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42


Je ne savais pas comment appeler ce billet. Alors je l'ai appelé 42. Tu comprendras, non ? A tous, cet article est pour une amie, mon amie Jojo, mon Poussin aviateur. Mais il est aussi pour tout le monde. C'est un peu une lettre ouverte. A Jojo, cet article est pour toi. J'ai ouvert ta lettre, je l'ai lue, j'y répondrai, mais j'ai aussi envie d'écrire ce message là. J'expose un peu aux yeux de tous notre amitié et un petit morceau de nous-mêmes, mais après tout c'est le but d'un blog, c'est selon moi le but d'un blog, si on veut lui donner une âme, lui donner vie et le rendre personnel, original, unique. Bref. J'ai lu ta lettre. Elle m'a touché au plus profond de mon coeur, "directement et sans escale". Alors je voulais parler un peu amitié par ici. De la vie, de l'amour.
  
"Une enveloppe fermée promet toujours tant de choses ... c'est comme si elle pouvait tout contenir ... vraiment tout." (Revanche, Cat Clarke)
C'est un peu l'impression que j'avais avec la tienne. C'est un peu ce qu'elle contenait aussi

Tu sais, j'ai peu vécu, je n'ai que 17 ans, j'ai une existence heureuse, sans trop de heurts et je suis éternellement reconnaissant à la vie, au destin, au sort ou à que sais-je encore. A quoi crois-je ? Je l'ignore encore. Mais j'ai toute la vie devant moi. Tu sais, j'ai peu vécu, mais je suis en mesure de te dire que la vie n'est jamais facile, même quand les autres ont l'impression qu'elle l'est pour nous.
"C'est étonnant le nombre de vérités qu'on ne peut pas dire aux gens. Elles leur sembleraient tellement farfelues, le plus souvent ! Alors on se tait, ou bien on se contente de dire ce qu'ils veulent entendre. Et la vie continue ... compliquée de toutes ces choses tues, de tous ces petits mensonges bien ordinaires." (La balafre, Jean-Claude Mourlevat)
Je ne sais pas trop pourquoi je dérive sur ce sujet, puisque ce n'était pas celui de la lettre. Mais je sais qu'il te tient à cœur et qu'il te remue. Voilà, les petits mensonges de la vie, il y en a des tonnes. Plus ou moins grands d'ailleurs. Parfois énormes et étouffants. Certaines personnes ont besoin d'être expansives là-dessus, ce n'est pas forcément blâmable, c'est juste un besoin, celui d'être soutenu. D'autres le sont trop, je pense, ils en font des tonnes alors qu'ils n'ont pas tant de soucis que ça. D'autres encore les taisent, arborent un magnifique sourire, et on croit que la vie va comme il faut, qu'ils nagent en eau claire, saine et sûre. Mais c'est faux. Je le sais parce qu'on m'a cru comme ça parfois. Et je le sais parce que tu es un peu comme ça. Mais c'est normal. Alors il y a ceux qui restent à la surface des choses, qui ne voient que le superficiel, ce sont ces gens là dont tu n'as pas à t'encombrer, ni de te soucier. Ceux dont il faut te soucier c'est ceux qui percent les apparences, perçoivent ce qu'il y a en toi. Et ceux qui vont bien plus loin, ceux qui t'aident alors. Tes amis, en somme.
 Je te dis tout ça de manière un peu maladroite et je le dis à tous du haut de ma bien petite expérience.
Ou pour, encore, citer Cat Clarke (et Kai ♥): "Je crois que ce que j'essaie de te dire, c'est que si tu rencontres des gens qui te rendent heureuse, mais vraiment heureuse - accroches toi à eux. Parce que ça n'arrive pas si souvent."
Il avait raison Kai. C'est sans aucun doute le plus gros point fort de Revanche. Kai. Il a beau être décédé, suicidé, absent, il brille dans tout le roman par son incroyable présence. Parce qu'il vit encore dans le cœur de Jem. Parce qu'il y a ses lettres qui la guident, l'éclairent. Parce qu'il est bon, attentionné, généreux, et bien qu'extravagant, ne se soucie pas du regard des autres. Sauf, bien sûr, quand ceux-ci deviennent néfastes. Oui, dans Revanche, Cat Clarke nous montre bien que les morts continuent de vivre tant que nous nous souvenons d'eux, et les aimons.
Bien sûr à la base ce n'est pas de décès dont je voulais te parler. Mais voilà, ce que dit Kai, bien qu'il soit un personnage de roman c'est qu'il ne faut garder que les personnes qui te sont essentielles. Ça paraît égoïste dit comme ça, mais cela veut dire qu'elles sont exceptionnelles, qu'elles méritent qu'on les protège et qu'elles aussi te protègent...

