’est le grain de poussière un peu gênant qu’on a tôt fait d’oublier tant l’ensemble est solide et brillant. Il faut reconnaître aussi que si Timothée de Fombelle revient avec Alma à une série de romans un peu plus jeunesse que ne l’étaient ses derniers grands romans (Le Livre de Perle ou Vango), ce n’est pas une raison pour dire que sa plume perd en subtilité, sa narration en tension et ses sujets en densité. Timothée de Fombelle a souvent dit que la littérature jeunesse était un défi pour lequel il faut se mettre sur la pointe des pieds, à hauteur de l’imaginaire des enfants. Il le prouve avec ce nouveau roman, qui prend place à la fin du XVIIIème siècle, en pleine traite des noirs. Le sujet du racisme toujours aussi important aujourd’hui, et malheureusement d’actualité, est ici abordé avec humilité et ambition. Il transperce l’aventure mais aussi l’écrivain qui transparaît presque derrière ses personnages, comme pour dire au lecteur qu’il a besoin d'aide à comprendre. Avec Alma, Timothée de Fombelle raconte mais n’explique pas. Il n’explique pas la cruauté. Il n’explique pas le froid calcul de ce commerce inhumain. Il se contente de glisser entre les lignes du réel une aventure gorgée de l’émotion de cette époque. Cette nouvelle aventure est tissée d’enjeux forts (l’économie, l’esclavage, le pouvoir, mais aussi la famille et le déracinement) et ils rendent plus graves que jamais certains pans de son écriture.

« Comment est-il possible que ce jour-là, un cerveau si jeune, si limpide, aux milliards de neurones si parfaitement connectés, ne pense pas un instant aux cent cinquante esclaves qui travaillent sur ses terres de Saint-Domingue, aux cinq cent cinquante captifs enfermés sur La Douce Amélie, et à tous les autres ? Comment la perte de ses parents et de ses biens, ce minuscule cataclysme, ne lui fait-elle pas ouvrir enfin les yeux sur l'immensité des drames que vivent ces hommes et ces femmes ? Sur la fin de la liberté, la fin de tout un monde ? Sur les maisons et les parents disparus par millions ? Sur tous les enfants perdus ? »

Les illustrations de François Place, toujours aussi fines, intimes et grandioses, offrent à cette épopée une envolée propre aux grandes aventures : de la légèreté, de l'ampleur et de la consistance. 

Aussi, la dernière partie du roman m'a totalement happé et je n'ai pu m'arrêter de lire qu'après la dernière ligne, les doigts usées comme la corde à force de frénétiques pages tournées et les yeux gonflés de sommeil comme les voiles d'un bateau. Le souffle court d'avoir tant voyagé, je me suis retrouvé là, un peu plus ému, un peu plus heureux, un peu plus grandi d'avoir lu ce roman dont la construction tourbillonnante et le final virtuose donnent le tournis.
On retrouve dans cette nouvelle trilogie tout le sel de l’écriture de Timothée de Fombelle. Certains schémas et astuces narratives feront échos aux plus fervents lecteurs de l’auteur qui retrouveront avec mélancolie et bonheur la plume d’un auteur dont on ne présente plus le talent. Et pourtant, le souffle de l’Histoire n’avait jamais autant habité une de ses aventures et il se renouvelle là avec éclat tout en renouant avec l’urgence et l’insouciance de ses premiers romans. Au présent, préparant une trilogie, de façon linéaire et en cavalant aux côtés d’une galerie de personnages vivants et incarnés, Timothée de Fombelle raconte. La chronologie se déroule comme une bobine de fil derrière laquelle on court pour tenter de la rattraper… et surgit en nous le plaisir que suscite d’ailleurs chacun de ses romans : le plaisir des histoires. Des histoires où enfants, pirates, villes, aventure, océan, contes et magie cavalent. Des histoires douloureuses ou virevoltantes, et peut-être même les deux. Des histoires où l’Histoire s’invite. Malheureusement. Des histoires de liberté. Des histoires devant lesquelles s’asseoir pour simplement écouter.
« Et peut-être qu'Alma et sa liberté ont raison, pense Nao en la regardant. Oui, elle sera mieux à semer sa fièvre dans les collines plutôt qu'à attendre ici. »

