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Un prince sans royaume entre ciel et terre



                Depuis la sortie de Vango, je n’avais pas pris le temps de relire cet incroyable dyptique signé Timothée de Fombelle. Pourtant, je me suis plusieurs fois laissé emporter, à nouveau, par le petit Tobie et son grand cœur, dans les méandres de l’Arbre, volant de branche en branche… Là, en vacances, comme tous les ans, au même endroit, pas bien loin de chez moi, au bord de la mer, je me suis offert de fabuleux instants de lecture. J’ai laissé la chaleur du soleil, le goût du sel, la caresse du vent et la fougue de la mer pour replonger avec délice dans une Europe sombre et froide, en plein cœur des années 30, au côté d’un des plus grands personnages de la littérature jeunesse. Et si vous m’accompagniez, le temps d’une chronique et de quelques-uns de mes mots, dans cet univers historique trépidant et bouleversant, dans mes émotions qui ont le goût des souvenirs et celui de l’aventure ?

                « Quarante hommes en blanc étaient couchés sur le pavé. »
                Ainsi débute le premier tome, intitulé Entre ciel et terre. Ces simples mots, ces quelques syllabes, les unes aux côtés des autres, suffisent à m’immerger entièrement et aussitôt au cœur des aventures de l’Oiseau. Vango. Comme les premiers mots de Tobie Lolness suffisent à me faire ressentir une bouffée d’émotions, une bouffée qui escalade l’arbre de mes souvenirs à la vitesse de la sève jusqu’à faire jaillir en moi une cascade de sentiments ; le premier chapitre de Vango, qui met en place tout le mystère de cette fascinante histoire, est à l’origine d’un poignant émoi.
                « Quarante hommes en blanc étaient couchés sur le pavé. »
                Ce premier chapitre, La voie des anges, précipite le lecteur dans cette trépidante aventure et révèle l’incroyable talent de Timothée de Fombelle. Un talent d’écrivain, un talent de conteur d’histoires. C’est lorsque je le relis, lorsque je redécouvre Tobie Lolness ou Vango que je suis alors certain, sans aucun doute possible, qu’il est mon auteur préféré, car aucun, à part lui, n’est capable de m’ensorceler comme lui le fait.
                Des images saisissantes.
                Comme celle-ci, un « champ de neige » de corps, ceux de tous ces jeunes hommes en vêtement blanc, prêts à devenir prêtres. Chaque image qu’il crée par le simple usage de ses mots ravit les imaginaires.
                Un tissu de mots doux et chatoyant.
                Avec une simplicité déconcertante, Timothée de Fombelle brode des phrases empreintes du pouvoir des mots, des phrases qui marient avec le plus grand naturel les contraires, les opposés, les différences et les conflits. Il ressort de cette œuvre une extraordinaire douceur qui coule aussi sûrement que la sève d’un arbre, qui sonne avec évidence comme les plus triomphantes harmonies.
                Un soin des détails fructueux.
                Se souciant des plus petits éléments d’un décor, d’une scène, d’un portrait, Timothée de Fombelle arrive toujours à surprendre son lecteur au détour de chaque chapitre. Chaque page est un trésor foisonnant de petits bijoux tous plus étonnants les uns que les autres. Même en portant son attention au moindre fragment de ses péripéties, il arrivera toujours à vous stupéfier en faisant innocemment ressurgir ce que vous aviez déjà oublié dans un rebondissement inédit.

                Voilà ce qu’il ressort d’une prise de recul et d’une (intense) réflexion, quand j’essaye –et n’y parviens pas réellement – de mettre des mots sur tout ce que je ressens en lisant un roman de Timothée de Fombelle. Cela va bien plus loin que l’émotion des retrouvailles, celle qu’on éprouve en serrant dans ses bras un ami, celle qu’on éprouve en s’emplissant de l’odeur d’un lieu de notre enfance, celle qu’on éprouve en goûtant un plat raffolé pendant de nombreuses années. Cela va bien plus loin que l’émotion du lecteur qui retrouve à tâtons une lecture passée. L’écriture de Timothée de Fombelle est la parfaite transcription du talent oral des conteurs. Elle captive dès les premiers mots. Elle allie l’humour et l’action à la beauté et la poésie. Elle sait dessiner avec subtilité et douceur différentes ambiances, différentes atmosphères qui imprègnent le lecteur et le font voyager partout dans le monde et dans son imaginaire. Elle trace des personnages originaux, uniques et vivants, qui touchent par leurs aspérités et leur profondeur. Elle tisse de multiples liens, revient en arrière et repart loin dans l’avenir, digresse, raconte des évènements plus ou moins anecdotiques qui créent un univers ; tout cela sans qu’on ne s’y perde une seule fois. Tout cela sans jamais s’égarer, car il s’agit là d’un gigantesque et splendide puzzle où chaque pièce s’imbrique comme la plus naturelle des évidences. C’est un ensemble parfaitement construit, un microcosme qui, pièce par pièce, s’érige sous nos yeux ébahis de lecteur.

