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Quatre soeurs et votre plus-gros-plus-vieux-pull

Intégrale - 19€80 - l'école des loisirs

Quatre soeurs vivant à la Vill'Hervé
Dans un univers si doux si douillet
Chaleureux comme votre plus-gros-plus-vieux-pull
Et pétillant comme une libellule
Riez, dansez, pleurez, courez, criez, grimpez
Aimez, ragez, volez, partez, vivez
Avec elles en quatre tomes
Avec elles et des fantômes

Pendant deux mois, d'août à octobre, de l'été à l'automne, des vacances au travail sans discontinuer, j'ai vécu avec Quatre soeurs. Mais, comme le précise la quatrième de couverture, les Quatre soeurs sont cinq, comme les Trois Mousquetaires étaient quatre. Elles était là, sur la plage, à bronzer et se chamailler à mes côtés. Elles étaient en voyage, cachées dans ma valise. Elles étaient là quand j'ai repris les cours. Elles petit-déjeunaient silencieusement avec moi. C'était doux tout ça.

J'ai été un peu frustré de ne pas vraiment avoir le temps de le lire. D'avoir enchaîné les premiers tomes rapidement et, à mon retour aux études, de ne lire qu'un chapitre ou deux par jour jusqu'à la fin quatrième tome.
Mais en même temps, c'était bon. J'aimais bien savoir que chaque matin en me levant, j'allais pouvoir goûter à quelques bouffées d'air frais, glaner quelques néologismes ferdjoukhiens, entendre la Vill'Hervé craquer, m'immiscer dans l'intimité de quelques-unes des soeurs Verdelaine.
Alors quand j'ai fermé le livre deux mois plus tard, c'était avec un pincement au coeur. Un coeur qui a battu pour chacune de ces soeurs et qui a palpité de nombreuses émotions.
"- Bonjour, dit-il. Geneviève est là ?
- Ça dépend, fit Enid. Tu veux la Geneviève qui lave le linge plus blanc que blanc ? La Geneviève qui a des paillettes argentées dans les yeux quand elle dit "Frisbee Rikiki" ? Celle qui peut ressembler à Marilyn Monroe quand elle met des talons ? Ou ma soeur qui a seize ans ?
Il eut un rire qu'on entendait très peu, mais qui se voyait très bien.
- Toutes, si possible, répondit-il."
J'ai frémi, aux premières pages d'Enid, dans le vent, les crevasses, la tempête, l'automne et le froid. Entre les fantômes, l'aventure et la malice enfantine, j'ai trouvé là un univers particulier. Pittoresque mais surtout vivant, parce que dans l'encre et dans le papier, on entend tout. Le sifflement du vent, les hurlements des fantômes, les craquements du bois, les voix des Quatre sœurs, les murmures dans la nuit, les discussions, les bises qui claquent, le bruissement de l'herbe, la mer sur la grève, les falaises où hulule la tempête...
"- Combien de temps ?
- Une douzaine d'années.
- C'est long ?
- Le temps de se regarder quatre fois dans le miroir, et de se trouver changé."
J'ai (sou)ri, souvent, dans ces mots craquelés de joie. Chaque sœur, à sa façon, est pétillante. La mise en scène de Malika Ferdjoukh, pourtant douce et réaliste, valse avec le burlesque avec virtuosité. Les personnages entrent en scène avec énergie et viennent tout bousculer avant de ressortir brutalement, laissant la scène chamboulée. L'histoire prend de multiples chemins différents sans que ce ne soit jamais lourd, improbable ou cheveu-sur-la-soupe.
"Il y a quinze jours,  Denise avait changé de rire. Cela arrivait deux fois par an environ."
J'ai exploré. Le style de Malika Ferdjoukh. Parce que des néologismes (un peu) comme celui des cheveux sur la soupe (signé de mon humble personne, vous avez le droit de le critiquer) et des expressions inventées, on en trouve par poignées. Elle sort les mots de leur contexte, les transforme et les assemble. Ca donne un patchwork vraiment amusant, bizarre mais confortable.
"Rectificatif : il n'est pas "ASSEZ mignon" mais sévèrement phénix."
"Le mercredi, le printemps s'accorda une RTT et laissa tout le boulot à quelques nuages gris et gras tout chargés de mauvaises intentions."
"A leur air de rien du tout, à leur mine de oh ! mais non voyons."
"Le bord supérieur du livre était son horizon-frontière entre fictif et réel."
J'ai grandi avec elles, en fait. Un peu. Tendrement. Doucement. C'est ainsi que s'est déroulée une année avec les cinq soeurs Verdelaine, quatre saisons pour cinq soeurs lestées de l'absence de leurs parents, décédés tragiquement et un peu perdues dans les remous du quotidien, de l'adolescence et de la vie en général. Dans ce joyeux fatras, je faisais mon propre petit bout de chemin.