Et puis, tu sais toujours que si tu as besoin d'en apprendre un peu plus sur la vie, tu peux toujours te plonger dans un roman de Shaïne Cassim. Parce qu'on en a lu un ensemble. Parce que chacun d'entre eux brille d'intelligence et de profondeur, de lucidité et de beauté, d'émotion. Je suis resté coi, épaté, subjugué devant ma lecture d'Une saison avec Jane-Esther. En contant simplement l'été d'une jeune adolescente, une jeune poète admiratif du travail de Jane-Esther, une jeune fille qui découvre l'amour, la sexualité, les mots, la souffrance ... En contant cette simple histoire, pas si simple en fait, Shaïne Cassim arrive à aborder un kaléidoscope gigantesque de petits fragments essentiels et profonds de l'être humain. Elle arrive à ne pas créer des personnages auxquels on s'attache, mais auxquels on s'identifie parce qu'ils sont universels, chacun y retrouve un morceau de lui-même, parce qu'ils sont vrais. Elle brode ses histoires avec un style riche, puissamment poétique et pourtant d'une grande sincérité. Ses phrases si séduisantes sont pourtant venues du cœur, et sont brillantes de vérité. Un jour, mon prince m'a moins séduit. Et pourtant, comme ne peut-on pas être touché par la sincérité avec laquelle Shaïne Cassim écrit la voix d'une adolescente "toquée" qui est malade tant le monde est beau et séduisant. C'est ça aussi, Jolène. Shaïne Cassim elle nous renvoie aux recoins de nous-mêmes qui nous bouleversent, mais elle n'oublie pas de nous montrer combien le monde est beau et rempli d'espoir. Un jour, bientôt, je relirai Jolène, ce roman qui porte ton nom, et que j'ai l'impression de ne pas avoir apprécié à sa juste valeur. J'ai envie de m'y replonger et d'en percer l'obscurité.

J'ai dérivé, j'ai divagué, j'ai digressé et je ne sais plus d'où je partais ni où j'allais. Mais je suis si heureux d'être ton ami, je suis si heureux de pouvoir t'aider à avancer un peu sur ce chemin tortueux et magnifique qu'est la vie. "Nous aussi on va tomber, on va avoir des bosses et des bleus. Mais on trouvera le bon équilibre." (Tant que nous sommes vivants, Anne-Laure Bondoux / parution le 25 Septembre) On va tomber, mais se relever. Et je serais là pour te servir d'appui. Parce que l'amitié est une forme d'amour, et que moi, je t'aime à la folie. Merci pour tes mots qui sont des cadeaux extraordinaires.

"Les mots sont reliés à un mystère et à un inconnu plus grands que l'amour, ils se montrent plus immenses que la vie elle-même." (Une saison avec Jane-Esther)
Je suis à la fois d'accord et en désaccord avec cette citation. Mais elle résonne d'une vérité: "Les mots sont des armes" - et tu sais qui nous a écrit ça, rien qu'à nous- mais il peuvent aussi être le chemin du bonheur.