Top/Flop • Mes dernières lectures


Il y a un peu plus d'une semaine, je vous présentais sur la chaîne mes dernières lectures, qui m'ont accompagné de fin novembre 2017 à début février 2018. Pour enrichir cette vidéo et redonner un peu vie au blog, je me suis dit que ce serait chouette de vous parler ici de mes dernières lectures au travers d'un Top/Flop !
D'ordinaire, je mentionne à chaque fin de vidéos les lectures qu'il faut retenir. Mais pourquoi ne pas prendre l'habitude de le faire par écrit, ici-même ? J'attends vos avis en commentaires 😉

4 coups de cœur à lire absolument

Parmi ces onze lectures, quatre m'ont vraiment marqué. Je vous conseille de les noter... et de courir en librairie ou en bibliothèque vous les procurer !


  • Trois filles en colère, d'Isabelle Pandazopoulos (Gallimard jeunesse - Scripto) : dans ce roman épistolaire, trois destins s'entrecroisent, ceux de trois jeunes-filles vivant à Paris, Berlin et en Grèce au début des années 60. C'est avec passion et à bout de souffle que l'on va suivre leur histoire, alors qu'elles sont chacune propulsées dans leur vie d'adulte à cause d'un contexte politique et social mouvementé : le mur de Berlin, la situation politique grecque et les contestations sociales qui vont mener, dans toute l'Europe, à Mai 68. Un roman qui m'a traversé et dont je vous reparle très vite !
  • Les Royaumes du Nord tome 1 : À la croisée des mondes de Philip Pullman (Gallimard jeunesse - Folio junior) : j'ai ENFIN lu ce classique de la littérature jeunesse et je n'ai pas du tout été déçu. La force du personnage de Lyra, la complexité de l'univers de Pullman qui m'a hypnotisé, la puissance de cette histoire et des problématiques abordées, la magie de ces aventures. Tout m'a ensorcelé, passionné et donné envie de lire la suite !
  • Sous le soleil exactement d'Anne-Fleur Multon (éditions Poulpe Fictions) : les quatre héroïnes de Viser la lune, le tome 1 de la série Allô Sorcières reviennent dans un tome 2 encore plus passionnant et mieux maîtrisé que le premier. J'ai une nouvelle fois été séduit par les aventures de ces petites collégiennes, cette fois-ci amenées à mener l'enquête dans le manoir du grand-père d'Azza. L'autrice aborde ici avec malice et humour des thèmes essentiels : le premier amour, l'amitié, la grossophobie et la tolérance de manière générale. Essentiel et lumineux !
  • Ma reine de Jean-Baptiste Andréa (éditions de l'iconoclaste) : ce roman, récompensé par de nombreux prix littéraires, méritait l'encensement médiatique dont il a bénéficié. L'écriture à fleur d'émotions de l'auteur, l'inquiétude et la tension qui suivent l'histoire de Shell, l'étonnante lumière qui se dégage de son amitié avec "sa reine"... Tout a réussi à me séduire, à me tenir en haleine, à me bouleverser et à m'emporter. À lire à tout prix.

Une déception

Pas de flop ce mois-ci, mais plutôt une déception par rapport aux attentes que j'avais sur ma lecture.

Libérez l'ours en vous, le nouveau roman de Carole Trébor, publié aux éditions Syros, me tentait énormément pour les thèmes qu'il aborde : le théâtre au lycée, les relations élèves/professeurs et la façon dont ces échanges peuvent construire des adolescents et les relations qu'ont ces adultes en devenir entre eux ou avec leurs familles. C'est un roman riche et addictif, notamment par la dynamique mise en place par les trois narrations qui s'entrecroisent : le roman, les échanges de mails entre les élèves et leur professeure, les extraits de la pièce de théâtre jouée dans le livre. Malheureusement, beaucoup de passages, notamment les dialogues, m'ont semblé sonner faux et je suis resté en recul sur l'histoire et les personnages qui, bien qu'attachants, ne m'attendrissaient pas et avaient même plutôt tendance à m'irriter.

Et bientôt...