Vango tome 1 (réédition) - tome 1 - tome 2

                Et le puzzle de Vango, que représente-t-il exactement ? Quel singulier et prodigieux tableau nous offre cette fois-ci Timothée de Fombelle ?
                Un tableau pour le moins insolite et pourtant si vif et intense qu’il s’anime du passé, se revêt de l’Histoire, danse avec elle et nous fait douter. A chaque instant de cette aventure, on aimerait avoir à notre disposition une encyclopédie, un livre d’histoire, ou internet pour savoir si oui ou non ce qui se raconte est vraie. Jusqu’où va la fiction ? A quel point s’entremêle-t-elle avec l’histoire ? A quel point le nœud de ces deux-là est-il serré ?
                Ce tableau c’est le passé, oui. Les années 30. Cette période entre deux guerres qui fascine tant l’auteur. Une période profondément marquée par la grande guerre, laissant des survivants défigurés, traumatisés, apeurés ; des familles déchirées ; des pays anéantis par ces terribles années. Et une période encore noire, où tout doit être reconstruit, et dans laquelle commence à se développer de nouvelles tensions.
                Pourtant, Vango n’est pas un roman véritablement historique, encore moins un roman sombre. Non. Dans l’angoisse de ces années, par-dessus ce fond pour le moins obscur, Timothée de Fombelle peint encore bien des couches différentes, toutes plus resplendissantes les unes que les autres.
                Il y a l’effervescence d’un Paris divisé entre l’angoisse de ces années et le soulagement d’en finir. Il y a les fêtes, les bals, les bars où on passe ensemble de chaleureux moments, qui avaient manqué. Il y a aussi – et surtout – Paris vu des toits. Vango, puis La Taupe, courent, virevoltent, et s’envolent presque sur les bâtiments, les habitations, les théâtres. Ils escaladent, courent, s’enfuient, se poursuivent, découvrent, explorent, se cachent. L’auteur nous offre de jolies scènes, touchantes, délicates où le quotidien des Parisiens côtoie un instant l’infini du ciel.
                Il y a le Zeppelin, la fierté d’Hugo Eckener et de l’Allemagne nazie. Il y a ce vaisseau parcourant de part en part le ciel et le monde. De très nombreux pays traversés. Le Brésil, le Japon, l’Egypte, aperçus du haut de ce monstre de fer et des mots de l’auteur et de ses personnages. L’Europe et New York qu’on apprendra à connaître, à visiter, à parcourir, un peu.
                Il y a l’Ecosse, humide, ancestrale, fascinante. Il y a l’Est oppressé, oppressant et la Russie comme une menace. L’Italie comme une vaste lande de liberté, qui semble pourtant se faire dangereuse. Les îles éoliennes, à l’origine de tout, où ciel, terre et mer valsent ensemble au rythme du cri des mouettes dans une danse endiablée et fantasmagorique. Il y a enfin, le Caucase, où peut-être on trouvera le commencement de ce monde fombellien.

