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Tous nos jours parfaits

17€50 - 384 pages - En librairie demain, 17-09-2015



Violet est sur le parapet du toit du lycée. Elle s’apprête à sauter. Elle ne sait pas comment elle a fini là, mais elle y est… et elle y rencontre Theodore Finch.
Finch, ce n’est pas la première fois qu’il finit sur ce parapet. Il regarde en bas. Il se demande ce que ça ferait de sauter. Mais il y a Violet, et il va la sauver.
C’est l’étrange début d’une histoire d’amour peu banale. Ce sera d’abord une amitié. Amitié un peu mensongère essayant de contenir dans un seul monde deux univers radicalement différents : celui de Violet, élève populaire détruite par le décès de sa grande sœur un an plus tôt et celui de Theodore Finch « le Fêlé », beau gosse excentrique. Il est pourtant la risée des autres élèves, à cause de ce grain de folie qui le caractérise et le fait pétiller.
Petit à petit, l’amitié deviendra amour grâce à un devoir de groupe amenant les deux adolescents à parcourir les lieux les plus insolites de leur état : l’Indiana.

Une lecture captivante, une fin en demi-teinte
Narrée des points de vue des deux adolescents, l’histoire de Violet et Finch m’a captivé grâce à une efficacité et une émotion déconcertantes. Passionnément attaché aux personnages, et surtout à Finch, que j’ai trouvé bien plus touchant et intéressant que Violet, je me suis pris au jeu de leur chasse aux trésors dans l’Indiana. On les suit avec plaisir dans leurs aventures, on est touché par leur histoire d’amour naissante. On est proie à une véritable addiction.
Jusqu’au point d’orgue du texte.
Après lequel tout s’écroule. Pour les personnages… mais aussi, selon moi, pour le lecteur. Alors que le roman comptait peu de bémols, la fin a, à mon goût, trop traîné en longueur. Ça aurait pu être plus efficace, plus singulier et bien moins bavard.
Malgré tout, j’en ressors conquis, touché, étreint, blessé.

L’essentiel : un texte riche en émotions et questionnements
Une fois cela énoncé, je me dois pourtant d’aborder le cœur de mon ressenti et de ma réflexion sur le roman. Tous nos jours parfaits a provoqué en moi de nombreux sentiments et questionnements.

Aussi, je me suis plusieurs fois posé la question : et si j’avais rencontré Theodore Finch en vrai, qu’aurais-je pensé de lui ? Ce personnage déluré et attachant provoquerait-il chez moi les mêmes réactions si je le croisais en vrai ? N’éprouverais-je pas le même dégoût, le même rejet que certains autres personnages du roman simplement parce qu’il est différent ? Je l’ignore. Mais c’est là, il me semble, que réside l’essence même du roman.

Car une chose est sûre : c’est un livre profond, qu’on peut le lire à différents niveaux.
On peut par exemple se contenter de ressentir cette lecture au premier degré : tomber amoureux de Finch, ou pourquoi pas de Violet, s’attacher à eux, vibrer dans leur histoire d’amour et leurs tribulations américaines. Eprouver leur histoire.
Mais on peut aussi aller plus loin. Et finalement se poser les questions que l’auteure cherche à amener. Des questions qui continuent de tournoyer en moi et qui sont là parfois, quand je repense à cette histoire. Elle ne m’a peut-être pas autant plu que je l’aurais souhaité, mais je l’affectionne pour sa capacité à me remuer si longtemps.
Des questions qui ne se comptent peut-être même pas sur les doigts d’une main : comment aurais-je réagi si j’avais rencontré Finch en vrai ? Et moi, est-ce que je rejette ceux qui sont différents ? Pourquoi s’arrêter à cette différence alors que derrière elle se cache un être précieux ? Suis-je moi-même différent ? Peut-on aider ces êtres-là ? Arriverai-je, moi aussi, à vivre mes jours parfaits, et à trouver quelqu’un avec qui les partager ?

