![]() |
| 17€50 - 384 pages - En librairie demain, 17-09-2015 |
Violet est sur le parapet du toit du lycée. Elle s’apprête à sauter.
Elle ne sait pas comment elle a fini là, mais elle y est… et elle y rencontre
Theodore Finch.
Finch, ce n’est pas la première fois qu’il finit sur ce parapet. Il
regarde en bas. Il se demande ce que ça ferait de sauter. Mais il y a Violet,
et il va la sauver.
C’est l’étrange début d’une histoire d’amour peu banale. Ce sera
d’abord une amitié. Amitié un peu mensongère essayant de contenir dans un seul
monde deux univers radicalement différents : celui de Violet, élève
populaire détruite par le décès de sa grande sœur un an plus tôt et celui de
Theodore Finch « le Fêlé », beau gosse excentrique. Il est pourtant
la risée des autres élèves, à cause de ce grain de folie qui le caractérise et le
fait pétiller.
Petit à petit, l’amitié deviendra amour grâce à un devoir de groupe
amenant les deux adolescents à parcourir les lieux les plus insolites de leur
état : l’Indiana.
Une lecture captivante, une fin en
demi-teinte
Narrée des points de vue des deux adolescents, l’histoire de Violet et
Finch m’a captivé grâce à une efficacité et une émotion déconcertantes.
Passionnément attaché aux personnages, et surtout à Finch, que j’ai trouvé bien
plus touchant et intéressant que Violet, je me suis pris au jeu de leur chasse
aux trésors dans l’Indiana. On les suit avec plaisir dans leurs aventures, on
est touché par leur histoire d’amour naissante. On est proie à une véritable
addiction.
Jusqu’au point d’orgue du texte.
Après lequel tout s’écroule. Pour les personnages… mais aussi, selon
moi, pour le lecteur. Alors que le roman comptait peu de bémols, la fin a, à
mon goût, trop traîné en longueur. Ça aurait pu être plus efficace, plus
singulier et bien moins bavard.
Malgré tout, j’en ressors conquis, touché, étreint, blessé.
L’essentiel :
un texte riche en émotions et questionnements
Une fois cela énoncé, je me dois pourtant d’aborder le cœur de mon
ressenti et de ma réflexion sur le roman. Tous
nos jours parfaits a provoqué en moi de nombreux sentiments et questionnements.
Aussi, je me suis plusieurs fois posé la question : et si j’avais
rencontré Theodore Finch en vrai, qu’aurais-je pensé de lui ? Ce
personnage déluré et attachant provoquerait-il chez moi les mêmes réactions si
je le croisais en vrai ? N’éprouverais-je pas le même dégoût, le même rejet que
certains autres personnages du roman simplement parce qu’il est différent ?
Je l’ignore. Mais c’est là, il me semble, que réside l’essence même du roman.
Car une chose est sûre : c’est un livre profond, qu’on peut le
lire à différents niveaux.
On peut par exemple se contenter de ressentir cette lecture au premier
degré : tomber amoureux de Finch, ou pourquoi pas de Violet, s’attacher à
eux, vibrer dans leur histoire d’amour et leurs tribulations américaines.
Eprouver leur histoire.
Mais on peut aussi aller plus loin. Et finalement se poser les
questions que l’auteure cherche à amener. Des questions qui continuent de
tournoyer en moi et qui sont là parfois, quand je repense à cette histoire. Elle
ne m’a peut-être pas autant plu que je l’aurais souhaité, mais je l’affectionne
pour sa capacité à me remuer si longtemps.
Des questions qui ne se comptent peut-être même pas sur les doigts
d’une main : comment aurais-je réagi si j’avais rencontré Finch en
vrai ? Et moi, est-ce que je rejette ceux qui sont différents ?
Pourquoi s’arrêter à cette différence alors que derrière elle se cache un être
précieux ? Suis-je moi-même différent ? Peut-on aider ces
êtres-là ? Arriverai-je, moi aussi, à vivre mes jours parfaits, et à
trouver quelqu’un avec qui les partager ?
