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Du bleu au blanc dans une avalanche de mots

Le bleu des étoiles est tombé sur nos livres ennuités. Il faisait froid, mais au creux de ces pages, nous nous sommes réchauffés. Voici ce que j'ai lu...
 ... et vous ?    


Parlez-moi de vous
de vos lectures
de ce qui vous a plu
ou pas
en commentaire
sur la vidéo
n'importe où
sur les réseaux sociaux
par écrit
à l'oral
dans le ciel
ou dans la mer
Et puis vous pouvez surtout passer à la suite et lire
                                                     du
BLAAAAAANC
C'est grand c'est beau c'est neigeux c'est doux c'est chantant chantilly chatouillant c'est épais ou léger ça s'envole ça flotte c'est froid c'est vierge c'est pur c'est salissant c'est tant de choses et tant de livres alors lisez lisez lisez, moi j'ai déjà lu, moi je vous rejoindrai à la prochaine couleur, je vous laisse dans cette image page blanche mais j'attends vos retours de lecture, j'attends vos inscriptions, j'attends vos messages
ici ou ailleurs

J'ai lu ...
http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2015/03/avant-lenvol.htmlhttp://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2015/03/limaginaire-et-lanniversaire-de-pepix.html
 Un peu de philosophie pour trouver la joie dans nos faibles - L'intense équilibre d'une vie fracassée - L'imaginaire ... tombez dedans !
 (pssst: cliquez sur les images et regardez la vidéo au-dessus !)

http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2015/03/joyeux-anniversaire-pepix_5.htmlhttp://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2015/03/five-million-pieces-of-happiness.html

Des difficultés d'être fille ou garçon: touchant mais léger - Un conte délicieux et truculent ! - "Five million pieces of happiness" ♥
 (pssst: cliquez sur les images et regardez la vidéo au-dessus !)

http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/

 L'adolescence, au bord du vide, au bord du vol - Coloré, drôle, acide, intelligent
  (pssst: cliquez sur les images !)

http://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2015/03/pepix-lhorizon-entretien-avec-tibo.htmlhttp://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2015/03/pepix-lhorizon-entretien-avec-tibo.html

 Trois Pépix: un parfait équilibre textuel, pictural et ... bonusesque - Une angoissante aventure - Une magique leçon de vie
  (pssst: cliquez sur les images !)

Avant l'envol


 Le 18 Juillet dernier je vous disais de venir l'aider, souffler un peu dans la voile de son bateau. Les mois qui ont suivi j'en ai beaucoup parlé, j'ai essayé moi-même de souffler du fond de mes poumons. Le bateau a réussi à s'en aller. Je n'étais pas seul, et de nombreux contributeurs, venus de tous les horizons, ont participé. Alors nous y voilà. Dans 4 jours, il va s'envoler le bateau. La Luciole va battre de ses propres ailes avec le premier album qu'elle auto-produit. Il n'y a que deux titres de connus à ce jour. Il n'y a que quelques extraits, des mots à rebours, glissés comme un baiser furtif sur les réseaux sociaux. Mais ce sont ces ailes qu'il faut maintenant renforcer, leur donner de la vigueur, de l'épaisseur, leur donner le pouvoir d'aller loin. Je ne peux pas beaucoup, mais je peux, alors je fais, et je pose de ma plume quelques plumes de plus aux ailes de Luciole. Je lui dis merci pour sa musique palpitante et délicieuse, je lui dis je suis avec toi, et tes mots et ta voix et ton son me portent un peu plus loin, je lui dis je m'inspire de tes mots pour en trouver d'autres ... en moi, et chez les autres. Voici quelques lectures que les mots à rebours qu'elle dissémine un peu partout m'inspirent.


C'est raconté par un homme et c'est masculin. Mais cet homme ne vit que pour une, que pour elle. Et c'est féminin. Nageant de l'un à l'autre, ce roman est un parcours d'équilibriste de l'humain. Le funambulisme de notre identité, le funambulisme de notre adolescence, ce funambulisme entre l'enfance et l'âge adulte, le funambulisme des responsabilités, le funambulisme du travail, le funambulisme de l'amour. Il y a lui, coincé, vivant chez ses parents, sérieux, fade. Il y a elle, tornade, insouciante, cruellement sublime, intelligente, forte et fascinante. Entre les deux un gouffre. Entre les deux une corde. Une corde raide et une danse fiévreuse, magnifique, déchirante et contraire. Il y a l'hiver qui tombe dans le coeur de leur été. Il y a les secrets, il y a la vie à demi-mots, il y a les non-dits, des silences, le noir et la peur. Il y a l'hiver au coeur de leur été. C'est raconté par un homme et c'est masculin. Un masculin vif, transperçant et littéraire, qui tente tant bien que mal de se stabiliser entre la sincérité et le recul, entre l'objectivité et les sentiments, entre des sanglots de mots et une retenue admirable.
C'est la vie qui point en équilibre, équilibre si fragile avec la mort.