Petit avant-goût des lectures que je dévore actuellement et dont je parlerai dans ma prochaine vidéo...


  • La Lune est à nous de Cindy Van Wilder (éditions Scrinéo) : un très beau livre sur la tolérance, l'acceptation, la résilience et l'adolescence. Une petite déception pourtant, malgré la puissance de son histoire ! J'en parle un peu plus dans la dernière émission de La Bouquinerie jeunesse.
  • Les Mille Visages de notre histoire de Jennifer Niven (Gallimard jeunesse) : l'autrice de Tous nos jours parfaits (que j'avais adoré et pour lequel Cassandra Croque Les Mots et moi l'avions interviewée) revient avec ce roman encore plus réussi que le premier ! Addictif, juste, touchant, important, ce roman aborde lui aussi la question de la tolérance et notamment celle de la grossophobie, avec deux personnages terriblement attachants.
  • Mathieu Hidalf, le génie de la bêtise de Christophe Mauri (Gallimard jeunesse) : le héros de Christophe Mauri, dont j'ai plus qu'adoré la saga en cinq tomes, qui a marqué mon adolescence et dont la fin m'a profondément ému, revient dans un court et joyeux préquel que je suis en train d'avaler ! J'ai hâte de vous dire à quel point j'ai aimé retrouvé l'impertinence et la lumière de ce génie de la bêtise...

La vidéo :


Faites de très belles lectures et surtout
portez-vous bien
Nathan

Charlotte Bousquet et le féminisme

Aujourd'hui, c'est la journée internationale des droits des femmes. À cette occasion, il y a un grand projet qui a été lancé sur Booktube : le projet Féminibooks. Chaque jour, un Booktubeur publie une vidéo sur un ou des livre(s) qui ont trait au féminisme.
J'ai participé à ce projet le weekend dernier ! Je me suis invité sur la chaîne de Cassandra : Le Bonbon au Cassis pour vous parler d'un roman que nous avons lu en lecture commune et que nous avons tous les deux adoré : Là où tombent les anges de Charlotte Bousquet, publié dans la collection Électrogène de Gulf Stream.



Pour compléter notre vidéo, nous avons également envoyé quelques questions à Charlotte Bousquet qui a gentiment accepté d'y répondre. Alors les voici !


Les questions de Cassandra / Le Bonbon au Cassis :

Comme on a pu le remarquer, dans Là où tombent les anges, mais également dans d'autres de vos romans, comme Sang-de-lune, le thème du féminisme vous tient particulièrement à cœur. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous intéresser au féminisme, à quel moment de vous vie cous êtes-vous considérée comme féministe ?

Je pense que je l’ai toujours été, sans nécessairement l’assumer. Adolescente et jeune adulte, je m’opposais à pas mal de normes sociales, sans toutefois avoir les armes ou le recul nécessaires pour me dire : « je suis féministe », etc. De plus, l’idée d’avoir une étiquette collée sur le dos me terrorisait (je n’aime toujours pas les étiquettes mais j’ai appris à faire avec). Le sexisme ordinaire m’agaçait « tu peux pas, t’es une fille », « les hommes sont plus intelligents/ forts/ capables de… que les femmes », et ce, dans tous les milieux, mais je n’avais pas envie d’approfondir (et puis, le web était quand même beaucoup moins développé…).
Les premiers déclics ont eu lieu avec l’écriture de Noire lagune (Gulf Stream) et du premier tome de L’Archipel des Numinées(Mnémos). Le second a été la rédaction de Précieuses, pas ridicules (Gulf Stream toujours), un documentaire sur le féminisme et les arts. En me rendant compte de la façon dont les femmes étaient purement et simplement effacées de l’histoire, de la création, des sciences, j’ai eu une sorte d’électrochoc. Et voilà…

En matière de féminisme, quels sont vos classiques absolus ? (livres, films, musique, tableaux, etc.)
Je botte en touche, pour cette question. Il y a énormément de références, d’essais, de romans, poèmes, etc. J’en cite quelques-uns, presque au hasard.

