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A pas de loup

Je suis revenu à pas de loup sur le blog mercredi dernier.
Il faut dire que je m'étais fait encore plus discret durant tout le mois de décembre. Ça a un peu été le cas pendant toute l'année en fait, mais ça on aura le temps d'y revenir.
A pas de loups me revoilà sur le blog. A petits pas me revoilà sur YouTube.

Ce n'est qu'avec du recul que je me suis rendu compte que le mois avait été vide, et mouvementé.
Pourtant, il a commencé en beauté. Le 4 décembre, j'étais au CNL pour parler Booktube, son présent, son avenir. Du 5 au 7, j'étais au SLPJ où j'ai passé 3 jours fabuleux. Je suis revenu de mon séjour parisien plein de joie, d'énergie, d'envies et d'idées. Et puis tout s'est précipité. Une fois La Grande Librairie sur la littérature jeunesse et la vidéo que j'y ai consacrée passées, j'ai plongé. Vous l'avez peut-être lu entre les lignes de mes derniers articles, mais il y a eu beaucoup de travail, un découragement inattendu, des envies inassouvies, de la fatigue, et des sentiments en pagaille.


J'ai quand même eu le temps de faire un paquet de choses.
Marcher dans les allées d'un marché de Noël, profiter de mes amis, danser, m'amuser...
J'ai même participé le samedi 12 décembre à la présentation des coups de coeur de la librairie Comptines pour Noël. J'étais avec Tom (La Voix du Livre) et j'ai croisé une blogueuse d'origine canadienne qui parle de littérature jeunesse sur son petit morceau de Toile. C'était un petit-déjeuner riche, sympathique et joyeux comme il faut pour débuter un beau weekend !



Je ne me plains pas de mon mois de décembre. Je vois sa richesse. Je me nourris de tout le bonheur qu'il m'a apporté. C'est incommensurable.
Je constate juste que je me suis fait tout petit à certains endroits. Je constate juste qu'arrivé en vacances, je me suis un peu écroulé. J'ai relâché toute la pression physique, intellectuelle et émotionnelle que j'avais accumulée.
J'ai faite une pile à lire des vacances en sachant que je ne la lirai pas. J'ai eu plein d'idées pour la chaîne et le blog. J'ai eu plein d'envies et d'objectifs.
Mais je me suis écroulé sur tout ça, je me suis roulé en boule sous une couette pour finalement mal y dormir. Et j'ai consacré mon temps à pas grand chose, à ma famille, aux autres et à leurs cadeaux, aux fêtes, à l'ambiance de Noël.
Samedi soir, quand je me suis couché, mon esprit s'est mis à tourner à cent à l'heure. La faute aux valises prêtes pour ma deuxième semaine de vacances ? A la famille partie ? Au rangement ? Aux plannings de janvier faits ? Au travail doucement repris ? Je l'ignore. Mais ce soir-là, j'ai mis une heure à m'endormir parce que mon cerveau était soudain stimulé par mille idées, comme cela m'arrive parfois et comme cela m'avait un peu délaissé ces derniers temps, trop pris que j'étais par mille autre pensées (une en particulier). J'ai mis au point le déroulement de mes prochaines vidéos, réfléchi à tout un tas de choses sur ce que je devais faire, envisager et j'ai même osé penser un peu aux mois à venir et à mon avenir tout court.
Oui, j'avais la tête pleine et l'esprit bouillonnant.
Ca a été plutôt bénéfique.
Et me revoilà, à pas de loup je vous murmure pardon pour ma discrétion.

Et je vous le dis: mon enthousiasme, ma motivation et ma stimulation sont de retour pour démarrer 2016. Je suis plein d'espoir pour la nouvelle année. Elle ne pourra qu'être magnifique, non ?

Et puis si vous voulez un conseil lecture et que vous n'avez pas trop de temps comme moi, vous n'avez qu'à vous procurer Mauvais fils de Raphaël Frier. C'est sorti chez Talents hauts à 7€, il fait à peine 100 pages et il se lit en une petite heure. Mais qui dit court peut aussi dire de qualité. Et qui dit court peut surtout dire fort. Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est un livre "coup de poing" car il ne m'a pas autant bouleversé que des livres comme A copier cent fois d'Antoine  Dole. Cela n'en reste pas moins un texte sincère, sensible et fort qui donne à entendre sur plusieurs années la voix d'un adolescent rejeté par ses parents à cause de son orientation sexuelle. Le personnage nous emporte avec lui le temps de quelques années mouvementées mais décisives pour sa vie. L'histoire m'a semblé réaliste, juste. Le personnage dévoile ses failles et ses forces avec émotion. Le style s'empare de sa voix avec habilité. Une lecture rapide mais un texte dense et juste.

