Du sujet délicat qu'est l'homosexualité - ♥


L’homosexualité. Un sujet dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler. Lors d’un coup de cœur pour le pétillant, pour le touchant Will & Will, il y a 3 ans. Lors d’une sélection spéciale à l’ombre du grand arbre. Et aujourd’hui, c’est de deux romans dont je vais vous parler … et d’une association.

On nous a en effet demandé, à nous lecteurs de la collection R, de partager avec nos chroniques l’existence de cette association. Ceci n’est pas un article de pub. C’est juste une chronique pour vous donner envie de lire deux coups de cœur. Une chronique pour faire réagir aussi peut-être. Parce que peut-être que parler sur ce blog de cette association ne servira à rien. Peut-être que cela n’aura aucune véritable incidence sur qui ou quoi que ce soit. Mais c’est déjà vous dire : cette association existe. Mais aussi parce qu’en parler est le premier pas vers l’évolution.
Une chronique engagée ? Peut-être.
Une chronique de lecteur touché en plein cœur ? Assurément.




Un "Refuge" pour les jeunes victimes d'homophobie
Fondée en 2003 par Nicolas Noguier, l'association Le Refuge accueille des garçons et des filles de 18 à 25 ans exclus du domicile familial du fait de leur homosexualité ou de leur transexualité. L'association, qui dépend pour moitié des dons et pour l'autre de subventions, dispose d'appartements-relais et de places d'hôtel en Ile-de-France, à Marseille, à Lyon et à Montpellier. L'antenne de Paris, ouverte en 2008, héberge ainsi vingt-et-un jeunes "de 20 ans en moyenne" pour une période de six mois, le temps d'essayer de trouver un travail et un logement.
Le Refuge propose également un accompagnement social et psychologique, ainsi qu'une ligne d'urgence : 06 31 59 69 50.

C’est d’ailleurs là que réside le sujet du nouveau roman de Cat Clarke. L’histoire est narrée par Jem. Jem est dans une situation très délicate. Elle est amoureuse de Kai, son meilleur ami. Et celui-ci est gay. Seulement à une soirée, il est filmé en train d’avoir un rapport sexuel avec un garçon … cette vidéo, envoyée par mail aux élèves de son lycée, le pousse au suicide. Il laisse 12 lettres à Jem. Une par mois pour un an. 12 lettres qui vont lui donner le désir … de prendre sa revanche.

Dès les premiers mots, j’ai senti que ceux-ci étaient partis pour me remuer… me secouer intégralement, me posséder totalement.
Dès le prologue, ce prologue tranchant et percutant, on est pris d’assaut par le personnage de Jemima, sa tourmente, son histoire bouleversante.
Oui, Revanche est l’un de ces romans qui vous prend à la gorge sans attendre une seconde.
"Une enveloppe fermée promet toujours tant de choses ... C'est comme si elle pouvait tout contenir...vraiment tout."
Parce que ce prologue, revenons-y, est révélateur.
Révélateur d’abord du style de l’auteur. Elle ne ménage pas son lecteur, elle ne le prend pas pour un idiot. Ses mots sont forts, des coups de poing dans l’estomac. Des uppercuts. Vulgaire diront certains. Fort, dirais-je. Sans crainte et sans à priori. Sans se poser de question. Naturel, et porteur … porteur de rage.
Révélateur ensuite de son personnage. Jem, comme Grace dans Confusion, et sans doute même Alice dans Cruelles, est un personnage au ton sec, cassant. Un personnage avec peu d’amis. Un seul en fait. Un personnage en marge, en colère, dévasté, perdu.
Révélateur enfin de l’histoire. De l’intrigue qui début à peine. Un aperçu de ce qu’il va se passer. Un judas sur qui ne dévoile qu’une infime partie de cet ouragan qui va suivre.

