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Dans le désordre



                Dans le désordre de la vie, je cherche le temps de vous écrire. J’essaye de grappiller quelques minutes ici et là pour vous déposer quelques mots au creux des yeux. La semaine est bientôt terminée, et il y aura sans doute une nouvelle vidéo publiée dimanche. Mais qu’importe, j’ai pris en 2016 la bonne résolution de publier au moins un article par semaine. Je n’échouerai pas dès les premiers jours.

                Dans le désordre de la vie, je cherche le temps d’écrire.  D’autres cherchent juste le temps de vivre. Le temps de lire, le temps d’écrire, le temps d’aimer, tout ça, c’est du temps volé, écrivait Pennac. Le temps de vivre aussi. Peut-être. Dans le désordre c’est un roman réaliste, un roman-souffle, un roman social, un roman bouleversant, un roman d’amour, un roman de vie. Mais si là vous deviez vous arrêter de lire cette chronique et ne savoir qu’une chose, c’est que ce roman essentiel raconte l’histoire de sept personnages qui, dans le désordre d’aujourd’hui, dans la fureur et la passion, volent le temps de vivre.

« Au début, Jeanne a envie de visser les écouteurs sur ses oreilles, s’envoler dans les cris qui niquent le blizzard, lui rappellent que l’ennui est un crime, la vie un casse du siècle, un putain de piment rouge. »

                Il faudra commencer par dire ça : Marion Brunet, au détour d’une page, de deux phrases, place son roman sous le signe, la musique, les mots, la lumière vacillante de Fauve. C’est discret, seuls ceux qui les écoutent ont pu voir ça. Mais Fauve – et Dans le désordre – c’est ça : un cri, des mots parfois crachés. C’est dur, brut et parfois un peu déprimant. Mais c’est aussi la passion, la fureur de vivre, l’espoir, un espoir ardent, et l’amour, un amour dévorant. Il ne faudra pas l’oublier.


                Je vous parle de vol, d’émotions bouleversantes, de fureur, d’ardeur, d’amour dévastateur, de passion qui vibre sous l’encre. Et pourtant, les premiers mots qui me sont venus en lisant le rman, c’est le calme, la douceur. Ce ne sont pas les personnages, ni leur histoire, ni les sentiments, ni l’essence du roman. C’est la forme. Il y a quelque chose de plus réservé dans l’expression, comme si Marion Brunet prenait plus le temps de raconter ses personnages. Le style s’est affûté au fil des romans, il est devenu plus littéraire, plus fin, mieux ciselé. L’auteure en a aujourd’hui une maîtrise remarquable qui lui permet une grande justesse.

                Parce que la justesse est inscrite au plus profond du roman comme les lignes de nos mains. C’est comme une veine qui le nourrit, comme une rivière qui s’y déverse, comme une vague qui le caresse. Dans le désordre, comme je l’écrivais plus haut, a cette vérité de tous les jours, cette vérité du coin de la rue qui en fait un « roman social ». Dans le désordre parle de nous, mais surtout des autres, le roman parle  des villes, du pays, de la société, l’histoire parle de peuple, de classes, d’inégalité, d’injustice, de colère, Dans le désordre parle de marge, de frontière, de laissés pour compte, de différents. Il dresse un portrait lucide, assez amer, parfois dérangeant, un peu douloureux, de la société. C’est dur, difficile, ça remue et ça griffe notre existence plutôt tranquille. Mais c’est un portrait incisif, qui frappe pile au bon endroit, là, ce point fragile et vulnérable de vous qui ferme les yeux souvent, et les ouvre parfois avec douleur.

                 Mais ce serait un peu triste peut-être, un peu trop dur, ce serait même plat et assourdissant de lire un roman qui ne serait que ça. L’intérêt même du roman, sa force et sa puissance, c’est qu’il est à double tranchant.
« Une vie différente implique aussi un monde différent. Par quoi commencer, en premier ? A l’envers et dans le désordre, elle pense, et ça la fait sourire, comme le désordre de son cœur, qui prend une place dingue, presque toute, dès que Basile la frôle. » 
                Les sept personnages se sont trouvés un peu par hasard, les voilà réunis avec leurs cicatrices et leurs écorchures. Un peu bancals, un peu blizzards dirait Fauve. Mais sincères, furieusement sincères.

