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Un été à Paris: du grand art



Voici une petite chronique de ma vie parisienne. Les raisons de ma courte vie à la capitale sont expliquées dans le début cette chronique en trois volets (publié il y a deux jours).

Ci-dessous la troisième et dernière partie de ce petit guide subjectif et personnel qui est loin d’être exhaustif, encore moins original et qui a pour ambition de vous faire découvrir quelques lieux, artistes, évènements qui m’ont plu, frappé, touché, ému.

Aujourd’hui, deux derniers coups de cœur parisiens pour contempler un peu d’art.

Le centre George Pompidou
Situé au cœur de Paris, entre les Halles (quartier de commerce vivant et animé) et l’hôtel de ville, je ne parlerai pas longtemps de ce centre artistique moderne donc je n’ai profité qu’une après-midi. Je ne pense pas avoir les clés pour porter un véritable regard sur ce lieu d’art et de création. Mais j’ai quand même envie de vous donner envie de le visiter.
J’y suis allé parce que Solange te parle ne fait que de l’évoquer dans ses vidéos… et j’ai adoré.

Le bâtiment en lui-même vaut le détour. Chef-d’œuvre d’architecture, il ressemble à quelque chose d’hybride entre une usine, un sous-marin, un gigantesque jeu pour enfants… ses escalators dans des tuyaux, ses grandes baies vitrées, son hall gigantesque et lumineux, tout en lui m’a séduit.


Vous y trouverez une expo permanente pour enfants avec une espèce de terrain de jeux créatif, interactif et original que je me suis contenté d’observer de loin.
Vous y trouverez des expositions provisoires dans les sous-sols ou les étages. Des spectacles. Des films. Des conférences.
Vous y trouverez une grande librairie artistique. Vous y trouverez une boutique de souvenirs et de design.
Vous y trouverez deux expositions permanentes : une moderne et une contemporaine.

J’y ai été pour voir l’exposition de Le Corbusier, un artiste-architecte que j’ai étudié en cours d’histoire de l’art cette année. Je l’ai trouvée complète, intéressante et m’y suis baladé avec plaisir, guidé par le parcours clair et intuitif qui avait été mis en place.
Puis j’ai parcouru l’exposition contemporaine présentant de nombreuses œuvres et artistes des années 60 à nos jours. Des choses qui m’ont laissé perplexe (ah, l’art contemporain), d’autres qui m’ont beaucoup frappé, d’autres encore que j’ai reconnues avec plaisir, d’autres que j’ai découvertes avec émotion…

Pour le lieu, pour l’art, pour la curiosité… je vous conseille d’y passer, si vous en avez l’occasion. Je vous conseille de vous arrêter, de vous asseoir quelques instants. D’ouvrir les yeux. Et de voir.

Exposition Aardman - Musée de l’Art Ludique
Si le nom des studios Aardman ne vous dit sans doute rien, le nom de ses plus gros succès vous dira sans doute quelque chose : Wallace et Gromit, Chicken Run, Shaun le Mouton, Pirates ! Bon à rien, mauvais en tout
Ça vous parle plus, non ?

Les studios s’exposent au Musée de l’Art Ludique, qui est situé dans le beau bâtiment de la cité de la mode et du design, au bord de la scène, près de la gare d’Austerlitz. Alors que je n’avais pas pu voir celles de Pixar ou de Ghiblii, je me suis rendu avec grand plaisir à cette exposition !


On y trouve des dessins originaux de recherche, des roughs, des story-boards, un Oscar (un vrai !), et surtout de très nombreux décors ayant servi pour les films, des figurines ayant été utilisées…
J’en ai pris plein les yeux, je suis retombé en enfance et suis ressorti avec l’envie de (re)voir toute leur filmographie !
Coup de cœur pour ce petit instant de magie

~ ~ ~

Un été à Paris, c’est aussi…
Un feu d’artifice du 14 Juillet magique…
 
La Gay Pride, croisée un samedi après-midi, parade de joie et de fierté…

Montparnasse se livre, un petit salon du livre qui a lieu en haut de la tour Montparnasse. C’est gratuit, et un peu léger… mais la vue est superbe !