« Je me demande si, en comptant à rebours, je pourrais remonter le temps et emporter Violet Markey avec moi, pour qu’on ait plus de temps ensemble. Parce que j’ai peur du temps.Et de moi.J’ai peur de moi-même. »
Mais, si beaucoup de choses m’ont ému dans Tous nos jours parfaits, il y a certains points sur lesquels je
n’arrive pas à arrêter un véritable avis.
Ainsi, faut-il saluer la façon dont le thème a été traité, ou
contraire le reprocher à l’auteure ?
C’est certain, je suis complètement tombé sous le charme de Theodore
Finch. Son excentricité, sa sincérité et sa sensibilité m’ont beaucoup touché. Sans
doute moins qu’avec Violet, que j’ai trouvée plus fade et floue. Finch,
pourtant très réaliste, est un personnage romanesque original et finement
ciselé par l’auteure.
Cependant, c’est ce caractère romanesque qui me pose question. Je ne
vois pas Tous nos jours parfaits
comme un « livre-médicament », c’est-à-dire qu’il n’a pas pour simple
finalité de transmettre une morale. Je crains pourtant que l’histoire soit ainsi faite qu’on en
oublie l’intention d’origine. Une origine qui est d’ailleurs loin d’être
fictionnelle : il y a des gens dans le monde qui, comme Finch, ou comme
Violet, sont différents, au point d’en avoir des pensées suicidaires.
Le lecteur prendra-t-il le recul qui me semble nécessaire à l’émotion
du roman ? Ce recul qui amène à se poser les questions que j’ai évoquées
plus haut et à se dire : derrière chacun d’entre nous, même les plus
bizarres, même les plus banals, il y a peut-être un trésor, il y a peut-être un
mal-être, il y a peut-être quelqu’un qui a besoin d’aide.
Oui, j’ai en fait peur que le lecteur oublie cela : Finch n’est
pas seulement un personnage de roman fantasmé, idéalisé et terriblement
attachant et séduisant. Finch existe plus ou moins en chacun d’entre nous, et
sa fragilité nécessite de l’affection, de l’attention et une main tendue.
J’ai
adoré, j’ai douté, et je n’en sors pas indemne
Vous l’aurez compris, Tous nos
jours parfaits est un livre qui m’a beaucoup remué. D’abord parce que j’ai
plongé dans cette lecture comme un dans un bain chaud : l’immersion était
immédiate et saisissante, le moment que j’ai passé dedans était délicieux, mais
mon enthousiasme s’est un peu refroidi sur la fin. Cependant, j’y repense
aujourd’hui avec plaisir.
Ensuite parce qu’il a suscité en moi beaucoup d’émotions et surtout
beaucoup de questions. Cette richesse est présente même des mois après la fin
de ma lecture et elle nourrit parfois mes pensées.
Finalement, la petite note de l’auteure à la fin du roman m’a semblé,
étonnamment, bienvenue. Elle rappelle aux lecteurs que Finch existe. Elle
rappelle aux autres lecteurs, qui, eux, le savent, qu’ils ne sont pas seuls.
Tous nos jours parfaits est
un roman passionnant, émouvant et unique. Oui, même si on le compare à Nos étoiles contraires et Eleanord & Park, Tous nos jours parfaits, par l’émotion
et les questions qu’il soulève, est véritablement unique. Il m’a coupé le
souffle et en le finissant j’étais effondré, incapable de quoi que ce soit
d’autre.
Mais malgré tout, je n’ai pas oublié à un seul moment de ma lecture,
et ce dès le début, que cette histoire pourrait être une histoire vraie. Et
même qu’au fond, c’est une histoire vraie. C’est peut-être ça qui me l’a plus
frappé. C’est peut-être ça qui a détruit une infime part de celui que je suis.
Aller plus loin:
www.eleanorandviolet.com
www.germmagazine.com