Quand la vie nous fait mal



Oui, la vie peut faire mal … mais cela, on le sait tous, et peu importe notre âge. Pourtant, j’espère que vous le savez sans l’avoir vécu directement. Sans avoir eu à affronter ce que la vie a de pire à donner. Bien sûr cela arrivera, et c’est aussi cela qui nous construit et nous oblige à nous relever, après être tombés. C’est ainsi que nous acquérons notre force. Mais parfois les coups sont trop tôt arrivés, ou trop durs à encaisser, ou bien trop nombreux. Et alors, à moins que nous ne soyons véritablement plus puissants que la normale et si nous n’avons personne pour nous servir de pilier, l’effondrement est bien trop proche pour l’ignorer et malheureusement trop menaçant.

Ce thème, la douleur, le chagrin, la souffrance, revient beaucoup dans la littérature pour adolescents …  n’allons cependant pas en déduire que les adolescents n’aiment que les romans tristes (tout de même !) ou –pire- aiment souffrir (nous ne sommes pas masochistes !). Cependant, s’ils ont un penchant pour le tragique et le tourbillon d’émotions, c’est bien parce qu’ils aiment ressentir et ont besoin, en effet, de se construire.

Après tout, ne dit-on pas que les enfants ont besoin de lire des livres, voir des films, des spectacles qui leur font peur ? N’est-ce pas cela qui leur permet de découvrir cette émotion, l’expérimenter, l’apprivoiser et comprendre aussi que le monde n’est pas tout doux et gentil ? Il leur faut apprendre à se méfier (un peu), être prudents (toujours) tout en sachant apprécier ce frisson, pas méchant, qui nous prend dans une situation de danger, tant que celui-ci n’est pas trop important !
Et moi je suis persuadé qu’à l’adolescence, et peut-être même après -mais qu’en sais-je moi qui n’ai encore que 17 ans ?-, on a aussi se besoin de ressentir et de découvrir. Je qualifie souvent un livre de coup de cœur parce qu’il m’a bouleversé, chamboulé, renversé, traversé de part en part. Quand je lis un livre, pour y trouver du plaisir j’ai besoin d’être ému : en joie aussi, bien sûr, rire, m’attacher, aimer, mais lorsqu’un roman est capable de m’amener là, dans l’équilibre précaire du bord d’un précipice de larmes, c’est qu’il est extraordinaire.

Voici donc quelques romans qui viennent bousculer le lecteur, qui m’ont plu –ou pas– mais qui sont en tout cas tous empreint d’une puissance émotionnelle parfois dévastatrice.

collection Exprim' - 224p - 14€90
Prenez Bloc de haine, la dernière parution de la collection  Exprim’ (Sarbacane). Voyez ce titre évocateur, laissant déjà une idée de ce qu’il désigne. Attardez-vous un peu sur cette couverture choc, le visage durci par les deux couleurs qui le composent et cette omniprésence de trois uniques couleurs justement. Enfin ouvrez-le et laissez-vous emporter …
Pour être honnête, j’ai justement eu du mal avec ce roman, tant il était provocateur. Le personnage principal, Alex, est incarcéré pour homicide et c’est son histoire qu’on suit, celle de son passé, celle de son présent, les deux entremêlées pour construire son futur. Et c’est sa voix qu’on entend. La voix d’un meurtrier. La voix d’un homophobe et surtout la voix d’un raciste. Car c’est là la cause de son acte et le moteur de toute sa rage, incontrôlable, mystérieuse aussi.
Je me rends bien compte que tout l’enjeu du roman est là … et si ce roman bouscule, c’est notamment, selon moi, par l’enjeu littéraire qui apparaît : peut-on faire d’un personnage à priori détestable le héros d’un roman ? Le défi de l’auteur alors, c’est que le lecteur s’y attache … et ça marche. Parfois.
En outre, le récit est très bien mené, le style maîtrisé bien que quelques fois vraiment vulgaire et le livre se lit très facilement et rapidement. Je n’ai pas eu trop de mal à y entrer et il a su me captiver jusqu’au bout … et jusqu’à une fin néanmoins très belle qui ouvre ce destin tragique sur mille et une possibilités que l’auteur laisse au lecteur le soin de développer.
Un roman captivant qui arrive à  relever de grands enjeux … je reste quand même indécis, sans pour autant nier que c’est un livre qui, une fois de plus, prouve que la collection Exprim’ sait faire de la littérature adolescente une vraie littérature ; innovatrice, percutante, originale.