Les personnages crapahutent, se heurtent et s'envolent, les émotions se fissurent, crépitent et pétillent, les décors vivotent, l'histoire coule doucement.
J'ai grandi, un peu. Comme elles cinq. Dont les failles touchent et dont la justesse attendrit et émeut. Qu'on laisse au bout de 600 pages face à un horizon qui palpitent et enthousiasme. On n'a pas envie de les quitter. Mais on le fait avec le sourire.
Et les voilà qui vivent en nous, les Quatre soeurs, nos Trois Mousquetaires du quotidien.

Je vous laisse glaner d'autres infos sur le web. Le roman est d'abord paru en quatre tomes séparés. J'ai lu l'intégrale. Il existe deux bande-dessinées du roman : une étant une vraie adaptation et l'autre une série de courts épisodes initialement écrits par Malika Ferdjoukh et illustrés pour Je Bouquine. 

Et sinon, vous pouvez découvrir
ci-dessous
un extrait lu par... moi !

Un hiver à Paris

Un hiver, à Paris, un élève de classe préparatoire littéraire avance, tant bien que mal, travaille, évolue dans cet univers citadin, élitiste, bourgeois parfois, intellectuel en tout cas. Il commence à s'entourer d'amis, tout du moins de connaissances. C'est pourtant ténu et volatile.
Un hiver, à Paris, un autre élève de classe préparatoire est poussé à bout. Il hurle une insulte à son professeur. Il enjambe la balustrade. Il tombe. Il y a ce bruit sourd, cette flaque de sang, ces souvenirs acérés qui hanteront pour longtemps notre narrateur, son entourage, le lecteur aussi, un peu.
Un hiver, à Paris, des vies sont bouleversées.

Pour ce second élève, c'est une vie qui s'arrête, si brutalement, sur le béton de la cour. Pour ce premier, c'est une vie qui s'arrête mais ouvre sur une autre. Une autre vie où il faut naître douloureusement avec un drame pour parent.
A l'aube d'une existence nouvelle, il y aura des amis, des amours, des liens tissés. La solitude est tombée, elle aussi, sur le béton. Et, brisée, a répandu l'intérêt des uns, la compassion des autres, et le besoin de s'appuyer sur eux. Il y aura aussi des souvenirs, à ne plus savoir qu'en faire. Les partager, maladroitement, avec le père du premier élève. Les laisser couler, insidieusement, à l'intérieur. Les laisser givrer, dans l'hiver, à Paris. Les dégeler, habilement, bien des années plus tard, loin de Paris.

Un hiver à Paris est un ouvrage plus ou moins autobiographique. Mais qu'importe. Si tel est vraiment le cas, le dégel des souvenirs est réussi. C'est réel, juste et touchant, mais surtout pas larmoyant, jamais faux, et ça ne tombe aucunement dans le pathos. Le personnage est finement sculpté. Sa route est incertaine. Mais elle se déroule sous ses pas. Doucement. C'est une route sinueuse qui serpente dans une ville froide incarnant tourments et espoirs.
Jean-Philippe Blondel dessine avec une grande délicatesse et avec une habilité littéraire évidente un chemin parisien pour se relever. Son regard incisif se porte avec bienveillance sur une ville et sur les autres.  Sur nous-mêmes.