                Je m’apprête donc à poser le point final à ces quelques phrases qui ne suffiront jamais à rendre compte de la beauté de ce vaste, vertigineux et hypnotisant tableau. Car par-dessus ces multiples paysages qui semblent peints touche par touche, comme si Timothée de Fombelle inventait le roman impressionniste, il y a Vango. Une quête inlassable de savoir. La volonté de retrouver ses origines. Celle de revenir aux sources de son existence pour éclairer tout son parcours et tous les mystères qui l’entourent. C’est lui qui virevolte entre tous ces lieux différents ; lie d’amitié une tempétueuse et séduisante Ethel à une touchante et insaisissable Taupe Emilie ; réunit peut-être enfin quatre amis venus d’horizons si différents qui s’étaient connus sous la coupe d’un pacte nommé Violette ; rapproche la Russie, Moscou et d’inquiétants hommes pourtant pères d’attachants enfants, de New York, d’un marchand d’armes menaçant ; embarque dans une tourbillonnante aventure un commissaire consciencieux et attachant, sa mère fantasmant de risque, une chanteuse de cabaret et fait se croiser les destins d’une nourrice française connaissant plusieurs langues différentes, un moine invisible ou un violoniste moscovite menacé... Il y a Vango qui tire entre tous ces morceaux parfois à des années lumières les uns des autres un fil incandescent de fougue et de passion.
                « J’ai tendu des cordes de clocher à clocher, des guirlandes de fenêtre à fenêtre, des chaînes d’or d’étoile à étoile ; et je danse. » (Rimbaud, exergue de Vango tome 1)


                Ainsi ai-je fini de relire les deux tomes de Vango : des heures passées sur la plage à lire sans plus pouvoir m’arrêter, me délectant avec passion des mots de Timothée de Fombelle sans plus voir le temps s’écouler.
                Et puisque les larmes sont chez moi très rares, j’ai pleuré vers le ciel des regards bouleversés mais heureux.
               
                D’un bout à l’autre du monde, d’un siècle et d’une guerre à l’autre, Timothée de Fombelle écrit une épopée historique virevoltante et bouleversante dont on ressort changé, grandi, épanoui.
                Il vous suffit de faire un pas, d’ouvrir les yeux et de vous laisser surprendre et séduire. Allez-y.

Envolez-vous.


http://www.gallimard-jeunesse.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Grand-format-litterature/Romans-Ado/Vango3
Intégrale
http://www.gallimard-jeunesse.fr/Catalogue/GALLIMARD-JEUNESSE/Grand-format-litterature/Romans-Ado/Vangohttp://bouquinsenfolie.blogspot.fr/2011/10/critique-vango-tome-2-un-prince-sans.html

MiniChro #Ange: Le jeu de l'ange ♥

Avec une trentaine de chroniques de retard, je lance une série de mini chroniques pour vous parler de tous ces livres dont je n'ai pas parlé depuis presque un an pour certains !
En voici la troisième, ... sur le thème des anges, à nouveau !

Pour rester dans le domaine des anges (juste le titre en fait …) par rapport à hier … j’aimerais vous parler d’un ouvrage que j’ai eu de manière assez spéciale.
Nous l’avons en effet acheté à 4 : avec Tom, Iris et Lucille. Puis nous l’avons fait voyager, notant, annotant, écrivant dessus au crayon de papier dans un but de partage de lecture. C’était vraiment une super expérience … que nous sommes en train de réitérer !
Cet ouvrage d’un grand auteur européen m’a beaucoup plu ! Un petit coup de cœur, je crois bien ! Il faut dire que Carlos Ruiz Zafon a un style prenant, riche, poétique, un univers original, angoissant, fantastique, beau, livresque et fascinant. Il a des personnages crédibles, très bien construits, attachants ou repoussants, mais « humains ». Il a créé une histoire entraînante, passionnante, vivante … à la fin … peu compréhensible, je l’avoue, mais bien que sceptique, je me suis laissé porté par la force des mots, la force des sentiments, la force des choses.

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Tom en parle ...
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Il arrive sans crier gare ...

« Le cirque arrive sans crier gare. Il est simplement là alors qu’hier il ne l’était pas. »

Du jour au lendemain j’entends parler d’un livre, je vois une couverture, je découvre un résumé, une bande annonce. Je découvre un univers. Je découvre une perle. Je suis énormément intrigué par cet ouvrage qui a l’air juste délicieux.

Et puis le voilà. Ce livre c’est un cirque qui arpente le monde. Et j’ai eu la joie de voir que j’avais la possibilité de le faire venir chez moi … grâce à Karine, sur le forum Club de lecture.
Et elle l’a fait.
Merci pour ce rêve éveillé.

