Cent et une volières habitées par les oiseaux les plus rares


C'est vrai que cela va être un peu difficile de vous parler d'un album que je n'ai pas à disposition. Il est resté chez mes parents et j'aurais aimé l'avoir à côté de moi pour le relire, le parcourir, l'admirer et être traversé d'une vague d'amour pour cet ouvrage et vous en parler deux fois mieux !
Malgré tout, rien ne me fera reculer, parce que le livre sort demain en France (il a été traduit du néerlandais !) et parce que j'en garde un souvenir marquant.
La fille de l’empereur possédait trois cent quatre-vingt-dix paires de chaussures, huit cent douze chapeaux, cinquante ceintures en queue de serpent. Mais ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était les oiseaux. Son jardin comptait cent et une volières habitées par les oiseaux les plus rares. Mais hélas ! Combien de têtes avaient-elles coûté, de combien de serviteurs ! Jusqu’à la nuit où Valentina rêva de l’oiseau qui parle. Personne ne le trouva. Puis, après onze longs mois, un jeune serviteur rapporta dans un écrin un tout petit oeuf dans un nid…
 L'histoire est assez simple. Presque peu originale. Elle vous rappellera peut-être cet album de Ben Kemoun - Le cadeau de la princesse qui avait déjà tout.
En fait, il s'agit d'un conte. Cette princesse, comme le dit au-dessus le résumé de l'éditeur que j'ai mis juste au-dessus, possède déjà beaucoup de choses. Et en particulier beaucoup d'oiseaux. Et puis un jour, elle rêve de l'oiseau qui parle. Quitte à décapiter tous ses employés, quitte à se débarrasser de tout, la fille de l'empereur va tout faire pour trouver et posséder cet oiseau.
Mais trois choses donnent à l'histoire son caractère unique : le ton de l'histoire, les oiseaux et les illustrations.

Il est là haut au milieu... !
Ce conte, en effet, se révèle d'une cruauté surprenante. Sans aller jusqu'au bout de l'histoire, la princesse - qui ne fait d'ailleurs pas tant rêver que ça, on en parlera un peu plus loin - décapite ses serviteurs, jugés incompétents, est violente, irascible et presque hystérique. La fin n'est pas si violente. Mais le récit porte doucement le lecteur et son personnage vers ce dénouement qui, loin d'être lumineux, est pourtant amené avec beaucoup de délicatesse.

L'autre élément, tant original que ravissant, est la présence des oiseaux dans l'album. La princesse dont il est question aime les oiseaux, par-dessus tout au monde. Par conséquent, elle en possède par dizaines et ils sont omniprésents dans l'album. Avec une palette de couleurs assez restreinte, l'illustrateur de l'album arrive quand même à nous en mettre plein les yeux. Les oiseaux sont de toutes sortes... et ils vibrent d'une magie à laquelle on donnerait vie.

Et toute l'émotion qui se dégage de l'album et en particulier de ces deux points n'aurait pas la même puissance sans une illustration soignée et époustouflante.
Elles ont dans leur caractère sombre la cruauté de l'histoire. Même les couleurs les plus éclatantes, par un jeu de peinture juste et étonnant, ont une force, un poids et une obscurité hors du commun. Les regards, même ceux des oiseaux, sont d'une grande profondeur. Les décors, même s'ils ne servent que de décors, palpitent d'une vie un peu inquiétante.
C'est pourquoi le personnage du conte, la fille de l'empereur, est à la fois si juste, touchant et dérangeant. C'est sans doute pour cette raison que le terme de princesse n'est jamais utilisé. Pour s'éloigner des clichés qu'on en a tous. Là, la fille de l'empereur a un visage un peu dur et anguleux, malgré son caractère enfantin. Ses yeux, petits et perçants, brillent de cruauté, de désir et de vie. Ses cheveux broussailleux, sa petite taille, sa finesse et les caractéristiques déjà évoquées font d'elle un personnage fragile et donc touchant, mais aussi un peu laid et finalement inquiétant. Sa cruauté s'incarne en elle, en même temps que son enfance, son espoir démesuré par l'ambition de son désir et les deux lui donnent une présence très forte dans le récit.
C'est aussi grâce aux illustrations et au travail de couleurs (limité aux couleurs sombres et aux couleurs chaudes comme le jaune - rayonnant, éclatant, magnifique) que les oiseaux prennent leur envol au coeur de chacune des pages de l'ouvrage.

Enfin, si l'album est aussi beau, c'est aussi grâce à un travail d'édition soigné. Le format - très grand - permet de déguster chaque illustration les yeux grand ouvert, le papier est de bonne qualité et l'impression donne donc des images fortes et séduisantes.

J'ai plongé curieux - et déjà séduit, grâce à la couverture - dans l'album.
J'en suis ressorti ébloui et profondément secoué.


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Pour découvrir l'album, deux vidéos très bien faites avec une interview de l'auteur :

La version courte

La version longue

2 commentaires:

twogirlsandbooks a dit…

Il a l'air génial cet album. J'aimerais bien le lire.

Boom a dit…

Un album que tu me donnes vraiment bien envie de découvrir !!

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