Divers balades, plus ou moins touristiques…







Je pense chaque été à ce roman de Florence Hinckel – L’été où je suis né – et je pense chaque été à la chronique que j’en avais faite et au titre qu’elle portait : On revient toujours changé d’un été. Chaque été me le confirme. Car, encore une fois, j’en reviens changé.

"Five million pieces of happiness"


Je me souviens de façon assez précise, il faut dire que c’était il y n’y a pas si longtemps, de ma visite du Tate à Londres, en Avril 2014. Je ne me considère pas comme un spécialiste, ou même un grand amateur d’art. Je ne pense pas avoir de regard conscient et critique de l’art. J’essaye de le cultiver –un peu – et de l’enrichir. J’essaye de m’ouvrir à ce qu’il a à m’apprendre. Mais je me souviens quand même de ma visite de ce musée d’art moderne et de ce que j’y ai ressenti. J’aurais pu rester des heures devant la finesse de l’univers torturé de Dali, j’aurais pu me laisser absorber par la poignante volupté d’un tableau de Turner, hypnotique brouillard qui habite le monde et le cœur de l’homme, j’aurais pu m’asseoir devant ce tableau de Picasso, qui, sans le trouver particulièrement beau, m’a saisi, j’aurais pu m’arrêter devant Autobiographie d’un embryon et ne plus repartir. L’art, vaste sujet de réflexion philosophique. L’art, que je ne me risquerais pas à tenter de définir rigoureusement. Pourtant, l’art, il me semble, c’est cela : une émotion, un fragment de vérité arraché à la réalité humaine et naturelle de l’artiste, restitué dans un cadre tout ce qu’il y a de plus artisanal, restitué dans un autre univers, codé d’une autre manière si bien que le chemin pour atteindre cette vérité sera tout autre, sinueux et commencera par cela : s’arrêter devant une œuvre, être saisi, recevoir de plein fouet une humanité à l’état pur. L’art doit frapper. La littérature doit donc le faire.

« Mom used to say when you look at art, it's half seeing, half dreaming. Same with ghosts, maybe. »
Ce n’est donc pas de façon anodine que je vous raconte cela, bien sûr. C’était pour en venir à cela, aux coups de cœur. Les coups de cœur qui ne sont ni plus ni moins, quand ils sont puissants et profondément sincères, des coups au cœur. C’est un coup porté par l’art, un coup porté par l’artiste. Les plus grands artistes sont-ils ceux qui frappent le plus précisément ou le plus fort ? Un peu des deux sans doute, sans que cela ne soit entièrement vrai pour chacun.

Le soleil est pour toi, que j’ai lu en anglais, sous le titre que je trouve infiniment plus touchant dans sa version originale I’ll give you the sun, m’a donné ce coup au cœur.


« A broken heart is an open heart. »
Alors oui, il a frappé précisément.

C’est un roman qui aborde le thème de la gémellité.
C’est l’histoire de Noah qu’il raconte alors qu’il a 13 ans. Il y a ses dessins, son amour pour l’art, cette passion et cette vie investies dedans. Il y a, entrecoupant le texte, les idées de Noah « (PORTRAIT : […] ) » qui peint toujours dans sa tête. C’est ingénieux, sensible, touchant. Il y a son père, qu’il n’aime pas réellement, n’ayant jamais réussir à construire de relation avec lui, alors qu’il est, avec sa mère, fusionnel. Il y a son homosexualité, il y a Brian, il y a l’amitié, il y a l’ambiguïté qui disparaît si vite, il y a les doutes, il y a les peurs, il y a les pleurs, il y  a un drame.
C’est l’histoire de Jude qu’elle raconte alors qu’elle a 16 ans, 3 ans plus tard, puisqu’ils sont jumeaux. Il y a ses sculptures, qu’elle rate toujours, qui sont brisées par les esprits. Il y a cet art qui a toujours été là dans sa vie, de façon moins importante que pour Noah, et dans lequel elle cherche à se noyer pour s’échapper mais surtout réparer, pardonner, avancer. Il y a ces superstitions, des fantômes, sa grand-mère défunte, sa volonté de retourner en arrière, sa volonté de montrer à sa mère ses erreurs, ses excuses, qui elle est. Il y a ce père dont elle s’est éloignée et cette mère dont elle s’est rapprochée étrangement, désespérée. Il y a son amour naissant, il y a l’admiration, il y a un artiste, il y a les peurs, il y a les pleurs, il y a eu un drame.
C’est un roman, plus largement, le thème de la famille. Il raconte avec une sensibilité rare, avec une émotion frémissante la vie de cette famille un peu bancale, mais qui avance malgré tout, un peu désunie, mais qui s’accroche, un peu fragile, mais encore debout. Et il y a un drame. Il raconte la vie de cette famille brisée qu’il faut réinventer.