"Quand j'observais les gens autour de moi - et tous ceux que je croisais dans la rue, dans le métro, dans l'autobus -, personne ne semblait complètement sain. Et c'était bien ainsi."

« J’étais en train de respirer les molécules de ma mère ! »




            Alors oui, c’est vrai, j’ai lu On est tous faits de molécules il y a presque cinq mois et c’est difficile d’en ressortir des souvenirs précis. Alors oui, c’est vrai, j’aurais dû écrire cette chronique en avance. Mais vous aurez remarqué que de ce côté-là, je ne suis pas un roi… bref, on ne va pas s’éterniser sur ma grossière erreur mais revenir sagement sur ce qui nous intéresse : le nouveau roman de Susin Nielsen. Autant vous dire que quand j’ai trouvé, fin décembre, les épreuves non corrigées du roman dans ma boîte aux lettres … c’était Noël avant l'heure ! Je me suis littéralement jeté dessus. Et quel plaisir ça a été. Je l’ai dévoré en moins de 24 heures, entre le canapé, mon lit, ou tout autre endroit pouvant m’accueillir dans mon irrépressible besoin de lecture.
            Quand, à cause des études ou de quoi que ce soit d’autres, vous avez une période vierge de lecture, retrouver ce loisir est toujours un immense plaisir (je deviendrais presque poète). Quand, en plus de retrouver ce plaisir, vous retrouvez le plaisir d’un roman passionnant dont les pages se tournent toutes seules (votre main –totalement autonome, même si là, Stewart me corrigerait– aidant) … c’est le jackpot !


            Comme vous pouvez le voir dans l’extrait présent sur la quatrième de couverture de l’ouvrage, en italique (juste ci-dessus ! Hop ↑), et en titre de cette chronique: le ton est donné. Alors que l’auteure sortait il y a un peu moins de 2 ans un roman sombre et néanmoins « bouleversant » et « brillant » (pour citer ma chronique), elle revient là avec un livre plus léger, mais toujours poignant.
            Pour la première fois, Susin Nielsen opte pour une double narration : Stewart, treize ans, et Ashley, quatorze ans. Tous deux semblent si différents : d’un côté le geek ringard (« nerdy nerd » dirait Susin Nielsen, voire l’article de demain …), de l’autre la pimbêche populaire ; pour utiliser des termes péjoratifs mais clairs. Ils se retrouvent pourtant, malgré eux, à devoir se fréquenter quotidiennement puisque le père de ce premier emménage chez la mère de cette seconde. L’auteure confronte avec humour les points de vue acérés mais touchants de ces deux adolescents sur leur famille recomposée.

            Mais ce n’est pas tout ! Car si On est tous faits de molécules touche et fait rire par ce premier enjeu, déjà grave et efficace, l’auteure l’enrichit d’intrigues qui vont nouer, entre tous les personnages, de nombreuses connexions… un peu comme une molécule ?
            En effet, Stewart a perdu sa mère deux auparavant et il a plus ou moins fait son deuil … seulement, il doit apprendre à vivre dans une nouvelle famille sans sa mère, bien qu’il essaye, à tout prix, de lui trouver une place.
            De son côté, Ashley doit faire face au départ de son père, qui emménage … dans un cabanon … au fond du jardin … avec un autre homme. Non pas qu’elle soit homophobe, seulement voilà, que vont penser les autres au collège ?
            Il y a un peu tout ça à la fois, et c’est comme la vie : tout survient en même temps, les choses s’ajoutent, et le tas commence à trembler. Alors il faut réussir à ne pas tout faire tomber, faire de l’ordre, créer des liens, et accepter que tout ne peut pas se dérouler comme on le souhaite.

