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Lettre à toi qui m'aimes en 15 gif

Quand Sarbacane m'a proposé de participer au blogtour de Lettre à toi qui m'aimes, j'avoue ne pas avoir hésité longtemps à sortir mon blog de l'ombre pour l'occasion. Je n'avais certes pas encore lu ce (sublime) petit roman paru début avril, mais j'étais tombé amoureux, un an auparavant, du premier roman de cette autrice que je connais et suis depuis de nombreuses années. Julia Thévenot, aujourd'hui, représente pour moi un petit paquet de choses drôlement chouettes qui, les unes avec les autres, font d'elle une personne à laquelle je tiens beaucoup et que j'admire énormément. D'abord blogueuse émérite (on en reparle juste après) et amie de mon jumeau Tom, elle a un jour débarqué dans le premier appartement que mon frère et moi habitions à Bordeaux, chargée de rires et de folie, et j'ai moi-même appris à la connaître. Ensuite éditrice, je l'ai vue arriver chez Sarbacane pleine d'envies, d'intelligence et de sensibilité pour épauler l'équipe dans sa géniale production de romans avec les collections Exprim' et Pépix. Finalement autrice, j'ai guetté la sortie de son premier roman, Bordeterre, avec un mélange de hâte et d'appréhension avant de me laisse complètement déborder dans son univers qui m'a littéralement enchanté. Autant dire que j'étais fier, heureux et ému de publier sa nouvelle Ding ! dans En quête d'un grand peut-être : guide de littérature ado que Tom et moi avons écrit et publié début décembre 2020 dans notre propre structure éditoriale, les éditions du Grand Peut-Être.

 

Bref, quand Sarbacane m'a proposé de participer au blogtour de Lettres à toi qui m'aimes, j'ai dit oui sans plus tarder parce que je savais que ce roman serait une nouvelle pépite (qui ne laisse plus tellement de doutes sur le fait que Julia sera bientôt une autrice incontournable en littérature ado  : suivez-la !) mais il a fallu que je me creuse les méninges pour trouver COMMENT rendre hommage à sa plume et à son roman. Mon désarroi était d'autant plus grand quand j'ai vu la liste d'idées que déployait l'équipe de blogueur·euses, de booktubeur·euses et de Bookstagrammeur·euses pour ce blogtour : playlists, interviews, portrait chinois, live, concours... Mes accolytes ont redoublé d'inventivité pour honorer le texte de Julia et vous retrouverez la liste de leurs articles plus ! Et quand j'ai reçu Lettres à toi qui m'aimes, je suis tombé dans des affres de questions : comment, mais comment rendre honneur à ce texte qui dit avec génie et désinvolture l'amour et l'adolescence ?!

 


 

Avec un peu de temps, quelques cheveux arrachés et un peu d'angoisse, une idée de dernière minute (sinon, ce n'est pas drôle, n'est-ce pas ?) m'est venue : vous parler de Lettres à toi qui m'aimes en quelques gif, choisis çà et là en en écumant des centaines. Parce que si vous suivez le blog de Julia, Allez vous faire lire, vous connaissez son talent (et vous allez voir que le mien est bien moindre à côté...) pour trouver des gif drôles et étonnamment pertinents pour illustrer chacun de ses articles. Parce que l'adolescence, c'est aussi s'échanger des tas de messages virtuels, de memes et de gifs éloquents. Parce que malgré tout ce que je vais pouvoir écrire de dramatique et d'émotion dans cette chronique, Lettre à toi qui m’aimes est, comme l’est sa pétillante autrice, traversé d’humour, de légèreté, d’insouciance.

Cette introduction était beaucoup trop longue, non ? Alors on y va ?