Le début est flou, confus. Mais je n’ai pourtant pas eu de mal à me fondre dans l’ambiance posée par l’histoire. Tout au long du livre il y a des passages qui s’adressent directement à nous. Quand on les découvre, on ne se demande même pas s’il y a un personnage derrière eux. On savoure juste. Ils viennent entrecouper les évènements, l’installation progressive de l’intrigue, des mystères, des questions, des secrets et des interrogations.

On découvre les personnages, le cirque, les ombres et les lumières. Ce monde n’est qu’ombres et lumières. Et le monde est comme ce cirque. Blanc ou noir.
Pourquoi pas gris.
Mystérieux, envoûtant, fragile. Toute rose a ses épines.

L’histoire est tout bonnement originale et unique. J’ai adoré l’ambiance oui. Les années 1800 et 1900. Le cirque, les artistes, la musique, l’art et le spectacle. Les soirées mondaines, les relations certaines, celles qui sont incertaines, les relations amoureuses. Oui j’ai adoré l’ambiance. Cet univers envoûtant et enchanteur.

On ne sait que penser, on ne sait pas ce que c’est. Ce tournoi, ce concours, ce défi, cet affrontement. Alors on attend, on lit, on progresse. Et les personnages nous mènent. Cette jeune-fille attachante, puissante, peut-être un peu trop plate. Ce jeune-homme discret, amoureux, adorable, peut-être un peu niais. Mais voyez donc les secondaires, le fond, le décor, les rôles moins importants mais tellement importants. Poppet et Widget, les enfants, vos amis. Tsukiko, douce Tsukiko, gracieuse Tsukiko et surtout surprenante, inattendue, incroyable Tsukiko. Et là dans l’ombre, toute petite mais clef de voûte quand même il y a ce personnage, qui rêve.


« Il espère avec plus d’ardeur qu’il n’en a jamais eu en soufflant des bougies d’anniversaire ou devant des étoiles filantes. Il espère pour lui-même. Pour les rêveurs arborant leur écharpe rouge. Pour un horloger qu’il n’a jamais rencontré. Pour Celia et pour Marco, pour Poppet et pour Widget, et même pour Tsukiko, bien qu’elle feigne l’indifférence. »
Oui il espère. Le lecteur espère. Il veut la suite, la fin, le début, le milieu. Il veut la lecture qui le mène par le bout du nez. Il veut le bonheur de ses personnages. Il veut continuer à suivre les sœurs, l’horloger, le directeur … Il espère une fin à la hauteur de ses attentes. Il attend, il ne voit pas l’attente, il finit.
Les rebondissements l’ont guidé, l’ont surpris, l’ont passionné. La fin est intense, belle, poétique et forte. Prévisible et imprévisible.
Le cirque des rêves c’est ça. Tout livre est ça. Une histoire ça :


« Il faut que quelqu’un raconte ces histoires. Lorsque les batailles sont menées, remportées, perdues, lorsque les pirates trouvent leur trésor, lorsque les dragons croquent leurs ennemis au petit déjeuner arrosés d’un délicieux Lapsang Souchong, il faut bien que quelqu’un raconte ces fragments de récits qui se chevauchent. Il y a de la magie là-dedans. Dans l’écoute. Chacun la perçoit différemment et peut en être affecté de manière imprévisible. De façon triviale ou plus profonde. Vous pouvez raconter une histoire qui va s’ancrer dans l’âme de quelqu’un, devenir son sang, son être, sa raison de vivre. Cette histoire va l’émouvoir, le galvaniser, qui sait ce dont il sera capable grâce à elle, grâce à vos paroles. C’est votre rôle, votre don. Il se peut que votre sœur sache lire l’avenir, mais avez le pouvoir de le façonner mon garçon. Ne l’oubliez jamais. »

Mais toi cette citation, tu l’as déjà perdue de vue.
Tu as fini le livre. Tu l’as fermé, savouré, dévoré.

Oui, ce livre je l’ai adoré.
Oui, ce livre est un coup de cœur.
Oui, celui-ci a brûlé de passion.
Brûlé
Mais sans étincelle
Sinon, il se serait embrasé.

« En t’éloignant du Cirque des rêves dans le jour qui se lève, tu te dis que tu étais plus éveillé lorsque tu étais dans l’enceinte du cirque.
Tu ne sais plus de quel côté de la grille et le rêve. »