Regardez, j'ai déjà publié une nouvelle vidéo.
Vous trouverez bientôt sur le blog un article qui lui sera consacré.
(cliquez sur l'image)
https://youtu.be/_LBEuvA9KCo



« J’étais en train de respirer les molécules de ma mère ! »




            Alors oui, c’est vrai, j’ai lu On est tous faits de molécules il y a presque cinq mois et c’est difficile d’en ressortir des souvenirs précis. Alors oui, c’est vrai, j’aurais dû écrire cette chronique en avance. Mais vous aurez remarqué que de ce côté-là, je ne suis pas un roi… bref, on ne va pas s’éterniser sur ma grossière erreur mais revenir sagement sur ce qui nous intéresse : le nouveau roman de Susin Nielsen. Autant vous dire que quand j’ai trouvé, fin décembre, les épreuves non corrigées du roman dans ma boîte aux lettres … c’était Noël avant l'heure ! Je me suis littéralement jeté dessus. Et quel plaisir ça a été. Je l’ai dévoré en moins de 24 heures, entre le canapé, mon lit, ou tout autre endroit pouvant m’accueillir dans mon irrépressible besoin de lecture.
            Quand, à cause des études ou de quoi que ce soit d’autres, vous avez une période vierge de lecture, retrouver ce loisir est toujours un immense plaisir (je deviendrais presque poète). Quand, en plus de retrouver ce plaisir, vous retrouvez le plaisir d’un roman passionnant dont les pages se tournent toutes seules (votre main –totalement autonome, même si là, Stewart me corrigerait– aidant) … c’est le jackpot !


            Comme vous pouvez le voir dans l’extrait présent sur la quatrième de couverture de l’ouvrage, en italique (juste ci-dessus ! Hop ↑), et en titre de cette chronique: le ton est donné. Alors que l’auteure sortait il y a un peu moins de 2 ans un roman sombre et néanmoins « bouleversant » et « brillant » (pour citer ma chronique), elle revient là avec un livre plus léger, mais toujours poignant.
            Pour la première fois, Susin Nielsen opte pour une double narration : Stewart, treize ans, et Ashley, quatorze ans. Tous deux semblent si différents : d’un côté le geek ringard (« nerdy nerd » dirait Susin Nielsen, voire l’article de demain …), de l’autre la pimbêche populaire ; pour utiliser des termes péjoratifs mais clairs. Ils se retrouvent pourtant, malgré eux, à devoir se fréquenter quotidiennement puisque le père de ce premier emménage chez la mère de cette seconde. L’auteure confronte avec humour les points de vue acérés mais touchants de ces deux adolescents sur leur famille recomposée.

            Mais ce n’est pas tout ! Car si On est tous faits de molécules touche et fait rire par ce premier enjeu, déjà grave et efficace, l’auteure l’enrichit d’intrigues qui vont nouer, entre tous les personnages, de nombreuses connexions… un peu comme une molécule ?
            En effet, Stewart a perdu sa mère deux auparavant et il a plus ou moins fait son deuil … seulement, il doit apprendre à vivre dans une nouvelle famille sans sa mère, bien qu’il essaye, à tout prix, de lui trouver une place.
            De son côté, Ashley doit faire face au départ de son père, qui emménage … dans un cabanon … au fond du jardin … avec un autre homme. Non pas qu’elle soit homophobe, seulement voilà, que vont penser les autres au collège ?
            Il y a un peu tout ça à la fois, et c’est comme la vie : tout survient en même temps, les choses s’ajoutent, et le tas commence à trembler. Alors il faut réussir à ne pas tout faire tomber, faire de l’ordre, créer des liens, et accepter que tout ne peut pas se dérouler comme on le souhaite.