Cliquez sur l'image pour ma chronique ♥
Naître avec une famille, naître dans l'amour et dans l'art
Crier le coeur brisé, crier dans l'art
Pleurer sur ces morceaux de soi répandus dans ses larmes, pleurer et créer
Sourire à ses proches l'horizon l'espoir l'art
Manger, , manger l'amour et manger la culture, croître dans l'art
Marcher pas à pas mains dans la main yeux dans les yeux et
Courir à grands coups de pinceaux et de notes et de mots
Apprendre des autres, de soi, des oeuvres
Comprendre le monde, accepter qui on est, comprendre les yeux grands ouverts
Grandir avec eux, avec lui, avec l'amour, grandir en brisant son coeur en morceaux de couleurs
Entendre l'art
Se taire devant
Lui répondre
Et, alors, être.


A bras le corps et le coeur
A bout de bras dans le vide
A bras le corps le courage
A bout de bras un nuage
A bras le corps battant
A bout de bras dans le ciel
A bras le corps en équilibre
A bout de bras un oiseau
A bras le corps en danger
A bout de bras un but
A bras le corps le doute
A bout de bras l'horizon
l'infini
l'avenir
l'espoir
A bras le corps dans la vie
A bout de bras je prends tout
♥


 

"Five million pieces of happiness"


Je me souviens de façon assez précise, il faut dire que c’était il y n’y a pas si longtemps, de ma visite du Tate à Londres, en Avril 2014. Je ne me considère pas comme un spécialiste, ou même un grand amateur d’art. Je ne pense pas avoir de regard conscient et critique de l’art. J’essaye de le cultiver –un peu – et de l’enrichir. J’essaye de m’ouvrir à ce qu’il a à m’apprendre. Mais je me souviens quand même de ma visite de ce musée d’art moderne et de ce que j’y ai ressenti. J’aurais pu rester des heures devant la finesse de l’univers torturé de Dali, j’aurais pu me laisser absorber par la poignante volupté d’un tableau de Turner, hypnotique brouillard qui habite le monde et le cœur de l’homme, j’aurais pu m’asseoir devant ce tableau de Picasso, qui, sans le trouver particulièrement beau, m’a saisi, j’aurais pu m’arrêter devant Autobiographie d’un embryon et ne plus repartir. L’art, vaste sujet de réflexion philosophique. L’art, que je ne me risquerais pas à tenter de définir rigoureusement. Pourtant, l’art, il me semble, c’est cela : une émotion, un fragment de vérité arraché à la réalité humaine et naturelle de l’artiste, restitué dans un cadre tout ce qu’il y a de plus artisanal, restitué dans un autre univers, codé d’une autre manière si bien que le chemin pour atteindre cette vérité sera tout autre, sinueux et commencera par cela : s’arrêter devant une œuvre, être saisi, recevoir de plein fouet une humanité à l’état pur. L’art doit frapper. La littérature doit donc le faire.

« Mom used to say when you look at art, it's half seeing, half dreaming. Same with ghosts, maybe. »
Ce n’est donc pas de façon anodine que je vous raconte cela, bien sûr. C’était pour en venir à cela, aux coups de cœur. Les coups de cœur qui ne sont ni plus ni moins, quand ils sont puissants et profondément sincères, des coups au cœur. C’est un coup porté par l’art, un coup porté par l’artiste. Les plus grands artistes sont-ils ceux qui frappent le plus précisément ou le plus fort ? Un peu des deux sans doute, sans que cela ne soit entièrement vrai pour chacun.

Le soleil est pour toi, que j’ai lu en anglais, sous le titre que je trouve infiniment plus touchant dans sa version originale I’ll give you the sun, m’a donné ce coup au cœur.


« A broken heart is an open heart. »
Alors oui, il a frappé précisément.

