Charlotte Bousquet et le féminisme

Aujourd'hui, c'est la journée internationale des droits des femmes. À cette occasion, il y a un grand projet qui a été lancé sur Booktube : le projet Féminibooks. Chaque jour, un Booktubeur publie une vidéo sur un ou des livre(s) qui ont trait au féminisme.
J'ai participé à ce projet le weekend dernier ! Je me suis invité sur la chaîne de Cassandra : Le Bonbon au Cassis pour vous parler d'un roman que nous avons lu en lecture commune et que nous avons tous les deux adoré : Là où tombent les anges de Charlotte Bousquet, publié dans la collection Électrogène de Gulf Stream.



Pour compléter notre vidéo, nous avons également envoyé quelques questions à Charlotte Bousquet qui a gentiment accepté d'y répondre. Alors les voici !


Les questions de Cassandra / Le Bonbon au Cassis :

Comme on a pu le remarquer, dans Là où tombent les anges, mais également dans d'autres de vos romans, comme Sang-de-lune, le thème du féminisme vous tient particulièrement à cœur. Qu'est-ce qui vous a poussé à vous intéresser au féminisme, à quel moment de vous vie cous êtes-vous considérée comme féministe ?

Je pense que je l’ai toujours été, sans nécessairement l’assumer. Adolescente et jeune adulte, je m’opposais à pas mal de normes sociales, sans toutefois avoir les armes ou le recul nécessaires pour me dire : « je suis féministe », etc. De plus, l’idée d’avoir une étiquette collée sur le dos me terrorisait (je n’aime toujours pas les étiquettes mais j’ai appris à faire avec). Le sexisme ordinaire m’agaçait « tu peux pas, t’es une fille », « les hommes sont plus intelligents/ forts/ capables de… que les femmes », et ce, dans tous les milieux, mais je n’avais pas envie d’approfondir (et puis, le web était quand même beaucoup moins développé…).
Les premiers déclics ont eu lieu avec l’écriture de Noire lagune (Gulf Stream) et du premier tome de L’Archipel des Numinées(Mnémos). Le second a été la rédaction de Précieuses, pas ridicules (Gulf Stream toujours), un documentaire sur le féminisme et les arts. En me rendant compte de la façon dont les femmes étaient purement et simplement effacées de l’histoire, de la création, des sciences, j’ai eu une sorte d’électrochoc. Et voilà…

En matière de féminisme, quels sont vos classiques absolus ? (livres, films, musique, tableaux, etc.)
Je botte en touche, pour cette question. Il y a énormément de références, d’essais, de romans, poèmes, etc. J’en cite quelques-uns, presque au hasard.

Une chambre à soi, de Virginia Woolf, Le guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses, de Catherine Dufour
Cuantos Piquetitos de Frida Kahlo et les portraits de Diane Arbus 
Wadjda, de Haifaa Al Mansour et Iron Jawed Angels de Katja von Garnier
Trio en ré mineur op 11 pour violon, violoncelle & piano de Fanny Mendelssohn et Bad Reputation de Joan Jett


D'après vous, de quelle manière la culture peut-elle permettre à notre société d'évoluer vers l'égalité ?
Question essentielle et complexe… D’abord, je crois que le web est d’une grande aide pour cela dans la mesure où il rend visible ce qui demeurait caché, inavouable, secret, etc. il y a quinze ans. Le féminisme existe via Internet, des personnalités comme Emma Watson avec HeForShe se battent pour un monde égal, des ONG dénoncent les injustices commises dans certains pays au nom du patriarcat, etc. D’un point de vue plus social, les violences envers les femmes sont enfin dénoncées – courts métrages, pétitions, prises de parole, témoignages – montrent la réalité et permettent une prise de conscience. Je crois que ça, c’est un grand pas en avant.
La culture, qu’il s’agisse de littérature, d’arts plastiques, de musique, de cinéma (ou séries), de bande-dessinées, et de photographie est essentielle à l’évolution du monde vers plus d’égalité, dans la mesure où – normalement – elle permet une ouverture et une réflexion sur l’autre, le monde, l’avenir… Une duologie comme La Symphonie des Abysses, de Carina Rozenfeld qui évoque différentes problématiques comme le genre ou le racisme, en est l’illustration parfaite.
Le problème, aujourd’hui, est selon moi politique avant tout : tant que l’éducation et la culture ne seront pas une priorité du gouvernement, on ne pourra pas progresser aussi rapidement qu’on le devrait vers une véritable société égalitaire. Et entre nous, ce n’est pas un hasard si les dictatures ont tout intérêt à étouffer les voix des artistes et museler l’éducation. Cela se fait de manière ouverte dans certains pays, dans d’autres ont fait passer ça avec une bonne dose de télévision et de malhonnêteté médiatique (importance du buzz, du scandale, de l’immédiat, etc.).