                Plus que la société, c’est eux que Marion Brunet raconte. Elle raconte leurs vies, leurs failles, leurs espoirs, leurs amours, leurs espoirs, leurs désirs, leur foi, leur envie, leur force, leur puissance, leurs peurs, leurs déceptions, leurs erreurs, leurs conquêtes, leurs batailles, leur vie. Le portrait est juste, touchant, sensible. Avec une tendresse et un instinct protecteur poignants, l’auteure saisit par petites touches réalistes et délicates chacun des humains qu’elle place sur cette scène qui craque, grince et tangue.

                C’est un peu ça finalement, que Marion Brunet fabrique : le carrousel, le théâtre poussiéreux, bancal mais vif et indomptable de nos existences. 
               Devant nos yeux : le portrait saisissant et craquelé d’un monde qui est nôtre et qu’on embrasse, même ses cicatrices.
                Derrière, dans nos entrailles : des braises qui crépitent et n’attendent qu’un mot.

 « Il y a de la vie dans les livres, tu sais » dit le père de Jeanne à sa fille, dans le cocon d’une forêt solitaire – le leur.
            Et Dans le désordre déborde de vie.
                Ils sont là : aujourd’hui, le monde, la société, sept personnages vivants et furieux, nos villes et notre pays, nos colères et nos amours, les failles, les blessures et l’espoir.
                Ils sont là, avec humilité, avec justesse, avec foi, avec profondeur, avec densité, avec puissance, avec douceur, avec les mots et avec nous. Nous.

                Dans le désordre est un roman brut et cassé. Qui dit qu’il est parmi nous des vivants en colère. Mais dans la colère on peut aimer. Il ne faudra pas l’oublier. Ne pas oublier d’aimer.
                Dans le désordre est un roman-souffle. Un souffle furieux, littéraire, coupé, craché, doux. Le souffle qu’on prend avant de frapper, celui qu’on prend pour crier, celui qui nourrit un baiser, le souffle qui rugit dans le désordre des  battements de nos cœurs.

 « Avec ce slogan au milieu des vagues – une phrase que Jeanne fait sienne, qu’ils font leur :
JE HAIS INFINIMENT
PARCE QUE J’AIME SANS RESERVE
En elle, une joie sublime éclate au point de la faire trembler.
Je suis chez moi. Je suis chez moi. »

 Dans le désordre, Marion Brunet, Sarbacane, collection Exprim', 15€50, 256 pages

Ce qui ne nous tue pas

11€50 - 120 pages - Extraits -

Ça devait faire pile trois semaines que je n’avais pas lu de roman. J’avais relu quelques BD, dont quelques tomes des Profs (autant dire que c’était de circonstance), et relu, parfois en diagonale, certaines des œuvres au programme de mes BAC de littérature et de théâtre. Mais oui, cela faisait trois semaines que je n’avais pas touché un roman. Le plus étrange finalement, c’est que j’avais presque perdu l’envie de m’y remettre.
Mais il faisait beau, chaud, alors j’ai pris le dernier roman d’Antoine Dole, qui traînait dans ma bibliothèque depuis quelques mois. Ça n’avait jamais semblé le bon moment pour le lire. Alors j’ai attendu. Et là je me suis lancé. Et c’était le bon moment. 
Un livre vous attendra toujours, jusqu’à ce que votre cœur de lecteur soit prêt à lui accorder un peu de place. Ne précipitez pas les choses.
  
Ce qui ne nous tue pas … est souffrance.
Lola est une adolescente calme, douce et sensible. En tout cas c’est ce qu’elle était. Jusqu’à ce que l’amour de ses parents, dont elle est le fruit, commence à se déliter. Jusqu’à ce que ceux-ci transforment le calme en tension, la douceur en cris ; jusqu’à ce que tout cela atteigne sa sensibilité de jeune adolescente un peu perdue dans ce qu’elle est, ce qu’elle devient, dans ses relations avec les autres et dans son quotidien de collégienne. Dès lors les chaleureux souvenirs de son enfance, les tendres moments échangés en famille et ce quotidien si calme et doux et heureux deviennent un ensemble brisé en instants tranchants, qui blessent et laissent les plaies ouvertes, à vifs, brûlantes de souffrance.
  