 

Musique, maestro


  

 
Au début du roman, nous rencontrons quelques personnages qui vont, tout au long de cette histoire, évoluer jusqu'au passage du bac. Jobs (le batteur qui mène tout le monde à la baguette), Dudley (le bassiste amoureux) et Pénélope (dite Penny, la chanteuse et claviériste qui rêve de musique) recherchent un guitariste pour les Moonatics, leur groupe de rock progressiste. C'est ainsi qu'ils rencontrent, et recrutent, Yliès, qui est plutôt métal, mais prêt à jouer du rock, qui est plutôt timide, mais prêt à devenir leur pote. 
 


 
Au-delà d'être le point de départ de l'histoire de ces ados un peu marginaux qui jouent, révisent et boivent des bières dans un garage, la musique est un élément qui habite tout le roman, de l'écriture jusqu'aux thématiques en passant par la façon dont les personnages vivent leurs émotions. Avec un style très musical de par la forme du texte (quelque part entre la prose, les dialogues et le vers libre) dont on reparlera, Julia Thévenot raconte l'adolescence comme elle écrirait un album (musical). Le rythme, magistralement orchestré, nous emmène quelques mois dans la vie d'Yliès, Pénélope et de leurs amis en suivant le tempo de leur quotidien. Cours, répétitions, moments doux entre amis, émois amoureux, tensions sensuelles et cœurs brisés : le texte emporte le lecteur dans la vie de ses personnages et chacun d'eux, chacune de leurs émotions, chacune de leurs journées est comme un instrument qui joue avec les autres. Parfois synchro, parfois dissonants.
« c’est ridicule à dire ainsi – tu me plais. Mais c’est vraiment ça. Comme un riff, tu sais. De ceux qui te traversent et te laissent à la rue. Qui te tabassent jusqu’à ce que tu n’en puisses plus ? Mais tu en demandes encore, tu vois, tu rappuies sur play juste pour ce riff-là, qui te fait ressentir quelque chose d’inconnu… c’est… ça. Que je ressens. (...) TU me plais comme ça. Je
            
t’aime, »

Miettes de cœur brisés



 

Très vite, dès le début même, dès la première note, Pénélope plaît à Yliès, Yliès plaît à Pénélope.  Ils se tournent autour, se chamaillent, se séduisent, se frôlent et s'électrisent. Mais Pénélope comprend trop vite qu'Yliès ressent quelque chose qui dépasse cette simple électricité. Lui l'aime. Elle pas.

Mais ce qui rend le roman particulièrement puissant, et touchant, c'est que cette brisure entre eux s'illustre dans le texte même et la forme des vers libres rend l'histoire aussi terrible qu'insouciante.

« Quelque chose en tout cas m’a fait reculer à l’intérieur de moi. Je ne voulais pas de tes doigts sur moi, ça m’est tombé dessus comme ça.
J’ai su, avec une douce certitude, et souri différemment à partir de là :
Tu me plaisais presque,
                                    mais pas.
*
A mon contact, en revanche, chaque parcelle de toi
                                                                                        - chantait »

Dès ce moment, Pénélope esquive Yliès, cherche à lui faire comprendre que leur amour n'est pas réciproque, et met avec elle le lecteur dans la gène d'une situation cruelle. On comprend avec elle qu'une histoire d'amour déçu, ce n'est pas seulement un amant blessé, mais aussi un ami qui souffre. Transpercée d'émotions contradictoires qui la remuent et l'ennuient tout à la fois, Pénélope compatit pour Yliès, qu'elle ne veut pas perdre tant elle tient à lui. Le garçon est rendu presque pathétique dans le regard de Penny, qui reçoit l'amour sans pouvoir le redonner, et voit dans chacun de ses gestes le désir en ébullition. Partagée entre ses émotions contradictoires, elle se retrouve déchirée entre son amitié pour Yliès et la colère qu'elle ressent à son égard. Mais peut-on seulement brider ses sentiments ?

 

 

Avec une habilité désarmante, Julia Thévenot dit avec une pitié teintée de tendresse les émois de l'amour exacerbés par l’adolescence.