« When I don’t draw us like this, I draw us as half-people. »
C’est un roman sur le thème de l’homosexualité. Il explore les chemins sinueux du devenir. Comment devient-on qui on est ? Comment s’accepte-t-on ? Comment accepte-t-on que les autres le sachent, le voient, le disent, le partagent ? Comment le vit-on ? Comme aime-t-on ?
C’est un roman, plus largement, sur l’amour. Un roman pour dire je t’aime. A sa famille, à la personne à qui on veut ouvrir son âme, au monde, à l’art, aux beautés qui nous entourent et aux émotions qui secouent là, tout au fond, là, au creux de la main, au creux des yeux, au creux des mots fragiles dits tout bas.


« Listen to me. It takes a lot of courage to be true to yourself, true to your heart. You always have been very brave that way and I pray you always will be. It's your responsability, Noah. Remember that. »
Et, vous l’aurez compris, c’est un roman sur l’art. Il vibre au cœur de chacune des pages de ce saisissant roman. Il l’habite jusqu’aux entrailles de ses mots. C’est sans doute lui qui donne au roman une magie insaisissable. C’est sans doute lui qui rend son histoire à la fois magnifique et déchirante. C’est sans doute lui, que Jandy Nelson exploite, explore, exprime, extraie et crée avec talent. C’est sans doute lui que l’auteure utilise pour peindre, sculpter, faire vibrer et danser la vie.


“I gave up practically the whole world for you,” I tell him, walking through the front door of my own love story. “The sun, stars, ocean, trees, everything, I gave it all up for you.”
Alors oui, il a frappé fort.

Parce que Jandy Nelson traite de tous ces thèmes et ce sont comme des flèches.
Parce qu’elle construit son histoire comme on construit une œuvre : avec la tête, et c’est impressionnant, avec le cœur, et c’est fou et beau et doux.
Parce que son style mêle l’art, peint avec les mots, brille, danse, sculpte, est vivant, presque argotique, parfois grossier, mais toujours beau et poignant.
Parce qu’elle donne une âme à des personnages de papier. Elle les colore, les froisse, les caresse, en prend soin, les déchire, les malmènent, les transpercent. On en ressort écorché et touché, blessé et ému, cassé et amoureux.


« So we grapple with the mysteries, each in our own way. Some people are just meant to be in the same story. »
Ce dont il est certain en fait, c’est que l’art ne frappe jamais personne de la même façon.
Mais j’espère que pour vous aussi I’ll give you the sun, en librairies françaises aujourd’hui frappera aussi fort. Et juste.

C’est un grand roman, un grand coup au cœur, un fragment de vie peint avec une richesse de couleur, sculpté avec une précision et une sensibilité désarmantes. Sa plume, ses thèmes, ses personnages, son essence, tout en lui palpite d’un mystère fascinant, imperceptible, insaisissable, qui bruit et frissonne profondément en ses mots. Mais à la fin, à la fin de ce délicieux éclat brillant et douloureux de littérature, on comprend ce que c’est. On comprend la magie du livre. On comprend ce qui est si pur et percutant en lui. C’est la vie.

 Home made à partir d'une image trouvée sur On lit plus fort