 



Donc vous l’aurez compris, Jordan avait raison. Ce roman est dévastateur.
Il l’a véritablement atteint au plus profond de moi-même jusqu’à m’ébranler, jusqu’à me mettre dans tous mes états. Je suis souvent touché par le sujet de l’homosexualité. Et Cat  Clarke le traite avec beaucoup de justesse. Avec beaucoup d’émotion. Le personnage de Kai est hyper attachant. C’est un personnage haut en couleurs, drôle, un personnage qu’on aimerait ne pas voir mourir, qu’on aimerait serrer dans nos bras à notre tour. Un personnage en lequel j’ai vu en ami comme une partie de moi. Il est un peu extravagant mais, il me semble, pas exagérément, juste comme il faut, même si encore une fois oui, le personnage gay d’un roman est doté de cette personnalité extravertie… C’est tellement douloureux de le voir souffrir. De le voir plonger dans une dépression jusqu’au suicide, même si cela ne représente qu’une petite partie du roman. C’est tellement douloureux de voir un jeune homme comme ça humilié, rejeté, blessé. Comment cela est-ce possible ? Comme peut-on infliger cela à quelqu’un ? Comment peut-on infliger cela à quelqu’un pour ce qu’il est ? Pour sa différence. Parce qu’il veut juste aimer. Aimer. Cela m’a dévasté. Je me rends bien compte que les temps changent et que les choses évoluent mais quand même. On est encore loin d’un idéal où l’homosexualité serait … banale.
« C'est peut-être une bizarrerie de la nature humaine, de ne pas pouvoir s'empêcher de faire du mal aux gens qu'on aime le plus. »
En outre, Revanche n’est pas qu’un livre sur l’homosexualité, l’isolation des jeunes, l’homophobie, le rejet, l’humiliation. Revanche est un livre véritablement engagé sur plusieurs. C’est un roman révélateur du système américain. Un roman cliché ? Américains ou connaisseurs éclairez ma lanterne … Un roman dénonciateur de la cruauté des jeunes oui. Qui, en premier lieu se caractérise par la hiérarchie lycéenne … ce lycée que Jem va comparer à un zoo. Ce lycée qui n’est rien d’autre qu’un microcosme à l’image de la société … ou d’une chaîne de prédateur à proie. En haut les populaires, superficiels, frimeurs, les rois du lycée et leurs copines. En dessous les normaux, qui contemplent des étoiles plein les yeux le rang des populaires. Qui se plient à eux et évitent le moindre faux pas. Faux pas qui mènerait indéniablement au rang des rejetés. Les différents, les exclus, les reniés.
Mais Revanche est aussi un roman puissant sur la colère, le désir de vengeance. Le besoin de vérité. La culpabilité. Un roman sur la jalousie. Un roman sombre oui.
Mais aussi et surtout une des plus belles histoires d’amitié qu’il m’ait été donné de lire.
Jusqu’où ira-t-on pour connaître la vérité ? Où la jalousie peut-elle mener ? Quand s’arrêter ? La vengeance est-elle légitime ? …
Comment réparer ce vide que creuse un décès en nos cœurs?
"Je crois que ce que j'essaie de te dire, c'est que si tu rencontres des gens qui te rendent heureuse - mais vraiment heureuse - accroche-toi à eux. Parce que ça n'arrive pas si souvent."
Cat Clarke, d’un bout à l’autre de ces 500 pages, balade le lecteur. Elle l’ébranle, le renverse, le secoue. Elle lui fait ressentir tout un tas d’émotion qui prennent tout entier. Elle l’accroche, elle le séduit avec des personnages attachants … ou au contraire repoussants. Elle ne cesse de le faire douter. Et c’est là l’un des plus gros points forts du roman. Elle ne cesse de lui faire se poser des questions. Elle ne cesse de lui faire comprendre que les gens ne sont pas toujours comme on le croit. Que les apparences sont souvent trompeuses oui. Que les gens changent aussi peut-être. Ils grandissent.
Et à trop se perdre dans les autres, on ne sait plus qui on est.
Il y a des éléments dont je me suis douté, il y a des moments qui, tout en conservant mon attention, m’ont moins captivé.
Mais ce roman n’en reste pas moins un immense coup de cœur. Une histoire qui m’a ravagé tout simplement. Une histoire qui, une fois terminée, laisse dans un état de choc. Cet état si particulier du lecteur dans lequel il ferme son livre. Murmure un truc tel que « Putain ». Et reste bouche bée.
Vous ne ressortirez pas indemne d’une telle lecture.

"Tu es ma personne préférée au monde. Tu le sais, n'est-ce pas ? Je t'aime plus que la chaîne Histoire... T'imagines ? Plus que mes lunettes de soleil (et je les kiffe grave mes lunettes aviateur). Je t'aime plus que Tim Riggins. Je t'aime plus que toutes ces choses réunies. Ça fait vraiment un super gros tas d'amour. Infini,  en fait. Pardonne-moi de dégouliner de sentiments comme ça."