« Je me demande si, en comptant à rebours, je pourrais remonter le temps et emporter Violet Markey avec moi, pour qu’on ait plus de temps ensemble. Parce que j’ai peur du temps.
Et de moi.
J’ai peur de moi-même. »

Mais, si beaucoup de choses m’ont ému dans Tous nos jours parfaits, il y a certains points sur lesquels je n’arrive pas à arrêter un véritable avis.
Ainsi, faut-il saluer la façon dont le thème a été traité, ou contraire le reprocher à l’auteure ?
C’est certain, je suis complètement tombé sous le charme de Theodore Finch. Son excentricité, sa sincérité et sa sensibilité m’ont beaucoup touché. Sans doute moins qu’avec Violet, que j’ai trouvée plus fade et floue. Finch, pourtant très réaliste, est un personnage romanesque original et finement ciselé par l’auteure.
Cependant, c’est ce caractère romanesque qui me pose question. Je ne vois pas Tous nos jours parfaits comme un « livre-médicament », c’est-à-dire qu’il n’a pas pour simple finalité de transmettre une morale. Je crains pourtant  que l’histoire soit ainsi faite qu’on en oublie l’intention d’origine. Une origine qui est d’ailleurs loin d’être fictionnelle : il y a des gens dans le monde qui, comme Finch, ou comme Violet, sont différents, au point d’en avoir des pensées suicidaires.
Le lecteur prendra-t-il le recul qui me semble nécessaire à l’émotion du roman ? Ce recul qui amène à se poser les questions que j’ai évoquées plus haut et à se dire : derrière chacun d’entre nous, même les plus bizarres, même les plus banals, il y a peut-être un trésor, il y a peut-être un mal-être, il y a peut-être quelqu’un qui a besoin d’aide.

Oui, j’ai en fait peur que le lecteur oublie cela : Finch n’est pas seulement un personnage de roman fantasmé, idéalisé et terriblement attachant et séduisant. Finch existe plus ou moins en chacun d’entre nous, et sa fragilité nécessite de l’affection, de l’attention et une main tendue.

J’ai adoré, j’ai douté, et je n’en sors pas indemne
Vous l’aurez compris, Tous nos jours parfaits est un livre qui m’a beaucoup remué. D’abord parce que j’ai plongé dans cette lecture comme un dans un bain chaud : l’immersion était immédiate et saisissante, le moment que j’ai passé dedans était délicieux, mais mon enthousiasme s’est un peu refroidi sur la fin. Cependant, j’y repense aujourd’hui avec plaisir.
Ensuite parce qu’il a suscité en moi beaucoup d’émotions et surtout beaucoup de questions. Cette richesse est présente même des mois après la fin de ma lecture et elle nourrit parfois mes pensées.

Finalement, la petite note de l’auteure à la fin du roman m’a semblé, étonnamment, bienvenue. Elle rappelle aux lecteurs que Finch existe. Elle rappelle aux autres lecteurs, qui, eux, le savent, qu’ils ne sont pas seuls.
Tous nos jours parfaits est un roman passionnant, émouvant et unique. Oui, même si on le compare à Nos étoiles contraires et Eleanord & Park, Tous nos jours parfaits, par l’émotion et les questions qu’il soulève, est véritablement unique. Il m’a coupé le souffle et en le finissant j’étais effondré, incapable de quoi que ce soit d’autre.
Mais malgré tout, je n’ai pas oublié à un seul moment de ma lecture, et ce dès le début, que cette histoire pourrait être une histoire vraie. Et même qu’au fond, c’est une histoire vraie. C’est peut-être ça qui me l’a plus frappé. C’est peut-être ça qui a détruit une infime part de celui que je suis.

Aller plus loin:

www.eleanorandviolet.com
www.germmagazine.com

La vie d'une seule voix

Il y a cet article qui me vole dans la tête depuis quelques jours, avec les vastes ailes d'une envie lancinante de l'écrire et le temps manquant pour cela. Ses ailes de géants l'empêchent de marcher.
Et puis ce soir, il y a une courte parenthèse pour le commencer, quelques instants pour jeter quelques mots sur ces plaines blanches, nocturnes et virtuelles. Mais vraies.
Et puis ce soir, surtout, il y a ce discours, initialement déclaré par Charlie Chaplin dans son film The Great  Dictator, déclamé aujourd'hui par Jeremy Irvine. Je ne sais trop où. Qu'importe. Ce qui me frappe alors c'est cette voix, cette présence, qui n'avait pas besoin d'un fond musical -bien que saisissant- pour offrir puissance et émotion. C'est comment le jeune acteur donne tout son être, et ça se voit, maîtrise ce discours, et ça s'entend, ressent chacun des mots de ce texte si fort, et ça pénètre le coeur.