« Entre nous,
Il y a un paquet de trucs qui n’arriveront jamais.

Jamais mon nez dans ton cou, jamais tes lèvres sur les miennes.

Jamais ma main dans tes cheveux en un geste caressant, ces gestes d’enfant qui durent un millier d’années, un instant.

Jamais je ne volerai ta moustache-chocolat d’un coup de langue comme dans une publicité Ricoré,
Arrête de rêver. (...)

Le mieux serait que tu acceptes »

 

Écrire l'adolescence

 


 

Vous aurez compris, en me lisant, combien ce roman évolue sans cesse sur le fil d'émotions contraires. C'est là, pour moi, le génie de l'autrice : écrire l'adolescence. Si cette chronique vous laisse imaginer un roman intense et déchirant sur la rage adolescente et l'amour quand il devient un ouragan dans nos ventres

(et c'est le cas, d'une certaine façon - tant et si bien que le texte explose en vers libres, en ponctuation éparpillée, en phrases en suspens et en mise en page envolée),

 

 

c'est pourtant un livre léger. Funambule de l'écriture, Julia Thévenot maintient l'équilibre entre la passion d'Yliès, qu'on voit poindre dans la densité de ses regards et le lyrisme de sa déclaration d'amour, et l'indifférence de Pénélope, qui cherche l'amour et la sensualité dans les bras du fantasmagorique Côme.

 

Et je crois que si ce roman plaît tant, c’est justement parce qu'il illustre bien ce qu'est, pour moi, la littérature ado, et pourquoi elle nous touche tant (y compris les adultes qui osent mettre un pied en terre inconnue). En parlant du premier amour, celui qui ébranle, celui qui réveille les sens, celui qui laisse à rêver d'une première fois, celui qui marque, elle parle de l'amour en tant que tel. Avec une intensité féroce et une désinvolture libératrice, Julia Thévenot parle d'amour aux adolescents, sans les prendre de haut ni les oublier dans l'histoire. L'énergie qui nous habite quand on tombe amoureux vient de l'intensité de l'adolescence. Alors pourquoi l'intellectualiser, quand on peut simplement le raconter ?

 

 

 

Best Friends For Ever

Mais Lettre à toi qui m'aimes n'est bien sûr pas qu'une histoire d'amour, d'hormones et d'adolescence. C'est aussi une histoire d'amitié. Tout au long du roman, on suit un groupe de quatre ados, et de leurs camarades qui gravitent autour, et on s'insère progressivement dans les dynamiques et les émotions qui font vibrer leurs amitiés. En filigrane, Julia Thévenot explore ce qu'est l'amitié et la frontière floue qui sépare les relations. Où naît l'amour, dans tout cet imbroglio d'humains ?

« Tu me plais terriblement comme acolyte de beuverie musicologique, comme partenaire de Mario Kart, voisin d’épaule de concert au 28, effleureur de bord de frigo à la limite, mais pas comme enjôleur de nuit épaisse, éparpilleur de sens, recolleur d’âme et partageur de céréales. »

Lettre à toi qui m'aimes, finalement, c'est aussi une lettre pour tenter de comprendre. Comme une longue pensée, un monologue, un roman qui tente de dire l'amour tout en sachant que l'amour, justement, ne se dit pas, mais se vit (et se raconte !).


 

 Du vers libre à l'ironie

Comme je l'écrivais plus haut, c'est aussi la forme de ce court roman qui le rend intéressant et aussi percutant. Entre prose et vers libre, l’écriture de l'autrice est à la fois beaucoup plus chantante et plus légère que si elle l'avait raconté de manière classique. Avec un petit quelque chose du lyrisme qui habite l'adolescent emphasique lorsqu'il laisse sortir ses émotions mais surtout avec une musicalité, une fluidité et un art de la narration efficace, Lettre à toi qui m'aimes m'a emporté et je n'ai pas pu le lâcher avant de l'avoir terminé (littéralement, je l'ai lu en une soirée). Mais si ce roman s'écrit dans une langue libre et rafraîchissante, qui ne souffre pas d'être trop littéraire et porte en elle le plaisir simple de raconter, on prend aussi un grand plaisir à entendre le texte résonner de rimes et de rythmes propres à la poésie. En dépit de ce que dit le petit garçon du gif ci-dessous, quel plaisir de lire un texte si justement dosé, si bien écrit, si bien construit et émaillé comme elle sait si bien le faire d'images astucieuses et poétiques.