Ce sujet là, l’isolement, la perte de soi, l’égarement … se retrouve aussi dans Two boys kissing. Mais, ici aussi, dans un ensemble d’autres thèmes. Un ensemble, cependant, parfait.
Car je n’irai pas par quatre chemins : cette lecture VO du dernier roman de David Levithan m’a beaucoup étonné … et immensément charmé. Et ce que je retiens d’abord c’est cela, ce tout : ce tout sans impact que forme le roman. Cet ensemble dont l’intrigue se déroule principalement sur 32h et quelques, le temps … d’un baiser.
Craig et Harry sont homosexuels. Ils s’aiment –se sont aimés ?– et ont décidé de battre le record du plus long baiser jamais partagé. Ils ont décidé de se battre pour une cause. Ils ont décidé aussi, de mettre au grand jour l’homosexualité de ce premier.
En 32 heures, tant de choses peuvent changer.
Ryan et Avery peuvent se rencontrer, vivre leur premier rendez-vous … tomber amoureux ?
Peter et Neil peuvent continuer à s’aimer. S’embrasser. Ils peuvent goûter au silence. Ils peuvent surmonter des obstacles.
Cooper enfin peut se perdre. Totalement … 
“Freedom is also about what you will allow yourself to do.”
Two boys kissing est un roman à plusieurs voix. Un roman narré à la troisième personne … et à la première personne du pluriel. Ce sont des voix, une infinité de voix de tous ces hommes qui sont morts du sida. Une infinité de voix douces, marquées par la vie, par la mort, par toutes ces vies, toutes ces morts auxquelles ils assistent. Un parti pris intéressant, surprenant, superbe.
Le style en est d’autant plus beau. Bien que l’ayant lu en anglais, j’en ai perçu la langue, le rythme, les sonorités, le son, le bruit, la mélodie. La mélodie oui. Une mélodie, une berceuse, une beauté tout simplement.

Derrière cette construction magistrale, derrière ce style enchanteur, derrière tous ces personnages touchants, auxquels on s’attache, en lesquels on se retrouve, pour lesquels on rit, tremble, pleure, hait. Pour lesquels on aime. Derrière cette intrigue qui porter le roman, et toutes celles qui viennent s’y greffer, changeant des vies en à peine 32 heures. Derrière tout cela il y a une profondeur qu’on effleure. Une profondeur remarquable.
Que représente un baiser ? Deux corps soudés ? Deux corps fusionnant ? Deux âmes entrant en contact ? Deux âmes s’unissant ?
Peut-on tomber amoureux si vite ? Le coup de foudre existe-t-il ?
A quoi reconnaît-on une relation durable, une relation « qui fonctionne » ? Les baisers alors deviennent-ils si importants ? N’y a-t-il alors rien de plus beau que ces silences partagés ?
Comment s’en sortir alors que la seule vie qu’on a est virtuelle ? Comment s’en sortir sans famille, sans amis, sans personne à qui s’accrocher ? A chercher à être un autre, on finit toujours par se perdre.
Et bien sûr, par-dessus toutes ces questions touchant à l’amour, aux relations, à la vie et au passage à l’âge adulte, par-dessus tous ces questionnements, ces incertitudes, ces doutes ; il y a le sujet de l’homosexualité.
Comment aimer alors que les gens vous rejettent pour ce que vous êtes ? Comment aimer alors que votre vie peut à tout moment basculer par la simple force de l’acte d’une personne à votre égard, de sa rage, de sa haine ? Comment accepter ? Comme s’y résoudre ? Comment le vivre ? Comment le dire à ses parents ? Comme leur faire comprendre ? Tant de questions qui se posent et ne trouvent pas toujours réponse. Des questions qui tourmentent et perturbent. 
 “There is sudden. There is the eventual. And in between, there is the living.” 
Two boys kissing est un superbe et court roman sur l’adolescence. Cette période où tout est incertain. L’adolescence est le temps des peut-être. Le temps des choix et le temps de grandir. Un passage difficile, parfois plus pour d’autres, où il est facile de se perdre. Il suffit de quelqu’un, il suffit de force, il suffit peut-être aussi d’amour pour surmonter les obstacles et vivre. Comment on le veut.
Two boys kissing est intense, époustouflant, profond.
Two boys kissing est un texte coup de poing, coup de cœur, coup au cœur. 

“Make more than dust.” 