            C’est cette histoire-là que Susin Nielsen raconte : comment ces deux adolescents vont-ils réussir à :
  • Former une nouvelle famille,
  • Finir de faire le deuil d’une mère,
  • Accepter la différence d’un père,
  • Apprendre à nouer des relations humaines sans y perdre le fil,
  • Grandir un peu, par-dessus tout ça.
            C’est avec une grande maîtrise qu’elle le fait. La richesse d’intrigues est harmonieusement construite si bien que le tout est d’une fluidité captivante. Le style est aiguisé, vif et efficace. Les tons sont drôles, touchants mais surtout justes. Il y a, encore, des anecdotes amusantes, des schémas, une richesse authentique. La narration est naturelle et pourtant rocambolesque. On sent chez l’auteure une virtuosité dans l’agencement de son histoire : il y a des nœuds narratifs qui tiennent en haleine, une tension douce mais réelle, un sommet dramatique final, et surtout, une émotion présente … mais toujours juste et spontanée. Sensible, et jamais forcée. Véritable.

                Ai-je besoin de vous dire que ce fut un coup de cœur ?
             Ai-je besoin de vous rappeler que j’ai attribué au roman le Masque d’or du meilleur espoir de 2015 ?
              Ai-je besoin de rédiger une vraie conclusion alors que je viens de terminer un paragraphe par le mot « véritable » ? L’œuvre de Susin Nielsen, en effet, résonne de cette essence nécessaire : la sincérité.

Les chroniques, inspirantes et sans doute bien plus justes, de Pépita, Le tiroir à histoires, Bob & Jean-Michel.
Une photo publiée par Nathan (@lecahierdelecturedenathan) le

Avant l'envol


 Le 18 Juillet dernier je vous disais de venir l'aider, souffler un peu dans la voile de son bateau. Les mois qui ont suivi j'en ai beaucoup parlé, j'ai essayé moi-même de souffler du fond de mes poumons. Le bateau a réussi à s'en aller. Je n'étais pas seul, et de nombreux contributeurs, venus de tous les horizons, ont participé. Alors nous y voilà. Dans 4 jours, il va s'envoler le bateau. La Luciole va battre de ses propres ailes avec le premier album qu'elle auto-produit. Il n'y a que deux titres de connus à ce jour. Il n'y a que quelques extraits, des mots à rebours, glissés comme un baiser furtif sur les réseaux sociaux. Mais ce sont ces ailes qu'il faut maintenant renforcer, leur donner de la vigueur, de l'épaisseur, leur donner le pouvoir d'aller loin. Je ne peux pas beaucoup, mais je peux, alors je fais, et je pose de ma plume quelques plumes de plus aux ailes de Luciole. Je lui dis merci pour sa musique palpitante et délicieuse, je lui dis je suis avec toi, et tes mots et ta voix et ton son me portent un peu plus loin, je lui dis je m'inspire de tes mots pour en trouver d'autres ... en moi, et chez les autres. Voici quelques lectures que les mots à rebours qu'elle dissémine un peu partout m'inspirent.


C'est raconté par un homme et c'est masculin. Mais cet homme ne vit que pour une, que pour elle. Et c'est féminin. Nageant de l'un à l'autre, ce roman est un parcours d'équilibriste de l'humain. Le funambulisme de notre identité, le funambulisme de notre adolescence, ce funambulisme entre l'enfance et l'âge adulte, le funambulisme des responsabilités, le funambulisme du travail, le funambulisme de l'amour. Il y a lui, coincé, vivant chez ses parents, sérieux, fade. Il y a elle, tornade, insouciante, cruellement sublime, intelligente, forte et fascinante. Entre les deux un gouffre. Entre les deux une corde. Une corde raide et une danse fiévreuse, magnifique, déchirante et contraire. Il y a l'hiver qui tombe dans le coeur de leur été. Il y a les secrets, il y a la vie à demi-mots, il y a les non-dits, des silences, le noir et la peur. Il y a l'hiver au coeur de leur été. C'est raconté par un homme et c'est masculin. Un masculin vif, transperçant et littéraire, qui tente tant bien que mal de se stabiliser entre la sincérité et le recul, entre l'objectivité et les sentiments, entre des sanglots de mots et une retenue admirable.
C'est la vie qui point en équilibre, équilibre si fragile avec la mort.