Mes questions / Le cahier de lecture de Nathan :

Si vous aviez vécu à l'époque de Là où tombent les anges, quel aurait été votre combat ? Celui de Solange ? Celui de Lili ? Celui des manifestantes ? Celui de Blanche ? ...
Voyons, avec mon Fabien à la guerre, mes chevaux réquisitionnés par l’armée… Une dépression, déjà. Ensuite, je me serais réfugiée chez mes parents et j’aurais écrit… au départ, de longs poèmes et des romans, ensuite j’imagine que je me serais penchée plus sérieusement sur le monde et que je me serais impliquée dans la politique à ma façon… littéraire.

Qu'est-ce qui est venu en premier pour écrire Là où tombent les anges : l'histoire ou le thème du féminisme ?
L’histoire de Solange… Qui au départ était celle de Lili… et aurait dû se passer en Argentine. En réalité, tout s’est construit ensemble : évoquer les femmes pendant la guerre, c’est venu pendant que je lisais de la documentation pour justifier la fuite de mon héroïne à Buenos Aires. Lili s’est effacée progressivement pour laisser place à Solange… et aux autres femmes du récit.

Quels sont les passages qui vous ont semblé le plus difficile à écrire ?
Tous ! Là où tombent les anges, je l’ai écrit à une période où j’avais énormément de doutes quant à ma carrière d’autrice (j’en ai toujours mais je me soigne J). Mes romans ne se « vendaient pas » (ou pas assez), selon certains éditeurs, j’étais trop « intello » (ce qui rejoint d’une certaine façon ma réponse à Cassandra… on vit dans un monde où pour certains, être intello est devenu une insulte).
Ce qu’il fallait, selon eux, c’était un roman avec une écriture blanche, si possible à la première personne pour faciliter l’identification de la lectrice (si, si…) et une intrigue suffisamment prenante pour provoquer un effet page-turner.
Et j’écoutais ces discours, je pensais à mon roman, à sa linéarité, son style, ses références. Et je me disais : « Merde, tu te plantes complètement, tu vas planter Électrogène, tu vas faire un bide… » J’ai failli arrêter aux alentours de 1915, je crois.
J’ai envoyé ce que j’avais déjà rédigé à Paola Grieco avec un SOS bien gratiné du genre : « cestnultenpensesquoijarrêtetoutjarrêtedécriredailleurs »…
Et j’ai reçu une réponse deux jours plus tard, qui m’a remis le pied à l’étrier. Du coup, la seconde partie a été bien plus facile à écrire, parce que plus apaisée.

En espérant que cette interview vous a plu, je vous invite très fortement à lire le roman de Charlotte Bousquet, qui a été un gros coup de coeur pour moi.
Là où tombent les anges, intello ? Peut-être . Page-turner ? Assurément !

Vous pouvez également visionner la version complète de ma participation à la vidéo de Cassandra :



À bientôt !
Portez-vous bien.
Nathan

En ce moment sur YouTube

Je sais, vous attendez la deuxième partie de mon top. Je sais, je prends déjà un peu de retard sur mon nouveau rythme de blog. Je sais, demain on est le premier, donc je serai censé publier mon "C'est le 1er, je balance tout ! #2" et vous comprenez donc que j'aurai du retard. Et en plus de tout ça j'ai déjà d'autres idées d'articles et des trucs à vous raconter.
Mais aujourd'hui, j'aimerais faire le point sur plusieurs choses qui se déroulent sur ma chaîne YouTube en ce moment. Parce que ce sont des choses qui peuvent vous intéresser ou qui sont importantes pour moi.