            C’est cette histoire-là que Susin Nielsen raconte : comment ces deux adolescents vont-ils réussir à :
  • Former une nouvelle famille,
  • Finir de faire le deuil d’une mère,
  • Accepter la différence d’un père,
  • Apprendre à nouer des relations humaines sans y perdre le fil,
  • Grandir un peu, par-dessus tout ça.
            C’est avec une grande maîtrise qu’elle le fait. La richesse d’intrigues est harmonieusement construite si bien que le tout est d’une fluidité captivante. Le style est aiguisé, vif et efficace. Les tons sont drôles, touchants mais surtout justes. Il y a, encore, des anecdotes amusantes, des schémas, une richesse authentique. La narration est naturelle et pourtant rocambolesque. On sent chez l’auteure une virtuosité dans l’agencement de son histoire : il y a des nœuds narratifs qui tiennent en haleine, une tension douce mais réelle, un sommet dramatique final, et surtout, une émotion présente … mais toujours juste et spontanée. Sensible, et jamais forcée. Véritable.

                Ai-je besoin de vous dire que ce fut un coup de cœur ?
             Ai-je besoin de vous rappeler que j’ai attribué au roman le Masque d’or du meilleur espoir de 2015 ?
              Ai-je besoin de rédiger une vraie conclusion alors que je viens de terminer un paragraphe par le mot « véritable » ? L’œuvre de Susin Nielsen, en effet, résonne de cette essence nécessaire : la sincérité.

Les chroniques, inspirantes et sans doute bien plus justes, de Pépita, Le tiroir à histoires, Bob & Jean-Michel.
Une photo publiée par Nathan (@lecahierdelecturedenathan) le

"Five million pieces of happiness"


Je me souviens de façon assez précise, il faut dire que c’était il y n’y a pas si longtemps, de ma visite du Tate à Londres, en Avril 2014. Je ne me considère pas comme un spécialiste, ou même un grand amateur d’art. Je ne pense pas avoir de regard conscient et critique de l’art. J’essaye de le cultiver –un peu – et de l’enrichir. J’essaye de m’ouvrir à ce qu’il a à m’apprendre. Mais je me souviens quand même de ma visite de ce musée d’art moderne et de ce que j’y ai ressenti. J’aurais pu rester des heures devant la finesse de l’univers torturé de Dali, j’aurais pu me laisser absorber par la poignante volupté d’un tableau de Turner, hypnotique brouillard qui habite le monde et le cœur de l’homme, j’aurais pu m’asseoir devant ce tableau de Picasso, qui, sans le trouver particulièrement beau, m’a saisi, j’aurais pu m’arrêter devant Autobiographie d’un embryon et ne plus repartir. L’art, vaste sujet de réflexion philosophique. L’art, que je ne me risquerais pas à tenter de définir rigoureusement. Pourtant, l’art, il me semble, c’est cela : une émotion, un fragment de vérité arraché à la réalité humaine et naturelle de l’artiste, restitué dans un cadre tout ce qu’il y a de plus artisanal, restitué dans un autre univers, codé d’une autre manière si bien que le chemin pour atteindre cette vérité sera tout autre, sinueux et commencera par cela : s’arrêter devant une œuvre, être saisi, recevoir de plein fouet une humanité à l’état pur. L’art doit frapper. La littérature doit donc le faire.

« Mom used to say when you look at art, it's half seeing, half dreaming. Same with ghosts, maybe. »
Ce n’est donc pas de façon anodine que je vous raconte cela, bien sûr. C’était pour en venir à cela, aux coups de cœur. Les coups de cœur qui ne sont ni plus ni moins, quand ils sont puissants et profondément sincères, des coups au cœur. C’est un coup porté par l’art, un coup porté par l’artiste. Les plus grands artistes sont-ils ceux qui frappent le plus précisément ou le plus fort ? Un peu des deux sans doute, sans que cela ne soit entièrement vrai pour chacun.

Le soleil est pour toi, que j’ai lu en anglais, sous le titre que je trouve infiniment plus touchant dans sa version originale I’ll give you the sun, m’a donné ce coup au cœur.


« A broken heart is an open heart. »
Alors oui, il a frappé précisément.