« je me mordais les poumons en dedans parce qu’en le disant, tu m’avais regardée. »

 


 

L'énergie de sa narration tient cependant d'une autre chose qui caractérise pour moi très bien Julia et la force de ce roman, c'est son ironie. Comme je l'évoquais plus haut, l'astucieux parti pris de voir l'amour de l'autre côté, du côté de la personne qui, en fait, est un peu embarassée par tout cet amour qui lui tombe sur le coin de la tête, permet à l'autrice un point de vue aussi juste qu'orignal sur l'adolescence. A la manière de Clémentine Beauvais dans Songe à la douceur (comme l'évoquait si justement Alexandra dans sa vidéo d'hier !), elle théâtralise l'adolescence avec sarcasme, un brin de moquerie, mais aussi un paquet de tendresse.


 

Un pas en avant

 

 

 

Et ce qui m'a plu, enfin (s'il fallait encore quelque chose pour vous convaincre), c'est la façon qu'a l'autrice d'ouvrir ces adolescents sur leur avenir. Cette histoire d'amour fait part entière de leur histoire personnelle, elle a un début, des rebondissements, une résolution. Mais c'est en fait juste un morceau de leur histoire, qui s'entremêle d'ailleurs dans le roman à plein d'autres problématiques du quotidien de ces adolescents, du lycée à la famille, de leur passion pour la musique aux fêtes alcoolisées, de l'amitié à l'amour.


Alors, pour finir le roman, Julia Thévenot met ces ados face à leur avenir. C'est aussi ce qui leur permet de réfléchir, de relativiser, de mettre les choses en perspective, et de regarder en avant. J'ai aimé ce regard vers l'avenir. J'ai aimé, ce retour au réel : malgré les émois, l'amour et les drames, il y a toujours le bac, les parents et l'orientation. J'ai aimé que l'adolescence redevienne un élan.

 « D’un coup, tout se métamorphosait au-dedans et au-dehors de nous le monde adulte nous accueillait, gosses frénétiques et agités ; on voulait le mordre par tous les côtés, sentir son jus de vie couler sur nos corps – c’est la période où tous les mômes de dix-huit ans se tapent des rails métaphysiques ; on aurait pu faire de vraies conneries, être retrouvés morts – heureusement,
les darons étaient là pour nous rappeler les vraies questions,
et, bim, on s’est pris dans les dents une première porte :
   
                                                   l’orientation. »

 


 

Allez, on trinque ?


Si je ne devais dire que deux mots, ce seraient : lisez-le. Une soirée à dévorer un bon roman sur votre canapé en vous prenant une bonne claque d'émotions et d'adolescence, ça ne vous tente pas ?


Avec Lettre à toi qui m'aimes, Julia Thévenot livre un récit malin, percutant, court et néanmoins dense sur l'adolescence. C'est un roman qui contourne l’amour pour en parler avec beaucoup de justesse.  

Elle propose avec cette histoire de coeurs brisés et d'amitiés questionnées un récit tendre et cruel de nos adolescences. Elle arrive à briser nos petits coeurs de lecteurs tout en les recollant, elle nous fait rire et penser, elle touche droit au but en peu de pages.