Cliquez sur l'image pour ma chronique ♥
Naître avec une famille, naître dans l'amour et dans l'art
Crier le coeur brisé, crier dans l'art
Pleurer sur ces morceaux de soi répandus dans ses larmes, pleurer et créer
Sourire à ses proches l'horizon l'espoir l'art
Manger, , manger l'amour et manger la culture, croître dans l'art
Marcher pas à pas mains dans la main yeux dans les yeux et
Courir à grands coups de pinceaux et de notes et de mots
Apprendre des autres, de soi, des oeuvres
Comprendre le monde, accepter qui on est, comprendre les yeux grands ouverts
Grandir avec eux, avec lui, avec l'amour, grandir en brisant son coeur en morceaux de couleurs
Entendre l'art
Se taire devant
Lui répondre
Et, alors, être.


A bras le corps et le coeur
A bout de bras dans le vide
A bras le corps le courage
A bout de bras un nuage
A bras le corps battant
A bout de bras dans le ciel
A bras le corps en équilibre
A bout de bras un oiseau
A bras le corps en danger
A bout de bras un but
A bras le corps le doute
A bout de bras l'horizon
l'infini
l'avenir
l'espoir
A bras le corps dans la vie
A bout de bras je prends tout
♥


 

Vivre sans oublier



Je viens de finir ce roman contemporain, pour adultes. Je l’ai commencé dans l’urgence la semaine dernière après la lecture bouleversante d’En finir avec Eddy Bellegueule d’Edouard Louis. Mais si je l’ai finir en retard, après la date à laquelle j’aurais du « rendre » ma chronique pour cette opération privilégiée Masse critique (Babelio) à laquelle j’ai eu la chance de participer, je ne l’ai pas fini dans l’urgence, je ne l’ai pas fini sans plaisir. J’ai mis quelques 5 jours à le lire, parce que peu de temps, les devoirs, les contrôles, le théâtre … mais si le début me laissa un peu indifférent, la fin de ma lecture fut passionnée. J’ai lu plus de la moitié du roman aujourd’hui, dans le bus, complètement happé par l’histoire, indifférent aux bruits alentours, véritablement captivés par ce récit pourtant assez loin de moi … et triste –mais poignant–, peu rocambolesque –mais sincère.
Alors que ce roman m’a touché, ému, passionné, je suis là devant l’écran de mon ordinateur et je ne sais pas trop quoi vous en dire. Qu’écrire à propos d’un tel roman. Quels mots mettre sur mon ressenti sans pour autant gâcher l’essence du roman. Quels mots avoir. Quelle réflexion.

Oui, c’est vrai qu’au premier abord, si on ne connaît pas l’auteur, si on n’a jamais entendu parler du livre, mais qu’on le voit là, sur la table d’une librairie, on a peut-être envie de l’y laisser parce que la couverture est jolie, le résumé tentant mais le sujet grave : une femme perd sa mère et c’est sa vie qui s’effondre. On n’a pas envie de se plonger là-dedans, peut-être peur d’y trouver nos tourments, nos inquiétudes, nos angoisses.
Moi qui suis un jeune homme de 17 ans, alors que c’est une histoire de femmes, j’aurais pu ne pas être ému. Et pourtant, cela fut le cas.
Qu’on ne contredise pas cette phrase : « La lecture n’a pas d’âge ». Oui certaines lectures sont plus axées pour certains âges, oui on n’est parfois pas touché à cause d’une telle limite… mais certaines lectures emportent, et qu’importe l’âge, le sexe, la vie, tout ce qui fait de nous ce que nous sommes et tout ce qui fait de l’auteur et des personnages ce qu’ils sont.