4 interviews et 3 concours (bientôt 4 !)
L'an dernier, pendant Livre Paris, j'ai tourné 4 interviews avec des auteurs français que j'apprécie tout particulièrement... Avec presque un an de retard j'ai décidé (enfin ! me direz-vous...) de les publier. Désolé pour le retard et un grand merci à ces quatre talentueux auteurs.
> Eric Senabre : https://youtu.be/Rmo_7PSp91g
> Cindy Van Wilder - Auteur : https://youtu.be/kdBCamgynLE
> Flore Vesco : https://youtu.be/m2gq4aHZgm8
> Victor Dixen : https://youtu.be/hkxCxLTk_2s

Et en plus, trois d'entre eux m'ont dédicacé leur dernier roman, qui sont à gagner sur YouTube !
En suivant ce lien Facebook, vous pourrez même gagner une chance supplémentaire ! (Cliquez sur l'image)
https://www.facebook.com/LecahierdelecturedeNathan/photos/a.328923750452025.87783.271346672876400/1438419866169069/?type=3&theater

La littérature jeunesse en un mot
Récemment, j'ai cherché une idée pour :
- développer et dynamiser la chaîne
- affirmer son identité
- défendre mieux la littérature jeunesse.

J'en ai trouvé une qui réunissait assez naturellement le tout :
- demander à une illustratrice jeunesse (Fleur Oury, auteure du superbe Premier matin) de redessiner l'identité graphique de ma chaîne
- créer un format de vidéos court, dynamique, travaillé
- utiliser ce format pour parler de littérature jeunesse
- présenter en quelques minutes un livre jeunesse en un mot.

Voilà le résultat, qui, j'espère, vous plaira :


À très bientôt tout le monde !
Portez-vous bien.



C'est le 1er : je balance tout ! #1


Mon amie Julia qui tient un super blog de littérature jeunesse (entre autres) - j'ai nommé : Allez vous faire lire ! et non ceci n'est pas une insulte vous étant destinée quoiqu'elle n'est pas trop méchante... - a lancé ce mois-ci un rendez-vous de blog littéraire plutôt cool qui reprend un peu le principe du C'est lundi que lisez-vous ? en plus approfondi et plus développé. C'est vraiment chouette ! Toutes les explications sont par ici. Sinon, vous allez comprendre au fur et à mesure.
Bon, certes on n'est plus le 1er, mais on va faire comme si et inaugurer le mois de février !

1. Le Top & Flop de ce que j’ai lu le mois-dernier.
J'ai lu tout ça (en gros).

Il est d'ailleurs amusant de penser que j'ai eu 20 ans et que j'ai donc grandi d'une année supplémentaire alors que j'étais en train de lire Peter Pan... 

Mon top
Les Premiers de Xabi Molia - éditions du Seuil
C'est incontestablement une lecture qui sort de mes lectures habituelles puisque mon choix se porte vers un roman contemporain, de la fiction adulte. Néanmoins, je suis certain qu'elle peut toucher un très large public et notamment intéresser des adolescents.
C'est un roman qui part d'un principe très simple puisqu'il imagine ce qu'il se passerait si, aujourd'hui, des super-héros apparaissaient dans la société. C'est le début d'une histoire intrigante, complexe, passionnante, rebondissante et loin d'être manichéenne. Cette histoire, c'est le début d'une réflexion poussée sur la société, les médias, la politique, le monde militaire, les croyances et espoirs populaires, etc.
À travers une histoire au départ assez simple et un récit très fluide, l'auteur pose devant le lecteur et les interrogations qui l'habitent une réflexion extrêmement intéressante.
De plus, le tout est raconté avec une narration tout aussi étonnante qu'inventive et efficace : comme si un journaliste avait mené l'enquête après le phénomène des super-héros et racontait ainsi ce bouleversement historique et sociétal à la postérité : récit, recherches personnelles, interrogations, interviews avec des protagonistes... de nombreux procédés y passent et diversifient et dynamisent la lecture pour notre plus grand plaisir.