Magistral. 💘


« J’en ai fait tomber mon assiette en carton – pas de colère ; elle a simplement glissé d’entre mes doigts en même temps que mo cœur dans mon estomac
Et tandis que mes pieds se recouvraient de pesto et mozza ;
Les pâtes
se sont éparpillées
comme mes
pensées. »

 


 

 

 


Comme je le disais au début de l'article, celui-ci a été écrit dans le cadre du Blogtour Lettre à toi qui m'aimes organisé par Sarbacane pour la parution du roman ! Courez voir les créations de tous mes acolytes, réunis dans l'image ci-dessus, ils ont fait preuve d'une inventivité, d'une créativité et d'une originalité folle pour présenter cet incroyable texte. 💗

Et demain, rendez-vous chez Val et ses livres pour la suite du Blog Tour !


 

Ce matin

Ce matin, je me suis levé après avoir (enfin) passé une longue nuit réparatrice, après avoir traîné au lit, et après avoir laissé mes pensées vagabonder vers le weekend qui m'attend. Ce matin, après m'être levé, j'ai ouvert les volets, les yeux encore voilés par la nuit et le noir et le corps vacillant sous la lumière de cette journée d'hiver. C'était un moment fragile.
Une fragilité qui habite, il me semble, les deux albums dont je veux vous parler aujourd'hui. Ils parlent tous les deux du matin avec une sensibilité qui allie une fragilité touchante à une force lumineuse. Je vais essayer de m'expliquer.


Dans Ce matin, Junko Nakamura ne raconte rien de plus que le matin d'un ours et de son chien. Il faut se lever, quitter son nid douillet, ouvrir les fenêtres, recevoir le soleil, s'habiller, prendre son courage à deux pattes et sortir se heurter au monde, à l'extérieur et aux autres.

Il y a dans les personnages une tendresse immense, à laquelle mon coeur d'enfant s'est profondément attaché. L'ours et son chien font attention l'un à l'autre et l'auteur-illustratrice le montre avec une grande simplicité. Chacun vit son matin avec et sans l'autre. C'est comme une petite danse des habitudes que chacun mène avec précaution. Jusqu'à ce moment très touchant où l'ours prend son chien dans les bras et lui dit "Je ne t'avais pas encore dit bonjour, mon chien."

Tout cela est rendu possible et amplifié par des dessins d'une grande douceur et par un jeu de lumières incroyable où la vivacité des couleurs, les ombres et la chaleur des illustrations rendent compte de l'atmosphère si particulière, confortable et mélancolique, d'une matinée ensoleillée.
Dans Premier matin, Fleur Oury, pour son premier album, met en scène deux ours. Petit Ours doit aller à l'école. Mais il a fait un rêve où se matérialisaient toutes ses craintes : oublier son cartable, ne plus avoir d'amis... Alors Grand Ours le rassure, et lui montre que l'école est aussi un lieu plein de promesses pour apprendre, changer, grandir et se faire des amis.

La même tendresse anime l'album de Fleur Oury. Ses deux personnages, réalistes, avec leurs deux petits yeux noirs et une bouche finalement peu expressive, vibrent pourtant de douceur et d'émotion. L'affection mutuelle qui les lie est palpable et la façon dont l'un se confie et l'autre le rassure est juste et touchante.

De plus, on voit petit à petit se dessiner autour des deux ours la forêt. La forêt s'épaissit, s'enrichit et le monde qui les entoure prend vie comme il s'éveille au matin. Avec des dessins minutieux et colorés fait aux feutres, Fleur Oury m'a séduit et touché.


Pourtant, si ces deux histoires tendres et simples plairont sans aucun doute aux plus petits qui se reconnaîtront dans les différents animaux (si attachants), elles sont toutes deux enrichies d'un niveau de lecture différent, subtile et juste.

Ce matin, de Junko Nakamura, invite à le lecteur à voir le matin comme un commencement. "La pluie d'hier n'est plus là, partons voir le monde." Ce soleil doux et chaleureux, ces couleurs mélancoliques, cette atmosphère si rassurante, c'est comme une main tendue pour laisser derrière soi des tracas ou des tourments passés pour trouver le réconfort dans la confrontation au monde.