C’est un roman qui aborde le thème de la gémellité.
C’est l’histoire de Noah qu’il raconte alors qu’il a 13 ans. Il y a ses dessins, son amour pour l’art, cette passion et cette vie investies dedans. Il y a, entrecoupant le texte, les idées de Noah « (PORTRAIT : […] ) » qui peint toujours dans sa tête. C’est ingénieux, sensible, touchant. Il y a son père, qu’il n’aime pas réellement, n’ayant jamais réussir à construire de relation avec lui, alors qu’il est, avec sa mère, fusionnel. Il y a son homosexualité, il y a Brian, il y a l’amitié, il y a l’ambiguïté qui disparaît si vite, il y a les doutes, il y a les peurs, il y a les pleurs, il y  a un drame.
C’est l’histoire de Jude qu’elle raconte alors qu’elle a 16 ans, 3 ans plus tard, puisqu’ils sont jumeaux. Il y a ses sculptures, qu’elle rate toujours, qui sont brisées par les esprits. Il y a cet art qui a toujours été là dans sa vie, de façon moins importante que pour Noah, et dans lequel elle cherche à se noyer pour s’échapper mais surtout réparer, pardonner, avancer. Il y a ces superstitions, des fantômes, sa grand-mère défunte, sa volonté de retourner en arrière, sa volonté de montrer à sa mère ses erreurs, ses excuses, qui elle est. Il y a ce père dont elle s’est éloignée et cette mère dont elle s’est rapprochée étrangement, désespérée. Il y a son amour naissant, il y a l’admiration, il y a un artiste, il y a les peurs, il y a les pleurs, il y a eu un drame.
C’est un roman, plus largement, le thème de la famille. Il raconte avec une sensibilité rare, avec une émotion frémissante la vie de cette famille un peu bancale, mais qui avance malgré tout, un peu désunie, mais qui s’accroche, un peu fragile, mais encore debout. Et il y a un drame. Il raconte la vie de cette famille brisée qu’il faut réinventer.

« When I don’t draw us like this, I draw us as half-people. »
C’est un roman sur le thème de l’homosexualité. Il explore les chemins sinueux du devenir. Comment devient-on qui on est ? Comment s’accepte-t-on ? Comment accepte-t-on que les autres le sachent, le voient, le disent, le partagent ? Comment le vit-on ? Comme aime-t-on ?
C’est un roman, plus largement, sur l’amour. Un roman pour dire je t’aime. A sa famille, à la personne à qui on veut ouvrir son âme, au monde, à l’art, aux beautés qui nous entourent et aux émotions qui secouent là, tout au fond, là, au creux de la main, au creux des yeux, au creux des mots fragiles dits tout bas.


« Listen to me. It takes a lot of courage to be true to yourself, true to your heart. You always have been very brave that way and I pray you always will be. It's your responsability, Noah. Remember that. »
Et, vous l’aurez compris, c’est un roman sur l’art. Il vibre au cœur de chacune des pages de ce saisissant roman. Il l’habite jusqu’aux entrailles de ses mots. C’est sans doute lui qui donne au roman une magie insaisissable. C’est sans doute lui qui rend son histoire à la fois magnifique et déchirante. C’est sans doute lui, que Jandy Nelson exploite, explore, exprime, extraie et crée avec talent. C’est sans doute lui que l’auteure utilise pour peindre, sculpter, faire vibrer et danser la vie.


“I gave up practically the whole world for you,” I tell him, walking through the front door of my own love story. “The sun, stars, ocean, trees, everything, I gave it all up for you.”
Alors oui, il a frappé fort.

Parce que Jandy Nelson traite de tous ces thèmes et ce sont comme des flèches.
Parce qu’elle construit son histoire comme on construit une œuvre : avec la tête, et c’est impressionnant, avec le cœur, et c’est fou et beau et doux.
Parce que son style mêle l’art, peint avec les mots, brille, danse, sculpte, est vivant, presque argotique, parfois grossier, mais toujours beau et poignant.
Parce qu’elle donne une âme à des personnages de papier. Elle les colore, les froisse, les caresse, en prend soin, les déchire, les malmènent, les transpercent. On en ressort écorché et touché, blessé et ému, cassé et amoureux.


« So we grapple with the mysteries, each in our own way. Some people are just meant to be in the same story. »
Ce dont il est certain en fait, c’est que l’art ne frappe jamais personne de la même façon.
Mais j’espère que pour vous aussi I’ll give you the sun, en librairies françaises aujourd’hui frappera aussi fort. Et juste.

C’est un grand roman, un grand coup au cœur, un fragment de vie peint avec une richesse de couleur, sculpté avec une précision et une sensibilité désarmantes. Sa plume, ses thèmes, ses personnages, son essence, tout en lui palpite d’un mystère fascinant, imperceptible, insaisissable, qui bruit et frissonne profondément en ses mots. Mais à la fin, à la fin de ce délicieux éclat brillant et douloureux de littérature, on comprend ce que c’est. On comprend la magie du livre. On comprend ce qui est si pur et percutant en lui. C’est la vie.

 Home made à partir d'une image trouvée sur On lit plus fort