Une chambre à soi, de Virginia Woolf, Le guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses, de Catherine Dufour
Cuantos Piquetitos de Frida Kahlo et les portraits de Diane Arbus 
Wadjda, de Haifaa Al Mansour et Iron Jawed Angels de Katja von Garnier
Trio en ré mineur op 11 pour violon, violoncelle & piano de Fanny Mendelssohn et Bad Reputation de Joan Jett


D'après vous, de quelle manière la culture peut-elle permettre à notre société d'évoluer vers l'égalité ?
Question essentielle et complexe… D’abord, je crois que le web est d’une grande aide pour cela dans la mesure où il rend visible ce qui demeurait caché, inavouable, secret, etc. il y a quinze ans. Le féminisme existe via Internet, des personnalités comme Emma Watson avec HeForShe se battent pour un monde égal, des ONG dénoncent les injustices commises dans certains pays au nom du patriarcat, etc. D’un point de vue plus social, les violences envers les femmes sont enfin dénoncées – courts métrages, pétitions, prises de parole, témoignages – montrent la réalité et permettent une prise de conscience. Je crois que ça, c’est un grand pas en avant.
La culture, qu’il s’agisse de littérature, d’arts plastiques, de musique, de cinéma (ou séries), de bande-dessinées, et de photographie est essentielle à l’évolution du monde vers plus d’égalité, dans la mesure où – normalement – elle permet une ouverture et une réflexion sur l’autre, le monde, l’avenir… Une duologie comme La Symphonie des Abysses, de Carina Rozenfeld qui évoque différentes problématiques comme le genre ou le racisme, en est l’illustration parfaite.
Le problème, aujourd’hui, est selon moi politique avant tout : tant que l’éducation et la culture ne seront pas une priorité du gouvernement, on ne pourra pas progresser aussi rapidement qu’on le devrait vers une véritable société égalitaire. Et entre nous, ce n’est pas un hasard si les dictatures ont tout intérêt à étouffer les voix des artistes et museler l’éducation. Cela se fait de manière ouverte dans certains pays, dans d’autres ont fait passer ça avec une bonne dose de télévision et de malhonnêteté médiatique (importance du buzz, du scandale, de l’immédiat, etc.).

Mes questions / Le cahier de lecture de Nathan :

Si vous aviez vécu à l'époque de Là où tombent les anges, quel aurait été votre combat ? Celui de Solange ? Celui de Lili ? Celui des manifestantes ? Celui de Blanche ? ...
Voyons, avec mon Fabien à la guerre, mes chevaux réquisitionnés par l’armée… Une dépression, déjà. Ensuite, je me serais réfugiée chez mes parents et j’aurais écrit… au départ, de longs poèmes et des romans, ensuite j’imagine que je me serais penchée plus sérieusement sur le monde et que je me serais impliquée dans la politique à ma façon… littéraire.

Qu'est-ce qui est venu en premier pour écrire Là où tombent les anges : l'histoire ou le thème du féminisme ?
L’histoire de Solange… Qui au départ était celle de Lili… et aurait dû se passer en Argentine. En réalité, tout s’est construit ensemble : évoquer les femmes pendant la guerre, c’est venu pendant que je lisais de la documentation pour justifier la fuite de mon héroïne à Buenos Aires. Lili s’est effacée progressivement pour laisser place à Solange… et aux autres femmes du récit.

Quels sont les passages qui vous ont semblé le plus difficile à écrire ?
Tous ! Là où tombent les anges, je l’ai écrit à une période où j’avais énormément de doutes quant à ma carrière d’autrice (j’en ai toujours mais je me soigne J). Mes romans ne se « vendaient pas » (ou pas assez), selon certains éditeurs, j’étais trop « intello » (ce qui rejoint d’une certaine façon ma réponse à Cassandra… on vit dans un monde où pour certains, être intello est devenu une insulte).
Ce qu’il fallait, selon eux, c’était un roman avec une écriture blanche, si possible à la première personne pour faciliter l’identification de la lectrice (si, si…) et une intrigue suffisamment prenante pour provoquer un effet page-turner.
Et j’écoutais ces discours, je pensais à mon roman, à sa linéarité, son style, ses références. Et je me disais : « Merde, tu te plantes complètement, tu vas planter Électrogène, tu vas faire un bide… » J’ai failli arrêter aux alentours de 1915, je crois.
J’ai envoyé ce que j’avais déjà rédigé à Paola Grieco avec un SOS bien gratiné du genre : « cestnultenpensesquoijarrêtetoutjarrêtedécriredailleurs »…
Et j’ai reçu une réponse deux jours plus tard, qui m’a remis le pied à l’étrier. Du coup, la seconde partie a été bien plus facile à écrire, parce que plus apaisée.