collection Emotions - 306p - 13€
Il arrive justement que de tels tons tragiques et assumés ne fonctionnent pas très bien. Alors que pour Bloc de haine le ton, l’histoire, le personnage dérangeaient mais allaient au bout d’un véritable défi, j’ai eu plus de mal encore avec Ecoute battre mon cœur. Bien qu’une fois de plus j’ai été captivé, j’ai eu du mal en effet, pas à m’attacher aux personnages, mais à trouver l’histoire réellement crédible.
L’auteur en effet joue la carte tragique à fond, jusqu’au bout. Après tout c’est un roman de la collection Emotions chez Flammarion … et l’émotion ici, c’est la passion. Autant dire que Nathalie Le Gendre s’y est tenue et de ce point de vue là on ne lui reprochera pas. Puisqu’une passion aveugle, pousse à tout faire pour l’assouvir, alors les conséquences pourront en être que graves, voire tragiques … mais cela ne va-t-il pas trop loin ? Les choses m’ont parfois semblées exacerbées. Le lecteur est servi en fugues, accidents, disputes, amour fusionnel, crises de folie. Au bout d’un moment, c’est trop.
Néanmoins, j’ai lu le roman avec une réelle envie d’aller jusqu’au bout, les personnages étant attachants, le style porteur, l’histoire vraiment captivante mais surtout, la passion dévorante. L’auteur transmet un réel amour pour la musique qu’on ne peut que partager, surtout si comme moi on est pianiste et adepte de musique en général.
Me voilà donc encore une fois indécis entre les enjeux difficilement relevés, la passion exacerbée et pourtant l’attention toute entière consacrée à cette histoire.

(VO) Barrington Stoke - 80p - 9€
Puisqu’on parle de passion et de tragédie, alors parlons de Falling de Cat Clarke, cette auteure qui a tendance à aller vers ces thèmes-là durs et percutants. Le suicide dans Confusion et Revanche, le harcèlement moral dans ce dernier, l’homophobie aussi … et dans Falling ce sont ces thèmes qui apparaissent plus ou moins différemment.
C’est l’histoire d’Anna. Anna un peu perdue. Elle aime Cam, c’est genre, le mec parfait. Mais elle l’a trompé. Et il y a Tilly, sa meilleure amie, lesbienne, qu’elle tient à caser. A voir heureuse quoi. Puisque c’est son amie. Mais ce soir-là, une soirée organisée par Cam, tout est bouleversé.
De révélation en retournement de situation, le lecteur va dans une spirale qui commence en fin d’après-midi, dans le cadre idyllique et paisible, à peine orageux (métaphoriquement, le temps lui est parfait) de la propriété de ce petit copain … et s’achève au cœur de la soirée, alors que de l’alcool a été bu, des mots prononcés, des larmes versées, des pensées tournées et retournées dans les têtes et les tourments subis. Les personnages s’égarent en eux-mêmes. Et malheureusement, le cadre n’est pas là pour les aider.
Cat Clarke dresse un décor qui semble devenir de plus en plus angoissant. On a l’impression de voir la musique devenir nuisance sonore, les ados, les amis une foule compacte infranchissable et dangereuse, la maison un lieu de tous dangers.
C’est vraiment cette image que je retiens de ce texte anglais court mais puissant : une spirale. De mot en mot on s’enfonce dans les tourments des personnages qui deviennent nôtres.
Comment devient-on adulte ? Comment arrive-t-on à surmonter les épreuves que nous oppose la vie ? Comment comprend-on qui on est et qui on aime ? Comment se dépêtrer de toutes ces questions, comprendre quand on se ment à soi-même, accepter et vivre avec cela ? Comment faire quand c’est trop tard ? C’est toutes ces questions que Cat Clarke pose avec justesse, force plutôt que délicatesse, émotion plutôt que discrétion et avec talent, c’est indéniable.
Un véritable coup de poing coup de que ce morceau brut de sentiments, mais aussi de souffrance, d’amour et de vie.