C’est un roman qui aborde le thème de la gémellité.
C’est l’histoire de Noah qu’il raconte alors qu’il a 13 ans. Il y a ses dessins, son amour pour l’art, cette passion et cette vie investies dedans. Il y a, entrecoupant le texte, les idées de Noah « (PORTRAIT : […] ) » qui peint toujours dans sa tête. C’est ingénieux, sensible, touchant. Il y a son père, qu’il n’aime pas réellement, n’ayant jamais réussir à construire de relation avec lui, alors qu’il est, avec sa mère, fusionnel. Il y a son homosexualité, il y a Brian, il y a l’amitié, il y a l’ambiguïté qui disparaît si vite, il y a les doutes, il y a les peurs, il y a les pleurs, il y  a un drame.
C’est l’histoire de Jude qu’elle raconte alors qu’elle a 16 ans, 3 ans plus tard, puisqu’ils sont jumeaux. Il y a ses sculptures, qu’elle rate toujours, qui sont brisées par les esprits. Il y a cet art qui a toujours été là dans sa vie, de façon moins importante que pour Noah, et dans lequel elle cherche à se noyer pour s’échapper mais surtout réparer, pardonner, avancer. Il y a ces superstitions, des fantômes, sa grand-mère défunte, sa volonté de retourner en arrière, sa volonté de montrer à sa mère ses erreurs, ses excuses, qui elle est. Il y a ce père dont elle s’est éloignée et cette mère dont elle s’est rapprochée étrangement, désespérée. Il y a son amour naissant, il y a l’admiration, il y a un artiste, il y a les peurs, il y a les pleurs, il y a eu un drame.
C’est un roman, plus largement, le thème de la famille. Il raconte avec une sensibilité rare, avec une émotion frémissante la vie de cette famille un peu bancale, mais qui avance malgré tout, un peu désunie, mais qui s’accroche, un peu fragile, mais encore debout. Et il y a un drame. Il raconte la vie de cette famille brisée qu’il faut réinventer.

« When I don’t draw us like this, I draw us as half-people. »
C’est un roman sur le thème de l’homosexualité. Il explore les chemins sinueux du devenir. Comment devient-on qui on est ? Comment s’accepte-t-on ? Comment accepte-t-on que les autres le sachent, le voient, le disent, le partagent ? Comment le vit-on ? Comme aime-t-on ?
C’est un roman, plus largement, sur l’amour. Un roman pour dire je t’aime. A sa famille, à la personne à qui on veut ouvrir son âme, au monde, à l’art, aux beautés qui nous entourent et aux émotions qui secouent là, tout au fond, là, au creux de la main, au creux des yeux, au creux des mots fragiles dits tout bas.


« Listen to me. It takes a lot of courage to be true to yourself, true to your heart. You always have been very brave that way and I pray you always will be. It's your responsability, Noah. Remember that. »
Et, vous l’aurez compris, c’est un roman sur l’art. Il vibre au cœur de chacune des pages de ce saisissant roman. Il l’habite jusqu’aux entrailles de ses mots. C’est sans doute lui qui donne au roman une magie insaisissable. C’est sans doute lui qui rend son histoire à la fois magnifique et déchirante. C’est sans doute lui, que Jandy Nelson exploite, explore, exprime, extraie et crée avec talent. C’est sans doute lui que l’auteure utilise pour peindre, sculpter, faire vibrer et danser la vie.


“I gave up practically the whole world for you,” I tell him, walking through the front door of my own love story. “The sun, stars, ocean, trees, everything, I gave it all up for you.”
Alors oui, il a frappé fort.

Parce que Jandy Nelson traite de tous ces thèmes et ce sont comme des flèches.
Parce qu’elle construit son histoire comme on construit une œuvre : avec la tête, et c’est impressionnant, avec le cœur, et c’est fou et beau et doux.
Parce que son style mêle l’art, peint avec les mots, brille, danse, sculpte, est vivant, presque argotique, parfois grossier, mais toujours beau et poignant.
Parce qu’elle donne une âme à des personnages de papier. Elle les colore, les froisse, les caresse, en prend soin, les déchire, les malmènent, les transpercent. On en ressort écorché et touché, blessé et ému, cassé et amoureux.


« So we grapple with the mysteries, each in our own way. Some people are just meant to be in the same story. »
Ce dont il est certain en fait, c’est que l’art ne frappe jamais personne de la même façon.
Mais j’espère que pour vous aussi I’ll give you the sun, en librairies françaises aujourd’hui frappera aussi fort. Et juste.

C’est un grand roman, un grand coup au cœur, un fragment de vie peint avec une richesse de couleur, sculpté avec une précision et une sensibilité désarmantes. Sa plume, ses thèmes, ses personnages, son essence, tout en lui palpite d’un mystère fascinant, imperceptible, insaisissable, qui bruit et frissonne profondément en ses mots. Mais à la fin, à la fin de ce délicieux éclat brillant et douloureux de littérature, on comprend ce que c’est. On comprend la magie du livre. On comprend ce qui est si pur et percutant en lui. C’est la vie.

 Home made à partir d'une image trouvée sur On lit plus fort