Bien sûr que Sans oublier est un roman sombre.
Le personnage s’effondre totalement. Le travail n’est plus qu’un passe-temps ou n’est plus du tout. Plus d’envie, plus d’appétit, plus de repères. On s’accroche aux enfants et on les perd. Le mari s’efforce de tout retenir. Il fait de son mieux. On se repose, on essaye de se soigner. Mais rien n’y fait, rien, on s’enfonce, on coule, on sombre et parfois on abandonne.
Le deuil est dur, il fait souffrir, il emporte le personnage comme il nous emporte nous, avec elle, à la voir se débattre dans le vide. Les débattements s’arrêtent finalement. On n’est plus témoin que de la chute.
C’est éprouvant.

Mais Sans oublier est aussi un récit lumineux.
Un récit où dans les ténèbres, une lucarne s’ouvre, lointaine, sur un horizon plus accueillant. On s’accroche aux mots et aux pages et au papier et à l’encre et au personnage et on le pousse vers l’avant parce que nous aussi comme lui, et comme sa famille, on veut le voir refaire surface, faire le deuil de cette mère, retrouver sa famille, se reconstruire et reconstruire sa vie. La lumière à nouveau éclaire un chemin à emprunter. Etroit, risqué, fragile. Mais un chemin quand même. Où on se perd, où on s’égare mais où on finit par se retrouver.

Ariane Bois dresse là le portrait d’une femme qui doit traverser le deuil très dur à accepter d’une mère qu’elle chérissait beaucoup et qu’elle doit apprendre à laisser partir. Vivre sans. Etre mère à son tour. Son style est sincère, incisif parfois, les mots jetés sur la page comme des larmes et des souvenirs dont on cherche à se débarrasser. Le temps se brise, sa ligne s’emmêle, se tend, s’enroule sur elle-même avec de s’étendre à nouveau. Les jours s’écoulent comme les grains d’un sablier, puis soudain on s’attarde sur l’un d’entre eux, le lecteur balloté entre ces périodes plus ou moins lentes où cette femme cherche un nouvel ordre, un nouvel équilibre.

« Ecrire, c’est aussi plonger et se perdre. »

Une chronique un peu fragile peut-être, des mots lancés comme ça sous les doigts sur l’écran de mon ordinateur, mais les mots sincères d’un lecteur touché par une histoire que traversent nombre d’entre nous … qu’on traverse tous un jour, même moins intensément … et parfois plus douloureusement.
Un roman qui touchera les femmes sans aucun doute, un roman pour les filles, les sœurs, les mères.
Mais un roman qui a aussi su me toucher par un personnage fort et vivant, une famille comme on en a tous qui se disloque, un style riche et émouvant et fort et intense même.
Un roman sur le deuil, les ténèbres la souffrance.
Un roman sur la famille, la relation mère fille, la vie. Parce qu’il faut tomber et se relever, toujours.
Un roman sur l’espoir.

La vie d'une femme en petites scènes capitales ... ♥




                Qu’est-ce qui définit ce que l’on est ? Qu’est-ce qui fait qu’on aime telle ou telle chose, qu’on réagit de façon différente


s aux mêmes évènements, œuvres, discours, qu’on a tel caractère, telle psychologie ? Certains d’entre vous me diront qu’on naît avec cela. Les philosophes me répondront peut-être qu’il est souvent question relativisme. Sylvie Germain vous répondra : l’enfance. C’est tout du moins ce que je retiens d’essentiel de son dernier roman. Le premier que je lis d’elle.