Enfin, j’aimerais conclure sur le coup de de mon mois d’Avril, sur une ouverture à d’autres thèmes, sur ce roman qui paraît inoffensif … avant d’exploser en vous.
collection R - 384p  18€90
Lucides est une histoire dans laquelle on a pourtant un peu de mal à entrer pour certains au bout d’une cinquantaine de pages ce n’est toujours pas ça, pour d’autres, comme moi, il ne faut qu’un chapitre ou deux. Il faut dire que c’est déroutant. Il y a Maggie, actrice, avec un père décédé, une mère pas toujours très présente et une petite sœur à laquelle elle tient plus que tout. Et dans les rêves de Maggie comme  Sloane est dans ceux de Maggie, il y a Sloane. Une étudiante intelligente, vierge, peut-être bientôt amoureuse, avec une famille complète bien que les liens soient parfois difficiles à entretenir, et deux meilleurs amis … dont l’un est décédé.
On suit avec beaucoup de plaisir les histoires de ces deux personnages tous deux intensément attachants. J’ai regretté quelques facilités d’intrigues ou quelques clichés mais je suis resté pantois devant la richesse du style, l’extrême intensité transmise par un vocabulaire tout aussi étendu chez un auteur que chez l’autre et donc admirablement transmis par un traducteur talentueux … et alors que l’intrigue progresse on commence à entasser les questions dans un coin de notre esprit et l’issue crédible ou du moins satisfaisante pour le lecteur semble impossible. On parle du nœud d’une intrigue … et celui-ci est véritablement bien noué !
Et alors vient la fin. Viennent les 150 dernières pages. Vient la perte du lecteur dans son esprit, sa lecture, l’intrigue, ses certitudes. Vient son immersion totale dans l’état d’esprit des personnages. Vient l’émotion … vient l’impression de devenir fou.
Jamais, non jamais et je pèse mes mots, je n’avais ressenti quelque chose de semblable pour un roman. Jamais je ne m’étais senti à ce point embarqué dans l’esprit des protagonistes. Il ne s’agit alors plus d’identification, d’attachement, d’échos à notre propre vie … non, il s’agit d’utiliser l’écriture comme le meilleur des outils, comme une arme pour perdre le lecteur tout en le manipulant pour l’emmener exactement là où on souhaite. Et j’adore. J’adore que les mots aient pu avoir un tel pouvoir, j’adore que ressentir cela ait pu être possible.
Tout simplement, j’adore que ce roman m’ait à ce point surpris sur une fin époustouflante, juste, touchante et véritablement réussie. Le début aurait pu être encore plus intriguant, car en garder trop pour la fin, on perd quelques lecteurs, mais ce final est tellement intense que je ressors profondément conquis par cette lecture aux questionnements infinis.

Peut-être en effet les rêves sont-ils le Salut, quand on ne trouve même plus dans son propre univers la force de vivre, d’avancer. Peut-être a-t-on besoin d’un soutien, et puisque celui-ci n’est pas, il faut le trouver loin, quitte à ce que cela soit un inconnu … ou plus ?
Le monde des rêves regorge de secrets et de mystères que les deux auteurs ont su éclairer sur des zones d’ombres encore trop peu inexploitées en littérature. C’est réussi. C’est époustouflant. Et c’est fascinant.

Alors n’oubliez jamais cela. Puisque la vie a son lot de chagrins, plus ou moins importants à nous opposer, aimez, soyez entourées de personnes bienveillantes et, dans la nuit de votre esprit ou dans les livres : rêvez.

Noire humanité, passion, coups de ♥

  

Parce que les livres ne sont pas faits pour nous ménager.
Parce que les livres sont faits pour nous remuer, nous toucher, nous bouleverser.
Parce qu’il y a certains livres qui se penchent sur l’humanité, sur la vie, sur l’amour … pour en déceler les plus infimes parts d’ombres. Et le lecteur n’est pas épargné.
"A quoi bon lire si les livres sont juste des miroirs ? Surtout quand les miroirs ne renvoient pas la lumière mais l'obscurité ?" - Stéphane Servant
Bien sûr, il y a d’autres romans qu’on lit pour se détendre, ou pour passer un bon moment de légèreté.
Bien sûr il y a des romans qui mettent en avant le bonheur, les petites choses de la vie qui font sourire, rire, aimer. Ils sont parfois aussi très touchants, très plaisants et des coups de cœur. Il me semble cependant qu’il y en a des plus durs, qui sont bien plus marquants et souvent les meilleurs. 
  