C'est peut-être ça, la vie d'une seule voix. Cet art d'écrire, de dire, de créer, d'être et de vivre. Cette sincérité puissante et frappante, marquée ici d'une voix vive et assurée. La vie d'une seule voix, c'est peut-être aussi le manque de confiance, les murmures, les bégaiements; mais la sincérité toujours, les larmes dans le coeur, la lumière dans les yeux. C'est les mots qui rendent fort. (*) Ceux qui viennent de loin mais qui touchent de près.
Ceux-là qui sont dit par Jeremy Irvine.
Ceux-là qui sont dits dans ces quelques courts romans de la collection d'une seule voix.

Au moins un.
Car dans la vie, il faut apprendre un poème, au moins un. "Comme un abri où l'on pourra toujours se réfugier. Une petite cabane d'où personne ne nous délogera."
Au premier abord, elle ne donne pas forcément envie et on est entraîné avec appréhension et curiosité dans l'histoire de Marie, qui vient de trouver un travail dans le télémarketing, qui tente de garder la flamme vacillante de son amour avec Mickaël, qui cherche à avancer même si elle a laissé ses rêves dans le coin d'une armoire, au fond d'une boîte, là, dans le noir, là, ce petit morceau bien triste d'un morceau de notre lumière qu'on a voulu étouffer.
Le personnage s'étoffe et prend de la profondeur alors que l'histoire avance. On s'y attache avec un fil ténu mais solide. Et notre main a envie de se poser sur son épaule et de lui dire Je suis là.
Alors oui, derrière cette couverture étonnante et ce résumé pas tellement attrayant, se cache une petite perle de délicatesse, dont les aspérités viennent se frotter à nos propres fêlures d'ombre et d'espoir.

La piscine était vide.
Cette phrase, ce titre, ce constat résonne d'une affreuse vérité donc la couleur rouge teinte d'horreur l'émotion. La construction, en soi assez simple, est bien menée, nouée d'un bout à l'autre de cette voix saisissante. On entre dans l'histoire comme dans l'eau. Avec le petit choc de la température surprenante. Mais avec le bonheur de trouver un endroit doux et agréable, bon et reposant. Mais l'eau se refroidit, l'ambiance se tend, les choses se crispent, et nous avec. Petit à petit, les gouttes se brisent, les larmes coulent, les cris éclatent comme des bulles.
Et les mots de la fin, comme un dernier plongeon dans une eau glaciale, viennent apporter au roman une chute comme à une nouvelle, un murmure à demi-mots comme une gifle.

Tout foutre en l'air.
La douleur. La souffrance. La colère. Le noir. La nuit en traits de rage, la nuit en nœuds d'amertume, la nuit comme une pelote de mots contenus et sifflés entre les dents. La nuit pour décor accueillant le théâtre d'ombres: celui Olivier et elle, celui de leur histoire qui se joue le temps d'une seule nuit.
D'un seul souffle, on est happés dans la vie du personnage principal, cette jeune-fille tombée amoureuse d'un garçon, d'un homme, plus âgé, plus grand, plus beau, plus mature, plus désespéré. Ils ont discuté, ils ont échangé, ils se sont attachés, ils ont créé un lien si fort et si lumineux là sous l'ombre de leurs vies.
Du moins, c'est ce qu'ils, ou plutôt c'est ce qu'elle, croient.
Le lien n'est en fait qu'ombres. Et sa vie peut être lumière.
D'un seul souffle nous voilà dans leur course. Leurs pas martèlent notre coeur crispé d'émotions et de peur. Leurs murmures balayent notre espoir à chaque mot dépassé. Leurs mains agrippent notre attention, agrippent le lecteur, le tirent en avant, l'emmènent avec eux et le suspendent au-dessus du vide.
Angoisse, peur, stress, peur viscérale et hurlante.
Et d'une seule voix elle nous raconte cette nuit, cette vie, ce passé, cet avenir, cet espoir qui brille dans le ciel et déchire ses certitudes. Ce passé tombe alors dans le vide.
Cette chute, c'est un fragment d'elle qui se brise.
Mais il laisse la place d'en construire un nouveau.
Et c'est beau.