En espérant que cette interview vous a plu, je vous invite très fortement à lire le roman de Charlotte Bousquet, qui a été un gros coup de coeur pour moi.
Là où tombent les anges, intello ? Peut-être . Page-turner ? Assurément !

Vous pouvez également visionner la version complète de ma participation à la vidéo de Cassandra :



À bientôt !
Portez-vous bien.
Nathan

De 2016 à 2017 : mon retour en 7 coups de ♥

Tant qu'à revenir pour redonner un souffle de vie à ce blog, autant le faire sur un coup de tête. Se lancer tant que j'ai un peu d'élan sans réfléchir, comme commencer un mémoire, comme se mettre en colère, comme on entre dans la mer, comme on tombe amoureux.

Je sais bien que mon absence a été longue et peut-être décevante (j'espère pas trop, quand même...). Mais je vous assure que pour moi aussi. Je n'ai cessé de me dire que je devais reprendre le blog plutôt que de me couler dans ce silence. Bien sûr, ce n'était pas seulement de la paresse et de l'appréhension de devoir me relancer là-dedans. C'était aussi des doutes - en avais-je encore envie/besoin/le temps ? C'était aussi un manque de temps, dû, entre autres, à la façon dont j'ai cherché à développer ma chaîne ces derniers temps. Et quelle réussite, puisque la voilà qui a dépassé les 2000 abonnés (merci, encore. ♥) ! Pourtant, c'était aussi une profonde envie de revenir. Et je m'en rends compte à l'instant, en écrivant ces mots : je retrouve l'indicible plaisir de vous écrire par le biais de ce blog. Et avec ce plaisir renaissent la passion et l'enthousiasme des projets qui se bousculent tout à coup tout en moi. Leur fulgurance m'avait manqué. Leur vivacité revenue me fait plaisir. Alors je crois que je peux le dire, tout penaud, tout désolé, tout ému et tout heureux : me revoilà.

Pour fêter ça et reprendre les choses doucement, je vous propose de revenir sur mon année livresque 2016 et de vous parler des livres qui ont marqué cette année ! Un petit top 7 (parce que 2000 dit 7 !), ça vous dit ? ♥ Mais aujourd'hui, on ne commence qu'avec les trois derniers du top 7, parce que sinon, l'article va être vraiment très long... :)

7. L'incontournable de Nathan

Puis-je vraiment, alors qu'un livre de Timothée de Fombelle est paru cette année, faire un top de mes lectures sans y inclure cet auteur ? La réponse, bien entendu, est non.
Georgia, écrit par mon auteur préféré, illustré par le grand Benjamin Chaud et créé, composé et mis en musique par l'Ensemble Contraste, a marqué la fin de mon année 2016.
Le plus étonnant dans ce livre-disque, c'est de voir combien tout est mis au service de la musique : les illustrations (que, personnellement, j'ai trouvé assez plates et pas aussi vives que le reste du projet, bien que l'univers chaleureux et pétillant de Benjamin Chaud lui corresponde !) et le texte (dont la simple honnêteté et la surprenante tendresse servent avec humilité la mélancolie de l'histoire et des musiques) qui s'efface derrière les voix des chanteurs.
Je me suis totalement laissé transporter par l'album. Je l'ai écouté en boucle pendant des jours. Et chaque mini-concert que j'ai vu, chaque lecture musicale, que ce soit au lancement de l'album en librairie ou au SLPJ de Montreuil m'a réjoui. ♥
L'émotion des chansons et de l'histoire m'ont emporté et j'ai eu un coup de coeur pour l'ensemble de cet univers si chaleureux et plein d'espoir alors même que la plupart des musiques sont teintées de la nostalgie du passé et de l'enfance.
Pour petits et grands cœurs transis de rêves.
Et au fait, j'en ai déjà parlé rapidement sur YouTube ici !

