La vie d'une femme en petites scènes capitales ... ♥




                Qu’est-ce qui définit ce que l’on est ? Qu’est-ce qui fait qu’on aime telle ou telle chose, qu’on réagit de façon différente


s aux mêmes évènements, œuvres, discours, qu’on a tel caractère, telle psychologie ? Certains d’entre vous me diront qu’on naît avec cela. Les philosophes me répondront peut-être qu’il est souvent question relativisme. Sylvie Germain vous répondra : l’enfance. C’est tout du moins ce que je retiens d’essentiel de son dernier roman. Le premier que je lis d’elle.

                Petites scènes capitales, c’est l’histoire de Lili (de son vrai nom Liliane). Enfant dont la mère est partie alors qu’elle n’avait même pas un an, elle voit son père se remarier et les inclure ainsi dans une famille nombreuse … La petite Lili, elle aimerait bien que son père la remarque un peu plus, parce qu’après tout, c’est elle sa vraie fille, pas ses demi-frères et sœurs. C’est de cette situation, assez courante malheureusement, que débute l’histoire d’une vie. Ou plutôt, cela débute sur l’image d’une petite fille en compagnie de sa grand-mère laquelle doit répondre inlassablement à la question de cette enfant fascinée. Quel est ce bébé sur cette photo ? C’est Lili. Mais où était-elle avant ? Dans le ventre de sa mère. Mais avant ?
                C’est là peut-être que repose le mystère de toute une existence. Avant, n’était-elle rien ? Rien, cet angoissant mot qui promet un abîme de ténèbres. N’était-elle que des gènes transmis par deux cellules fécondes ? Ou bien était-elle autre, petit esprit quelque part dans ce vaste univers, n’attendant que son tour pour faire son entrée dans la vie charnelle et sentimentale ? La vie avec tout ce qu’elle a de fragilité.

                Tout en éclats de lumière ouatés, Sylvie Germain dresse chapitre après chapitre le portrait touchant d’une enfant en quête d’amour paternel. Une enfant en quête de sa propre identité. Elle construit avec douceur cette image un peu floue mais poignante, avec un style unique, splendide, sensible. Les mots sont choisis avec soin, le vocabulaire est riche, les tournures superbes. J’ai réellement été ébloui par sa manière d’assembler les mots, ceux-ci devenant des morceaux lumineux qui, les uns à côté des autres, forment un tableau rayonnant.
                C’est ainsi que se déroule par touches apposées sur la toile la vie de la petite Lili, ou Barbara. Car c’est peut-être là aussi que réside toute la complexité du personnage. Ce personnage tiraillé entre une enfance au nom de Lili, Liliane. De la volupté, des hauts et des bas, mais la douceur et la sûreté d’une famille. Une enfance qui, bien vite, va la plonger dans les affres de l’adolescence, où elle découvrira plus les ombres de la vie qu’autre chose. Une adolescence au nom de Barbara. Un nom agressif, séduisant, provocateur. Qui est-elle finalement ? L’insouciante Lili en mal d’amour ? Barbara la provocatrice, la révoltée, l’égarée. L’amoureuse ?

                Véritablement emporté par cette odyssée d’une enfant qui grandit et se confronte à la vie, j’ai laissé vagabondé mon esprit dans l’univers de Sylvie Germain, dans l’existence d’une petite fille qui devient femme. On attrape le train de sa vie alors qu’il se met en route, alors qu’elle n’est encore que toute petite et presque totalement vierge de la vie. On la laisse là, bien des années plus tard, devant le tableau bouleversant du passé et celui bien plus rassurant de l’avenir. Devant ce renversement qui un jour a eu lieu, sans qu’on ne s’en rende compte. On ne se demande plus alors : et avant ? Non. Il n’y a plus qu’une seule question vraiment importante :
                Et après ?

                Ce roman m’a chamboulé. La vie tumultueuse de cette petite Lili m’a touché profondément et le superbe style de Sylvie Germain m’a envoûté d’un bout à l’autre du livre. Il y a des moments moins captivant, qui m’ont un peu laissé sur la touche, mais c’est l’impression finale qui est l’essentielle : l’impression d’avoir vécu l’espace de 200 pages une autre vie auprès d’un personnage auquel on s’attache comme notre propre fille, ou sœur. Je ressors un peu désorienté de cette lecture, mais assurément charmé par les personnages, l’intrigue, l’émotion, le talent.

                Et plus qu’une simple histoire de vie, c’est une démonstration : l’enfance nous construit et l’adolescence finit de nous façonner. Alors lorsque, comme Lili ou Barbara, ce travail-là s’est mal effectué, on s’égare et l’amour seul, peut-être, peut nous aider à s’en sortir.

http://www.priceminister.com/blog/les-matchs-de-la-rentree-litteraire-2013-8774

3 commentaires:

Méli a dit…

Tient, je n'ai pas choisi celui-là mais il m'intéresse maintenant!!!

Lydia a dit…

Bravo pour cette belle critique !

Nathan Bouquinsenfolie a dit…

Merci beaucoup :)

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