Du sujet délicat qu'est l'homosexualité - ♥


L’homosexualité. Un sujet dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler. Lors d’un coup de cœur pour le pétillant, pour le touchant Will & Will, il y a 3 ans. Lors d’une sélection spéciale à l’ombre du grand arbre. Et aujourd’hui, c’est de deux romans dont je vais vous parler … et d’une association.

On nous a en effet demandé, à nous lecteurs de la collection R, de partager avec nos chroniques l’existence de cette association. Ceci n’est pas un article de pub. C’est juste une chronique pour vous donner envie de lire deux coups de cœur. Une chronique pour faire réagir aussi peut-être. Parce que peut-être que parler sur ce blog de cette association ne servira à rien. Peut-être que cela n’aura aucune véritable incidence sur qui ou quoi que ce soit. Mais c’est déjà vous dire : cette association existe. Mais aussi parce qu’en parler est le premier pas vers l’évolution.
Une chronique engagée ? Peut-être.
Une chronique de lecteur touché en plein cœur ? Assurément.




Un "Refuge" pour les jeunes victimes d'homophobie
Fondée en 2003 par Nicolas Noguier, l'association Le Refuge accueille des garçons et des filles de 18 à 25 ans exclus du domicile familial du fait de leur homosexualité ou de leur transexualité. L'association, qui dépend pour moitié des dons et pour l'autre de subventions, dispose d'appartements-relais et de places d'hôtel en Ile-de-France, à Marseille, à Lyon et à Montpellier. L'antenne de Paris, ouverte en 2008, héberge ainsi vingt-et-un jeunes "de 20 ans en moyenne" pour une période de six mois, le temps d'essayer de trouver un travail et un logement.
Le Refuge propose également un accompagnement social et psychologique, ainsi qu'une ligne d'urgence : 06 31 59 69 50.

C’est d’ailleurs là que réside le sujet du nouveau roman de Cat Clarke. L’histoire est narrée par Jem. Jem est dans une situation très délicate. Elle est amoureuse de Kai, son meilleur ami. Et celui-ci est gay. Seulement à une soirée, il est filmé en train d’avoir un rapport sexuel avec un garçon … cette vidéo, envoyée par mail aux élèves de son lycée, le pousse au suicide. Il laisse 12 lettres à Jem. Une par mois pour un an. 12 lettres qui vont lui donner le désir … de prendre sa revanche.

Dès les premiers mots, j’ai senti que ceux-ci étaient partis pour me remuer… me secouer intégralement, me posséder totalement.
Dès le prologue, ce prologue tranchant et percutant, on est pris d’assaut par le personnage de Jemima, sa tourmente, son histoire bouleversante.
Oui, Revanche est l’un de ces romans qui vous prend à la gorge sans attendre une seconde.
"Une enveloppe fermée promet toujours tant de choses ... C'est comme si elle pouvait tout contenir...vraiment tout."
Parce que ce prologue, revenons-y, est révélateur.
Révélateur d’abord du style de l’auteur. Elle ne ménage pas son lecteur, elle ne le prend pas pour un idiot. Ses mots sont forts, des coups de poing dans l’estomac. Des uppercuts. Vulgaire diront certains. Fort, dirais-je. Sans crainte et sans à priori. Sans se poser de question. Naturel, et porteur … porteur de rage.
Révélateur ensuite de son personnage. Jem, comme Grace dans Confusion, et sans doute même Alice dans Cruelles, est un personnage au ton sec, cassant. Un personnage avec peu d’amis. Un seul en fait. Un personnage en marge, en colère, dévasté, perdu.
Révélateur enfin de l’histoire. De l’intrigue qui début à peine. Un aperçu de ce qu’il va se passer. Un judas sur qui ne dévoile qu’une infime partie de cet ouragan qui va suivre.

 