Ce qui ne nous tue pas … nous brise. 
Eraflée, lacérée, déchirée, Lola ne semble plus être qu’une enfance en lambeaux, une enfant qui souffre et qui en veut tellement à ses parents de réduire en cendres ces moments de bonheur. Délicat témoin des braises que sont les émotions de ce personnage si profondément exploré, si solidement tissé, le style d’Antoine Dole -riche, impressionniste, subtil- brode avec soin l’univers en morceau de Lola, sa psychologie tremblante, ses aventures dans un paysage disloqué. Il applique avec soin, comme des pointillés, les sensations par-dessus cette étoffe de mots ; chaque bruit, chaque odeur, chaque détail vient ajouter à l’ensemble des heurts, des cassures, des cavités, des brisures et des éclats comme autant d’imperfections qui font de la vie un amas d’instants à l’harmonie fragile.
  
Ce qui ne nous tue pas … nous perd. 
Ainsi Lola se perd-elle dans les évènements de sa vie, dans les éclats de sa famille, dans ses émotions et en elle-même. C’est donc par hasard, égarée, affamée, qu’elle se retrouve dans l’appartement chaotique d’une vieille femme un peu folle, perdue elle aussi, seule. A elles deux, elles se créent une solitude rassurante, un cocon qui les protège du monde extérieur, un nuage où elles rêvent, toutes deux, un fil de funambule, où elles sont prêtes à tomber, un fil où elles s’appuient l’une sur l’autre. Antoine Dole dresse ce portrait de deux femmes de deux générations à des lieues l’une de l’autre. Un portrait par touches délicates d’un pinceau usé et inégal. Un portrait qui frôle le réel avec tant de douceur que le cœur du lecteur tremble, paisiblement.
  
Ce qui ne nous tue pas … nous rend plus fort. 
Ainsi Antoine Dole, à travers le personnage touchant de Lola, nous apprend-il, en même temps qu’à elle, qu’aimer ce n’est pas seulement les sourires, la sincérité, la douceur et la dévotion, aimer c’est aussi mentir, se disputer, avoir mal pour finalement emprunter le chemin du pardon. Ce qui ne nous tue pas esquisse la tendresse, la fragilité de la vie et de l’amour et le pardon. Ce qui ne nous tue pas ébauche la difficulté de grandir, les déchirures de l’adolescence et la force qui naît de cette bourrasque qui traverse chaque homme, plus ou moins douloureusement.

~ ♫ ~

D'une seule voix, le cheval en furie d'un océan de mots



Sans mots. Plus aucun. Je ne suis sans plus aucun mot. Alors que je dois vous parler de ce roman qui en a tant des mots, des puissants, retentissants. Alors que je veux vous parler de ce texte profondément marquant qui transmet avec une telle force une passion de mots. Alors laissons couler les mots du bout des doigts, laissons les être libre et ils trouveront eux-mêmes le chemin de ma pensée, ils seront les libres messagers de mes impressions.

Je ne veux pas trop vous en dévoiler. Bien sûr il suffit de taper le titre du livre dans Google, ou de le retourner une fois que vous l’aurez en votre possession (c’est obligé) pour savoir ce que cela raconte … mais au fond, cela n’en dit pas grand-chose. Un extrait en dit long. Le résumé non. Un extrait montre l’essence du roman. Le résumé non.

 72 pages - 9€

L’entendez-vous cette voix ? Ce début de voix qui hurle à l’Océan cette colère, cet amour, cette rage, ce désespoir ? Arrivez-vous à le percevoir ? Il suffisait d’une page. Une seule page envoûtante, fascinante, pour me donner l’envie irrésistible de me jeter sur ces quelques dizaines de pages. Et je me suis jeté dessus dès que j’en ai eu l’occasion. Ne l’entendez-vous pas ?

« Des textes d’un seul souffle.
Des textes à dire, à partager avec soi et le monde. » - collection D'une seule voix

C’est vrai que ce souffle on l’entend. Et on le sentirait presque là, au creux de notre cou, glisser dans nos oreilles des mots de haine, de regrets … et d’espoir.
C’est vrai que ce texte on veut le partager, le lire, le faire connaître, le hurler, le déclamer, le jeter à l’Océan dans toute sa puissance.
Stéphane Servant relève le pari de cette collection lancée par Jeanne Benameur et Claire David et c’est réussi … ô combien réussi.
Pas de mots, des cris. Pas un souffle, une vie.