Comment traiter en tant qu’auteur d’un sujet aussi vaste et complexe que nous-même : l’humain ?
Comme ne pas se rater, être à côté de la plaque et être dans le faux ? C’est à ce défi que se sont confrontés trois écrivains dont je souhaite parler aujourd’hui … trois écrivains qui ont incontestablement réussi leur coup puisque j’en ressors avec 3 coups de ♥.

Vous rappelez-vous de Cat Clarke et son bouleversant, son extraordinaire Revanche ? Un roman très juste et qui m’a marqué très profondément sur l’amitié, l’amour, l’homosexualité, le suicide, la vengeance. C’est par un premier roman, Confusion, que j’ai découvert l’auteure. Un roman publié en 2012 et lu en début d’année … un roman que je n’avais toujours pas chroniqué, mais qui mérite une petite place sur mon blog parce que, bien que loin d’être, selon moi, aussi puissant que RevancheConfusion reste un moment de lecture fort et surprenant.

J’avais été pris de curiosité dès l’annonce de la sortie du roman dans la Collection R.
C’est l’histoire de Grace. Grace est enfermée dans une pièce blanche et n’a que des feuilles et un crayon pour écrire. Alors elle écrit. Elle tisse avec ses mots, d’un chapitre à l’autre, son histoire. Elle tisse celle-ci en deux grandes toiles ; cette étrange existence dans la pièce blanche et celle qui l’a précédée, sa vraie vie avant qu’elle ne se retrouve ici, prisonnière d’un garçon mystérieux. Ses deux toiles se distinguent. Il y a celle noire et sombre de son histoire. Il y a la blancheur de sa nouvelle histoire qui s’écrit d’elle-même à chaque jour d’interrogations supplémentaire, il y a la blancheur d’une mémoire vierge. Une blancheur qui ne demande qu’à être obscurcie. Qui ne demande qu’à se lier progressivement par des fils venant percer çà et là la toile précédente. Pour, enfin, comprendre. 
Confusion ne m’a pas autant marqué que ce à quoi je m’attendais. Il n’en reste cependant pas moins un roman poignant au style direct, franc, cassant, aux personnages touchants, à l’histoire bien menée, bien construite, épatante et, à son extrémité, lorsque les deux toiles s’interpénètrent dans une lourde obscurité, prodigieux.
Cat Clarke peint là la fresque brisée d’une adolescence perdue. Dans un ouragan d’émotions, ses personnages s’accrochent pour rester la tête hors de l’eau, pour respirer, pour ne pas sombrer. Ses personnages s’accrochent pour ne pas se perdre dans la noirceur humaine.

Cat Clarke s’inscrit donc dans ce thème avec une puissance certaine, se penchant sur l’adolescence et toutes ses falaises d’où il est facile de tomber. Elle joue avec les sentiments du lecteur pour le bouleverser.


Ce n’est pourtant pas de la même façon que procède Jean-Claude Mourlevat.
Jean-Claude Mourlevat, on le connaissait pour ses histoires douces et hivernales. Pour ses contes racontés une nuit neigeuse à la lueur d’un feu. On le connaissait comme petit marchand de rêves, avec sa Rivière à l’envers, sa Terrienne, son superbe Chagrin du roi mort. Aussi surprend-il tous ses lecteurs, et nouveaux lecteurs, avec son dernier petit né des éditions Gallimard Jeunesse : Silhouette (collection Scripto).

Avec 10 nouvelles, il dresse là le tableau grinçant de notre humanité.
10 nouvelles pour construire sans mensonge et sans timidité le portrait de notre obscurité.