25 commentaires:

souris a dit…

Magnifique chronique, article qui me touche énormément , merci à toi pour TES mots !!
Un seul mot : bravo et aussi j'en veux encore plein des chroniques qui remue mon petit cœur
À bientôt
Steph

Nathan Bouquinsenfolie a dit…

Quelle superbe commentaire qui touche profondément ... merci ♥

Miette a dit…

La chronique de Revanche est époustouflante. J'ai très envie de le lire !

Nathan Bouquinsenfolie a dit…

Merci Miette .. :3

thenotebook14 a dit…

Magnifique chronique ! J'ai encore plus envie de découvrir cette petite merveille :)

Sophie Hérisson a dit…

Le deuxième me tente beaucoup, mais le premier aussi en fait... tentateur!

souris a dit…

De rien Nathan j'adore ton blog et tes chroniques et je n'ai jamais été déçue de lire un livre que tu conseillais, j'aime ta chronique car tu l'écris avec tes tripes et ton âme :)
Si j'avais des journées de 48h je passerais beaucoup plus sur les blogs que j'aime plus particulièrement ;)
Bisous

Clèm a dit…

Magnifique. J'adore ta chronique, c'est bien écrit, c'est émouvant, ça donne envie de lire les livres... Je viens de finir Revanche et je suis entièrement d'accord avec toi sur tout ce que tu en dis ! De ces deux livres, tu en parles tellement bien... Je ne peux que le répéter : magnifique.

Mlle Mathilde a dit…

Wouah. Wouah. Put***. La claque.

Ellana a dit…

C'est le 4ème avis positif que je lis sur Revanche ! A partir de quel âge le conseillerais-tu ?

Ellana a dit…

Superbe chronique ! C'est magnifique et émouvant ! J'ai envie de lire Revanche depuis longtemps mais je ne sais pas pour quel âge il est recommandé.

Nathan Bouquinsenfolie a dit…

N'hésite pas ! :D (merci !)

Nathan Bouquinsenfolie a dit…

Héhé ;)
Le premier n'est qu'en vo (pour le moment) par contre !
Bisous

Nathan Bouquinsenfolie a dit…

Merci beaucoup ♥

Nathan Bouquinsenfolie a dit…

Merci ♥♥

Nathan Bouquinsenfolie a dit…

***ain merci ♥

Nathan Bouquinsenfolie a dit…

Merci beaucoup !
Il se lit facilement à partir de 16 ans, mais je pense même dès 15 ans et si les gros mots ne te gênent pas dès 14 ans !

Ellana a dit…

Je vais devoir attendre pas mal encore ...

Nathan Bouquinsenfolie a dit…

Quel âge as-tu ?

Ellana a dit…

J'ai 12 ans mais j'ai lu beaucoup de livres plus les plus âgés (14 ou 15 ans). J'hésitais à commencer Revanche car je n'ai jamais lu de livre sur ce sujet.

Nathan Bouquinsenfolie a dit…

Ca devrait le faire alors :)
Si les gros mots ne te posent pas de problème, ni le style assez franc et le coup d'émotion que ça te met ça devrait aller ^^
Mais il vaut le coup selon moi .. ♥

Ellana a dit…

Merci beaucoup pour avoir répondu et bon mois livresque !

Sapotille a dit…

Je suis tombée sur ton articles par le billet de Clem, j'ai revanche dans mes mains là et je vais vraiment devoir le lire de suite !
Ton article est profondément émouvant je trouve, tu écris vraiment bien et tu sais faire passer l'émotion rien qu'avec des mots, BRAVO

Nathan Bouquinsenfolie a dit…

Merci beaucoup beaucoup, ton commentaire me touche .. ♥

Lyly Lagrenouille a dit…

Sincèrement je vais mourir si je ne lis pas Two Boys Kissing immédiatement.
J'ai vibré avec toi le long de tes mots. Et...(mon dieu je perds la parole c'est horrible!)...je voulais te dire...je ne sais pas. Je ne sais plus. Arg. Des fois je me sens tellement en accord émotionnellement avec qqun que...ça fait mal. Parce que j'ai lu Revanche et que ça m'a détruit. Parce que je le vis de l'intérieur et à l'extérieur. Parce que je pensais être la seule à le vivre à ce point au quotidien. Peut-être que non. Je sais juste que les mots de Cat Clarke sont profondément réels, je les ai entendu, j'ai vu la souffrance de Kai dans les yeux, j'ai tenu ses mains pour l’empêcher de tomber. Alors....je te remercie énormément pour ce billet. J'espère qu'il touchera toutes les autres âmes de passage <3

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