Ce sont les mots d’Angela qui est devant cet océan, sur cette plage du Portugal, qui pense à sa grand-mère et parle à cet être pour qui elle a toute cette amertume. Mais la voix d’Angela devient l’écho puissant et infini de l’Océan. Son écume comme des larmes de sel, son rugissement comme le torrent des tourments, sa force comme celle de la rage. La voix d’Angela devient celle de toutes ces femmes blessées, ces femmes d’hier et d’aujourd’hui, ces femmes de demain. La voix d’Angela retranscrit avec beaucoup d’émotion son histoire et ce tsunami de lettres inonde le lecteur pour le laisser, après une petite heure de pure intensité, au bord de l’eau, chamboulé.

Je ne peux pas trouver d’autres mots que ces quelques-là qui ne cherchent qu’à essayer de retranscrire la vague d’émotions qui m’a traversé.
Que voudriez-vous savoir d’autre ?
L’histoire ? Une blessure. Les personnages ? La vie. Le style ? Une voix. La construction ? Un seul souffle saccadé. La fin ? L’espoir.
Après la chaleur d’un sombre, humide et angoissant été dans Le cœur des louves, après ce cri animal, profond et bouleversant, Stéphane Servant revient avec le torrent glacé d’un Cheval Océan en furie, une voix intense, renversante et unique. Véritablement transperçant.

Un peu de musique ?

Quand la vie nous fait mal



Oui, la vie peut faire mal … mais cela, on le sait tous, et peu importe notre âge. Pourtant, j’espère que vous le savez sans l’avoir vécu directement. Sans avoir eu à affronter ce que la vie a de pire à donner. Bien sûr cela arrivera, et c’est aussi cela qui nous construit et nous oblige à nous relever, après être tombés. C’est ainsi que nous acquérons notre force. Mais parfois les coups sont trop tôt arrivés, ou trop durs à encaisser, ou bien trop nombreux. Et alors, à moins que nous ne soyons véritablement plus puissants que la normale et si nous n’avons personne pour nous servir de pilier, l’effondrement est bien trop proche pour l’ignorer et malheureusement trop menaçant.

Ce thème, la douleur, le chagrin, la souffrance, revient beaucoup dans la littérature pour adolescents …  n’allons cependant pas en déduire que les adolescents n’aiment que les romans tristes (tout de même !) ou –pire- aiment souffrir (nous ne sommes pas masochistes !). Cependant, s’ils ont un penchant pour le tragique et le tourbillon d’émotions, c’est bien parce qu’ils aiment ressentir et ont besoin, en effet, de se construire.

Après tout, ne dit-on pas que les enfants ont besoin de lire des livres, voir des films, des spectacles qui leur font peur ? N’est-ce pas cela qui leur permet de découvrir cette émotion, l’expérimenter, l’apprivoiser et comprendre aussi que le monde n’est pas tout doux et gentil ? Il leur faut apprendre à se méfier (un peu), être prudents (toujours) tout en sachant apprécier ce frisson, pas méchant, qui nous prend dans une situation de danger, tant que celui-ci n’est pas trop important !
Et moi je suis persuadé qu’à l’adolescence, et peut-être même après -mais qu’en sais-je moi qui n’ai encore que 17 ans ?-, on a aussi se besoin de ressentir et de découvrir. Je qualifie souvent un livre de coup de cœur parce qu’il m’a bouleversé, chamboulé, renversé, traversé de part en part. Quand je lis un livre, pour y trouver du plaisir j’ai besoin d’être ému : en joie aussi, bien sûr, rire, m’attacher, aimer, mais lorsqu’un roman est capable de m’amener là, dans l’équilibre précaire du bord d’un précipice de larmes, c’est qu’il est extraordinaire.

Voici donc quelques romans qui viennent bousculer le lecteur, qui m’ont plu –ou pas– mais qui sont en tout cas tous empreint d’une puissance émotionnelle parfois dévastatrice.