                Petites scènes capitales, c’est l’histoire de Lili (de son vrai nom Liliane). Enfant dont la mère est partie alors qu’elle n’avait même pas un an, elle voit son père se remarier et les inclure ainsi dans une famille nombreuse … La petite Lili, elle aimerait bien que son père la remarque un peu plus, parce qu’après tout, c’est elle sa vraie fille, pas ses demi-frères et sœurs. C’est de cette situation, assez courante malheureusement, que débute l’histoire d’une vie. Ou plutôt, cela débute sur l’image d’une petite fille en compagnie de sa grand-mère laquelle doit répondre inlassablement à la question de cette enfant fascinée. Quel est ce bébé sur cette photo ? C’est Lili. Mais où était-elle avant ? Dans le ventre de sa mère. Mais avant ?
                C’est là peut-être que repose le mystère de toute une existence. Avant, n’était-elle rien ? Rien, cet angoissant mot qui promet un abîme de ténèbres. N’était-elle que des gènes transmis par deux cellules fécondes ? Ou bien était-elle autre, petit esprit quelque part dans ce vaste univers, n’attendant que son tour pour faire son entrée dans la vie charnelle et sentimentale ? La vie avec tout ce qu’elle a de fragilité.

                Tout en éclats de lumière ouatés, Sylvie Germain dresse chapitre après chapitre le portrait touchant d’une enfant en quête d’amour paternel. Une enfant en quête de sa propre identité. Elle construit avec douceur cette image un peu floue mais poignante, avec un style unique, splendide, sensible. Les mots sont choisis avec soin, le vocabulaire est riche, les tournures superbes. J’ai réellement été ébloui par sa manière d’assembler les mots, ceux-ci devenant des morceaux lumineux qui, les uns à côté des autres, forment un tableau rayonnant.
                C’est ainsi que se déroule par touches apposées sur la toile la vie de la petite Lili, ou Barbara. Car c’est peut-être là aussi que réside toute la complexité du personnage. Ce personnage tiraillé entre une enfance au nom de Lili, Liliane. De la volupté, des hauts et des bas, mais la douceur et la sûreté d’une famille. Une enfance qui, bien vite, va la plonger dans les affres de l’adolescence, où elle découvrira plus les ombres de la vie qu’autre chose. Une adolescence au nom de Barbara. Un nom agressif, séduisant, provocateur. Qui est-elle finalement ? L’insouciante Lili en mal d’amour ? Barbara la provocatrice, la révoltée, l’égarée. L’amoureuse ?

                Véritablement emporté par cette odyssée d’une enfant qui grandit et se confronte à la vie, j’ai laissé vagabondé mon esprit dans l’univers de Sylvie Germain, dans l’existence d’une petite fille qui devient femme. On attrape le train de sa vie alors qu’il se met en route, alors qu’elle n’est encore que toute petite et presque totalement vierge de la vie. On la laisse là, bien des années plus tard, devant le tableau bouleversant du passé et celui bien plus rassurant de l’avenir. Devant ce renversement qui un jour a eu lieu, sans qu’on ne s’en rende compte. On ne se demande plus alors : et avant ? Non. Il n’y a plus qu’une seule question vraiment importante :
                Et après ?

                Ce roman m’a chamboulé. La vie tumultueuse de cette petite Lili m’a touché profondément et le superbe style de Sylvie Germain m’a envoûté d’un bout à l’autre du livre. Il y a des moments moins captivant, qui m’ont un peu laissé sur la touche, mais c’est l’impression finale qui est l’essentielle : l’impression d’avoir vécu l’espace de 200 pages une autre vie auprès d’un personnage auquel on s’attache comme notre propre fille, ou sœur. Je ressors un peu désorienté de cette lecture, mais assurément charmé par les personnages, l’intrigue, l’émotion, le talent.

                Et plus qu’une simple histoire de vie, c’est une démonstration : l’enfance nous construit et l’adolescence finit de nous façonner. Alors lorsque, comme Lili ou Barbara, ce travail-là s’est mal effectué, on s’égare et l’amour seul, peut-être, peut nous aider à s’en sortir.

http://www.priceminister.com/blog/les-matchs-de-la-rentree-litteraire-2013-8774