Premier matin, de Fleur Oury, met en scène une relation tendre et confortable qui rassure et porte mais dont il faudra aussi se détacher pour découvrir, rencontrer et s'épanouir. C'est aussi un album qui dessine le monde autour de Petit Ours comme le monde se dessine dans l'apprentissage et dans les années qui passent.

Le tout, pour chacun des albums, avec douceur et émotion. C'est simple, oui, rapide à lire et c'est avant tout pour les enfants. Mais ça n'en reste pas moins, il me semble, sensible, juste et émouvant.

Ce matin de Junko Nakamura
Editions Memo
44 pages, cartonné, 16€ 
★★★
Premier matin de Fleur Oury
Les Fourmis Rouges
40 pages, cartonné, 14€

Mon Paris Littéraire: une lecture coup de ♥



Alors que je rentre et vous délaisse un peu le temps de reprendre mes remarques, je vous laisse plonger une nouvelle fois dans les tréfonds de Paris, dont j'ai exploré la surface cet été... Cette semaine, ce sera très littéraire.


Paris, cet été, a été lumineux, culturel, riche, stressant, excitant, théâtre, musical, artistique… Mais il aussi été, évidemment, littéraire. D’un théâtre à un salon du livre, d’une rencontre exceptionnelle à un labo à histoires, de quelques librairies  visiter à un coup de cœur littéraire, je vous emmène en balade entre les mots de Paris, dans ses rues de lignes et sa Seine d’encre.
 

Mon coup de cœur littéraire : Le cœur en braille
Bien entendu, étant à Paris pendant deux mois et devant prendre chaque jour les transports en commun pour une durée plus ou moins longue, de nombreux livres ont accompagné ma vie parisienne. Et il y a eu des coups de cœur.
J’en ai choisi un seul à vous présenter pour clore cette chronique de ma vie littéraire parisienne. Il s’agit de la série de Pascal Ruter publiée chez Didier jeunesse : Le Cœur en Braille.


Rappelez-vous...
Je vous en ai parlé dans une vidéo, lors de Booktube et la Blogo en Short, le mois dernier. J’avais eu du mal à en parler. Parce que je venais juste de terminer le troisième tome et que j’étais ému.
Comme c’est un coup de cœur, un des seuls de cet été, et comme il m’a à ce point touché, j’ai voulu vous en parler un peu plus longuement, ici, à l’écrit.

Le Cœur en Braille raconte en trois tomes la fin de l’enfance, l’adolescence et le début de l’âge adulte de notre personnage principal : Victor.
Dans le premier tome paru (Le Cœur en Braille), il a 13 ans. On est dans la banlieue parisienne, on est dans un collège, mais cette histoire, véritable aventure du quotidien, est loin d’être banale.
Il y a le père de Victor, de la Panhard, sa voiture de collection. Il y a Haïçam, son meilleur copain, mystérieux, terriblement intelligent et redoutable aux échecs. Il y a Marie-José, la nouvelle, avec sa tête d’intello, son violoncelle et ce secret qu’elle va porter et surmonter avec l’aide de notre jeune héros…
Dans le deuxième (Trois ans avant, autrefois appelé Le Bonheur à l’envers), Victor a 10 ans
Il y a le théâtre et son déguisement de buisson, il y a son étrange voisine, qui a l’air un peu triste. Il y a sa mère, très arrêtée sur le bon ordre des choses alors qu’elles commencent à se fissurer. Il y a Zak, l’oncle de Victor, qui va venir mettre un bon coup de pied là-dedans !
Dans le troisième (et dernier : Quatre ans après, paru en avril), Victor a 17 ans. C’est l’été. Il fait chaud dans la banlieue parisienne.
Il y a les sentiments qui palpitent, l’angoisse de l’obscurité de l’avenir un peu en fond, et il y a la vie comme un manège. Il y a Marie-José, pressante, il y a le père, tout tourneboulé, et puis il y a la voisine, et le CPE-cycliste-écrivain, et les deux copains du groupe de musique, et le copain-comédien, et tout ce monde qui revient pour un dernier acte étonnant, pétillant et poignant.