collection Exprim' - 224p - 14€90
Prenez Bloc de haine, la dernière parution de la collection  Exprim’ (Sarbacane). Voyez ce titre évocateur, laissant déjà une idée de ce qu’il désigne. Attardez-vous un peu sur cette couverture choc, le visage durci par les deux couleurs qui le composent et cette omniprésence de trois uniques couleurs justement. Enfin ouvrez-le et laissez-vous emporter …
Pour être honnête, j’ai justement eu du mal avec ce roman, tant il était provocateur. Le personnage principal, Alex, est incarcéré pour homicide et c’est son histoire qu’on suit, celle de son passé, celle de son présent, les deux entremêlées pour construire son futur. Et c’est sa voix qu’on entend. La voix d’un meurtrier. La voix d’un homophobe et surtout la voix d’un raciste. Car c’est là la cause de son acte et le moteur de toute sa rage, incontrôlable, mystérieuse aussi.
Je me rends bien compte que tout l’enjeu du roman est là … et si ce roman bouscule, c’est notamment, selon moi, par l’enjeu littéraire qui apparaît : peut-on faire d’un personnage à priori détestable le héros d’un roman ? Le défi de l’auteur alors, c’est que le lecteur s’y attache … et ça marche. Parfois.
En outre, le récit est très bien mené, le style maîtrisé bien que quelques fois vraiment vulgaire et le livre se lit très facilement et rapidement. Je n’ai pas eu trop de mal à y entrer et il a su me captiver jusqu’au bout … et jusqu’à une fin néanmoins très belle qui ouvre ce destin tragique sur mille et une possibilités que l’auteur laisse au lecteur le soin de développer.
Un roman captivant qui arrive à  relever de grands enjeux … je reste quand même indécis, sans pour autant nier que c’est un livre qui, une fois de plus, prouve que la collection Exprim’ sait faire de la littérature adolescente une vraie littérature ; innovatrice, percutante, originale.

collection Emotions - 306p - 13€
Il arrive justement que de tels tons tragiques et assumés ne fonctionnent pas très bien. Alors que pour Bloc de haine le ton, l’histoire, le personnage dérangeaient mais allaient au bout d’un véritable défi, j’ai eu plus de mal encore avec Ecoute battre mon cœur. Bien qu’une fois de plus j’ai été captivé, j’ai eu du mal en effet, pas à m’attacher aux personnages, mais à trouver l’histoire réellement crédible.
L’auteur en effet joue la carte tragique à fond, jusqu’au bout. Après tout c’est un roman de la collection Emotions chez Flammarion … et l’émotion ici, c’est la passion. Autant dire que Nathalie Le Gendre s’y est tenue et de ce point de vue là on ne lui reprochera pas. Puisqu’une passion aveugle, pousse à tout faire pour l’assouvir, alors les conséquences pourront en être que graves, voire tragiques … mais cela ne va-t-il pas trop loin ? Les choses m’ont parfois semblées exacerbées. Le lecteur est servi en fugues, accidents, disputes, amour fusionnel, crises de folie. Au bout d’un moment, c’est trop.
Néanmoins, j’ai lu le roman avec une réelle envie d’aller jusqu’au bout, les personnages étant attachants, le style porteur, l’histoire vraiment captivante mais surtout, la passion dévorante. L’auteur transmet un réel amour pour la musique qu’on ne peut que partager, surtout si comme moi on est pianiste et adepte de musique en général.
Me voilà donc encore une fois indécis entre les enjeux difficilement relevés, la passion exacerbée et pourtant l’attention toute entière consacrée à cette histoire.

(VO) Barrington Stoke - 80p - 9€
Puisqu’on parle de passion et de tragédie, alors parlons de Falling de Cat Clarke, cette auteure qui a tendance à aller vers ces thèmes-là durs et percutants. Le suicide dans Confusion et Revanche, le harcèlement moral dans ce dernier, l’homophobie aussi … et dans Falling ce sont ces thèmes qui apparaissent plus ou moins différemment.
C’est l’histoire d’Anna. Anna un peu perdue. Elle aime Cam, c’est genre, le mec parfait. Mais elle l’a trompé. Et il y a Tilly, sa meilleure amie, lesbienne, qu’elle tient à caser. A voir heureuse quoi. Puisque c’est son amie. Mais ce soir-là, une soirée organisée par Cam, tout est bouleversé.
De révélation en retournement de situation, le lecteur va dans une spirale qui commence en fin d’après-midi, dans le cadre idyllique et paisible, à peine orageux (métaphoriquement, le temps lui est parfait) de la propriété de ce petit copain … et s’achève au cœur de la soirée, alors que de l’alcool a été bu, des mots prononcés, des larmes versées, des pensées tournées et retournées dans les têtes et les tourments subis. Les personnages s’égarent en eux-mêmes. Et malheureusement, le cadre n’est pas là pour les aider.
Cat Clarke dresse un décor qui semble devenir de plus en plus angoissant. On a l’impression de voir la musique devenir nuisance sonore, les ados, les amis une foule compacte infranchissable et dangereuse, la maison un lieu de tous dangers.
C’est vraiment cette image que je retiens de ce texte anglais court mais puissant : une spirale. De mot en mot on s’enfonce dans les tourments des personnages qui deviennent nôtres.
Comment devient-on adulte ? Comment arrive-t-on à surmonter les épreuves que nous oppose la vie ? Comment comprend-on qui on est et qui on aime ? Comment se dépêtrer de toutes ces questions, comprendre quand on se ment à soi-même, accepter et vivre avec cela ? Comment faire quand c’est trop tard ? C’est toutes ces questions que Cat Clarke pose avec justesse, force plutôt que délicatesse, émotion plutôt que discrétion et avec talent, c’est indéniable.
Un véritable coup de poing coup de que ce morceau brut de sentiments, mais aussi de souffrance, d’amour et de vie.