Et si vous n'êtes toujours pas convaincus, vous pouvez m'écouter en parler dans une de mes dernières vidéos !



Mon flop
Eh bien par chance, je n'ai pas de réel flop ce mois-ci. Je dois avouer que j'ai un avis tout aussi enthousiaste que perplexe sur le premier roman de Sarah Maeght (mon avis complet est également dans la vidéo ci-dessus), que la lecture de Peter Pan en anglais m'a été fastidieuse et que j'ai été séduit sans plus d'émotion par le nouveau roman de Lian Hearn... mais ce sont des lectures qui m'ont quand même plu et ont su charmé une partie de mon cœur de lecteur !

2. Au moins une chronique d'ailleurs lue le mois dernier
Cette question m'est difficile car je lis finalement assez peu de blogs. De plus, comme vous devez maintenant l'avoir compris, je suis en ce moment beaucoup plus investi dans le monde de Booktube que de la blogosphère... Néanmoins, je vous ai sélectionné une vidéo-chronique d'une Booktubeuse à qui je voue une passion et une admiration sans faille : Lemon June.
Elle a parlé d'un roman qui l'a bouleversée, qui entre aussitôt dans ses livres préférés, qui a marqué à jamais sa vie de lectrice... et que je me suis rendu compte avoir dans ma PAL. Parfait, non ?

Je n'en dis pas plus et je vous laisse être envoûtés par la jolie miss :


3. Au moins un lien qui m'a fait "Waouh" le mois dernier
Cette fois-ci, je n'ai pas tant eu que ça à creuser pour vous en dénicher deux.

Le premier, c'est bien évidemment cette super belle idée de Julia qui a lancé sur son blog le premier rendez-vous de "C'est le 1er : je balance tout" avec un article explicatif très complet qu'elle m'a transmis pour que j'y participe, ce que je fais donc avec plaisir !

Le second, c'est sur un sujet qui risque de devenir de plus en plus épineux : la politique. Le site Crowdpac propose un test très bien fait - avec de nombreuses questions poussées et parfois assez complexes - pour savoir, parmi les actuels candidats aux présidentielles de 2017, qui est votre "alter ego politique", c'est-à-dire le candidat le plus proche de vos idées. En plus de ce résultat, le site propose une version synthétique de leurs programmes mais également un petit mapping des candidats (et donc de vos idées !) construit sur deux axes :
  • de progressiste à conservateur sur les questions de société ;
  • d’interventionniste à libéral sur les questions économiques.
J'ai trouvé ce site bien fait, intéressant et assez neutre sur toutes ces questions-là. Je ne propose pas forcément qu'on parle politique en commentaires, mais en tout cas je vous invite à découvrir cette initiative. ;-)

4. Ce que j'ai fait de mieux le mois dernier
Deux choses pour terminer :
  • reprendre le blog après tant d'absence ! Ça me fait un bien et un plaisir fous, si vous saviez. ♥ J'espère garder le rythme. Je sais que cet article a déjà un peu de retard et que vous attendez la fin de mon top 7 de 2016, mais je suis plutôt content de moi pour le moment !
  • j'ai fêté mes 20 ans. Waouh,  ce mot suffira, pour définir mes impressions, non ?
N'hésitez pas à aller faire un tour sur le blog de Julia et à reprendre ce rendez-vous ou à répondre à ces questions en commentaires. Je le trouve en tout cas très sympathiques et espère que vous le retrouverez le mois prochain un petit bilan de février. En attendant : belles lectures à tous et portez-vous bien !

De 2016 à 2017 : mon retour en 7 coups de ♥

Tant qu'à revenir pour redonner un souffle de vie à ce blog, autant le faire sur un coup de tête. Se lancer tant que j'ai un peu d'élan sans réfléchir, comme commencer un mémoire, comme se mettre en colère, comme on entre dans la mer, comme on tombe amoureux.