J’ai lu les deux premiers tomes avant l’été en fait. Mais ce troisième tome, celui qui se passe dans la chaleur d’un été de la banlieue parisienne, m’a accompagné le temps de quelques jours. Dans les transports, avec un sandwich au parc, à la gare en attendant mon train pendant quatre heures…

Le plaisir de la série est riche de beaucoup de qualités, que vous ne pourrez comprendre et ressentir qu’en vous lançant dedans…
Les personnages sont originaux et regorgent de vie. Tracés avec finesse par l’auteur, chacun d’entre eux existe par des qualités, des reliefs auxquels on s’accroche avant d’être émus par leurs failles. Ils sont véritablement touchants, et sonnent toujours justes…
Je trouve que la vie, c'est comme un grand puzzle de vide-grenier, on ne sait pas trop à quoi ça va ressembler et on sait même pas si on arrivera à faire tenir toutes les pièces ensemble.
Trois ans avant

Mais ça, c’est grâce au style de Pascal Ruter. Il brille d’une qualité littéraire indéniable, doublée d’une sensibilité indispensable. Indispensable à la création de l’atmosphère douce, délicieuse, piquante et rigolote qui caractérise la série
Cette qualité littéraire, c’est l’incroyable talent qu’a notre auteur à créer des images originales et parlantes. C’est sa capacité à choisir les bons mots alors qu’ils paraissent d’abord totalement inappropriés à la situation ! C’est son talent à être juste, précis et toujours captivant. C’est la façon qu’il a de rendre le quotidien palpitant.
Cette sensibilité indispensable, c’est ce qui permet à Pascal Ruter d’exprimer avec une grande émotion ce que ressentent les personnages. On éprouve toujours avec force les sentiments de Victor, on voit le monde et les autres à travers ses yeux, notre cœur palpite des émois de cet enfant.
- C'est vrai d'ailleurs... Je me demande bien pourquoi les choses tristes ça fait du bien à entendre...
- Peut-être qu'alors on se sent moins seul avec les choses de l'existence, et que le plus difficile dans la vie c'est de se croire seul.
Le Cœur en Braille
Le premier tome paru (Le Cœur en Braille) m’a beaucoup touché et je l’ai lu un peu, beaucoup, passionnément.
Le deuxième (Trois ans avant), m’a encore plus ému. Il m’a semblé plus abouti littérairement mais aussi scénaristiquement car porté par une réelle tension… Alors même, après avoir lu le premier tome, qu’on sait comment l’histoire est vouée à se terminer, on est pris, happé, captivé par l’histoire jusqu’aux soubresauts finaux de l’intrigue.
Le troisième (Quatre ans après) a été un véritable coup de cœur, LE coup de cœur. Je l’ai avalé d’une traite. Tout y est : la galerie de personnages vibrant de vie, l’émotion tremblotante de Victor, en passe de devenir adulte, la sensibilité et la qualité du style, la tension et le suspense, la construction efficace, l’histoire passionnante… comme une grande pièce de théâtre, les destins se croisent, s’entrelacent et se nouent jusqu’à un final grandiose, burlesque et émouvant.

On en ressort comme on traverse la vie : on est heureux, mais mélancolique. Il y a comme une petite tristesse dans la joie. Comme un petit caillou dans la chaussure.
- Ça me fait plaisir… mais mon oncle Zak dit que dans toutes les joies, il y a comme une petite tristesse.
- Une tristesse ?
- Oui comme un petit caillou dans le chaussure. Et qu’on passe sa vie à essayer de la vider, cette chaussure, sans jamais y parvenir tout à fait.
Trois ans avant