Donc vous l’aurez compris, Jordan avait raison. Ce roman est dévastateur.
Il l’a véritablement atteint au plus profond de moi-même jusqu’à m’ébranler, jusqu’à me mettre dans tous mes états. Je suis souvent touché par le sujet de l’homosexualité. Et Cat  Clarke le traite avec beaucoup de justesse. Avec beaucoup d’émotion. Le personnage de Kai est hyper attachant. C’est un personnage haut en couleurs, drôle, un personnage qu’on aimerait ne pas voir mourir, qu’on aimerait serrer dans nos bras à notre tour. Un personnage en lequel j’ai vu en ami comme une partie de moi. Il est un peu extravagant mais, il me semble, pas exagérément, juste comme il faut, même si encore une fois oui, le personnage gay d’un roman est doté de cette personnalité extravertie… C’est tellement douloureux de le voir souffrir. De le voir plonger dans une dépression jusqu’au suicide, même si cela ne représente qu’une petite partie du roman. C’est tellement douloureux de voir un jeune homme comme ça humilié, rejeté, blessé. Comment cela est-ce possible ? Comme peut-on infliger cela à quelqu’un ? Comment peut-on infliger cela à quelqu’un pour ce qu’il est ? Pour sa différence. Parce qu’il veut juste aimer. Aimer. Cela m’a dévasté. Je me rends bien compte que les temps changent et que les choses évoluent mais quand même. On est encore loin d’un idéal où l’homosexualité serait … banale.
« C'est peut-être une bizarrerie de la nature humaine, de ne pas pouvoir s'empêcher de faire du mal aux gens qu'on aime le plus. »
En outre, Revanche n’est pas qu’un livre sur l’homosexualité, l’isolation des jeunes, l’homophobie, le rejet, l’humiliation. Revanche est un livre véritablement engagé sur plusieurs. C’est un roman révélateur du système américain. Un roman cliché ? Américains ou connaisseurs éclairez ma lanterne … Un roman dénonciateur de la cruauté des jeunes oui. Qui, en premier lieu se caractérise par la hiérarchie lycéenne … ce lycée que Jem va comparer à un zoo. Ce lycée qui n’est rien d’autre qu’un microcosme à l’image de la société … ou d’une chaîne de prédateur à proie. En haut les populaires, superficiels, frimeurs, les rois du lycée et leurs copines. En dessous les normaux, qui contemplent des étoiles plein les yeux le rang des populaires. Qui se plient à eux et évitent le moindre faux pas. Faux pas qui mènerait indéniablement au rang des rejetés. Les différents, les exclus, les reniés.
Mais Revanche est aussi un roman puissant sur la colère, le désir de vengeance. Le besoin de vérité. La culpabilité. Un roman sur la jalousie. Un roman sombre oui.
Mais aussi et surtout une des plus belles histoires d’amitié qu’il m’ait été donné de lire.
Jusqu’où ira-t-on pour connaître la vérité ? Où la jalousie peut-elle mener ? Quand s’arrêter ? La vengeance est-elle légitime ? …
Comment réparer ce vide que creuse un décès en nos cœurs?
"Je crois que ce que j'essaie de te dire, c'est que si tu rencontres des gens qui te rendent heureuse - mais vraiment heureuse - accroche-toi à eux. Parce que ça n'arrive pas si souvent."
Cat Clarke, d’un bout à l’autre de ces 500 pages, balade le lecteur. Elle l’ébranle, le renverse, le secoue. Elle lui fait ressentir tout un tas d’émotion qui prennent tout entier. Elle l’accroche, elle le séduit avec des personnages attachants … ou au contraire repoussants. Elle ne cesse de le faire douter. Et c’est là l’un des plus gros points forts du roman. Elle ne cesse de lui faire se poser des questions. Elle ne cesse de lui faire comprendre que les gens ne sont pas toujours comme on le croit. Que les apparences sont souvent trompeuses oui. Que les gens changent aussi peut-être. Ils grandissent.
Et à trop se perdre dans les autres, on ne sait plus qui on est.
Il y a des éléments dont je me suis douté, il y a des moments qui, tout en conservant mon attention, m’ont moins captivé.
Mais ce roman n’en reste pas moins un immense coup de cœur. Une histoire qui m’a ravagé tout simplement. Une histoire qui, une fois terminée, laisse dans un état de choc. Cet état si particulier du lecteur dans lequel il ferme son livre. Murmure un truc tel que « Putain ». Et reste bouche bée.
Vous ne ressortirez pas indemne d’une telle lecture.

"Tu es ma personne préférée au monde. Tu le sais, n'est-ce pas ? Je t'aime plus que la chaîne Histoire... T'imagines ? Plus que mes lunettes de soleil (et je les kiffe grave mes lunettes aviateur). Je t'aime plus que Tim Riggins. Je t'aime plus que toutes ces choses réunies. Ça fait vraiment un super gros tas d'amour. Infini,  en fait. Pardonne-moi de dégouliner de sentiments comme ça."