Je sais bien que mon absence a été longue et peut-être décevante (j'espère pas trop, quand même...). Mais je vous assure que pour moi aussi. Je n'ai cessé de me dire que je devais reprendre le blog plutôt que de me couler dans ce silence. Bien sûr, ce n'était pas seulement de la paresse et de l'appréhension de devoir me relancer là-dedans. C'était aussi des doutes - en avais-je encore envie/besoin/le temps ? C'était aussi un manque de temps, dû, entre autres, à la façon dont j'ai cherché à développer ma chaîne ces derniers temps. Et quelle réussite, puisque la voilà qui a dépassé les 2000 abonnés (merci, encore. ♥) ! Pourtant, c'était aussi une profonde envie de revenir. Et je m'en rends compte à l'instant, en écrivant ces mots : je retrouve l'indicible plaisir de vous écrire par le biais de ce blog. Et avec ce plaisir renaissent la passion et l'enthousiasme des projets qui se bousculent tout à coup tout en moi. Leur fulgurance m'avait manqué. Leur vivacité revenue me fait plaisir. Alors je crois que je peux le dire, tout penaud, tout désolé, tout ému et tout heureux : me revoilà.

Pour fêter ça et reprendre les choses doucement, je vous propose de revenir sur mon année livresque 2016 et de vous parler des livres qui ont marqué cette année ! Un petit top 7 (parce que 2000 dit 7 !), ça vous dit ? ♥ Mais aujourd'hui, on ne commence qu'avec les trois derniers du top 7, parce que sinon, l'article va être vraiment très long... :)

7. L'incontournable de Nathan

Puis-je vraiment, alors qu'un livre de Timothée de Fombelle est paru cette année, faire un top de mes lectures sans y inclure cet auteur ? La réponse, bien entendu, est non.
Georgia, écrit par mon auteur préféré, illustré par le grand Benjamin Chaud et créé, composé et mis en musique par l'Ensemble Contraste, a marqué la fin de mon année 2016.
Le plus étonnant dans ce livre-disque, c'est de voir combien tout est mis au service de la musique : les illustrations (que, personnellement, j'ai trouvé assez plates et pas aussi vives que le reste du projet, bien que l'univers chaleureux et pétillant de Benjamin Chaud lui corresponde !) et le texte (dont la simple honnêteté et la surprenante tendresse servent avec humilité la mélancolie de l'histoire et des musiques) qui s'efface derrière les voix des chanteurs.
Je me suis totalement laissé transporter par l'album. Je l'ai écouté en boucle pendant des jours. Et chaque mini-concert que j'ai vu, chaque lecture musicale, que ce soit au lancement de l'album en librairie ou au SLPJ de Montreuil m'a réjoui. ♥
L'émotion des chansons et de l'histoire m'ont emporté et j'ai eu un coup de coeur pour l'ensemble de cet univers si chaleureux et plein d'espoir alors même que la plupart des musiques sont teintées de la nostalgie du passé et de l'enfance.
Pour petits et grands cœurs transis de rêves.
Et au fait, j'en ai déjà parlé rapidement sur YouTube ici !

6. Le roman à lire avec un plaid et une tasse de thé

Je vais commencer à croire que cette auteur se spécialise dans l'écriture de romans-doudous parce que c'était déjà le cas pour l'incroyable Quatre sœurs, également signé Malika Ferdjoukh.
Dans Broadway limited, on est au coeur des années 50. On suit l'histoire un peu folle de Jocelyn qui débarque en pleine nuit, à New York, dans la pension Giboulées en croyant, sur un malentendu, pouvoir y être logé. Malheureusement, il s'agit d'une pension uniquement réservée aux jeunes filles et ne saurait tolérer l'arrivée d'un garçon en ses murs. Par chance, et au cours d'une discussion délicieusement surprenante et absurde que je vous laisse découvrir, Jocelyn a dans sa valise une soupe aux asperges... "au goût d'hier et d'éternité". Le voilà donc qui s'installe au sous-sol dans la dépendance de cette pension ô combien féminine.
Jocelyn vient à New York étudier la musicologie, mais il va se retrouver embarqué par le tourbillon de ces jeunes-filles qui ont pour la plupart des rêves de grandeur à Broadway en tant que danseuses ou actrices.
Ce tourbillon a le goût d'amour, de souvenirs, d'étoiles, d'une ville tentaculaire, de la guerre qui gronde encore en Europe bien qu'elle soit terminée, de neige et de froid, de théâtre, d'aventures du quotidien, de beignets, de stars, de comédies musicales, de culture américaine, de mal de pays, d'amis et d'amies, de fêtes et de découvertes, d'études et de musique.
Les personnages sont extrêmement nombreux et entraînent, avec Jocelyn, le lecteur un peu étourdi. Mais dans cet étourdissement scintillent des étoiles, bruissent la chaleur d'une pension et les rires de jeunes filles et tonne la musique ! C'est un délicieux étourdissement que Malika Ferdjoukh nous offre avec, comme toujours, une plume magique bricolée de banal et un univers comme un cocon duquel on voudrait ne jamais plus sortir.
Pour les fans de comédies musicales, les avides de romans d'ambiance et les yeux amoureux.
Celui-ci aussi, j'en ai déjà parlé sur YouTube ici et ici !

