Un hiver à Paris

Un hiver, à Paris, un élève de classe préparatoire littéraire avance, tant bien que mal, travaille, évolue dans cet univers citadin, élitiste, bourgeois parfois, intellectuel en tout cas. Il commence à s'entourer d'amis, tout du moins de connaissances. C'est pourtant ténu et volatile.
Un hiver, à Paris, un autre élève de classe préparatoire est poussé à bout. Il hurle une insulte à son professeur. Il enjambe la balustrade. Il tombe. Il y a ce bruit sourd, cette flaque de sang, ces souvenirs acérés qui hanteront pour longtemps notre narrateur, son entourage, le lecteur aussi, un peu.
Un hiver, à Paris, des vies sont bouleversées.

Pour ce second élève, c'est une vie qui s'arrête, si brutalement, sur le béton de la cour. Pour ce premier, c'est une vie qui s'arrête mais ouvre sur une autre. Une autre vie où il faut naître douloureusement avec un drame pour parent.
A l'aube d'une existence nouvelle, il y aura des amis, des amours, des liens tissés. La solitude est tombée, elle aussi, sur le béton. Et, brisée, a répandu l'intérêt des uns, la compassion des autres, et le besoin de s'appuyer sur eux. Il y aura aussi des souvenirs, à ne plus savoir qu'en faire. Les partager, maladroitement, avec le père du premier élève. Les laisser couler, insidieusement, à l'intérieur. Les laisser givrer, dans l'hiver, à Paris. Les dégeler, habilement, bien des années plus tard, loin de Paris.

Un hiver à Paris est un ouvrage plus ou moins autobiographique. Mais qu'importe. Si tel est vraiment le cas, le dégel des souvenirs est réussi. C'est réel, juste et touchant, mais surtout pas larmoyant, jamais faux, et ça ne tombe aucunement dans le pathos. Le personnage est finement sculpté. Sa route est incertaine. Mais elle se déroule sous ses pas. Doucement. C'est une route sinueuse qui serpente dans une ville froide incarnant tourments et espoirs.
Jean-Philippe Blondel dessine avec une grande délicatesse et avec une habilité littéraire évidente un chemin parisien pour se relever. Son regard incisif se porte avec bienveillance sur une ville et sur les autres.  Sur nous-mêmes.

"Quand j'observais les gens autour de moi - et tous ceux que je croisais dans la rue, dans le métro, dans l'autobus -, personne ne semblait complètement sain. Et c'était bien ainsi."

1 commentaires:

Juliette a dit…

Un Jean-Philippe Blondel!!! ❤
Il a l'air génial, lui aussi.
Je t'ai peut-être déjà demander mais, est-ce que tu as lu "Brise-glace" de cet auteur??

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