Ce sujet là, l’isolement, la perte de soi, l’égarement … se retrouve aussi dans Two boys kissing. Mais, ici aussi, dans un ensemble d’autres thèmes. Un ensemble, cependant, parfait.
Car je n’irai pas par quatre chemins : cette lecture VO du dernier roman de David Levithan m’a beaucoup étonné … et immensément charmé. Et ce que je retiens d’abord c’est cela, ce tout : ce tout sans impact que forme le roman. Cet ensemble dont l’intrigue se déroule principalement sur 32h et quelques, le temps … d’un baiser.
Craig et Harry sont homosexuels. Ils s’aiment –se sont aimés ?– et ont décidé de battre le record du plus long baiser jamais partagé. Ils ont décidé de se battre pour une cause. Ils ont décidé aussi, de mettre au grand jour l’homosexualité de ce premier.
En 32 heures, tant de choses peuvent changer.
Ryan et Avery peuvent se rencontrer, vivre leur premier rendez-vous … tomber amoureux ?
Peter et Neil peuvent continuer à s’aimer. S’embrasser. Ils peuvent goûter au silence. Ils peuvent surmonter des obstacles.
Cooper enfin peut se perdre. Totalement … 
“Freedom is also about what you will allow yourself to do.”
Two boys kissing est un roman à plusieurs voix. Un roman narré à la troisième personne … et à la première personne du pluriel. Ce sont des voix, une infinité de voix de tous ces hommes qui sont morts du sida. Une infinité de voix douces, marquées par la vie, par la mort, par toutes ces vies, toutes ces morts auxquelles ils assistent. Un parti pris intéressant, surprenant, superbe.
Le style en est d’autant plus beau. Bien que l’ayant lu en anglais, j’en ai perçu la langue, le rythme, les sonorités, le son, le bruit, la mélodie. La mélodie oui. Une mélodie, une berceuse, une beauté tout simplement.

Derrière cette construction magistrale, derrière ce style enchanteur, derrière tous ces personnages touchants, auxquels on s’attache, en lesquels on se retrouve, pour lesquels on rit, tremble, pleure, hait. Pour lesquels on aime. Derrière cette intrigue qui porter le roman, et toutes celles qui viennent s’y greffer, changeant des vies en à peine 32 heures. Derrière tout cela il y a une profondeur qu’on effleure. Une profondeur remarquable.
Que représente un baiser ? Deux corps soudés ? Deux corps fusionnant ? Deux âmes entrant en contact ? Deux âmes s’unissant ?
Peut-on tomber amoureux si vite ? Le coup de foudre existe-t-il ?
A quoi reconnaît-on une relation durable, une relation « qui fonctionne » ? Les baisers alors deviennent-ils si importants ? N’y a-t-il alors rien de plus beau que ces silences partagés ?
Comment s’en sortir alors que la seule vie qu’on a est virtuelle ? Comment s’en sortir sans famille, sans amis, sans personne à qui s’accrocher ? A chercher à être un autre, on finit toujours par se perdre.
Et bien sûr, par-dessus toutes ces questions touchant à l’amour, aux relations, à la vie et au passage à l’âge adulte, par-dessus tous ces questionnements, ces incertitudes, ces doutes ; il y a le sujet de l’homosexualité.
Comment aimer alors que les gens vous rejettent pour ce que vous êtes ? Comment aimer alors que votre vie peut à tout moment basculer par la simple force de l’acte d’une personne à votre égard, de sa rage, de sa haine ? Comment accepter ? Comme s’y résoudre ? Comment le vivre ? Comment le dire à ses parents ? Comme leur faire comprendre ? Tant de questions qui se posent et ne trouvent pas toujours réponse. Des questions qui tourmentent et perturbent. 
 “There is sudden. There is the eventual. And in between, there is the living.” 
Two boys kissing est un superbe et court roman sur l’adolescence. Cette période où tout est incertain. L’adolescence est le temps des peut-être. Le temps des choix et le temps de grandir. Un passage difficile, parfois plus pour d’autres, où il est facile de se perdre. Il suffit de quelqu’un, il suffit de force, il suffit peut-être aussi d’amour pour surmonter les obstacles et vivre. Comment on le veut.
Two boys kissing est intense, époustouflant, profond.
Two boys kissing est un texte coup de poing, coup de cœur, coup au cœur. 

“Make more than dust.”