5. La bande-dessinée à savourer comme un conte

Cette bande-dessinée me faisait envie depuis longtemps quand une personne qui m'est très chère me l'a offerte en février dernier. Je l'ai commencée innocemment, prêt à savourer un joli moment de détente et j'ai découvert un véritable et authentique bijou.
L'Homme-montagne raconte l'histoire de deux hommes-montagnes : une grande et vieille montagne (le grand-père) et son compagnon de voyage, son petit-fils, une petite et jeune montagne. Un jour, cette première, le grand-père, annonce à l'autre qu'il va s'arrêter, se poser à un endroit agréable, et rester là pour toujours, en tant que montagne. Le plus petit n'est pas d'accord et veut l'aider et l'accompagner pour un dernier voyage. Trop petit pour le porter et soutenir son grand-père pour avancer, le voilà qui part pour un voyage solitaire en quête du vent, celui qui peut soulever les montagnes.
C'est une histoire profondément touchante sur la vieillesse et le fait de grandir, sur le deuil et surtout sur la vie, sur les voyages qu'on accomplit accompagné ou seul, sur des épreuves, des défis, des réussites et des sourires. Elle est portée par un texte fin, sincère et juste. Elle est portée par une narration originale, qui renouvèle avec fraîcheur la construction de la bande-dessinée. Mais surtout par des illustrations magnifiques qui n'ont cessé de m'émerveiller. 
Pour les cœurs qui grandissent et voyagent.
Si vous voulez voir quelques images de la BD et la vidéo dans laquelle j'en ai parlé l'an dernier, c'est par ici !

 
Pour un retour, ça fait un long article mais comprenez qu'après tant d'absence, les mots se sont écoulés du bout de mes doigts comme un torrent et il a même fallu un peu juguler ce flot-là ! :-) On se retrouve très bientôt pour la suite (et la fin) de ce top 7 avec mes 4 livres préférés de 2016 ? ♥

Songe à la douceur | LE roman de la rentrée ♥




J’aurais voulu écrire cette chronique en l’agrémentant de citations bien choisies et en écoutant la playlist proposée par Clémentine Beauvais au début du livre. Malheureusement, je n’ai pas mon exemplaire à portée de main et n’ai aucune idée d’où il est… (il ne semble pas être chez mes parents, il est peut-être à Paris, ou peut-être entre les mains de quelqu’un d’autre, je suis perdu et lui aussi) Je vais donc me contenter de la seule que j’ai (et que j’avais postée sur Instagram). Quant à la musique, j’écoute « J’ai deux amours »  parce qu’il me semblait que ça allait bien avec – mais attention, chanté par Mika à l’AccorHotels Arena en mai dernier, on ne se refait pas, hein.


« Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment,
                Parce qu’ils avaient contrarié leurs sentiments,
il était écrit, me semble-t-il, qu’Eugène et Tatiana se retrouvent dix ans plus tard,
                sous terre,
dans le Meteor, ligne 14 (violet clair), un matin d’hiver. »

C’est ainsi que débute le roman (dont vous pouvez lire le début ici) et c’est ici, me semble-t-il, que tout se joue. Si on tombe amoureux de ces lignes, comme l’écrit si bien Mathilde dont l’avis est présent sur la quatrième de couverture (rien que ça !), si on tombe amoureux de ces quelques premières lignes – ou peut-être devrais-je écrire vers – alors on tombe forcément amoureux de la suite du roman.
Parce que Songe à la douceur, c’est quitte ou double. J’ai entendu de rares avis mitigés. Pour le reste, c’était soit : « je me suis ennuyé d’un bout à l’autre, ça m’est tombé des mains, je n’ai pas aimé » (rassurez-vous, j’en ai peu entendu de ceux-là), soit (ô combien de fois) : « c’est la plus belle histoire que j’ai jamais lue, je suis amoureux, j’adore, c’est brillant ». OK, j’avoue, je ne suis pas original : je suis dans la deuxième catégorie.
Et pourtant, ce n’était pas gagné ! Quand on a entendu autant d’avis différents, on part forcément sceptique, presque effrayé ; mais en même temps, on part aussi, et c’est là que j’ai été gagnant, totalement neutre. OK, d’un côté on m’a dit que c’était nul. De l’autre, on m’a dit que c’était un chef-d’œuvre. À moi d’en juger !


« il était écrit, me semble-t-il, qu’Eugène et Tatiana se retrouvent dix ans plus tard »

Songe à la douceur, c’est une histoire d’amour qui prend racine dans l’adolescence des deux protagonistes, mais ça, on le découvrira plus loin dans le roman, et qui se poursuit dix ans plus tard, alors qu’ils sont de jeunes adultes.


« Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment,

                Parce qu’ils avaient contrarié leurs sentiments »
Et cette histoire d’amour, déjà placé sous l’égide du destin (« il était écrit ») prend dès lors une teinte dramatique d’amours déchues. Ça commence sur une déception amoureuse, une jeunesse passée et des espoirs échoués.
Cette emphase de l’amour qui n’est encore que timide va pourtant se déployer dans les pages suivantes jusqu’à frôler la parodie et flirter avec la passion qui, en fait, anime tout le livre. C’est-à-dire que cette histoire d’amour s’ancre avec force dans le réel mais prend pourtant l’ampleur d’une romance passionnée qu’on a l’impression de ne trouver qu’en littérature. Si dès le début tu acceptes que cette passion sera enflammée, dévorante, passionnée, alors toi aussi tu te laisseras avaler par l’amour qui mange les pages du roman. Tu l’acceptes, tu admires la maîtrise de l’histoire et de la parodie, comme une référence à Jane Austen ou… à la littérature russe et, justement, Songe à la douceur  est une réécriture d’un roman de Pouchkine. Et pourtant, tu as beau accepter cette passion littéraire, tu te laisses prendre au jeu. De littéraire elle devient littérale. Et, toi aussi, tu tombes amoureux, d’Eugène, de Tatiana, de leur histoire, et tu y crois, férocement, tu y crois et te passionne pour leur histoire.

C’est là que réside pour moi la force du roman de Clémentine Beauvais. Dans les extrêmes. En un seul roman, parfois en un seul vers, elle glisse des extrêmes qui se repoussent mais ici s’attirent. Alors qu’Eugène et Tatiana, si différents, ne peuvent se résoudre à se séparer, les extrêmes que Clémentine Beauvais force à s’entrechoquer ne peuvent que se marier.
C’est assurément littéraire, un brin parodique et parfois exagéré, mais tu y crois et tu palpites.
C’est admirablement écrit, presque intellectuel et toujours littéraire, mais elle joue avec les mots et c’est d’une légèreté admirable.
C’est tissé de mots, ce n’est qu’une fiction, et c’est pourtant d’une justesse sans nom.
Ça a un côté passé, un côté Austen et un côté galant, mais les personnages échangent sur MSN, s’envoient des mails, se traquent sur Facebook et discutent par Skype dans un Paris contemporain du nôtre.