Enfin, j’aimerais conclure sur le coup de de mon mois d’Avril, sur une ouverture à d’autres thèmes, sur ce roman qui paraît inoffensif … avant d’exploser en vous.
collection R - 384p  18€90
Lucides est une histoire dans laquelle on a pourtant un peu de mal à entrer pour certains au bout d’une cinquantaine de pages ce n’est toujours pas ça, pour d’autres, comme moi, il ne faut qu’un chapitre ou deux. Il faut dire que c’est déroutant. Il y a Maggie, actrice, avec un père décédé, une mère pas toujours très présente et une petite sœur à laquelle elle tient plus que tout. Et dans les rêves de Maggie comme  Sloane est dans ceux de Maggie, il y a Sloane. Une étudiante intelligente, vierge, peut-être bientôt amoureuse, avec une famille complète bien que les liens soient parfois difficiles à entretenir, et deux meilleurs amis … dont l’un est décédé.
On suit avec beaucoup de plaisir les histoires de ces deux personnages tous deux intensément attachants. J’ai regretté quelques facilités d’intrigues ou quelques clichés mais je suis resté pantois devant la richesse du style, l’extrême intensité transmise par un vocabulaire tout aussi étendu chez un auteur que chez l’autre et donc admirablement transmis par un traducteur talentueux … et alors que l’intrigue progresse on commence à entasser les questions dans un coin de notre esprit et l’issue crédible ou du moins satisfaisante pour le lecteur semble impossible. On parle du nœud d’une intrigue … et celui-ci est véritablement bien noué !
Et alors vient la fin. Viennent les 150 dernières pages. Vient la perte du lecteur dans son esprit, sa lecture, l’intrigue, ses certitudes. Vient son immersion totale dans l’état d’esprit des personnages. Vient l’émotion … vient l’impression de devenir fou.
Jamais, non jamais et je pèse mes mots, je n’avais ressenti quelque chose de semblable pour un roman. Jamais je ne m’étais senti à ce point embarqué dans l’esprit des protagonistes. Il ne s’agit alors plus d’identification, d’attachement, d’échos à notre propre vie … non, il s’agit d’utiliser l’écriture comme le meilleur des outils, comme une arme pour perdre le lecteur tout en le manipulant pour l’emmener exactement là où on souhaite. Et j’adore. J’adore que les mots aient pu avoir un tel pouvoir, j’adore que ressentir cela ait pu être possible.
Tout simplement, j’adore que ce roman m’ait à ce point surpris sur une fin époustouflante, juste, touchante et véritablement réussie. Le début aurait pu être encore plus intriguant, car en garder trop pour la fin, on perd quelques lecteurs, mais ce final est tellement intense que je ressors profondément conquis par cette lecture aux questionnements infinis.

Peut-être en effet les rêves sont-ils le Salut, quand on ne trouve même plus dans son propre univers la force de vivre, d’avancer. Peut-être a-t-on besoin d’un soutien, et puisque celui-ci n’est pas, il faut le trouver loin, quitte à ce que cela soit un inconnu … ou plus ?
Le monde des rêves regorge de secrets et de mystères que les deux auteurs ont su éclairer sur des zones d’ombres encore trop peu inexploitées en littérature. C’est réussi. C’est époustouflant. Et c’est fascinant.

Alors n’oubliez jamais cela. Puisque la vie a son lot de chagrins, plus ou moins importants à nous opposer, aimez, soyez entourées de personnes bienveillantes et, dans la nuit de votre esprit ou dans les livres : rêvez.