Les sentiments.
Regret douleur  larmes peur mensonge silence erreur passé chagrin malheur jalousie. Humiliation culpabilité vengeance angoisse regrets stupeur manque oubli. Solitude.
Les personnages.
Attachants malhonnêtes séduisants repoussants forts vivants sombres ou lumineux imparfaits justes.
Les chutes.
La chute.

Ce recueil est d’une intelligence et d’un talent incroyables. A chacun de ces petits moments de lectures qui s’écoulent si vite qu’on n’a pas le temps de voir le coup venir on se prend un véritable choc. Renvoyés aux coins les plus sombres, aux angoisses les plus profondes, aux craintes les plus terribles de notre humanité, on tremble, on s’émeut, on s’accroche au livre.
Dérangeant, cassant, grinçant, tranchant, acerbe, amer, Silhouette remue plus qu’on n’aurait pu l’imaginer et avec une plume magistrale, Jean-Claude Mourlevat conclue son recueil sur un retournement de situation fascinant. La dernière nouvelle en elle-même est une chute renversante qui vient boucler de façon épatante le recueil.
L’auteur signe là un ouvrage extraordinaire, prouvant que, comme le roman, il maîtrise le genre de la nouvelle sans aucun défaut.

Lecture commune à l'ombre du grand arbre
On en parle aussi chez Mollat, Pépita, Carole, Céline




Mais pour moi, le véritable centre de cette chronique, le livre dont je souhaitais le plus parler, l’ultime coup de cœur de ce billet et de mon mois de décembre ; c’est Le cœur des louves de Stéphane Servant.
J’ai découvert ce roman de façons un peu dispersée, ici et là … avant de le redécouvrir au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil 2013 sur le stand du Rouergue, en conférence avec le charmant Stéphane Servant, ou en compagnie de mon cousin, ou par le juke-box ados … ce livre m’a appelé.
Alors j’ai succombé à l’appel.
Un appel de louve qui a su me séduire. Me toucher.

Stéphane Servant est un conteur. Pas un romancier, non, un conteur. Comme une nuit profonde au cœur d’une montagne, comme auprès d’un feu, comme sous les étoiles, il nous raconte une histoire qui lui vient d’une imagination fascinante, d’un cœur vibrant d’émotion, et de légendes empreintes de mystères. Il y a comme une voix rocailleuse et chaude qui souffle dans notre oreille pour nous y glisser l’histoire de Célia. L’histoire de Célia et Alice. L’histoire de Célia, de sa mère, de son père Arthur, l’histoire d’Alice, d’Andréas, de Paul, l’histoire de Tina, d’Armand, de Thomas, de Marcus, de Catherine. L’histoire de ces destinées liées, de ses fils noués. L’histoire de l’Homme, de l’animal, l’histoire de femmes et de louves.

Là, près de la baraque en pierre taillée, dans la nuit parée de givre, Célia pousse son cri de louve, et ce cri c'est aussi celui de Tina, et peut-être même celui de Catherine. Et celui d'Alice. C'est le cri, le hurlement, la plainte de ces femmes qui sont en-dehors du monde parce que les hommes leur ont refusé le droit d'aller librement dans le monde. C'est la rage, la colère, la peur, les pleurs, le trop-plein de vie et les ombres de la mort, un mystère insondable qui n'en finit pas de résonner ce soir-là. Il retentit ce soir-là et bien d'autres soirs encore sur le flanc escarpé de cette montagne sans cesse giflée par le vent du nord. Le cri des jeunes louves.
Dans un roman enchanteur, au style envoûtant, Stéphane Servant fait naître de ses doigts les arabesques magnifiques d’une œuvre fabuleuse. Un roman où s’enroulent toute les aspérités de l’humanité ; l’amour, la rage, le chagrin, les erreurs, les chutes.
La passion.

Une œuvre oui. Une œuvre où il y a par-dessus tout la vie.
Une œuvre qui secoue, palpite, marque.
Une œuvre.
Mais aussi Kik, Céline, Carole

Le coeur des louves en musique ... ?

Montreuil 2013 - 3 auteurs adorables ♥