« Il adore se dire que le soleil un jour engloutira
Jusqu’à cet amour-là »


Parce que oui, Songe à la douceur est un roman en vers libre. C’est presque nouveau dans le paysage français, c’est original et carrément risqué, mais c’est réussi.
Clémentine Beauvais se joue de tout. De ses personnages et du lecteur oui. Mais avant tout des mots. Elle mélange les genres, passant du vers à la narration au théâtre au dialogue et mixant le tout. Elle use de tant de figures de style qui se glissent là sans même qu’on le voit se faufiler sous nos yeux. Elle joue avec les mots. Elle mélange les styles. Les coutures de son écriture, bien qu’invisibles, semblent sinueuse, complexe et élégamment composée de ramifications dont seule l’auteur a le secret.
Et malgré la difficulté du jeu et l’ambition de la démarche, c’est, comme je l’écrivais, d’une légèreté entraînante. Ce jeu est amusant. Les phrases s’ornementent d’humour. L’auteure s’immisce dans l’histoire et la narration, parlant tant avec ses personnages qu’avec le lecteur. Le tout n’est jamais trop complexe, dense et plombant. Juste efficace, entraînant et jouissif.
Ce roman a cela de l’Oulipo : l’ambition et l’amusement. Et comme l’Oulipo, l’amusante danse des mots orchestrée par l’auteure prend d’abord le dessus sur l’émotion. Et soudain, au détour d’une phrase, il y a une déchirure. Inexorablement, vous tombez dedans, sous les mots. Et vous êtes bouleversé.

Un tel jeu sur le style et l’écriture ne pourrait donner que superficialité. Et pourtant. Je l’ai écrit plus haut, Songe à la douceur est d’une justesse étonnante. C’est cette justesse mais aussi l’universalité de ces thèmes (l’amour, la passion, grandir, changer) qui en feront le succès auprès de tous les lecteurs - adolescents, jeunes adultes et adultes. Il y a une précision dans les descriptions, une précision si pointue qu’on verrait presque la vie palpiter dans les veines des personnages. Et cela en quelques mots ! En quelques vers si bien écrits que mes yeux ont brillé d’admiration devant la maîtrise du style de Clémentine Beauvais et l’évolution que semble connaître son écriture de roman en roman. Cette précision, bien évidemment, se poursuit dans les émotions des personnages. C’est plus ténu, plus subtil, et pas nécessairement décrit. Mais que ce soit dit ou glissé entre les lignes, c’est là : les personnages ressentent et ça, c’est ce qui te frappe en plein cœur quand tu lis le roman.

Clémentine Beauvais joue avec les mots, mais c’est avec passion, elle se moque de ses personnages, mais c’est avec tendresse, elle se joue du lecteur, mais c’est avec respect, elle raconte une histoire d’amour qui consume deux êtres, et c’est avec justesse.
Je m’en suis pris plein la vue et le cœur en lisant Songe à la douceur. C’est pourquoi j’ose l’écrire comme d’autres l’ont écrit, avec la plus profonde sincérité : je n’avais pas eu, depuis longtemps, un coup de cœur aussi grand et honnête pour un livre.
C’est un roman dont la richesse littéraire et émotionnelle m’ont tant bousculé qu’il est très difficile d’en parler ici en étant bref (hum, hum) et clair (je pars, je crois, un peu dans tous les sens).
C’est comme si Clémentine Beauvais s’était dit : « Dans ce roman, je vais tout mettre, tout » et qu’elle avait réussi.
C’est tellement puissant qu’elle ne pouvait terminer son histoire que comme elle l’a fait : avec passion, avec tendresse et en laissant une porte ouverte. Comme ça, le lecteur peut s’y glisser, et y mettre ce qu’il veut. Y poser la seule chose qui manque à l’histoire pour qu’elle soit parfaite : un petit fragment de lui.
C’est ce que j’ai fait.
C’est ce que d’autres ont fait.
Et c’est ce que vous ferez si vous le lisez.
Alors l’œuvre vous semblera aussi complète qu’elle doit l’être.
Et vous pourrez refermer le livre heureux mais avec une petite pointe au cœur. Et l’envie de le rouvrir. Et la peur de s’y perdre une nouvelle fois.


« Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes. »
- Baudelaire

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