6. Le roman à lire avec un plaid et une tasse de thé

Je vais commencer à croire que cette auteur se spécialise dans l'écriture de romans-doudous parce que c'était déjà le cas pour l'incroyable Quatre sœurs, également signé Malika Ferdjoukh.
Dans Broadway limited, on est au coeur des années 50. On suit l'histoire un peu folle de Jocelyn qui débarque en pleine nuit, à New York, dans la pension Giboulées en croyant, sur un malentendu, pouvoir y être logé. Malheureusement, il s'agit d'une pension uniquement réservée aux jeunes filles et ne saurait tolérer l'arrivée d'un garçon en ses murs. Par chance, et au cours d'une discussion délicieusement surprenante et absurde que je vous laisse découvrir, Jocelyn a dans sa valise une soupe aux asperges... "au goût d'hier et d'éternité". Le voilà donc qui s'installe au sous-sol dans la dépendance de cette pension ô combien féminine.
Jocelyn vient à New York étudier la musicologie, mais il va se retrouver embarqué par le tourbillon de ces jeunes-filles qui ont pour la plupart des rêves de grandeur à Broadway en tant que danseuses ou actrices.
Ce tourbillon a le goût d'amour, de souvenirs, d'étoiles, d'une ville tentaculaire, de la guerre qui gronde encore en Europe bien qu'elle soit terminée, de neige et de froid, de théâtre, d'aventures du quotidien, de beignets, de stars, de comédies musicales, de culture américaine, de mal de pays, d'amis et d'amies, de fêtes et de découvertes, d'études et de musique.
Les personnages sont extrêmement nombreux et entraînent, avec Jocelyn, le lecteur un peu étourdi. Mais dans cet étourdissement scintillent des étoiles, bruissent la chaleur d'une pension et les rires de jeunes filles et tonne la musique ! C'est un délicieux étourdissement que Malika Ferdjoukh nous offre avec, comme toujours, une plume magique bricolée de banal et un univers comme un cocon duquel on voudrait ne jamais plus sortir.
Pour les fans de comédies musicales, les avides de romans d'ambiance et les yeux amoureux.
Celui-ci aussi, j'en ai déjà parlé sur YouTube ici et ici !

5. La bande-dessinée à savourer comme un conte

Cette bande-dessinée me faisait envie depuis longtemps quand une personne qui m'est très chère me l'a offerte en février dernier. Je l'ai commencée innocemment, prêt à savourer un joli moment de détente et j'ai découvert un véritable et authentique bijou.
L'Homme-montagne raconte l'histoire de deux hommes-montagnes : une grande et vieille montagne (le grand-père) et son compagnon de voyage, son petit-fils, une petite et jeune montagne. Un jour, cette première, le grand-père, annonce à l'autre qu'il va s'arrêter, se poser à un endroit agréable, et rester là pour toujours, en tant que montagne. Le plus petit n'est pas d'accord et veut l'aider et l'accompagner pour un dernier voyage. Trop petit pour le porter et soutenir son grand-père pour avancer, le voilà qui part pour un voyage solitaire en quête du vent, celui qui peut soulever les montagnes.
C'est une histoire profondément touchante sur la vieillesse et le fait de grandir, sur le deuil et surtout sur la vie, sur les voyages qu'on accomplit accompagné ou seul, sur des épreuves, des défis, des réussites et des sourires. Elle est portée par un texte fin, sincère et juste. Elle est portée par une narration originale, qui renouvèle avec fraîcheur la construction de la bande-dessinée. Mais surtout par des illustrations magnifiques qui n'ont cessé de m'émerveiller. 
Pour les cœurs qui grandissent et voyagent.
Si vous voulez voir quelques images de la BD et la vidéo dans laquelle j'en ai parlé l'an dernier, c'est par ici !

 
Pour un retour, ça fait un long article mais comprenez qu'après tant d'absence, les mots se sont écoulés du bout de mes doigts comme un torrent et il a même fallu un peu juguler ce flot-là ! :-) On se retrouve très bientôt pour la suite (et la fin) de ce top 7 avec mes 4 livres préférés de 2016 ? ♥